‹ Œuvres philosophiques de Antoine ArnauldChapitre 143 sur 172 · CHAPITRE XXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII

coran , que ce que jai cru avoir lu dans un livre appelé la Bible : donc , dans l'hy-pothèse qu'il ny a que moi et mon esprit , si cette raison était bonne au regard de la Bible : que « Dieu n'étant point trompeur, et n'y ayant que lui qui ait pu « représenter à mon esprit ce que je me suis imaginé avoir « vu dans la Bible, cela me doit passer pour incontestable, -) je ne vois pas pourquoi elle ne serait pas bonne au regard de TAlcoran. Et ainsi je suis assuré que je ne pourrais sortir de cet embarras, qu'en me servant de la maxime que Dieu ne peut être trompeur, pour me convaincre de la fausseté évidente de celte supposition qu'il n'y a point de corps, mais seulem.ent Dieu et mon esprit ; et non pour en conclure cpi'avant même d'avoir reconnu l'absurdité de cette hyi)0thèse, des apparences de prophètes, d'apôtres, d'Écriture sainte et de miracles , nous pourraient suffire , pour nous faire ajouter foi à l'Écriture, et changer par là ces apparences en réalités.

Si on me peut montrer qu'il n'y a point en cela de contradiction, j'avouerai ingénument ma bêtise; car j'y en crois voir une manifeste.

QLATP.IÈME r.ÉFLEXION.

Je ne sais comment il n'a pas pris garde que, si les principes qu'il a établis dans son Traiti Je la Xature et de la (iràce, étaient véritables, il faudrait qu'il rétractât ce qu'il a dit si positivement dans la Recherche de la Vérité : qu'avant la foi je ne puis être entièrement assuré qu'il y ait autre chose que Dieu et mon esprit; car il n'a point prétendu avoir tiré ces principes de la révélation divine , mais de l'idée de lÈtre parfait ; et néanmoins j'en puis conclure évidemment qu'il est impossible qu'il n'y ait que moi et mon esprit : donc, s'ils étaient vrais et nécessaires, comme le doivent être des principes , on peut être assuré de la fausseté de cette supposition, sans avoir recours à la foi : je me contenterai d'en rapporter doux ou trois exemples :

4. Si Dieu veut agir au dehors, f'es/ qu'il veut se procurer un honneur digne de lui. Or, d'une part je suis assuré qu'il a voulu agir au dehors, puisque je ne puis douter que je ne sois son ouvrage : et de l'autre , je sens bien que je ne suis pas capable de lui rendre un honneur dijïne de lui.

Donc , il faut qu'en agissant au dehors il ait en vue quelque autre chose que moi, qui lui ait pu rendre un honneur digne de lui : donc, je ne puis croire quil y ait seulement Dieu et mon esprit.

2. // n'est pas digne de l'Être parfait d'agir ordinairement par des volontés particulières: mais il est plus digne de lui d'agir comme cause universelle, do7%t les volontés sont déterminées à des effets particuliers par des causes occasionnelles.

(3r, si je n'avais point de corps , et que mon esprit fût sa seule créature, comme Dieu nr aurait créé par une volonté particulière . il ferait aussi mille et mille choses en moi par des volontés particulières, sans avoir des causes occasionnelles, surtout dans tout ce qui me paraît regarder un corps que je n'aurais point , et d'autres corps qui ne seraient point aussi.

Donc, il n'est pas vrai que je n'aie point de corps, et que mon esprit soit la seule créature de Dieu.

3. Dieu agit par les voies les plus simples, et selon les lois génércûes : or, ce ne serait pas si je n'avais point de corps, et qu'il n'agît qu'envers moi seul : donc il n'est pas vrai , etc.

Je ne demeure pas d'accord de ces démonstrations ; parce que je ne demeure pas d'accord que les principes, dont on les tire, soient assez généraux et assez nécessaires , pour démontrer une proposition qui pourrait être contestée. Mais il me semble que la conclusion en est bien tirée : et par conséquent il faut qu'il reconnaisse, ou que ces maximes ne sont pas telles qu'il les a crues , ou qu'il a eu tort de dire qu'il n'y a que la foi qui puisse nous assurer qu'il y a des corps.

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