‹ Œuvres philosophiques de Antoine ArnauldChapitre 130 sur 172 · CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII

« Car , quoiqu'elle ne puisse pas arrêter cette impression , « elle peut en un sens la détourner du cùté quil lui plaît, et « causer ainsi tout le dérèglement qui se rencontre dans ses « inclinations. » Et cest ce qui lui fait dire dans les Avertissements, page 483 : « Si Ton prétend que vouloir différentes « choses, c'est se donner différentes modifications, je de- « meure d'accord qu'en ce sens l'esprit peut se modifier di- « versement par l'action que Dieu met en lui. »

Voilà ce qu'il avoue au regard de la volonté et de ses inclinations. Mais au regard des perceptions, il soutient toujours que notre entendement n'agit point . et qu'il ne fait que les recevoir de Dieu. C'est ce qu'il répète encore dans le deuxième Avertissement, page 488 : « Il ne faut pas « croire, dit-il, que l'entendement obéisse a la volonté, en « produisant en lui-même les idées des choses que l'àme « désire ; car l'entendement n'agit point , il ne fait que re- « cevoir la lumière ou les idées de ces choses. »

Je ne prétends pas combattre ce qu'il établit en tous ces endroits touchant l'origine des idées prises pour des perceptions , d'une manière aussi convaincante que je crois avoir détruit ce qu'il enseigne dans ce même livre , touchant la nature des idées prises pour des êtres représentatifs. Car je mets grande différence entre ce que l'on peut trouver à redire en l'un et l'autre de ces deux sortes de sentiments.

Je me contenterai donc de faire voir que l'on ne saurait prouver par aucune bonne raison, que notre ànae soit purement passive au regard de toutes ses perceptions, et qu'il est bien plus vraisemblable qu'elle a reçu de Dieu la faculté de s'en former plusieurs ; et je ne veux employer pour cela que les choses mêmes dont il demeure d'accord.

I. On ne sait pourquoi il semble ne vouloir avouer que conditionnellement ce qu'il ne saurait s'empêcher d'avouer absolument. « Si l'on prétend, dit-il, que vouloir différentes « choses c'est se donner différentes modifications , je de- « meure d'accord qu'en ce sens l'esprit peut se modifier di-

« versement. » Ce .<?« est fort inutile ; car il demeure d'accord en ce même lieu que les inclinations de Tàmo , c'est-à-dire ses volontés, sont des tnanieres d'être de l'àme. Et il est sans doute que modification est la même chose que manière d'être. Il est donc indubitable que si notre àme peut vouloir différentes choses (comme il en convient) en déterminant l'impression qu'elle reçoit de Dieu vers le bien général , du côté quil lui plaît, elle peut aussi se donner différentes modifications. Et c'est ce qu'il établit aussi absohmient, et sans si, dans le premier Éclaircissement , page 479 , en ces termes : « Je réponds que la foi , la raison , et le sentiment intérieur « que j'ai de moi-même, m'ont obligé de quitter la compa- « raison de l'àme avec la matière où je la quitte. Car je « suis convaincu en toutes manières, que j'ai en moi-même « un principe de mes déterminations ; et j'ai des raisons « pour croire que la matière n'a point de semblable principe. »

Il avoue donc que notre àme se peut donner , et se donne en effet , presque à tout moment, de nouvelles modifications , au regard de ses déterminations et de ses volontés. Et je soutiens que par cet aveu il s'est ôté tout moyen de prouver ce qu'il veut établir en même temps, qu'elle ne se peut donner aucune nouvelle modification au regard de ses perceptions. Car, pourquoi l'àme serait-elle plutôt purement passive au regard de ses perceptions, qu'au regard de ses inclinations?

Ce ne peut pas être en qualité de créature, comme s'il était impossible qu'une créature eût aucune action , et qu'il fallût absolument que Dieu fît tout , la créature n'a contribuant rien que passivement ; car, si cela était, notre àme n'étant pas moins créature au regard de ses inclinations qu'au regard de ses perceptions, il faudrait donc qu'elle n'eût aucun pouvoir de se déterminer, ce que cet auteur déclare être contraire à la foi et à la raison , et au sentiment intérieur que nous avons de nous-mêmes.

Ce n'est pas aussi la comparaison de l'àme avec la matière, qui peut obliger à croire que la faculté, qu'a notre

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