‹ Œuvres philosophiques de Antoine ArnauldChapitre 2 sur 172 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

^ait paraîlre des Mûinoires que rendaient doublfiiieiil redoutables la force de sa dialectique et le nombre de ses partisans. Il eut affaire tour à tour aux prolestants et aux jésuites ; il s'engagea , avec Richard Simon , dans des discussions aj^profondies sur des points d'exégèse , et combattit h outrance la théorie de la Vision en Dieu et le Système de la nature et de la grâce du père Malebranche. On sait ([uij était entré dans cette polémique à la pressante sollicitation de Bossuet. Quatre de ses lettres contre Malebranche furent composées peu de mois avant sa mort , (jui arri\a à Liège, en 169'i. Il avait alors plus de quatrevingt-deux ans. Ses œuvres, réunies dans une édition publiée à Lausanne, de 1775 à 1781 , ne forment pas moins de quarante-deux volumes in-V.

Les ouvrages purement philosophiques d'Arnauld sont ses Objcciions contic les Méditations de Descanes, et sa j)()lémique contre la théorie de Ja Vision en Dieu de Alalebranche. On jH'Ut coujpter aussi la Locjiqiie de Port- Roi/al , qui est entre les mains de tout te monde , et à la rédaction de laquelle il coopéra avec Nicole. >ous avons reproduit, dans cette édition , les Objections d'Arnauld contre Descartes, morceau d'un ordre élevé qui, rapproché des discussions contre Malebranche , détermine la véritable place et le rôle d'Arnauld dans l'école cartésienne. Le Tiailc des 1 raies et des Fausses Idées que nous publions ensuite, provotjua une Réponse de Malebranche, devenue très-rare et que nous donnons tout entière parce qu'elle est nécessaire à linteliigence des écrits d'Arnauld, et que les éditeurs des œuvres complètes de Malebranche l'ont omise. Les deux adversaires ne s'en tinrent pas là ; Arnauld répondit très-longuement à la réponse de Malebranche; et un

iNTRonrcTioN. iij

1101111)10 assez ronsidérable de lettres et do Mémoires parurent de part et d'autre. Ce n'était pourtant (}u"un prélude à la discussion sur la grâce. Nous nous sommes bornés à extraite la partie philosophique de la Dcfoi.sc d'.Vrnauld contre la réponse de Maiebranche au livre des Vraies et des Fausses Idées. Cette défense ainsi réduite el débarrassée des détails personnels dont elle était chai-gée outre mesure , est un des meilleurs morceaux de critique qui soient sortis de la plume d'Arnauld, et elle résume avec force toutes ses objections contre la vision en Dieu et l'étendue intelligible. On aura ainsi dans un seul volume toutes les pièces vraiment importantes de ce grand procès; tout ce qui, dans les arguments d'Arnauld et dans ceux de .Maiebranche , peut jeter du jour sur la théorie des idées.

Maiebranche se plaignait avec amertume de l'animosité et de la mauvaise foi d'Arnauld ; en général les discussions ne lui allaient pas, et il ne s'y engagea jamais que malgré lui. Il avait au plus haut degré tous les caractères de cf'îte famille de philosophes méditatifs dont il a été le plus illustre : il abondait dans son propre sens: et comme il avait une fécondité admirable pour développer les consécpiences d'un principe , plus il réfléchissait sur ceux qu'il avait adoptés, plus il devenait inébranlable dans ses convictions, et inaccessible aux objections et aux difficultés. Arnauld , tout au contraire , plus accoutumé à la théologie qu'à la philosophie, et ayant passé sa vie presque entière à combattre les hérétiques au nom d'une autorité infaillible , avait plus de crainte des nouveautés , moins d'ouverture d'esprit pour les profondeurs de la métaphysique , et en même temps plus de liberté et de subtilité dans la disciis-

iv INTROnrCTlON.

sion. 11 R'sullo de ces différences que l'un étant snrtonl propre h l'invention , et l'autre à la critique, ils ont dû éclairer très-profondément une question si longuement débattue entre eux, mais il en résulte aussi qu'ils ne pouvaient guère s'entendre , et qu'ils ne se sont pas rendu justice. Plus d'une fois la discussion dégénéra en querelle , et ce fut , sur la fin , un spectacle affligeant. Malehranche, il faut l'avouer, profila avec cruauté de la position particulière d'Arnauld comme janséniste. Arnauld , qui se laissa aussi emporter fort loin , revient de temps en temps sur des jugements trop sévères; et les paroles suivantes , que nous extrayons de sa lettre du U janvier 1682, paraissent être l'expression définitive de sa pensée :

(' C'est le jugement. Monsieur, que je fais de notre ami. J'ai de la douleur de ce que quelques-uns de ses amis se sont trop hâtés de publier un écrit qui , contenant beaucoup de choses nouvelles et surprenantes , devait être vu et revu pendant un long temps et corrigé avec tant de soin qu'on pût avoir quelque assurance qu'on n'y aurait rien laissé , ou de mal prouvé , ou qui pût blesser la doctrine de l'Eglise. Mais cela n'empêche pas que je n'aie toujours une grande estime de son esprit, de sa vertu et de sa piété. Il écrit d'une manière si noble et si vive , qu'il est à craindre que , contre ses propres règles , il ne surprenne souvent le lecteur par les agréments de son discours , lorsqu'il prétend ne l'emporter que par la force de ses raisons. Il paraît qu'il n'est attaché qu'à la vérité , et que s'il ne la trouve pas toujours , ce n'est pas qu'il ne la cherche toujours de bonne foi; mais c'est que tout homme est homme , et capable de se tromper , lors même qu'on croit ne rien dire qu'après avoir bien con-

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