CHAPITRE XIX
matériels du monde matériel, mais les astres inteUifjibles du monde inieUigible que Dieu renferme en lui-même : et que s'ils étudient les propriétés des figures, ce ne sont pas non plus des fii^ures matérielles qu'ils voient, mais des figures intelligibles, qui ne se trouvent que dans lé'.endue inieUigible infinie , dans laquelle Dieu lui-même les voit, lui qui ne voit rien que dans son essence.
N'est-ce point aussi donner occasion aux hommes de ne plus regarder comme une passion blâmable et indigne d"un chrétien, cette curiosité vague et inquiète, contre laquelle saint Augustin parle si souvent, qui fait recherchera voir et à connaître toutes sortes d'objets sensibles , pour les voir seulement, et pour en faire des épreuves; car n'est-ce pas la bien relever, et donner sujet à ceux qui en sont malades de se plaire dans leurs maladies, que de leur persuader que c'est Dieu qu'ils voient en croyant voir les choses sensibles.
Mais je ne puis m'empêcher de dire encore quelque chose de plus fort. On me fait entendre que le principal but de cette philosophie des idés est de nous apprendre combien les esprits sont unis à Dieu : et je vois ensuite qu'au lieu de les unir à Dieu, on les veut unir à une étendue intelligible infinie que Ion prétend que Dieu renferme. Et c'est ce qui me fait dire sans crainte que je ne veux point de cette union , et que j'y renonce de bon cœur; car je ne reconnais point pour mon Dieu une étendue intelligible infinie, dans laquelle on peut distinguer diverses parties, quoique toutes de même nature. Ce n'est point là le Dieu que j'adore. C'est l'idée que saint Augustin avait de Dieu, étant encore manichéen. Il témoigne, dans le livre YII de ses Confessions, chapitre I : « Qu'il ne « pouvait alors se figurer Dieu que comme une substance in- « finiment étendue; «mais il déclare aussi que« c'était parce « qu'il ne pouvait alors le concevoir autrement que CDrpo- « rel. » On dira qu'on ne l'entend pas si grossièrement; je le veux. Mais de quelque manière qu'on l'entende , n'est-ce point s'expliquer d'une manière tout à fait indigne de Dieu
166 DES VRAIES ET DES FAUSSES IDtES.
que de nous faire passer pour la même chose de voir les choses matérielles en Dieu, et de les voir dans une étendue intelligible infinie, dans laquelle on peut distinguer diverses parties, et concevoir que l'une s'approche de l'autre? Rien est^il plus propre à jeter les hommes dans Terreur, et à les porter à se représenter Dieu comme une substance corporelle, qui n'est différente des autres corps que parce qu'elle est infinie?
Je ne répète point ce cpie j'ai déjà dit sur cela. J "ajouterai seulement que je ne vois point comment cela s'accorde avec ce que dit ce même auteur dans le Traité de la Xature et de la Grâce , discours V% §. 1 1 : « Lorsqu'on prétend parler de « Dieu avec exactitude, il no faut pas se consulter soi-même, a ni parler comme le commun des hommes. Il faut s'élever en « esprit au-dessus de toutes les créatures , et consulter avec a beaucoup d'attention et de respect l'idée vaste et immense « de l'être infiniment parfait : et comme cette idée nous repré- H sente le vrai Dieu bien différent de celui que se fi.2:urent la <f plupart des hommes, on ne doit point en parler selon le « langage populaire. Il est permis à tout le monde de dire « avec l'Écriture, que Dieu s'est repenti d'avoir créé l'homme ; « qu'il s'est mis en colère contre son peuple ; qu'il a délivré « Israël de captivité par la force de son bras: mais ces expres- « sions ou de semblables ne sont point permises aux théolo- « giens, lorsqu'ils doivent parler exactement. » Il leur est donc encore bien moins permis de dire que c'est voir le soleil en Dieu, que de le voir dans une étendue intelligible infinie, eji laquelle il y a diverses parties, quoique toutes de même nature^ dont on peut concevoir que Vune s'approche ou s'éloigne successivement de Vautre.
Il est clair, par ces deux premières considérations, que cette dépendance que l'on nous fait avoir de Dieu, à cause du besoin que Ton préfend que nous avons des idées prises pour des êtres représentatifs , serait peu considérable et de peu d'usage pour des chrétiens, quand elle serait bien fon-