‹ Œuvres philosophiques de Antoine ArnauldChapitre 125 sur 172 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

sans idée; car. quoi que ce soit qu'il ait entendu par lidée de Dieu , quand il a dit qu'il est constant que nous avons une idée très-distincte de Dieu, il n'a pas nié sans doute que cette idée ne fût claire , puisqu'il recommande avec tant de soin dans son Traité de la nature et de la Grâce de « consulter avec « beaucoup dattention lidée vaste et immense de lÈtre infini- « ment parfait lorsqu'on prétend parler de Dieu avec quelce que exactitude , » à quoi il ajoute au même lieu « que pour « bien juger des expressions dont on se sert en parlant de « Dieu , il ne faut pas regarder si elles sont ordinaires , mais « observer avec soin si elles sont claires^ et si elles s'accor- « dent parfaitement avec l'idée qu'ont tous les hommes de (' l'Être infiniment parfait. »

Voila donc que l'idée de Dieu qu'ont tous les hommes est une idée claire . puisque c'est cette idée qu'il faut consulter pour parler de Dieu avec exactitude; ce qu'on ne pourrait pas dire si elle était obscure et confuse.

Comment donc accorder cela avec ce qu'il établit, comme un des principaux dogmes de sa philosophie des idées, « que, « de toutes les choses que nous connaissons, il n'y a que Dieu « que nous connaissions par lui-même et sans idées? » Ce ne peut être que par une autre équivoque du mot (ïidée, que j'ai remarquée des le commencement de ce traité.

Car, dès l'entrée du livre de la Recherche de la Vérité, il prend le mot d'idée dans son vrai sens , pour la perception d'un objet, et il y reconnaît que cette perception d'un objet est une modification de notre esprit ; or, il est clair qu'on ne peut nier raisonnablement, en prenant le mot d'idée dans cette signification, que nous n'ayons une idée de Dieu. Aussi est-ce dans ce sens-là qu'il avoue que nous en avons une , comme il paraît par le passage de la page 20 1 , où il prend pour la même chose Vidée de l'infini et la notion de l'infini ; car le mot de notion n'est point équivoque et n'a jamais signifié autre chose que [ierception.

Mais dans le deuxième livre, il donne tout un autre sens

au mut d'idée: car il entend par ce mot un élre représentatif distingué des perceptions, lequel il simagine être nécessaire pour mettre les objets quil a supi)Osé nètre pas intelligibles par eux-mêmes, en état dètre connus de notre àme. De sorte qu'il y a trois choses qu'on doit distinguer, selon lui, dans la connaissance de ces sortes d'objets : l'objet qui doit être connu et qui nest pas intelligible par lui-même; l'être représentatif, qui le met en état d'être connu, et la perception de notre esprit , par laquelle il est actuellement connu ; or, prenant le mot d'idée en ce sens, il a du dire, selon son système que nous voyons Dieu par lui-même et sans idée. Car cela veut dire seulement que Dieu, étant intelligible par lui-même, et intimement présent à notre àme , elle n'a pas besoin qu'il soit mis en état de lui être connu par un être représentatif distingué de lui-même. C'est-à-dire que nous ne pouvons pas distinguer trois choses dans la connaissance que nous avons de Dieu , comme nous faisons dans la connaissance des choses matérielles . mais seulement deux , l'objet qui est Dieu , intelligible par lui-même, et la perception par laquelle nous ne le connaissons sans avoir besoin d'un être représentatif distingué de la perception de l'objet. Et c'est ce qu'il a marqué quand il dit, page 203, v qu'on ne peut concevoir que l'Être <' sans restriction, l'Être immense, l'Être universel, puisse être « aperçu par une idée , cest-à^dire par un être particulier, « par un être différent de l'Être universel et infini. »

Car il n"a pu entendre par là qu'on doive connaître Dieu sans perception: -1°. Parce que ce serait une contradiction visible, puisque connaître Dieu et avoir la perception de Dieu sont absolument la même chose. 2". La perception n'étant qu'une modification de notre àme, ne peut être appelée un être, un être particulier, un être différent de VÊtre universel et infini. 3®. Que voudrait dire : On ne saurait concevoir que VÈtre universel soit aperçu par une idée, en prenant le mot d'idée pour perception? Pourrait-on, au con-* traire, concevoir que lÈtre universel fût aperçu sans qu'on

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