CHAPITRE XV. — Réponse au chapitre treizième
I. Afin, Monsieur, que vous compreniez ou l'injustice que me fait M. Arnauld. ou l'ignorance où il est du sentiment
368 BÉPONSE DE MALERRANCHE
qu'il combat, il faut que je vous représente les deux passages de la Recherche de la Vérité \ qu'il rapporte lui-même dans ce chapitre, pour prouver que j'ai changé de sentiment sur la manière dont nous voyons en Dieu ses ouvrages.
.lai dit dans le Traité de la Xature des Idées, que Dieu a en lui-même les idées de tous les êtres qu'il a créés, et que l'esprit peut voir en Dieu les ouvrages de Dieu . supposé que Dieu veuille bien lui découvrir ce qu'il // a en lui qui les rel)résente. Mais je me suis expliqué encore dans les Éclaircissements, en ces termes. « Lorsque j'ai dit, que nous voyons t( les différents corps par la connaissance que nous avons des u perfection? de Dieu qui les représentent, je n'ai pas en- « tendu précisément qu'il y eût en Dieu certaines idées parce ticulières qui représentassent chaque corps en particu- « lier (ce qui a rapport à ce que j'avais dit auparavant}, c II ne faut pas s'imaginer que le monde intelligible ait un « tel rapport avec le monde matériel et sensible, qu'il y ait, « par exemple, un soleil, un cheval, un arbre intelligi- « ble, destiné à nous représenter le soleil, un cheval . un « arbre, etc. »
II. M. Arnauld prétend que ce second passage n'est pas un éclaircissement de ce que j'avais dit dans le premier, mais une variation, une contradiction, une rétractation. Voici comme il commence ce chapitre 1 3 : « Il a encore bien plus varié en expliquant la manière dont il prétend que nous voyons les choses en Dieu. Après en avoir proposé une dans le chapitre 6 de la seconde partie du troisième livre, il s'en retracte dans les Éclaircissements, et il prend un tour tout différent, qu'il a cru meilleur, quoiqu'il soit incomparablement plus mauvais, etc. « Et plus bas , page 118. a Mais je me contenterai de considérer ici , que voulant changer sa première manière de voir les choses en Dieu . il l'a fait en ]iiant une chose très-véritable qu'il avait reconnue. Car il
' Recherche de la Vtriié . rhnp. fi de la (tpiixiéme partie du troisième livre.
A M. ARNALLD. 369
avait assez fait entendre, que cette manière consistait en ce que Dieu nous découvrait chacune de ses idées. Et c'est de quoi il ne veut plus demeurer d'accord dans ses Éclaircissements. ))
M. Arnauld commence encore le chapitre I i en m'imposant cette même rariatiori; et il le répète en d'autres endroits comme un sujet de triomphe. Voilà le fait : examinons-en , s'il vous plaît, les raisons.
RÉPONSE. — III. Voir en Dieu ses ouvrages, et la manière dont on les voit , ne sont pas tout à fait la même question. Mon dessein donc, dans le premier volume de la Recherche de la Vérité, était de prouver qu'on voyait en Dieu toutes choses : ce n'était point tant d'expliquer la manière dont on les voit, parce que je concevais d'ailleurs qu'on ne pouvait pas prendre le change sur cela. Il me semblait que tous ceux qui demeureraient d'accord qu'on voit en Dieu les choses matérielles , ne pourraient pas s'imaginer qu'on pût les voir autrement que par Yétt^ndue intelligible sur laquelle tous les corps sont formés ; car rien n'est plus clair que voir une boule par ce qu'il y a en Dieu qui la représente, c'est la voir par l'idée de l'étendue, archétype de tous les corps, nature immuable, nécessaire, éternelle, que renferme le Verbe. Ce ne fut jamais là une rétractation, mais plutôt une explication . qui serait même fort inutile si tous les hommes étaient capables de quelque réflexion. Je crois même, sans les Éclaircissements que j'ai donnés, avoir dès lors assez fait entendre ma pensée par ces paroles du chapitre VII ' . « Ainsi, « c'est en Dieu et par leurs idées que nous voyons les corps « avec leurs propriétés, et c'est pour cela que la connais- « sance que nous en avons est très-parfaite : je veux dire que « Vidée que nous avons de Yétendue suffit pour nous faire « connaître toutes les propriétés dont l'étendue est capable , « et que nous ne pouvons désirer d'avoir une idée plus dis-
' P.fclii'rche de ta Vrritr , deuxième p.irtio du troisième livre.
370 RÉPONSi: DE MALEBRANCHE
« tincte et plus férondo de l'étendue des figures et des inou- « vements, que celle que Dieu nous donne. <>
IV. Cependant, ayant reconnu par le commerce que j'ai eu avec diverses personnes, qu'il y en avait qui s'imaiiinaient quil y avait en Dieu, par. exemple, un soleil intelligible pour nous représenter le soleil matériel ; j'ai cru que je devais expliquer plus particulièrement ma pensée en faisant comprendre que , par ces termes généraux, ce qu'il y a en Dieu qui représente ks corps, j'entendais Yétendue intelligible sur laquelle Dieu les a formés ; laquelle étendue n'est déterminée à représenter un soleil, uij cheval, un arbre comme existants, que par le sentiment de couleur ou de lumière qui y est attaché en conséquence des lois de l'union de l'àme et du corps ; ainsi que j'ai déjà dit auparavant dans le chapitre 13 et dans les Éclaircissements. Jugez, Monsieur, si je suis aussi ridicule que M. Arnauld me représente.
V. Dans la deuxième page de ce treizième chapitre, M. Arnauld prétend qu'il faudrait voir Dieu face à face, comme il se fait voir aux bienheureux, afin qu'on pût voir en lui rétendue et ses propriétés. Il suppose que cela est :i clair, qu'il n'en donne aucune preuve : cependant , il suffirait, pour renverser mon sentiment, de bien prouver cette conséquence. Mais M. Arnauld a la liberté de dire tout ce qui lui vient dans l'esprit : il sait bien qu"on ne regarde pas de si près à tout ce qui vient de lui. Vous Tallez encore voir par la réponse qu'il donne au passage suivant, qui est tiré de la Recherche de la Vérité.
(' VI. Mais il faut bien remarquer', qu'on ne peut pascon- (f dure que les esprits voient l'essence de Dieu de ce qu'ils (• voient toutes choses en Dieu de cette manière, parce que ce « qu'ils voient est très-imparfait, et que Dieu est très-parfait. « Ils voient de la matière divisible, figurée, etc., et en Dieu il
' riiop. G 'iol.i (If'Mxièmf* pnriif du Ir.iisipmo livro.
A M. AR.NALLD. 371
(' ii"y a rien qui soit divisible ou figuré: car Dieu est tout « être parce qu'il est infini et qu'il comprend tout ; mais il « n'est aucun être en particulier. Cependant, ce que nous « voyons n'est qu'un ou plusieurs êtres en particulier, et « nous ne comprenons point cette simplicité parfaite de Dieu « qui renferme tous les êtres. Outre qu'on peut dire qu'on V ne voit pas tant les idées des choses que les choses mêmes (' que les idées représentent; car, lorsqu'on voit un carré, " par exemple, on ne dit pas que l'on voit l'idée de ce carré <■< qui est unie à l'esprit , mais seulement le carré qui est au « dehors. »
Réflexion de M. Arnauld sur ce passage. — « S'il pouvait y avoir quelque vraisemblance dans une opinion mal fondée, c'est tout ce qu'on pourrait dire de mieux pour ne rien attribuer a Dieu qui soit indigne de lui, supposé «piil ait voulu se servir de ces <'(res représentatifs. Mais c'est mal connaître notre esprit que de s'imaginer qu'une idée qui ■ serait en Dieu, et que notre esprit ne verrait pas, lui put servir à connaître ce que cette idée représente. C'est comme qui dirait que le portrait d'un homme que je ne connaîtrais que de réputation, étant mis si proche ou si loin de mes yeux que je ne le pourrais voir, ne laisserait pas de me pouvoir servir à connaître le visage d'e cet homme.
« C'est peut-être aussi ce qui lui a fait abandonner celte voie pour en prendre une autre, qui lui fait éviter cet inconvénient, mais qui le fait tomber en plusieurs infiniment plus grands, comme nous le verrons plus bas. »
RÉPONSE. — VII. Si vous avez, par estime pour M. Arnauld , quelque *i)eine sur cette objection qu'on verrait Dieu face à face si on voyait en lui que deux fois deux font quatre, ou que les trois angles de tout triangle en valent deux droits, ou toute autre vérité, je vous prie de lire les preuves que j'ai tirées de saint Augustin 'chap. 7, contre les modalités essentiellement représentatives. L'autorité de ce saint docteur vous rassurera.
37'2 RÉPONSE DE MALtIiRANCIlE
VIU. M. Arnauld m"im[)05e. dans le passage que je viens de citer, un sentiment ridicule cjue sa passion lui a fait voir dans la Recherche de la Vérité , sans qu'il y fût. « C'est que javais assez fait entendre que ma manière d'expliquer comment on \ oit en Dieu ses ouvrages, consistait en ce que Dieu nous découvrait chacune de ses idées. De quoi, dit-il, je ne veux plus demeurer d'accord. » De là il tire une conséquence, que je ne veux donc point quil y ait en Dieu d'idées particulières qui lui représentent tous ses ouvrages; et il emploie le reste du chapitre à prouver qu'il y a en Dieu de ces idées , ce qui . comme vous voyez , ne peut pas lui être bien difficile.
IX. J ai dit, Monsieur, que nous voyons en Dieu ses ouvrages par 'ce qu'il y a en lui quHes représente ; mais ce qu'il y a en lui qui les représente, c'est l'étendue intelligible ou ridée de l'étendue. Le soleil me paraît plus petit que lu terre , et il parai.t plus grand à Dieu qui voit les choses telles qu'elles sont ; je n'en ai donc pas la même idée particulière ; ce n'est donc pas par chacune de ses idées que Dieu me fait voir ces ouvrages : mais ce mot de chacune est aussi de la façon de M. Arnauld. J'ai parlé plus généralement, en disant toujours que nous voyons les ouvrages de Dieu par ce qu'il >i a en lui qui les représente et jamais par chacune de leurs idées. Ainsi j'ai eu raison de dire : c 11 ne faut pas u s'imaginer que le monde intelligible ait un tel rapport avec « le monde matériel et sensible, qu'il y ait, par exemple, un « soleil, un cheval, un arbre intelligible destiné à nous re- « présenter le soleil , un cheval et un arbre. » Et M. Arnaidd a tort de mimposer d'avoir soutenu que Dieu nous découvre ses ouvrages par chacune de ses idées, afin d'en conclure que jai changé de sentiment, et le redire à tous mom.ents. Il a tort de me répondre encore par ces paroles : « Et moi je dis qu'en ôtant le mot de nous, ce n'est pas une imagination , mais une certitude que le monde intelligible a un tel rapport avec !c monde matériel et sensible, (pi'il y a un soleil, etc..
A .M. AR.NALLD. 6 là
et il est impossible que cela ne soit pas. » Mais il a encore plus de tort d'avoir employé huit pages de discours, et les autorités de saint Augustin et de saint Thomas pour le prouver; car, qui doute de cette vérité '? Certainement je n'en ai jamais douté ; mais ce que dit M. Arnauld fera croire que j'en doute , et peut-être que cela lui suffit. Plût à Dieu que je me trompe dans la pensée que sa critique fait naître dans mon esprit !
CIIAPllRE XVI. — Réponse au quatorzième eliapiire.
I. Ce chapitre I i de M. Arnauld contient plus de vinirt pages, et il en faudrait du moins une centaine pour éclaircir toutes ses brouilleries. Il semble, à Tentendre parler, qu'il nait vu que le blanc et le noir dans ce qu'il critique : tantôt il m'attribue des impertinences, que dis-je, des impertinences? des hérésies et des impiétés, et tantôt il expose mes sentiments véritables et ii les combat par des discours qui ne les regardent nullement : en un mot. il confond si bien toutes choses, qu'il est beaucoup plus facile d'éclaircir le fond de la question que de donner de la suite et du sens -à ses paroles.
II. Ce qui! attaque principalement, c'est qu'on voit les objets matériels par létendue intelligible. D'abord il fait semblant d'être effrayé de cette pensée: et ensuite il dit. qu'il ne peut comprendre ce que j'entends par cette étendue intelligible. Et ainsi, par le trouble et l'embarras qu'il fait paraître, il trouble et embarrasse l'esprit de son lecteur, qui souvent entre naturellement et machinalement dans les dispositions des auteurs qui ont de la réputation.
III. « Je ne sais , dit-il page 129 , que vous dire d un tel discours; j'en suis effrayé. Car je trouve qu'il renferme tant de brouilleries et de contradictions, que toute ma peine sera d'en démêler les équivoques . et d'en découvrir les paralogismes. ( Il devait plutôt dire , que toute sa peine sera de le remplir d'équivoques, et d'y trouver des paralogismes. ] Et [)lus bas. page lj'3. ' De bonne foi. je ne saurais deviner
37^ KÉPONSL DE MALLIJRANCIlli
ce quil a voulu que nous entendissions par celte étendue intelligible intinie, dans laquelle il prétend maintenant , je Tai toujours prétendu que nous voyons toutes choses (oui . toutes les choses matérielles , ; car, continue-t-il , il en dit des choses si contradictoires, qu'il me serait aussi ditTicile de m"en former une «otion distincte sur ce qu'il en dit, que do comprendre une montagne sans vallée. C'est une créature , et ce n'est pas une créature : elle est en Dieu et elle n'est pas en Dieu : elle est divisible, et elle n'est pas divisible: elle n'est pas seulement éminemment en Dieu , mais elle y est formellement ; et elle n'y est qu'éminemment , et non pas formellement. C'est une créature, puisque c'est l'étendue que Dieu a faite : et c'est l'étendue que Dieu a faite, puisqu'il prouve par là que Dieu la connaît. » Dieu, dit-il, renferme en lui-même une étendue intelligible infinie. Car Dieu connaît rétendue, puisqu'il Ta faite; et il ne peut la connaître qu'en lui-même. « Et ce n'est pas une créature, puisque si cela était, en voyant les choses dans cette étendue intelligible infinie, nous ne les verrions que dans une créature, et son dessein est que nous les voyons en Dieu. Et par là il faut qu'elle soit Dieu, etc. »
RÉPO-NSE. — IV. Y a-t-il , Monsieur, du sens dans ces paroles de M. Arnauld? Entend-il mon sentiment? ou s'il l'entend, est-il sincère •? Mais pour le tirer de son embarras, et dissiper le trouble qu'il jette daus l'esprit de son lecteur, je lui demande :
Dieu ne connaît-il pas l'étendue qu'il a faite, avant que de lavoir faite? Ce serait une impiété que de le nier. Dieu a donc en lui-même l'idée de l'étendue ; or, c'est cette idée de l'étendue, c'est ce qu'il y a en Dieu qui représente l'étendue, ainsi que je me suis expliqué dans la Recherche de la Vérité : c'est cela que j'appelle ici et dans les Éclaircissements qu'il cite, étendue intelligible. M. Arnauld me rend-il justice, de prétendre qu'ayant dit dans un premier volume , qu'on voyait les cori>s dans ce qu'il y a en Dieu <j[ui ks représente, j'ai
A M. ARNADLD. ' ou
changé de sentiment , à cause que je parle autrement dans le troisième, qui contient les Éclaircissements, et que je dis dans le passage qu'il cite , qu'on les voit dans l'étendue intelligible ■? N'est-il pas visible que c'est la même pensée ? Mais est-ce une chose aussi difficile « de se former une notion aistincte de cette étendue intelligible, que de comprendre une montagne sans vallée? >■>
V. '( Cette étendue intelligible, dit M. Arnauld, est une créature, et n'est pas une créature. C'est une créature, puisque c'est l'étendue que Dieu a faite. ;>
RÉPONSE. — Qui est l'impie qui a dit cette impiété? je lui dis anathème. Mais cet impie c'est moi-même ; << puisque , dit M. Arnauld, je prouve par là que Dieti connaît les créatures. » Oui, Dieu connaît dans son Verbe les créatures : mais son \'erbe lui est consubstantiel. Dieu voit les corps dans l'étendue intelligible : mais les corps ne sont point l'idée dans laquelle Dieu les voit. Leur être est bien différent de la nature immuable, ou de l'archétype sur lequel Dieu les a formée. M. Arnauld ne sait-il pas que l'essence de Dieu . en tant qu'elle est participahle par les créatures, est l'idée éternelle dans laquelle Dieu les voit? Mais c'est peut-être qu'il suppose, que Dieu voit Içs créatures en elles-mêmes, et autrement que par ses divines idées, et par la connaissance qu'il a de ses volontés qui leur donnent l'être? ce qui est une impiété, comme le dit saint Augustin dans le passage même qu'il rapporte, hoc opinari sacrilegium est. Au reste, afin que l'embarras de M. Arnauld ne soit point une feinte, il faut bien qu'il ait sur cela un autre sentiment que moi. Qu'on tâche donc de s'en éclaircir, en lisant son livre depuis la page 129 jusqu'à l3o.
\I. Mais Dieu est-il cette étendue intelligible? oui certainement : car tout ce qui est en Dieu, est Dieu même. Cette étendue intelligible est sagesse, est puissance, est infiniment parfaite : non selon qu'elle est représentative des corps, non Sdlon que nous la voyons, non en tant qu'idée éternelle (]p>
370 BCPONSE de MALEBRANCnE
créatures, mais selon la subslance que nous ne voyons pas en elle-même. Car tout ce qui est en Dieu . est Dieu tout entier, pour parler ainsi. Sa substance n'est point divisible : et quoiqu'il y ait dans l'étendue intelligible des parties intelligibles, des fîgur'es intelligibles, et toutes les vérités géométriques. Dieu est un être simple . indivisible , immuable ; Dieu ne renferme qu'éminemment les corps qu'il a créés, mais il renferme dans la simplicité de sa substance infiniment infinie . les idées de toutes choses réellement, substantiellement. di\inement.
VIL « On voudrait bien, dit M. Arnauld page 143, que ce ne fût qu'éminemment que je misse en Dieu l'étendue intelligible : car cela pourrail ne rien marquer qui fut indigne de Dieu. )^ Quoi ! fera-t-il croire aux lecteurs . que je pense que l'étendue intelligible est une créature, aftn de leur persuader ensuite , que j'ai cru que les créatures n'étaient pas seulement en Dieu éminemment , mais formellement? A quel dessein brouiller ainsi tontes choses? Ne pourrais-je pas lui dire sur cela . et sur tant d'autres ou malignités, ou méprises . une partie de ce qu'il reproche à M. Mallet? « On voudrait bien, dit-il. que ce ne fût qu'éminemment, etc. » Que cette parole est équitable et charitable ! je l'en remercie. Voilà comment il faut traiter ses amis. Il faut excuser leurs impiétés, ce ne sont que des méprises. Mais pourquoi prouvet-il si au long que ce n'est point éminemment , mais formellement, que j'ai cru que l'étendue intelligible était en Dieu, après avoir parlé de cette étendue comme de quelque chose tout à fait indigne de Dieu? c'est assurément, qu'il faut préférer l'amour de la vérité à une honnêteté pernicieuse à ses amis. Jugez, Monsieur, de la conduite de M. Arnauld. Excusez son esprit, ou son cœur. Appelez cela par le nom qu'il vous plaira. Mais s'il vous a troublé sur mon sujet . rassurez-vous . et n'abandonnez pas la vérité, quoiqu'il la tourne en ridicule, et la représente comme un fantôme qui ne doit faire peur qu'aux esprits faibles.
A M. ARNAirn. 377