CHAPITRE XXI
« que dans lètre qui les renferme dune manière intelli- « gihle. Ainsi c'est en Dieu et par leurs idées que nous « voyons les corps avec leurs propriétés , et c'est pour cela « que la connaissance que nous en avons est très-parfaite : « je veux dire, que l'idée que nous avons de l'étendue suffit « pour nous faire connaître toutes les propriétés dont lé- « tendue est capable , et que nous ne pouvons désirer d'a- « voir une idée plus distincte et plus féconde de retendue, « des figures et des mouvements, que celle que Dieu nous en « donne. »
On suppose avec bien de la confiance qu'on ne peut douter de ce que je crois avoir fait voir démonstrativement être tel que non-seulement on en peut douter , mais que l'on doit le rejeter comme absolument faux. Quoi qu'il en soit, il faut remarquer que la notion qu'il donne à cette façon de parler : voir les corps par leurs idées, n'est pas simplement de les voir clairement, mais de les voir dans l'être qui les renferme dune manière intell i gilAe , c'est-à-dire, en Dieu ; d'où il infère que la connaissance que nous en avons est très-parfaite , comme étant une suite de cette manière de voir les choses , et non pas comme si cette manière même de les voir ne consistait qu'à les voir clairement. Et c'est ce qui paraît encore par ce qu'il dit de la manière dont nous connaissons notre àme :
« Il n'en est pas de même de notre àme , nous ne la con- « naissons point par son idée ; nous m la voyons point en « Dieu ; nous ne la connaissons que par conscience , et c'est (' pour cela que la connaissance que nous en avons est im- « parfaite. Xous ne savons de notre àme que ce que nous « sentons se passer en nous. Si nous n'avions jamais senti « de douleur, de chaleur, de lumière, etc., nous ne pour- « rions savoir si notre àme en serait capable , parce que « nous ne la connaissons point par son idée. Mais , si nous a voyions en Dieu l'idée qui répond à notre àme , nous con- « naîtrions en même t^mps, ou nous pourrions connaître
« toutes les propriétés dont elle est capable ; comme nous « connaissons toutes les propriétés dont l'étendue est ca- « pable, parce que nous connaissons l'étendue par son idée.
Il parait encore par là que cet auteur prend pour la même chose (le voir un objet en Dieu, et de le voir par son idée; mais qu'il ajoute à cela , que cette manière de voir les choses en Dieu et par leurs idées est si parfaite , qu'elle fait apercevoir avec la chose que l'on connaît , ses propriétés et les modifications dont elle est capable.
Cependant dans le lieu où il était le plus obligé de bien démêler léquivoque quil avait laissée en plusieurs endroits dans le mot d'idée , il le fait si imparfaitement . qu'on en demeure plus incertain de ce qu"il entend par ce mot , lorsqu'il déclare en tant d'endroits, que Tàme ne se connaît point elle-même par son idée. C'est dans l'Éclaircissement sur le chapitre 3 du premier livre , page 489.
« Quand je dis que nous n'avons point d'idées des mys- « tères de la foi , il est visible , par ce qui précède et par ce « qui suit , que je parle des idées claires qui produisent la lu- « miere et l'évidence , et par lesquelles on a compréhension « de l'objet, si l'on peut parler ainsi. Je demeure d'accord « qu'un paysan ne pourrait pas croire , par exemple , que le « fils de Dieu s'est fait homme . ou qu'il y a trois personnes « en Dieu, s'il n'avait quelque idée de l'union du Verbe avec « notre humanité , et quelque notion de personne ; mais , si « ces idées étaient claires , on pourrait en s'y appliquant « comprendre parfaitement ces mystères et les expliquer « aux autres : ce ne seraient plus des mystères inetfables. »
On ne parle plus ici de voir les choses en Dieu , pour expliquer ce que c'est que les voir par leurs idées. On laisse là cette notion du mot d'idée , comme si on ne la lui avait jamais donnée, et on prétend seulement que voir une chose par son idée , c'est la voir par « une idée claire , qui produise la lumière et l'évidence, et par laquelle on ait la compréhension de l'objet , si on peut parler ainsi, y- Et on pré-