‹ Œuvres philosophiques de Antoine ArnauldChapitre 147 sur 172 · XIX. On \oit par lepiiiK'iiio que je \ieus détabUr, que · texte numérisé non relu

XIX. On \oit par lepiiiK'iiio que je \ieus détabUr, que

A M. ARNAUr.D, 303

tout ce raisonnement suppose faux, et quil n'a aucune solidité. Selon mon principe. Dieu aime son ouvrage , il aime les hommes. " Jugez , s'écrie son prophète , entre moi et ma vigne', qu'y avait-il à faire pour elle, que je n'aie point fait ? » Oui certainement , Dieu aime les hommes ; mais il aime davantage sa sagesse : il l'aime invinciblement , il en suit les lois inviolablement. 11 jure par son prophète, « qu'il ne veut point la mort de l'impie, mais sa conversion *. >> Il dit par son Apôtre, qu'il veut que tous les hommes soient sauvés. Qui l'empêche de le faire? C'est qu'il ne doit les sauver, qu'en agissant comme il doit agir; c'est qu'il ne doit pas troubler la simplicité de ses voies , ou agir par des volontés particulières. Comme il ne doit pas régler les pluies sur le désir des laboureurs, il ne doit pas aussi proportionner ses grâces au besoin des pécheurs . ni même a la négligence des justes. Il n'y a rien en nous qui attire cette pluie céleste , que ce que cette pluie y a produit. Dieu doit agir en Dieu , et laisser faire la cause occasionnelle qu'il a établie pour lui construire un temple . par la puissance qu'il lui a donnée en conséquence de la loi générale qui fait et règle l'ordre de la grâce, après en avoir prévu toutes les suites, et voulu positivement l'effet admirable qui est le principal de ses desseins , le motif de son action , et l'objet éternel de sa complaisance.

XX. Dieu seul , comme cause véritable, donne sa grâce pour convertir les pécheurs ; et il y a des pécheurs qni demeurent endurcis. Dieu seul fait toutes choses, et il y a des monstres. Dieu seul donne à l'àme toutes les pensées qu'elle a . et tous les sentiments dont elle est frappée; et certainement il y en a une inanité d'inutiles. Car je pense qu'on ne doute pas que les songes qu'on a la nuit , et mille et mille folles pensées qu'on a le jour soient fort nécessaires a ceux qui les ont : ou que le sentiment de douleur que souffre, par

' Isa., 5, 4.

F.zech.. ".3 . 11.

30/| RÉPONSE DE MALEHRANCHE

exemple , un homme , par rapport au bras qu'il y a un mois qu'on lui a coupé , ne lui est pas nécessaire pour la conservation de ce bras imaginaire. D'où vient tout cela? si ce n'est que Dieu nagit pas comme les intelligences bornées par des volontés particulières , mais en conséquence des lois générales quil a établies, et dont il a prévu toutes les suites, quoiqu'il nait établi ces lois, que pour des effets dignes de sa sagesse , de sa bonté et de ses autres attributs. Voyez, Monsieur, larticle 19 et 20 de la septième des Méditations ch rétien nés.

XXI. Lorsque M. Arnauld aura renversé toutes ces preuves a priori , a posteriori, per reductionem ad absurdum (souffrez, s'il vous plaît, ces termes); lorsqu'il aura fait voir, qtie je « pousse trop loin mes nouvelles pensées , que les conséquences du Traité sont terribles , » que l'on doit , comme il a fait heureusement, quoique tout le monde n'en veuille pas convenir, chercher a 1" intelligence des mystères de la grâce dans la lumière des saints; » enfin, quand il aura déclamé contre la témérité de ceux qui examinent la conduite de Dieu, quelque bon dessein qu'ils aient, car je ne pense pas qu'il veuille juger des intentions secrètes , il faudra, pour couronner son ouvrage, qu'il fasse voir que j'ai mal entendu l'Écriture, qui me confirme plus que tout ce que je viens de dire, dans les principes que je viens d'établir.

XXII. J'ai lu dans saint Mathieu , que toute puissance a été donnée à Jésus Christ dans le ciel et sur la terre : et je sais que c'est comme homme qu'il a reçu cette puissance ; car comme Dieu , certainement il est égal au Père. J'ai lu dans l'épître aux Hébreux*, que Dieu avait donné aux anges la conduite de la synagogue, le pouvoir de récompenser et de punir les juifs, et de leur distribuer, non la grâce, mais les biens temporels promis aux observateurs de la loi : mais qu'il avait réservé à Jésus-Christ le monde futur (chap. 2

' Exod..23, 21.

et 3.), l'édifice de son Église; en un mot, que Jésus-Christ « dispose de tout en la maison de son Père. * » Jésus-Christ assure lui-même, « qu'on ne peut rien sans lui; que personne ne va au Père que par lui , et que celui qui sera victorieux , il en fera une colonne dans le temple de son Dieu. - » Et de là j'ai conçu , que Jésus-Christ était le vrai Salomon , qui devait élever, à la gloire de son Père , le temple éternel dont le Salomon charnel et le temple matériel nétaient que Tombre et la figure. C'est pour cela que dans le Traité de la Nature et de la Grâce, je compare Jésus-Christ dans la distribution de ses dons, à un architecte qui construit un édifice à la gloire de son prince.

XXIII. J'ai lu dans saint Paul, que Jésus-Christ est « le chef de l'Église , dont les membres reçoivent l'accroissement par l'efficace de son influence , selon la mesure qui est propre à chacun d'eux , afin qu'il se forme et s'édifie par la charité. » Jésus-Christ lui-même, se compare à un cep de vigne, et ses disciples aux branches qui en reçoivent la nourriture. Et de là , et de plusieurs autres passages , qu'il n'est pas nécessaire de rapporter, j'ai conclu que Jésus-Christ comme homme n'était pas seulement la cause méritoire , mais, pour parler selon les principes que je crois avoir prou- \és aux philosophes , pour lesquels uniquement est composé le Traité, qu'il était encore la cause occasionnelle sur laquelle est fondée la loi générale de la grâce , par laquelle Dieu veut construire son grand ouvrage en son Fils et par son Fils. Car si Dieu fait tout comme cause véritable , il ne communique sa puissance aux hommes , qu'en les établissant causes occasionnelles, pour déterminer l'efficace de quelques lois générales par leurs désirs, qui certainement sont en leur pouvoir, puisque sans cela il est clair qu'ils n'auraient aucun pouvoir.

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