CHAPITRE XIX
n'est qu'on Dieu que nous pouvons voir les choses matérielles, parce que nous n'en pouvons trouver les idées que dans IV/cndue ink'Uifjible infinie qu'il renferme. Ce qui ne peut regarder la connaissance de Dieu qu'ont eue ces philosophes , puisque cet auteur enseigne que nous voyons Dieu sans idée , c'est-àdire sans ces étrefi représentatifs distingués des perceptions , dont il prétend que nous avons besoin pour apercevoir toutes les autres choses qui sont hors de nous.
4. Il ne s'agit point aussi de la cause de nos perceptions, à qui il donne quelquefois le nom d'idée, et avec raison; car on lui a déjà marqué souvent que, quand on lui accorderait que notre entendement est une faculté purement passive comme la matière, cela ne regarderait point la question de la nécessitai des idées prises pour des êtres représentatifs. Et j'ajoute ici que tant s'en faut que cela fit quelque chose pour appuyer ce qu'il dit de la dépendance que nos esprits ont de Dieu, en ce que c'est en lui seul qu'ils peuvent trouver ces êtres représentatifs^ en quoi on voudrait faire consister la lumière qu'ils tirent de lui, que rien, au contraire, ne ruine tant cette dernière opinion que l'établissement de cette autre, qui est aussi du même auteur, que Dieu est l'unique cause de toutes nos perceptions.
5. Il ne s'agit point de tout cela , mais de nos connaissances les plus naturelles et les plus communes : de ce qui nous est nécessaire pour apercevoir le soleil, un cheval, un arbre, pour avoir l'idée d'un cube, d'un cyUndre, d'un carré , d'un nombre. Et sur cela même il n'est pas question de savoir si notre esprit doit être éclairé de Dieu ; mais de quelle sorte il en doit être éclairé ; et si c'est en la manière que cet auteur a inventée, qu'on peut réduire à trois points :
Le premier est que notre esprit ne sam*ait voir les choses matérielles par elles-mêmes , mais seulement par des êtres représentatifs distingués de nos perceptions , et qui les doivent précéder, auxquels il a donné le nom d'idées, quoique par abus ;
Le deuxième est que notre esprit ne saurait trouver ces idées ou êtres représentatifs des choses matérielles qu'en Dieu ;
Le troisième , que ce qui lui donne moyen de les trouver en Dieu , est que Dieu renferme en lui-même une étendue intelligible infinie.
Sur quoi je dirai trois choses : lune, que quand nous dépendrions de Dieu en cela , cette dépendance ne serait point assez considérable pour en faire tant de bruit ;
L'autre, quelle ne nous serait d'aucun usage, pour nous attacher véritablement à Dieu , et que ce nous serait plutôt une occasion de nous attacher avec moins de scrupule aux choses matérielles ;
La dernière, qu'il n'a pu s'imaginer cette dépendance fondée sur la nécessité des êtres représentatifs ûï^tinç^ués de nos perceptions, sans renverser une autre maxime, qu'il a pris tant de peine d'établir, qu'il n'y a rien d'inutile dans la conduite de Dieu, et qu'ainsi il ne fait jamais, par des voies composées . ce qui se peut faire par des voies plus simples.
Je dis donc premièrement , que quand nos âmes dépendraient de Dieu en ce qu'elles ne pourraient trouver qu'en lui des êtres représentatifs qu'il appelle idées, cette dépendance n'ajouterait guère à celle qu'elles ont comme créatures, qui les met dans l'impuissance de subsister un seul moment , si par une espèce de création continuée elles ne sont soutenues par la même main qui les a tirées du néant pour leur donner l'être; car il y a des choses qui sont des dépendances et des suites si nécessaires de notre nature , que l'on ne peut concevoir que Dieu nous ait voulu donner l'être, sans vouloir aussi nous donner ces dépendances : ce qui fait voir, ce me semble, manifestement que la nécessité, où nous nous trouvons de dépendre de Dieu au regard de ces choses-là , n'ajoute rien de considérable à la nécessité d'en dépendre au regard de notre conservation . et c'est pourquoi aussi Dieu a presque inséparablement attaché l'un à l'autre; de sorte que l'on doit considérer comme une même volonté celle de nous