CHAPITRE XXVII
De l'origine des idées. Ouil ny a aucune raison de croire que notre àme soit purement passive, au regard de toutes ses perceptions, et qu'il est bien plus vraisemblable qu'elle a reçu de Dieu la faculté de s'en former plusieurs.
Il n'y a rien à quoi on doive plus prendre garde . pour bien traiter une matière de science, que d'éviter la brouillerie et la confusion qui arrive quand on mêle ensemble des questions différentes. C'est ce qui m'a obligé de distinguer, en plusieurs endroits de ce Traité, ce qui regarde la nature des idées d'avec ce qui regarde leur origine , et de réserver à la fin à traiter de ce dernier point.
Mais, pour rendre la chose plus claire et prévenir des objections qui ne seraient point à propos, il faut remarquer deux choses: l'une, que je prends le mot d'idée pour perception , et dans le même sens que l'auteur de la Becherche de la Vérité l'a pris dans le premier chapitre de son ouvrage ; l'autre, qu'il ne s'agit ici que des connaissances purement naturelles, et non de la manière dont le Saint-Esprit nous éclaire dans l'ordre de la grâce.
Cela supposé , la question est de savoir si toutes nos idées ou perceptions nous viennent de Dieu , ou s'il y en peut avoir qui nous viennent de nous-mêmes.
L'auteur de la Becherche de la Vérifé est du premier «en-
timent , et il le soutient avec beaucoup de zèle en beaucoup d'endroits de son livre.
Il suppose dès rentrée « que la première et la principale (' des convenances • , qui se trouvent entre la faculté qu'a a la matière de recevoir différentes figures et différentes co7j- « fujurations, et celle qu'a l'àme de recevoir différentes idées « et différentes modifications , c'est que, de même que la fa- « culte de recevoir différentes figures et différentes configu- « rations dans les corps est entièrement passive et ne ren- « ferme aucune action, ainsi la faculté de recevoir diffé- « rentes idées et différentes modifications dans l'esprit est « entièrement passive et ne renferme aucune action.
Et c'est la différence qu'il met entre l'entendement, c'està-dire celle de ses facultés qui est capable de recevoir plusieurs perceptions, et la volonté, c'est-à-dire celle de ses facultés qui est capable de recevoir plusieurs inclinations , en ce que cette dernière n'est pas purement passive comme la première.
« Car de même, dit-il. que l'auteur de la Nature est la « cause universelle de tous les inouvements qui se trouvent « dans la matière, c'est aussi lui qui est la cause générale « de toutes les inclinations naturelles qui se trouvent dans « les esprits.... Mais il y a une différence fort considérable, « entre l'impression ou le mouvement , que l'auteur de la « Nature produit dans la matière, et l'impression où le mou- « vement vers le bien général , que le même auteur de la « Nature imprime sans cesse dans l'esprit. Car la matière est « toute sans action: elle n'a aucune force pour arrêter son « mouvement , ni pour le déterminer et le détourner d'un « côté plutôt que d'un autre... Mais il n'en est pas de même « de la volonté ; on peut dire en un sens qu'elle est agis- « santé , et qu'elle a en elle-même la force de déterminer di- « versement l'inclination ou l'impression que Dieu lui donne.
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