‹ Œuvres philosophiques de Antoine ArnauldChapitre 163 sur 172 · CHAPITRE XIX. — Réponse au ilix-spptiémc chapitre · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX. — Réponse au ilix-spptiémc chapitre

I. Ce chapitre 17 contient plusieurs passages tirés de la Uecherche de la Vérité, par lesquels M. Arnauld prétend que je me contredis à mon ordinaire , et que je dis, « tantôt qu'on voit Dieu en voyant ses ouvrages, et tantôt qu'on ne voit pas Dieu , mais ses ouvrages. » Et enfin, comme il s'imagine que mon sentiment sera odieux, et paraîtra ridicule au commun des hommes, s'il m'oblige à dire qu'on voit Dieu . il conclut ainsi son chapitre.

II. « Tant s'en faut donc que l'on puisse dire , selon la nouvelle philosophie des idées , que quand nous voyons les créatures en Dieu, ce n'est pas Dieu que nous voyons, mais seulement les créatures : qu'il faut dire absolument tout le contraire : que quand nous voyons les créatures en Dieu, c'est Dieu uniquement que nous voyons, et nullement les créatures. Car si celui qui voit le soleil en Dieu , ne voyait pas Dieu , mais le soleil que Dieu a créé ; ce serait le soleil matériel qu'il verrait, puisque c'est le soleil matériel que Dieu a créé. Or, selon cet auteur, celui qui regarde le soleil, no voit point le soleil matériel, mais seulement le soleil

intelligible. Il ne voit donc que Dieu, et non pas le soleil que Dieu a créé. >'>

RÉPONSE. — III. Jai déjà, ce me semble, ruiné plusieurs fois ce raisonnement de M. Arnauld , et répondu a cette prétendue contradiction, chapitre 9 et ailleurs, en disant, que lorsqu'on ne voit lÈtre divin , quen tant qu'il est participé par les créatures, on ne voit que les créatures ; car certainement on voit les créatures, lorsqu'on a leurs idées présentes à l'esprit : et leurs idées ne sont que l'Être divin, en tant qu'il est la ressemblance , ou la représentation des créatures qui y participent. Voyez, Monsieur, la quinzième question de la première partie de la Somme de saint Thomas. Dieu voit sans doute son ouvrage comme possible, lorsqu'il voit l'idée (|u'il en a : et il sait que cet ouvrage existe, ou il le voit comme actuellement existant , parce qu'il sait que la volonté qu'il a de le produire, est efficace. Pourquoi donc , lorsque les hommes voient les idées des choses, et qu'ils sont avertis par des sensations dont Dieu les touche à l'occasion des corps, que ces mêmes corps existent; pourquoi, dis-je, no dira-t-on pas, que c'est proprement ces corps qu'ils voient, et non pas Dieu, quoiqu'ils ne les voient qu'en celui qui seul peut nous éclairer?

IV. « Si celui qui voit le soleil en Dieu, dit M. Arnauld. ne voyait pas Dieu, mais le soleil que Dieu a créé, ce serait le soleil matériel qu'il verrait, puisque c'est le soleil matériel que Dieu a créé.

« Or, selon cet auteur, celui qui regarde le soleil , ne voit point le soleil matériel, mais seulement le soleil intelligible. Il ne voit donc que Dieu, et non pas le soleil que Dieu a créé. »

RÉPONSE. — Je réponds, que celui qui regarde le soleil ne voit point le soleil immédiatement , et en lui-même : il ne voit le soleil que par l'idée du soleil : il ne le voit que par l'étendue intelligible, rendue sensible par le sentiment vif de limùère, que Dieu cause dans l'àme en conséquence de

o9Zi RKPONSE DE MAI.Er.RANCnE

l'union de l'esprit et du corps : lequel sentiment, par les raisons que j"ai déjà dites, l'averfit de son existence et de sa présence. En un mot, il ne voit le soleil qu'en Dieu : et néanmoins il ne voit point Dieu à proprement parler: parce que ce n'est pas voir Dieu, que de voir ce qu'il y a en lui qui a papport à ses ouvrages, ou que de le voir seulement en tant qu'il peut être participé parles créatures. ^ V. Je crains si peu de dire qu'on voie Dieu en ce sens, que je soutiens au contraire, qu'il n'y a que Dieu qui soit visible, qu'il n'y a que lui qui soi' lumière, qu'il n'y a que la substance intelligible de la raison universelle qui puisse pé- UL^trer les esprits, et les éclairer par sa présence. Je prétends qu'on ne peut sans lui, ni hors de lui, trouver la vérité, pour laquelle sont faits les esprits : comme on ne peut trouver sans lui, ni hors de lui. le bien, terme nécessaire de tous les mouvements de nos volontés.

Certainement, le pécheur ne cherche que Dieu par le mouvement naturel de son amour, quoiqu'il s'en éloigne par l'erreur de son esprit, et par le déré^^lement de son cœur. Il ne cherche que le bien, qui ne se trouve qu'en Dieu, puisque Dieu seul peut agir en l'àme, et la rendre heureuse. C'est le sentiment de saint Augustin ' : et rien n'est plus clair à celui qui sait, que Dieu seul, et non les corps, est la cause unique et véritable des plaisirs dont on jouit à leur occasion. De même , l'esprit ne voit que Dieu . quoiqu'il regarde les objets sensibles, comme le sujet et la cause de ses connaissances. Dieu a fait nos esprits pour le voir, aussi bien que nos cœurs pour l'aimer ; et cela s'exécute toujours de sa part, quelque opposition que nous y apportions de la nôtre ; c'est que l'erreur n'est pas visible , ni le vice aimable. On ne tombe dans l'erreur qu'en cherchant mal la vérité. On ne peut aimer le mal par l'amour même du mal. Lorsqu'on se trompe, on croit voir ce qu'effectivement on ne voit point.

' Cnnffxi'i.. liv. 11, oliap. G.

A .M. All.NALLD. 395

Lorsqu 011 [téche. on croit uinier ce qu ctlL'cli\uiiiL'iit on naime point; car on ne peut, en un sens, ni connaître, ni aimer que Dieu : on ne peut connaître que la vérité, on ne peut aimer que le bien ; et la vérité et le bien ne se trouvent qu'en celui qui seul est au-dessus de Tesprit. qui seul peut le rendre sage et heureux. Dieu ne nous a pas faits pour aimer les objets sensibles : on ne peut aimer le bien en les aimant. Il ne nous a pas faits aussi pour contempler les corps ; on ne peut en les contemplant voir la lumière. Lorsqu'on les regarde sans voir Dieu, on ne voit, ou plutôt on ne sent que soi. Lorsqu'on les recherche sans aimer le bien, on n'aime que soi. On ne voit que la couleur, lorsqu'on les regarde avec les yeux du corps. On naime que son plaisir, lorsqu'on court a leur jouissance: et la couleur et le plaisir ne sont que des modalités de notre être propre.

VL Mais si on aime autre chose que soi par l'impression d amour que Dieu met en nous, comme Dieu n'agit que pour lui, on naime que le bien, ou la cause du plaisir qui ne se trouve qu'en Dieu. De même, si on voit autre chose que soi, lorsqu'on regarde les corps , comme Dieu n'agit que pour lui, on voit une substance inteUigible qui ne se trouve que dans la raison universelle, pour laquelle les esprits sont faits, comme les cœurs le sont pour aimer le bien véritable. Car je prétends que la capacité que nous avons de connaître, aussi bien que celle que nous avons d'aimer, est uniquement pour Dieu. })our contempler la substance intelligible de la vérité : et que si Dieu -avait voulu que le soleil fût l'objet immédiat de la connaissance que nous en avons, Dieu aurait fait notre esprit en partie pour voir le soleil ; il semble que notre esprit ne serait pas fait uniquement pour Dieu ; Dieu ne serait pas la fin de notre esprit en toutes les manières possibles , et il est certain que Dieu agit pour lui en toutes les manières possibles qui sont dignes de lui.

VIL M. Arnauld dit . que ce riii^runenient r.<t clriuuje, cl

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que c'est un pur sophisme. Et voici rargument par lequel il prétend le renverser :

(( Cet auteur, dit-il. prétend que notre ànie se connaît ellemême, sans se voir en Dieu, et sans rien voir qui soit en Dieu en se connaissant. Or cela ne donne pas lieu de dire que notre àme soit pour elle-même, et non pas pour Dieu. Encore donc que notre esprit eût le soleil pour objet immédiat de sa connaissance, on ne pourrait pas dire pour cela . que notre esprit fût pour le soleil, et non pas pour Dieu. »

RÉPONSE. — Je nie sa majeure. J'ai dit tant de fois . que lame ne se connaissait point elle-même, et qu'elle n'avait que sentiment intérieur de son existence et de ses modalités actuelles, que je ne comprends pas, comment M. Arnauld suppose que je crois qu'elle se connaît. Car en6n, il combat fort au long dans les chapitres 22, 23 et 2i, le sentiment que jai. qu'elle ne se connaît pas. J'ai dit plusieurs fois, (pie lame n'était que ténèbres à elle-même, que sa substance était inintelligible, et ({u'elle ne verrait jamais ce quelle est, jusqu'à ce qu'elle put contempler son idée, ou Varchéh/pe sui' lequel Dieu la formée, et hors duquel rien n'est intelligible ; car toute la capacité que nous avons de connaître n'est faite ({ue pour voir la lumière , hors de laquelle on ne voit ou on ne connaît aucune chose, parce que Dieu n'agit que pour lui, et ne fait les esprits que pour la raison qui lui est consubstantielle.

CllAPJTHK XX. — Réponse aux dix-huilicme. div-iieu\ieiiit' cl vingUéme cliapilrcs..

I. Ecoutons M. Arnauld. ^ Je me persuade que Ion verra, maintenant, que j'ai eu raison de ne me pas amuser à répondre aux preuves, dont cet auteur si ingénieux et si subtil a cru avoir bien appuyé le sentiment qu'il a « que nous vovons toutes choses en Dieu. ^^ Cela aurait été néces-

A M. Ai;.NAUM\ 397

saire , si on n'avait eu a lui opi)Oser que des raisons vraisemblables; car on ne peut juger alors, qui sont celles qui le sont le plus , (ju en les comparant les unes aux autres. Mais cette comparaison est inutile, quand on peut faire voir démonstrativement la fausset^î d'une opinion que l'on combat. Et je ne crois point me tromper, quand j"ose espérer que toutes les personnes trouveront que je lai fait ici. >^

RÉPONSE. — Et moi , Monsieur, je ne crois point me tromper, quand j'ose espérer que toutes les personnes qui entendront mon sentiment et sa réponse, jugeront que, bien loin que M. Arnauld en ait fait voir démonstratirement la fausselé, il n'y a pas seulement donné la moindre atteinte , faute de le bien concevoir et d'écouter trop son chagrin ([ui l'en empêchait.

II. M. Arnauld prétend dans ce cliapitre et dans les deux (|ui suivent, oiev trois o préjugés, qui pourraient, dit-il, empêcher qu'on ne se rende si facilement à ce qu'il dit conti e la nouvelle philosophie des idées. »

Le premier préjugé, c'est la réputatioîi de l'auteur de la liecherche de la Vérité. Voilà, Monsieur, un grand préjugé 1 Plût à Dieu que la réputation de M. Arnauld ne fît point plus de tort à la vérité que la mienne ! Quand oîi croit ce que dit M. Arnauld sur sa parole, ce n'est pas là préjugé. Mais quand on est ébranlé par mes raisons, auxquelles M.- Arnauld dit cavalièrement, « qu'il a eu raison de ne pas s'amuser à répondre , » c'est préjugé, qu'on y prenne garde. « Car j'ai acquis, dit-il, une si grande réputation dans le monde , et avec raison ( car il y a dans mon livre un grand nombre de très-belles choses . qu'il y aura bien des gens qui auront peine à croire, qu'un si grand esprit et si pénétrant, puisse être repris avec justice d'avoir avancé tant de choses si peu raisonnables. "

RÉPONSE. — lïï. En vérité. Monsieur, la plus fausse pensée de M. Arnauld , c'est que l'auteur de la Recherche de la Vérité ait l'esprit si grand et si pénétrant. Je doute même que

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M. ArnauUl ait ce sentiment de moi : car si cela était, comment l'accorder avec lui-même , lui qui mo fait dire tant d'extravagances et si contraires au sens commun? Mais quoi qu'il en soit , je me connais mieux que M. Arnauld ne me connaît, et je rends ce témoignage à la vérité, en l'honneur de la raison qui m'éclaire , que sMl y a quelque chose de solide dans mes ouvrages, c'est uniquement que je la consulte , au lieu des modaliti's de mon àme. qui ne sont essentiellement représentatives que des sentiments confus ; c'est que je tâche de discerner ses réponses , de celles que me rendent à tous moments mes sens , mon imagination et mes passions . quelque etlort que je fasse pour leur imposer silence. J'espère que les lecteurs ne me feront point d'honneur aux dépens de la vérité, et qu ils ne rejetteront point mes raisons . sous ce prétexte , {jue j'ai assez d'esprit pour les surprendre. Je ne suis pas, comme M. Arnauld . aguerri dans les disputes. Quand il parle, la prudence veut qu'on ait de la défiance : sa réputation , son esprit, ses manières, et même à l'égard de bien des gens . l'état de ses affaires , imposent étrangement. Mais moi, je n'ai nulle adresse, ni nulle qualité pour soutenir ce que la vérité ne soutient pas. De sorte que si ma réputation est un préjugé qui peut favoriser l'erreur, et contre lequel on doit être en garde . certainement je puis dire . que celle de M. Arnauld est capable de faire entrer dans l'esprit les erreurs les plus dangereuses et les plus insoutenables. Il me semble que pour renverser mes sentiments , il suffit de réfuter les raisons qui les appuient; à quoi M. Arnauld n'a pas cru devoir s'amuser. Mais quand j'aurais détruit son ouvrage de fond en comble, j'appréhenderais encore avec raison, que sa réputation ne fut un préjuge assez fort pour le rétablir et pour l'affermir dans l'esprit de bien des gens.

IV. Le second préjugé contre lequel M. Arnauld munit son lecteur, c'est qu'il semble que mon sentiment . qu'on voit eu Dieu toutes choses, « fait mieux voir qu aucun autre.

combien les esprits >ont déi)endants de Dieu, et comLieii ils lui doivent être unis. » C'est le titre du dix-neuvieme chajiilre.

RÉPONSE. — M. Arnauld connaît trop bien les hommes ])Our croire que ce sentiment . qu'on voit eu Dieu tuuks choses, soit de leur goût; et qu'ainsi il est à propos de lui ôter cet air de religion qui peut favoriser son entrée dans les esprits. Certainement , Monsieur, tous les préjugés sont contraires à mon sentiment ; et je sais par expérience , que les personnes même qui ont le plus de piété, ne sont pas toujours les plus i>ortées à le recevoir. Quand M. Arnauld rappelle mystérieux . c'est qu'il sait bien que c^tte expression réjouit le monde. Quand il le traite de ridicule , c'e:t qu'il suit les mouvements naturels de l'imagination. Car 1 imagination, qui est la maîtresse du monde, ne permettra jamais qu'on invoque la raison , et qu'on la consulte. La vérité ne règne point ici-bas : l'imagination, qui s'est révoltée, l'en a bannie.

V. Qu'on invoque les Muses au commencement d'un poème; qu'on mette en mouvement les esprits et le sang par la mesure des vers, et Tàme en fureur par une peinture vive des objets de nos passions: voilà le goût du siècle corrompu; car rien ne paraît grand à l'esprit, que ce qui frappe vivement l'imagination. Mais qu'on invoque la raison ; qu'on exhorte les hommes a rentrer en eux-mêmes , |X)ur y entendre la voix basse, mais pure et intelligible de la vérité qui leur parle; on devient le sujet de la raillerie des imaginations hardies . ou l'objet de la frayeur des imaginations faibles, qui appréhendent tout ce qui ne leur est point familier: c'est une nnjsterieuse pensée, que de dire qu'on voit toutes choses en Dieu; c'est une nouvelle philosophie des idées, qui mérite d'être traitée de ridicule. Voilà comme parlent ceux qui ont l'imagination vive et hardie. Mais ceux qui l'ont faible appréhendent d'avoir commerce avec Dieu; ils aiment mieux regarder les corps comm.e le principe de leurs con-

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naissances, et se familiariser avec eux , que de reconnaître leur grandeur, soutenir leur dignité , vivre en société avec le Dieu invisible. Bassesse desprit . fausse humilité, crainte servile qui atlaiblit ou qui éteint la noble ardeur de la charité des enfantai de Dieu.

VI. Je crois, Monsieur, que vous voyez bien que c'est prendre une précaution fort inutile, que d'avertir le monde qu"il prenne garde au préjugé avantageux à mon sentiment : car cela m"a obligé à faire attention aux préjugés qui lui sont désavantageux. Et jespere maintenant, que la réputation de M. Arnauld et la disposition où Ton est naturellement à regard de ce sentiment, qu'on roif en Dieu toutes choses, sont deux préjugés qui feront moins de tort à la vérité, qu'ils n'eussent fait, si M. Arnauld n'avait point voulu précautionner son lecteur aussi mal a propos qu'il a fait.

YII. Mais dans son vingtième chapitre . il parle encore dime troisième chose, qu'il lui plaît aussi d'appeler préjuge, et qui lui paraît capable de favoriser ma mystérieuse pensée, ou ma nouvelle philosophie des idées. Voilà comme il l'explique dans le titre du chapitre du troisième préjugé ; « Qu'en n'admettant point cette philosophie des idées, on est réduit à dire que notre àme pense, parce que c'est sa nature, et que Dieu en la créant lui a donné la faculté de penser. »

Je dis, Monsieur, qu'on voit en Dieu toutes choses: M. Arnauld : que l'àme conngit la vérité , parce cjue c'est sa nature de penser : lequel des deux sentiments est conforme aux préjugés? Il est clair que les préjugés ne favorisent pas les sentiments extraordinaires. Or, selon M. Arnauld, page 204, mon sentiment est extraordiîiaire : il l'appelle ailleurs un étrange paradoxe : et ce sentiment, que l'âme pense, parce que c'est sa nature, est celui de tous ceux qui n'ont jamais examiné le fond de la question : c'est un sentiment fort commun. Pourquoi donc appréhende-t-il qu'on ne rejette par préjugé son opinion, et qu'on ne donne dans la mienne? Est-ce là ap[>oler les choses par leur nom? Aurais-je raison.

disputant rontro un cartésien, fie dire qu'il faut prendre jiarde d'entrer par préjugé dans l'opinion de ceux qui disent que les bêles ne sentent point? IMais c'est que pour soutenir une méchante cause, il faut faire tout valoir. Il faut du moins prendre l'air et les manières d'un homme qui suit exactement la lumière de la raison, et qui n'appréhende rien tant que les préjugés. Néanmoins, j'espère qu'on verra bien que les trois prétendus préjugés, qui sont les seuls que M. Arnauld fait semblant de craindre, ne lui peuvent faire de mal; et que d'autres préjugés eussent fait beaucoup de tort à la vérité' , s'il ne m'avait oljligé d'y faire penser les lecteurs.

CHAPITRE XXI. — Réfutation de quelques réponses que f;iif. ]M. Arnauld aux preuves de mon scnliment.

1. M. Arnaud , dans les chap. 19 et 20 , prétend prouver que j'ai tort d'avoir joint ensemble ces deux propositions : (' que c'est Dieu qui nous éclaire , et que nous ne sommes point à nous-mêmes notre lumière. » Il soutient que Dieu est véritablement notre lumière, quoique nos modalités soient, selon son opinion, essentiellement représentatives; « parce que , selon le sentiment de l'auteur de la Becherche de la Vérité (car il semble qu'il craigne même en cela d'ôter à lame sa prétendue faculté de penser , et de rendre à Dieu seul tout l'honneur qui est dû à sa puissance, comme il ne rend pas tout celui qui est dû à sa sagesse, raison universelle des intelligences), il n'y a que Dieu , dit-il, qui soit la cause véritable des modifications do l'âme, >y Ainsi, quoiqu'elle ne voie les choses que dans ses propres modalités , elle n'est point à elle-même sa lumière , puisqu'elle ne peut rien connaître que Dieu n'agisse en elle.

RÉPONSE. — 11. .Te réponds qu'en ce sens l'homme n'est pointa lui-même la cause de sa lumière; mais je soutiens que même en ce sens il ne laisse pas de s'éclairer véritable-

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ment , ou d'être à hd-mJme réellemt^nt et formellenienl sa lumière; car ce qui nous éclaire fowiiellement , c'est ce qui nous représente formellement la vérité ; c'est ce qui nous représente les objets intelligibles dans lesquels nous découvrons la vérité , ou, ce qui est la même chose , entre lesquels nous découvrons les rapports; car la vérité ne consiste que dans les rapports que les choses ont entre elles , puisque deux et deux sont quatre, ou deux et deux ne sont pas cinq, ne sont des vérités que parce quil y a un rapport d égalité entre deux et deux et quatre, et un d'inégalité entre deux et deux et cinq. Or , selon le sentiment de M. Arnauld , « les modalités sont essentiellement représentatives, » non-seulement des créatures, mais même du Créateur, du fini et de l'infini . des nombres, de l'étendue , de Tàme même , et généralement de tout ce que l'esprit connaît. Donc, selon le sentiment de M. Arnauld. l'esprit est à lui-même sa lumière; ce que saint Augustin lui défend de dire par ces paroles : Dk quia tu tibi lumen non es, etc.

III. Il est visible que celui qui allume un tlambeau n'est pas la lumière corporelle du flambeau , quoique le flambeau n'ait sa lumière que par celui qui l'allume : c'est le flambeau qui éclaire, c'est le flambeau qui représente les objets et qui les rend visibles par sa propre lumière. Si donc les modalités de l'àme sont essentiellement représentatives ; si l'àme voit , en se considérant , les objets qui l'environnent , et généralement toutes choses, quoiqu'elle ne soit pas la cause de sa lumière, ce que je n'attribue pas à ceux qui ne sont point de mon sentiment : « elle est à elle-même réellement et formellement sa lumière, elle s'éclaire elle-même: » elle voit la vérité, non dans une raison universelle et commune à tous les hommes, comme le dit saint Augustin, mais dans sa propre substance.

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