CHAPITRE XXVII
parfait. On ne peut concevoir que nous la puissions former de nous-mêmes , et il faut que nous la tenions de Dieu. Et pourvu que Tauteur delà Recherche de la rér«7e veuille bien n'entendre que perception par le mot d'idée, je n'aurai pas de peine à consentir à ce qu'il dit en la page 201 : « Il est constant « que l'esprit aperçoit l'infini , quoiqu'il ne le comprenne pas, « et qu'il a une idée très-distincte de Dieu, qu'il ne peut avoir a que par l'union qu'il a avec lui (c'est-à-dire quil ne peut « tenir que de Dieu , comme je l'entends). Il a même l'idée de « l'infini avant celle du fini; car nous concevons l'Être infini « de cela seul que nous concevons l'être, sans penser s'il est « fini ou infini. Mais, afin que nous concevions un être fini, « il faut nécessairement retrancher quelque chose de cette « notion générale de l'être, laquelle par conséquent doit préa céder. » Mais, selon cela, au lieu de son analogie entre l'esprit et la matière , qu'il a été obligé d'abandonner à moitié chemin , il en pourrait trouver une bien plus belle entre la volonté et l'entendement, en disant que comme Dieu se contente, au regard de la volonté, de lui donner une impression vers le bien en général, qu'elle peut déterminer par ses différentes inclinations vers les biens particuliers, il se pourrait faire aussi qu'il se fût contenté, au regard de l'entendement , de lui donner l'idée de l'Être infini , en lui donnant le pouvoir de se former de cette idée les idées des êtres finis. Je ne dis pas que j'approuve cette pensée, mais je dis seulement qu'elle eût été assez conforme à ses principes.
3. On ne peut presque pas douter que ce ne soit Dieu qui nous donne les perceptions de la lumière , des sons et des autres qualités sensibles, aussi bien que de la douleur, de la faim, de la soif, quoique ce soit à l'occasion de ce qui se passe dans les organes de nos sens ou dans la constitution de notre corps.
4. Il y a aussi beaucoup d'apparence que Dieu nous donne les perceptions des objets fort simples , comme de l'étendue, de la ligne droite, des premiers nombres, du mouvement,
2hS DES VRAIES ET DES FAUSSES IDÉES.
du temps, et des plus simples rapports qui nous font apercevoir si facilement la vérité des premiers principes, comme : le tout est plus grand que sa partie.
5. Il y a au contraire bien de l'apparence que notre âme se donne à elle-même les idées ou perceptions des choses qu'elle ne peut connaître que par raisonnement, comme sont presque toutes les lignes courbes.
Mais , de quelque manière que nous ayons ces idées , nous en sommes toujours redevables à Dieu : tant parce que c'est lui qui a donné à notre àme la faculté de les produire , que parce qu'en mille manières qui nous sont cachées, selon les desseins qu'il a eus sur nous de toute éternité, il dispose par les ordres secrets de sa Providence toutes les aventures de notre vie, d'où dépend presque toujours que nous connaissons une infinité de choses que nous n'aurions pas connues s'il les avait disposées d'une autre sorte.