‹ Œuvres philosophiques de Antoine ArnauldChapitre 152 sur 172 · II. « Penser, connaître, apercevoir, sont la même chose · texte numérisé non relu

II. « Penser, connaître, apercevoir, sont la même chose

III. « Je prends aussi pour la même chose, Vidée d'un objet et la perception d'un objet. Je laisse à part, s'il y a dautres choses à qui on puisse donner le nom d'idée : mais il est certain qu'il y a des idées prises en ce sens, et que ces idées sont ou des attributs, ou des modifications de notre à me.

IV. « Je dis qu'un objet est présent à notre esprit quand notre esprit l'aperçoit ou le connaît. Je laisse encore à examiner s'il y a une autre présence de l'objet préalable à la connaissance, et qui soit nécessaire, afin qu'il soit en état d'être connu. Mais il est certain que la manière dont je dis qu'un objet est présent à l'esprit quand il en est connu, est incontestable ; et que c'est ce qui fait dire, qu'une personne que nous aimons nous est souvent présente à l'esprit . [tarrc que nous y pensons souvent.

V. « Je dis qu'une chose est objectirernevl dans mon esjirit, quand je la conçois ; quand je conçois un carré , le soleil , un son ; le soleil , le carré , le son , sont objectivement dans mon esprit, soit qu'ils soient ou qu'ils ne soient pas hors de mon esprit.

VI. « J'ai dit que je prenais pour la même chose la perception et l'idée. Il faut néanmoins remarquer que cette chose, quoiqu'unique, a deux rapports : l'un à Tàme qu'elle modifie; l'autre à la chose aperçue, en tant qu'elle est objectivement dans l'àme : et que le mot de perception marque plus directement le premier rapport, et celui d'idée le dernier. Ainsi la perception d'un carré marque plus diredement mon àme comme apercevant un carré ; et Vidép d'un carré marque plus directement le carré, en tant qu'il est ohjoctivcmeni dans mon esprit. Cette remarque est très-importante |iour résoudre beaucoup de difficultés, qui ne sont fondées que sur ce qu'on ne comprend pas assez f[ne ce ne sont

3^0 RÉPONSE DE MALEBRAXCHE

point doux entités ditTérentes, nlai^î une même modification de notre âme, qui enferme essentiellement ces deux rapports: puisque je ne puis avoir de perception, qui ne soit tout ensemble la perception de mon esprit comme apercevant, et la perception de quelque chose comme aperçue ; et que rien aussi ne peut être objectivement dans mon esprit ( qui est ce que j'appelle idn^ ] que mon esprit ne l'aperçoive.

VII. (( Ce que j'entends par les êtres représeniatiffi , en tant queje les combats comme des entités superflues, ne sont que ceux que Ton s'imagine être réellement distingués des idées prises pour des perceptions : car je n'ai garde de combattre toutes sortes d'êtres ou de modalités représentatives; puisque je soutiens qu'il est clair à quiconque fait réflexion sur ce qui se passe dans son esprit , que toutes nos perceptions sont (les jnodaliiéfi essentiellement représentatives. » III. M. Arnauld est grandement habile géomètre de supposer dans ses définitions comme certaine, la proposition qu'il doit démontrer. Voici cette proposition, dont il donne cinq démonstrations admirables. Une seule suffirait.

Proposition a démontrer. — Notre esprit n'a point besoin pour connaître les choses matérielles, de certains êtres représentatifs distingués des perceptions , qu'on prétend être nécessaires pour suppléer à l'absence de tout ce qui ne peut être par soi-même uni intimement à notre Ame.

Examen des définitions de M. Arnauld, par rapport A SA PROPOSITION A DÉMONTRER. — IV. Je prends, dit M. Arnauld dans sa troisième définition, «pour la même chose l'idée d'un objet et la perception d'un objet. »

Réponse. — Vraiment, Monsieur, cela supposé, « notre esprit n'a point besoin, pour connaître les corps, de certains êtres représentatifs distingués des perceptions, » comme il prétend le démontrer; car lorsqu'on a Vidée d'un objet, on connaît l'objet. Mais ce que M. Arnauld doit démontrer, c'est que l'on ]Hiisse avoir une perception de quelque ob-

jet, f;ans une idt^i' de cet objet, distinguée de la moihdih' de là me.

M. Arnauld. — \. « Mais je laisse à part , dit-il , s'il y a dautres choses à qui on puisse donner le nom dldée. Mais il est certain , qu'il y a des idées prises en ce sens , et que ces idées sont ou des attributs, ou des modifications do notre âme. >^

RÉPONSE. — Je crois avoir prouvé dans les chapitres précédents, que bien loin quil soit certain quil y ait des idéefi prises en ce sens, « quelles soient une même chose avec les perceptions, » que cela est très-faux. Je prétends quil ny a point de perception quand il ny a rien quon puisse apercevoir. Certainement , supposé qu'on puisse avoir la perception des objets sans en avoir les idées, il ne faut point un si grand attirail de définitions, d'axiomes et de demandes que celui qu'apporte M. Arnauld dans sou cinquième chal)itre, pour prouver que « nos modalités sont essentiellement représentatives: » car c'est la même proposition quant au sens. Ainsi, Monsieur, vous voyez que M. Arnauld suppose ce qui est en question.

Sa quatrième définition et toutes les autres sont superflues. Car pour démontrer les choses bien géométriquement , il ne faut dire que ce qui est nécessaire pour la démonstration ; et la troisième définition suffit, supposé qu'on soit assez bon pour la recevoir. Mais il faut examiner encore quelques autres définitions.

M. Ar.vaild. — VI. " Je dis qu'un objet est présent à notre esprit quand notre esprit l'aperçoit ou le connaît. )•> f Cela est fort bien jusque-là ; car on peut attacher aux termes les idées qu'on veut. Mais pour ce qui suit, c'est pétition de principe. ) « Je laisse , continue M. Arnauld , à examiner s'il y a une autre présence de l'objet préalable à la connaissance. Mais il est certain que la manière dont je dis qu'un objet est présent à fesprit quand il en est connu, est incontestable. >•>

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