CHAPITRE IL
Des principales choses que chacun peut connaître de son éme en se consultant soi-même avec un peu d'attention.
Saint Aiigtistin a reconnu longtemps avant M. Descartes que , pour découvrir la vérité , nous ne pouvions commencer par rien de plus certain que par cette proposition : Je pense, donc je suis. Et il rapporte à je pense toutes les différentes manières dont nous pensons , soit en sachant certainement quelque chose . ce qu'il appelle inteïïigere , soit en doutant, soit en nous ressouvenant. Car il est certain, dit-il, que nous ne pouvons rien faire de tout cela que nous n'ayons en même temps des preuves certaines de notre existence. Et il conclut de là qu'afm que l'àme se connaisse , elle n'a qu'à se séparer des choses qu'elle peut séparer de sa pensée , et que ce qui restera sera ce qu'elle est , c'est-à-dire que l'àme ne peut être autre chose qu'une substance qui pense ou qui est capable de penser. Il s'ensuit de là que nous ne pouvons bien connaître ce qije nous sommes que par une sérieuse attention à ce qui se passe en nous , mais qu'il faut pour cela prendre un soin particulier de n'y rien mêler dont nous ne soyons certains, en nous consultant nous-mêmes, quand nous trouverions de la difficulté à l'expliquer par des mots qui , n'ayant ordinairement été inventés que par des hommes qui n'étaient attentifs qu'à ce qui se passait dans leur corps et dans ceux qui l'environnaient, n'ont été guère propres à attacher les opérations de leur esprit à des sons particuhers qui nous fussent une occasion d'y penser.
Or. quand notre esprit étant délivré des préjugés de l'enfance est arrivé jusqu'à connaîtiT que sa nature est de penser, il reconnaît facilement qu'il serait aussi déraisonnable de se demander pourquoi il pense , que si au regard de l'étendue il demamlait pourquoi elle est divisible et capable de diffé-