‹ Œuvres philosophiques de Antoine ArnauldChapitre 47 sur 172 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

QIATP.IÈME DKMONSTRATIOX.

Rien ne doit être plus suspect a ceux qui philosophent raisonnablement que ces entités philosophiques, dont on n"a que des notions fort confuses, et qu'on voit assez n'avoir été inventées que pour expliquer de certaines choses que l'on a cru ne se pouvoir expliquer sans cela. Mais il n'y a pas lieu de douter qu'on ne les doive rejeter absolument quand on peut montrer qu'on n'en a que faire et qu'on s'en peut fort bien passer. On est assuré que l'auteur de la Recherche de la Vérité ne contestera point cette maxime.

Il n'y a donc qu'à prouver que ces prétendus êtres représentatifs, qu'il appelle idées, sont de cette nature, et qu'on n'en a nul besoin pour l'usage qu'il leur attribue, qui est de donner moyen à notre esprit de voir les choses matérielles. Et cela est bien facile.

\ . Dieu n'a point voulu créer notre àme et la mettre dans un corps qui devait être environné d'une infinité d'autres corps, qu'il n'ait voulu aussi qu'elle fût capable de connaître les corps; et que par conséquent il n'ait voulu aussi que les corps fussent conçus par notre àme.

Or toutes les volontés de Dieu sont efficaces : il est donc certain que Dieu a donné à nos esprits la faculté de voir les

corps, et aux corps la faculté passive, pour parler ainsi, d'être vas par notre esprit. Tout cela est plus clair que le jour. Mais voici la suite.

Dieu ne fait point par les voies composées ce qui se peut faire par des voies plus simples : c'est le grand principe de notre ami, dont il s'est servi dans cette matière même de la nature des idées. ( Page 177. )

Or, Dieu ayant voulu que notre esprit connût les corps, et que les corps fussent connus par notre esprit , il a été sans doute plus simple de rendre notre esprit capable de connaître immédiatement les corps, c'est-à-dire sans des éires représentatifs, distingués des perceptions (car c'est dans ce sens que je prendrai toujours ici le mot d'immédiatement), et les corps capables d'être immédiatement connus par notre esprit, que de laisser l'âme dans l'impuissance de les voir autrement que par le moyen de certains êtres représentatifs et d'une manière si embarrassée qu'il n'y a point d'homme sincère qui puisse dire de bonne foi qu'il l'ait comprise.

Comment donc l'auteur de ta Recherche de la Vérité, qui fait tant valoir cette maxime , que Dieu agit toujours par les voies les plus simples, qu'il la pousse quelquefois trop loin, s'est-il pu mettre dans l'esprit que notre àme n'était pas capable de voir les corps immédiatement , mais seulement par le moyen de ces prétendus êtres représentatifs , à qui il donne sans raison le nom d'idées?

2. Je suppose que mon amené pense à aucun corps, mais qu'elle est occupée de la pensée de soi-même , ou à rechercher la propriété de quelque nombre. Il s'agit de savoir comment il se pourra faire qu'elle passe de cette pensée à celle du corps A. Vous voulez qu'elle ne le puisse voir que par le moyen d'un certain être représentatif de ce corps .4 .-mais je vous demande s'il suffira que cet être représentatif, quel qu'il soit, créé ou incréé, soit intimement uni à mon àme sans qu'il se fasse aucune nouvelle modification dans mon'àme, c'est-à-dire sans qu'elle reçoive aucune nouvelle perception.

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