‹ Œuvres philosophiques de Antoine ArnauldChapitre 155 sur 172 · VII. Au reste , Monsieur, ma proposition, que nous n'aper · texte numérisé non relu

VII. Au reste , Monsieur, ma proposition, que nous n'aper

' \oyri les cluip. 23, '^i et 25.

350 llÈPU-NSt DE MALEliHA.NCllE

ceNons point les objets par eux-mêmes, n'est équivoque qu en ce qu elle est générale. Elle marque seulement, que l'objet qu'on regarde nest point lidée. ou selon M. Arnauld, la jnodalité qui en est représentative. De sorte qu'elle est vraie au sens même de M. Arnauld : et je ne vois pas pourquoi il ne lui plaît pas de la recevoir. Mais de dire, que cette première phrase , ou cette entrée de discours dont je me sers pour venir à la définition du mot d'idée . soit le principe de ce que je veux prouver de la nature des idées, assurément c'est du moins ne prendre pas garde à ce qu'on dit. Car quand je n'aurais point marqué le sentiment de M. Arnauld dans rénumération que j'ai faite des diverses manières dont on peut voir les objets ' : quand je n'aurais point réfuté son sentiment dans le chapitre o de la deuxième partie du troisième livre et dans l'Éclaircissement sur ce sujet; il devrait avoir cette équité de croire . que je ne suppose qu'on ne peut voir les objets en eux-mêmes (ce qui néanmoins est certain) que parce que je veux réfuter des personnes qui en conviennent.

CHAPITRE Xil. — Re|)Oiisc à la deuxième cl iroisii-me proieiidtio DemonsUalion de M. Arnauld.

Ne trouvez pas mauvais, Monsieur, si je vous arrête à la lecture de choses qui n'ont nulle utilité, ni nul agrément. La réputation de M. Arnauld m'oblige, à cause de la vérité, à faire remarquer ses méprises, et qu'il a bien désappris à faire des démonstrations. Voici comme il commence sa seconde.

IP Démonstration de M. Arnauld. — I. « Ce n'est pas philosopher avec justesse, en traitant d'une matière importante . que de prendre d'abord pour un principe général , dont on fait dépendre tout ce qu'on dit dansia suile, ce qui non-seulement n'est pas clair, mais tout ce qui est contraire à ce qui

• Cliap. 1 do la deuxiiiiK- jcirli ■ du iroisii-uic Hmo-

110115 est si clair et si évident qu il nous est impossible d'en douter. » i C'est ce qu'il devrait prouver, et qu'il a mis dans sa proposition à démontrer, qu'apparemment il a oubliée.)

'< Or c'est ce qu'a fait lauteur de la Recherche de la Vérité dans son Traité de la Nature des Idées.

« On ne peut donc philosopher avec moins de justesse qu'il a fait dans cette matière , ni d'une manière plus opl»osée à celle qu'il a suivie dans presque toutes les autres. 11 n'y a que la mineure à prouver.

(( Ce qu'il a supposé d'abord comme un principe clair et indubitable, est que notre esprit ne pouvait connaître que les objets qui sont présents à notre àme. Et c'est ce qui lui fait dire : nous voyons le soleil . les étoiles, et une infinité d'objets hors de nous. .

UÉPONSE. — II. M. Arnauld a mis pour le titre de son huitième chapitre, aussi bien que des trois suivants. Demonsl ration. Mais vous voyez bien. Monsieur, que c'est la même méprise que dans le chapitre précédent. C'est là un moyen court et facile de faire des démonstrations à peu de frais. Mais aussi de ma part, je ne veux pas faire les frais d'une seconde réponse. Car ce que je viens de dire dans le chapitre précédent, suffit pour réfuter cette seconde démonstration. Je vous prie , Monsieur, d'y prendre garde.

m. Après que M. Arnauld, content de sa prétendue rkmonstration. s'est un peu égayé, il continue :

u Mais raillerie à part , il est certain que notre ami a supl)Osé , par ce qu'il dit en cet endroit et dans tout le reste de son Traité de la Xature des Idées, que notre àme ne peut voir ni connaître, ni apercevoir 'car tout cela est la même chose^ les objets éloignés du lieu où elle est, tant qu'ils en demeurent éloignés. » Or. non-seulement je doute de ce prétendu principe, mais je soutiens qu'il est faux de la dernière fausseté.

RÉPONSE. — IV. Sans doute ce principe est faux de la dernière fausseté, je l'ai toujours cm tel : il faudrait être bien

stiipide pour en douter. M. Arnauld a grand tort de me lattribuer, et de dire « qu'il est certain que je le suppose dans tout le reste du Traité de la Xature des Idées, »

V. Le supposé-je, lorsque je dis dès le premier chapitre de la Xature des Idées ', ces paroles sept ou huit lignes après sa citation : a II faut bien remarquer, qu'afin que Tespril « aperçoive quelque objet , il est absolument nécessaire que (( l'idée de cet objet lui soit actuellement présente; il n'est ' pas possible den douter Je n'examine point là ce que u c'est quidéC;; mais il n'est pas nécessaire qu'il y ait au « dehors quelque chose de semblable à cette idée. Car il ar- (' rive très-souvent que l'on aperçoit des choses qui ne sont « point, et qui n'ont jamais été, » Remarquez, Monsieur, ces paroles, et comparez-les avec celles-ci de M. Arnauld : w Mais raillerie à part , il est certain que notre ami a sup- « posé , par ce qu'il dit en cet endroit et dans tout le reste de i< son traité, que notre àme ne peut voir les objets éloignés a du lieu ou elle est , tant qu'ils en demeurent éloignés. «

«' Ainsi . continué-je. l'on a souvent dans l'esprit des idées « réelles de choses qui ne furent jamais. Lorsqu'un homme. (' par exemple , voit une nfontagne d'or, ii est absolument né- « cessaire que l'idée de celte montagne soit réellement présente u à son esprit; mais celte montagne n'est point réellement. « Encore un coup, je n'examine point dans ce chapitre ce que c'est qu' idée . et je n'établis mon sentiment, qu'après avoir prouvé, que toutes les diverses manières d'expliquer comment on voit les objets, sont fausses, excepté la mienne.

YI.M. Arnauld a-t-il pu croire que j'ai « supposé qu'on ne pouvait voir les objets lorsqu'ils étaient éloignés, » après les reproches qu'il me fait en tant d'endroits . que je dis qu'on ne les voit pas : que le soleil, par exemple , qu'on regarde, n'est pas celui que l'on voit; que ce qu'on voit, c'est l'étendue intelligible jointe avec la couleur, etc.'' A-t-il jni

' T.iv. HT . p.irl. II.

A M. ARXAULD. 353

croire que jai >iipposé « dans cet endroit et dans tout le reste du Traité (h la \alure de^i Idées , ce sentiment ridicule: lui qui sait et combat cette pensée que j'ai, que nous pourrions voir le monde tel qui! nous parait, quoiqu'il n'y eût rien de créé, et que je ne suis parfaitement assuré que par la foi qu'il y a des corps? Certainement , si je puis voir des corps, quoiqu'il n'y en eût point, je puis en voir quoiqu'ils soient éloignés. Il n'est donc pas certain que je suppose cette extravagance comme w un principe sur lequel j'établis tout ce que je dis de la nature des idées: « et M. Arnauld n'a pas pu avoir ce sentiment de moi. Cela est encore évident par ?n (piatrième et cinquième prétendue démonstration.

VII. Mais quoi ! j'ai dit « qu'il n'est pas vraisemblab'e que l'àme sorte du corps pour voirie soleil. '^ Donc j'ai cru qu'on ne pouvait \oir les objets lorsqu'ils étaient éloignés.

Rkponse. — L'équitable conséquence ! Lorsqu'on parle aux hommes selon leurs idées, les approuve-t-on? N'est-il pas visible que ce que je dis est plutôt une espèce de raillerie qu'un principe sur lequel j'établis ces sentiments qui renversent ce même principe? Mais qu'ai-je prétendu lorsque j'ai dit que l'àme ne s'allait pas promener dans le ciel pour y contempler les astres? J'ai prétendu qu'il fallait une idée pour les voir, et faire faire réflexion à une vérité , dont ceux que je voulais combattre tombent d'accord , mais à laquelle ils ne font pas toujours assez de réflexion. J'ai prétendu seulement qu'il fallait quelque chose de différent du soleil pour le représenter à l'àme. Que ce soit une modalité de iàrne , selon le sentiment de M. Arnauld, ou une espèce expresse, se4on certains philosophes, ou une entité créée avec Tàrne . selon d'autres, ou enfin de l'étendue intelUrjihle rendue sensible par la couleur ou la lumière, selon mon sentiment, c'est ce que je n'examinais point encore. En vérité, Monsieur, je ' n'ose appeler la conduite de M. Arnauld par son nom : ce que je puis dire de {)lus honnête , c'est que, ou il n'a pas entendu ce qi|'il critique , ce qui fait pitié, ou, ce qui est

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du moins foi t vraisemblable, il a voulu le rendre ridicule, ce qui est indigne et ne peut exciter que l'indignation des honnêtes gens. Si vous pouvez lire. Monsieur, les sept ou huit pages de discours qui restent de ce chap. 8 de M. Arnauld , sans indignation ou sans compassion à l'égard de notre ami . il faudra , ce que je ne crains nullement , que lui et moi . et la vérité nous vous soyons des choses fort indifférentes.

Il ne faut point . Monsieur, d'autre réfutation de sa troisième démonstration que celle que j'ai donnée de la première. Souvenez-vous , s'il vous plaît, de ce que j'ai dit dans le chapitre 11. et lisez ensuite le neuvième chapitre du livre de M. Arnauld.

r.ITAPITRE XllI. — Réponse à la quaîriémeel à la dernièro piPlt^mlii" Dt-munslralioii do M. ArnaiiM.

ï. ôimme mon dessoin nest pas de troubler incessamment l'état de la question, ce qu'il est évident que fait M. Arnauld dans tout son livre , je ne m'arrêterai pas à le réfuter page à page. Un volume in-folio ne suffirait pas pour faire remarquer toutes ses méprises et l'inutilité de ses citations et de ses longs et ennuyeux discours. J'espère seulement faire imprimer quelque jour ^ après l'examen du Traitr de h Xature e! de la Grâce) , son livre avec mes remarques. Car quoique mes remarques ne soient pas si propres à éclaircir ce sujet . que la manière dont je m'y suis pris, et que je vais continuer, la réputation de M. Arnauld demandera peut-être que pour l'établissement de la vérité je mette tout à ftiit certaines gens hors d'état de se prévaloir de son livre pour la détruire.

II. Ce que je prétends donc faire dans ce chapitre , cest d'expliquer mon sentiment par rapport aux idées toutes nouvelles de M. Arnauld , et faire en sorte que cette réponse se pnis-e lire avec quelque utilité pour les lecteur», et sans ce

\ M. \R.\ALI.n. o5r>

(légoùl qui en sciait inséparable si je ne pensais ([iTà juslilier (}iielques façons déparier, par lesquelles >[. Arnauld prétend tiiompher dans l'esprit de ceux qui ne conçoivent point clairement mes sentiments.

m. J'ai déjà dit plusieurs fois que dans la perception que nous avons des objets matériels il se trouvait deux choses : sentiment confus et idée claire. Que dans la perception que j'ai, par exemple, d'une colonne de marbre, il y a l'idée de rétendue, qui est claire, et le sentiment confus de blancheur qui s'y rapporte. Car. selon l'opinion dont M. Arnauld convient , et maintenant presque tous les philosophes , la couleur n'est qu'un sentiment ou une modification de l'Ame. Supposé que cette colonne soit dépouillée de sa couleur, ou que le sentiment de couleur qui s'y rapportait ne s'y rapporte plus, certainement je n'y verrai plus son étendue, car il est certain qu'on ne voit l'étendue que par la couleur. Cependant . comme je sais que la couleur n'est point essentielle a ce marbre, j'y concevrai toujours son étendue quoique in\isible ; et alors l'idée de mon esprit sera une colonne intelli- L'ible. Ainsi on voit la couleur, et par la couleur l'étendue. Mais la couleur est un sentiment confus qu'on sent sans savoir ce que c'est ; et l'idée de l'étendue une idée claire, par la- (juelle on peut connaître la matière et les propriétés dont elle est capable.

IV. Il y a donc idée claire et sentiment confus dans la perception qu'on a d'une colonne de marbre ; je dis idée claire de l'étendue et non du marbre. Car je connais la nature et les propriétés de l'étendue; mais je ne connais pas la configuration intérieure des parties du marbre : ce (jui fait que du marbre est ce qu'il est , et non pas de la brique ou du plomb. De sorte que, quoique j'aie une idée claire de l'étendue, qui m'est rendue sensible ou visible par la couleur, je ne connais pas pour cela distinctement ce qui fait que le marbre est marbre.

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