‹ Œuvres philosophiques de Descartes publibées da̕près les textes originauxChapitre 1 sur 306 · AU BUREAU DU PANTHÉON UT11ËRAIRE · texte numérisé non relu

AU BUREAU DU PANTHÉON UT11ËRAIRE

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PREFACE DE L'ÉDITEUR

Void les oeavres d'an des hommes qai ont le plos honoré rhnmanité, en ce sens qu'il a le plus contribué à noos déliyrer de Perrear. Descartes est on génie presque universel ; son nom fait époque dans l'histoire de l'esprit humain. Physicien, il découvre la loi de la réfraction de la lumière, cherchée inutilement pendant quinze âèdes, donne l'explication de l'arc-endel ^ constate la pesanteur de l'air en indiquant I Pascal la fameuse expérience du Puy-de- Ddmc. Anatomiste , il voulait qu'on fît servir h médecine à perfectionner l'homme moral, c'est-à-dire à le rendre plus heureux. Mathématicien, on lui doit, outre la Notation des puissances, la découverte de l'application de i'aJg^ire à la théorie des courbes et des surfaces, Pime des branches les plus fécondes de la science. Ses erreurs même ont quelque chose de grand qui surpasse la portée des esprits vulgaires; et lorsqu'on le voit créer le soleil et le Bonde avec la poussière subtile de ses tourbilbns, on sent qu'il n'appartient qu'au génie de se tromper ainsi.

Mais les sciences sont transitoires, elles vieillissent comme les hommes, sans jamais mourir toutefois, car en vieillissant elles se renouvellent; plus leurs progrès sont éclatants, plus elles efbcent le passé, jusque-là que les lumières d'un siècle sont les ténèbres du siècle qui le soit. H en résuhe que les travaux de la letence perdent de leur intérêt à mesure que d'autres travaux leur succèdent. Il n'y a point de trône étemel : Newton voit chaque jour tomber quelques feuilles de sa couronne; Lavoisier a cessé de régner; et si Descartes n'avait écrit que des Météores, de l'algèbre et de la himière, on admirerait encore son génie, mais, il faut bien le dire, on n'imprimerait plus ses ouvrages.

^ L» vérités mathématiques découvertes par Ks grands hommes restent comme des trésors acquis à l'humanité ; mais les méthodes inventée pour arriver à ces découvertes sont bientôt rfbcées par des méthodes meilleures ; la route s'abrège et s'éclaire : ainsi vient le travail de la patience après la mission du génie.

C*est comme penseur que Descartes a con- «nré toute sa supériorité; comme penseur, sa

I>BSCAaTBS.

place est marquée aux deux extrémités de la chaîne philosophique; en sorte que ses ouvrages sont à la fois le point de départ et le point d'arrivée des bonnes études morales, psychologiques, scientifiques et théologiques, ce dernier mot pris dans le sens littéral de son étymologie. Par sa Méthode, Descartes est le commencement de toute science, et par ses Méditations U en est la fin, puisqu'au sommet de toute science viennent se placer nécessairement la connaissance de l'âme humaine et la connaissance de Dieu.

Mous publions aujourd'hui cette série si importante des travaux de Descartes, c'est-à-dire toutes ses œuvres morales et philosophiques. La seconde série, renfermant la géométrie, la physique, l'anatomie, etc., n'offre plus que les pièces justificatives de l'histoire de la science, et elle sera publiée plus tard si nos souscrip* teurs en font la demande. Quant à présent, nous aurions cru mal remplir notre devoir d'éditeur, si dans cette première série nous n'avions recueilli le livre merveilleux où Descartes développa son système du Monde. Ce système doit vivre autant que ses plus beaux ouvrages : il est du petit nombre des erreurs célèbres que le temps même n'a pas le pouvoir d'effacer, et dont on aime à retrouver la pensée originale dans les œuvres d'un auteur. D'ailleurs les Principes de Philosophie ( c'est le titre de ce livre ) ont un autre mérite qui ne nous permettait pas de les oublier : c'est d'offrir à côté des plus hautes spéculations de la sagesse le résultat brillant de toutes les vues scientifiques de Descartes; en sorte que cet ouvrage est comme un résumé de son génie, le véritable sommaire des découvertes et des pensées qui ont chaugé la face du monde.

Qu'on nous permette de le dire, la physique de Descartes et son système des tourbillons sont mal jugés aujourd'hui, sans doute parce qu'ils sont peu étudiés. La juste admiration qu'inspire le génie exact de Newton s'est tournée en mépris pour les spéculations hasardées, mais souvent sublimes, du sage, du philosophe qui lui avait ouvert la route.

Et d'abord la gloire d'avoir établi le premier que le monde pouvait être expliqué mathéma-

PRÉFACE DE L'ÉDITEUR

tiquement appartient à Descartes. Newton eut été moins grand si le. flambeau de Descartes n'eût brillé devant lui.

Doués tous deux du génie de Tobservation, tous deux partent de l'examen d'un fait vulgaire et sans Importance pour arriver à l'explication du système du monde.

Newton voit tomber une pomme, il songe au phénomène de la pesanteur; et ce premier fait, si simple, le conduit au svstème de la gravitation universelle.

Descartes agite ud vase plein deau; il voit tourbillonner le liquide (force centrifuge), en même temps que tous les corps légers qui flottent à sa surface se réunissent à son centre (force centripète). Autre fait bien simple, et que le génie du physicien généralise en créant le système des tourbillons, comme Newton généralisa plus tard le phénomène de la chute d'une pomme en créant le système de l'attraction.

Yoilà Torigine des deux systèmes; seulement Newton soumet le sien à toute la rigueur de la méthode analytique et expérimentale de Descartes, qui cette fois loi sert encore de lumière, tandis que Descartes, x>ubliant ses propres principes, croit expliquer l'œuvre de Dieu, et n'explique que l'oeuvre de son propre génie!

Mais il y a quelque chose de plus vaste dans la pensée de Descartes que dans celle de Newton.

Descartes explique à la fois et l'état actuel de l'univers, et sa formation. Newton n'explique que ce qu'il voit : il n'assiste pas à la création.

C'est Laplace qui a complété le système de Newton; et peut-être qu'une analyse approfondie de son système y ferait retrouver tous les éléments du système de Descartes. Et qu'est-ce en effet que sa matière nébuleuse, sinon la matière subtile des tourbillons soumise à la gravitation newtonienne, et recevant une nouvelle vie de cette nouvelle loi? ^

Après ces observations générales, il nous reste à donner quelques renseignements sur la manière dont nous avons établi le texte de notre édition, et sur les ouvrages qu'elle renferme. Plusieurs éditeurs de beaucoup de mérite nous ont précédé; nous les avons tous consultés, depuis Clerselier, ami et disciple de Descartes, jusques à M. Cousin, le plus illustre de ses interprètes.

Nous parlerons plus tard des éditions originales; il nous suffit en ce moment de signaler îépoque où les œuvres de Descartes furent réunies pour la première fois sous un seul titre.

La première édition des œuvres philosophiques de Descartes, Opéra philoiophica Renati Descaries, fut donnée en 1650 parles EIzeviers.

La première édition des œuvres complètes, Opéra omnia^ fut donnée en 1677, 9 volumes in-4<*, plus un tome X contenant : Goêsendi dubitatùmes ad Cariesii metaphysicam.

Eofin la première édition française des œuvres complètes fut publiée en 182i et 1826, par les soins de M. Cousin, et forme 11 volumes in-S'* ; la Correspondance y est classée par ordre de dates : c'est une grainle amélioration dont nous avons profité.

Depuis cette époque un jeune professeur, homme de science et de talent, a eu l'heureuse idée de réunir en un seul corps d'ouvrage les œuvres philosophiques de Descartes. Son édition est excellente ; il a patiemment et parfaitement établi son texte ; mais trop souvent aussi il s'est permis de mutiler l'œuvre du maître, en détachant de ses traités de physique des fragments de morale et de philosophie, développements nécessaires des choses qui suivent ou qui précèdent, et que l'auteur a évidemment composés pour la place qu'ils occupent. Cette manière de procéder est vicieuse : on conçoit un pareil travail exécuté sur un écrivain comme Montaigne, dont l'esprit, tour à tour gracieux ou sérieux, ne développe aucun principe, n'établit aucune théorie, s'abandonnant aux impressions les plus contradictoires qu'il reproduit soudainement avec ses formes naïves et pittoresques. Mais Descartes est un de ces génies à part, un de ces esprits tout d'une pièce, pour qui la forme n'est rien, pour qui la vérité est tout. Ses œuvres sont des déductions, seê •pensées se touchent et se déploient comme les anneaux de la chaîne d'or de Jupiter : on ne saurait les séparer sans la briser. Que diriezvods d'un architecte qui, pour donner une idée de la c^olonnade du Louvre, viendrait vous présenter un des blocs de pierre qui ont servi à sa construction?

Et cependant le nouvel éditeur ne se contente pas de mutiler l'œuvre du maître, il dénature quelquefois jusqu'à son caractère. Faute d'avoir assez mesuré le génie de Descartes, il l'abaisse ou le calomnie. Ses jugements sont durs, sa critique est outre -cuidante ; on sent en lui, il est vrai, un jeune homme de cœur, qui s'irrite à la moindre apparence de faiblesse, mais aussi un jeune homme de peu d'expérience, dont les griefs ne prouvent qu'une chose, c'est que lui, le jeune homme, n'a eu à lutter ni contre l'envie, ni contre l'ignorance, ni contre les préjugés d'un siècle plein de préjugés et

PRÉFAC£ DE L'ÉDITl^UR.

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dlguoranee. Eo résumé, il ne lai a manqué que de faire la part des circonstances, do temps et des caractères, pour Uea apprécier Pâme simple et vertueuse, le génie sublime dont il recueillait les œuvres. Plus nous avons d'indulgence, plus nous approchons de la vérité.

Revenons à notre travail d'éditeur. A la tête des cheb-d'œuvre de Descartes, nous avons placé on chef-d'œuvre, son éloge par Thomas. Ce morceau est précédé de Tappréciation des doctrines métaphysiques de Descartes et de rhistoire de leur influence sur la philosophie et sur le monde. Nous devons cet essai plein de loddité et de profondeur , à l'amitié de M. Amédée Prévost.

Toutefois, comme le but de cette notice n'était pts la biographie de Descartes, mais l'appréciation de ses ouvrages, nous avcms dû y suppléer en publiant les notes placées à la suite du discours de Thomas. Ces notes sont en effet la meilleure biographie qu'on ait encore publiée de notre auteur, malgré les deux volumes in-4o de Bailict, et le petit volume in-18 qui lui sert de réponse.

Noire édition Couvre par le TtaiU de la Méthode, petit volume de 100 pages, médité dans les campa par un jeune homme de vingt-trois ans et qui devait produire une des plus grandes révoluûonadont les annales philosophiques aient conservé le souvenir. Cet ouvrage fut modeste- Mat publié, pour la première fois, avec la /Mop- Irifue, les MéUoreê et la Géométrie^ à Leyde, 1637, format in-4«; puis à Paris, 1658 et 1668, toujours format in-4*. L'auteur l'écrivit en français, et ce fut seulement en 1644 que l'abbé de Courcelksen fit une traduction latine qu'il s'empressa de soumettre à la révision de Tauteur : eette révision fut faite avec soin. Descartes ajouu à son ouvrage plusieurs lignes Importantes, comme le témoigne l'avis au lecteur qa'oa lit en tête de cette édition, et que nous dioDsici.

R, DBaCAETBS LECTOBI SUO.

Hœc speeimna gaUicé d me scripta et anno 1637 vulgata^ pautô posl ab amico in linguam laiinam versa fuêre, ac versio mihi tradita, m quidquid in ed minus ptaceret pro meo jure mMarem : çuod variis in locis fed; sed forsm eiiam aUa mul$a prœtermisi, hœcque ab iMisex eo dignoseeniur, quod ubiquè fera fiées inierpres verbum verbo reddere conalus «I, ego verô sententias ipsas sœpè mutanm, et tan ejuM verba, sed meum ssnsum emendare iKgiié êUidunim. Yak.

Descartbs a son UCTEUa.

« J'ai écrit cet essai en françois, et je l'a! publié en 1637. Peu de temps après, un de mes amis le traduisit en latin, et m'envoya sa traduction pour y faire les changements que je jugerois convenables, comme cela étoit juste. J'ai donc remanié divers passages, mais peutêtre aussi en ai-je négligé beaucoup d'autres. Ceux-ci on les recoimoitra facilement, parce que le traducteur, fidèle au texte, s'est efforcé presque partout de traduire littéralement, tandis que moi j'ai souvent changé le sens même de la phrase, m'étudiant toujours non à corriger les expressions du traducteur, mais à cor* riger ma pensée. Adieu. »

En lisant ces lignes si positives, on ne peut s'empêcher de déplorer la négligence avec laquelle la plupart des éditeurs publient aujour» d'hui les textes de nos plus grands écrivains. Qui croirait, en elfet, qu'on soit venu jusqu'au dix-neuvième siècle sans posséder une édition française, correcte et complète, de la Méthode^ et même des Méditations? Nous n'en exceptons que l'édition donnée par M. Garnier, le premier qui se soit avisé de comparer les textes, guidé qu'il était, comme nous, par la petite préface de Descartes.

A la suite de la Méthode nous avons placé les Méditations. D'abord écrites en latin, elles furent publiées pour la première fois en 1641, et traduites en français six ans plus tard par le duc de Luynes, qui les fit imprimer à Paris ea 1647. Descartes s'est pour ainsi dire approprié ce travail, en y faisant des additions et des corrections dont alors personne ne songea à enrichir l'édition latine; nous avons pris soin de les indiquer en publiant le texte français adopté par Fauteur.

Une chose remarquable, c^est que Descart^ ne donna cet ouvrage au public qu'après l'a* voir communiqué en manuscrit aux hommes les plus doctes de TEurope, sollicité leurs conseils et répondu à leurs objections. « Son but» disait-il dans une lettre au P. Mersenne, étoit d'obtenir des approbations qui pussent soutenir l'ouvrage, et empêcher les caviilations des ignorants qui auroient envie de contredira s'ils n'étoient retenus par l'autorité des personnes doctes, m Le grand Arnauld, seulement ftgé de vingt-huit ans, fut du nombre des personnes consultées. Descartes s'étonna de la pn^ fondeur et de la sagacité d'un homme si jeune) mais il s'en faut de beaucoup qu'il ait porté le même jugement des objections de Hobbes et de Gassendi. Quant aux remarques théolûgi*

PREFACE DE L'EDITEUR

qnes da P. Mersenne, Descartes y répondit si sincèrement et si clairement que le P. Mersenne devint son disciple et son défenseur le plus ardent. «Je suis ravi en admiration, écrivait le P. Mersenne, de voir qo*un homme qui n'a point étudié en théologie m'ait répondu si pertinemment; ce que considérant en moi-même, et relisant de nouveau ses six Méditations et les Réponses qu'il a faites aux quatrièmes objections, qui sont très subtiles, j'ai cru que Dieu avoit mis en ce grand homme une lumière toute particulière, que j'ai trouvée depuis si conforme à l'esprit et à la doctrine de saint Augustui que je remarque presque les mêmes choses dans les écrits de l'un que dans les écrits de l'autre, etc. *• Il est impossible de citer un exemple plus frappant de la toute-puissance de la vérité sur les esprits dignes de la connaître, lors même que ces esprits sont imbus des préjugés de leur temps. Ces lignes sont précieuses d'ailleurs, en ce qu'elles montrent le genre de difficultés que Descartes eut à vaincre, pour faire triompher sa pensée. Tous les théologiens ne furent pas d'aussi bonne foi que le P. Mersenne.

Les objections que Descartes put recueillir il les publia en latin, avec ses réponses, à la suite des Méditations, en 1641. Plus tard, 11 revit et corrigea la traduction française faite par Clerselier, son disciple et son ami. Ces traductions adoptées par Descartes sont souvent supérieures au texte original dont elles ont pris la place.

Mous avons dit plus haut les motifs qui nous ont déterminé à recueillir le livre des Principes de Philosophiey bien qu'une grande partie de ce livre soit consacrée aux sciences physiques. Toutefois, il renferme aussi des chapitres de haute philosophie, et il a dû trouver place ici comme xm développement indispensable et transcendant des Méditations.

Dans le Traité des Passions de l'âme, Descartes élargit les bases de la philosophie : ses études ne portent plus seulement sur les facultés de l'intelligence, elles s'étendent encore à la sensibilité et aux affections qui en ressortent. C'est pour ainsi dire le précurseur de la philosophie écossaise.

A ces deux ouvrages nous avons joint la traduction de deux traités latins, qui ne furent publiés que cinquante ans après la mort de Descartes : les Règles pour la direction de l'Esprit, et la Recherche de la Vérité par les lumières naturelles. M. Cousin est le premier qui ait songé à recueillir ces deux traités dans la wUection des oeuvres complètes de l'auteur; le

jugement qu'il en a porté était bien fait d*aiU leurs pour exciter la curiosité-: • Ils égalent en force, dit-il, et surpassent peut-être en lucidité les Méditations et le Discours sur la Métho^le. On y voit encore plus à découvert le but fondamental de Descartes, et l'esprit de cette révolution qui a créé la philosophie moderne, et placé à jamais dans la pensée le principe de toute certitude, le point de départ de toute recherche régulière : on les dirait écrits d'hier, et composes tout exprès oour les besoins de notre époque, n

Malheureusement, de ces deux ouvrages, l'un, les Régies pour la direction de l'Esprit, s'est trouvé mutilé dans ses derniers chapitres ; l'autre ne fut point achevé par l'auteur; la Recherche de la Vérité par Us lumières naturelles devait se composer de deux livres : noas ne possédons que le premier.

Nous avons confié la traduction de ces deux ouvrages à M. Benoit, éditeur de notre saint Jérôme, et i M. Trianon, jeune homme plein d'avenir et traducteur de plusieurs dialogues de Platon.

Ce volume est terminé parla Correspondance de Descartes; c'est la partie la plus féconde de ses ouvrages : toutes ses doctrines morales et philosophiques s'y retrouvent dans les développements d'une polémique puissante qui les éclairent et les complètent. Aussi les lettres de Descartes sont-elles encore, après deux cents ans, une mine inépuisable d'idées. Chacun peut y profiter, car elles renferment à la fois la science de l'homme et la science de Dieu, c'està-dire toute la philosophie. En effet, si le point de départ de Descartes est la démonstration de l'existence de Thomme : je pense, donc j'existe ; son point d'arrivée est la démonstration de l'existence de Dieu : l'idée de Dieu est en nous, donc Dieu existe. Autour de cette double démonstration viennent se grouper les théories et les découvertes de notre auteur. On dirait que sa philosophie n'a d'autre but que la défense de ces deux idées; mais c'est surtout dans sa Correspondance qu'il faut en chercher les preuves invincibles. Dans ses livres, vous voyez l'expression calme et méditée de sa pensée ; dans sa Correspondance, il y a quelque chose de plus : la lutte pour établir cette pensée et pour la faire triompher. On y voit le travail d'un esprit vigoureux, et les ressources d'une haute intelligence qui se sent pressée de toutes parts; les objections y vivifient les réponses, et c'est là véritablement qu'on peut étudier à la fois r&me et le génie de Descartes.

' L. AlHi-MAKTIN.

RENÉ DESCARTES

SA VIE ET SES OUVRAGES

Od distfngne parmi les grands philosophes deux disses très diflérentes dMotelligences qu'on peot appder les esprits novateurs ou initiateurs et les esprits organisateurs. Les premiers sont ceux quJ, s'écartant de toutes les routes battues , ouTreot une yoie nouvelle dans la science et changent les bases mêmes de la philosophie par Fin- TentioD de Donvelles méthodes. Les seconds sont ceux qui , prenant leur point de départ dans la méthode créée avant eux , élèvent des systèmes par cette méthode et organisent la science avec les bases fournies par leurs prédécesseurs. L'histoire de la science nous présente trois grands philosophes novateurs qui sont le point de départ de trois grandes époques dans l'histoire de la philosophie : Socrate, Descartes et Kant. Aucun d'eux ne se présente comme voulant continuer l'œuvre des philosophes qui l'ont précédé ; ils prennent une position révolutionnaire et agressive par rapport k toutes les doctrines de leur temps. Voyez, au contraire, leurssuccesseurs : Platon et Aristote, Spinoza et Leibniz, Schelling et Hegel , ils acceptent le point de départ de la science, tel qu'il leur est ènné par les philosophes qui les ont précédés, et se présentent seulement comme voulant continuer et perfectionner la philosophie de leur temps.

Cest à la science de la méthode que se sont attachés tous les philosophes novateurs ; car la méthode engendre le système, et c'est par des innovalioDs dans la méthode qu'ont commencé toutes les grandes réyolutions philosophiques. C'est la méthode de Socrate qui fait sa gloire philosophique; il n'a pas même eu la prétention de créer un système. Descartes a fait à la fois une méthode et UD système, mais on sait que sa méthode a ren- T^né la soolastique, et est devenue le point de départ de toute la philosophie moderne , tandis que son système a au contraire arrêté pendant Wngtemps les progrès de la science. Sans l'excelkooe de la méthode de Descartes, la gloire qu'il

s'est acquise par quelques découvertes positives aurait été obscurcie sans aucun doute par lecon« traste de ses doctrines bizarres sur les esprits animaux, sur les tourbillons, sur les animaux machines, etc. Il en a été de même de Kant ; par sa méthode critique il a fondé l'idéalisme allemand, mais son système inconséquent et contradictoire est maintenant universellement abandonné.

Un caractère distinctif de tous les philosophes novateurs, c'est qu'ils ont lous dans l'esprit plus d'originalité que d'étendue. Doués d'une individualité puissante, ils se heurtent contre la science de leur temps, et y font une brèche profonde qui laisse une trace ineffaçable de leur passage; mais ils manquent de cette étendue d'intelUgenoe sans laquelle il est impossible d'élever auesn édifice scientifique durable et complet. C'est par l'originalité audacieuse de leurs idées que se distinguent Socrate, Descartes et Kant, tandis que l'étendue et l'universalité caractérisent leurs successeurs, Aristoto, Leibniz, Hegel. Pour faire juger combien les idées de Socrate manquaient d'étendue, il suffit d'exposer ses doctrines. Ses prédécesseurs avaient erré en dédaignant la psychologie et en s'occupant exclusivement, les uns de physique et de mathématiques, les autres de subtilités dialectiques et métaphysiques. Socrate est tombé dans l'exagération contraire; il réduit tout à la psychologie et à la morale; il rejette la haute métaphysique, il proscrit même les sciences physiques et mathématiques. Nous trouvons ches Descartes le même esprit exclusif, le même manque d'étendue dans les idées. Avant lui, Aristote passait pour infaillible ; on croyait terminer toutes les discussions par ces paroles : «Le maître l'a dit. n Descartes a substitué l'examen i l'autorité» et c'est là le plus beau titre de sa gloire philoso phique. Mais ne tombe-t-il pas aussi dans l'exagération quand il proscrit absolument les sciences historiques, quand il demande que le philosophe

RENÉ DESCARTES

rejette le« livres et la tradition, pour se fier uniquement à ses méditations individuelles?

Nous trouvons le même caractère dans toute la Tie littéraire de Bescartes, beaucoup d'originalité dans les Idées, et en même temps très peu d'étendue ^ C'est là ce qui nous explique ce qu'il y a de tranchant et de despotique dans sa manière de développer ses doctrines, et aussi son aigreur et son intolérance dans la polémique. Descartes était évidemment un de ces esprits absolus dont Tindividualité est tellement puissante qu'ils ne peu- Tent concevoir que leurs propres pensées, et que toute contradiction les surprend et les irrite. Parmi Jes écrivains avec lesquels Descartes a eu des discussions philosophiques, se trouvent quelques penseurs de premier ordre, tels que Gas* sendi et Hobbe8« Cependant Descartes s'emporte et s^indigne toujours; il accuse tous ses adversaires de mensonge et de perfidie, et descend même quelquefois aux injures les plus indignes d'un philosophe.

Non-seulement Descartes n'était pas tolérant dans la discussion, mais 41 n'était pas non plus indulgent. On le reconnaît par la manière dont il parle de quelques philosophes contemporains, qui , loin d'être ses adversaires, pouvaient être considérés comme ses collaborateurs dans la grande œuvre philosophique qu'il accomplissait. Il fait reloge de fiacon dans ses lettres, mais son langage est celui de l'estime et nullement de l'admiration. 11 recommande la méthode de Bacon comme une méthode sage, mais très lente et très limitée , pouvant être une préparation assez convenable et asses utile pour arriver à la philosophie, mais ne pouvant jamais donner des résultats qui satisfassent les exigences d'un vrai philosophe. II parle de Campanella dans des termes encore plus dédaigneux, et dit, au sujet du grand philosophe italien, que ceux qui s'égarent en affectant de suivre des chemins extraordinaires sont beaucoup moins excusables que ceux qui tombent dans l'erreur en suivant les routes battues.

Nous trouvons dans les lettres de Descartes un passage curieux qui nous prouve combien neuson

(i) TrèB iKH (Vélewiue. Ce jugement pourra parallre U'op fiérère, et U leseraU en effet si sous ce mot cTétendue on comprenait la profondeur d'intelligence qui Juge les dioses de haut €t de loin, et la vigueur dialectique qui poursuit un principe dans sea dernières conséquences. Ce sont des qualités qui distinguent éminemment Descaries et quil serait absurde de lui reAiMT. Noua lut contestons seulement cette souplesse et cette universalité d'intelligence qui, sans adopter aucune Idée exclusive, lait marcher de front tous les principes et toutes les réaStés. Oeseartes n*est en cela qu*un des exemples d'une loi ^ paraît iobéreote à rimperfeciion de la nature humaine ; U semble qu'U soit inierdil à resprit pliilosopblque d'ôire créateur cl original sanséjreen même temps absolu, IntolOrani et exdusU.

esprit était disposé à l'indulgence. H est relniif aux déeouvertes de Pascal, dont Descartes a méconnu entièrement le génie précoce. Mersenne lui avait mandé qu'un enfant de seize ans (Pascal) avait composé un traité des coniques mieux qu'Apollonius et que tous les mathématiciens du jour. Descartes se contente de répon d re dédaigneusement qu'il n'y a la rien d'extraordinaire, attendu qu'Apollonius est extrêmement long et embarrassé , et que tout ce qu'il a démontré est facile; mais que, quant aux questions plus difficiles relatives aux coniques, l'enfant dont on parle ne pourrait certainement pas les résoudre.

En réunissant ces différents faits , on peut so former une idée assez exacte et assez complète du caractère et de l'esprit de notre philo6(4>he. Toute la viedeDescartesnousfait reconnaître lesqualités de cette mâle intelligence, remarquable par llodépendance, l'originalité et l'audace; elle nous montre en même temps les défauts de l'esprit de Descartes, esprit exclusif, tranchant, despotique, dépourvu d'étendue, de tolérance et de souplesse.

En étudiant le système de Descartes, après sa biographie, on y voit aussi l'influence des défauts de son caractère. On reconnaît le manque d'étendue de ses idées dans le mépris déraisonnable qu'il témoigne pour les études historiques. Il dit dans le Discours de la méthode que quand on est trop curieux des choses qui se pratiquaient aux siècles passés, on demeure ordinairement fort ignorant de celles qui se pratiquent en celui-ci. Ailleurs il dit qu'il n'y a qu'une seule chose en laquelle les autres hommes, et il n'excepte pas même les hommes éminents par le talent ou le savoir, puissent être utiles i un grand philosophe, savoir, en fournissant aux frais de ses expériences, et du reste eu empêchant que son loisir ne lui soit été par l'importunité de personne.

Ainsi Descartes veut en philosophie un indi' vidualisme absolu ; il veut que le philosophe se Ile uniquement a ses méditations personnelles, rejetant toute autorité , toute tradition , tout secours puisé dans les livres ou dans les conseils des hommes. Cette tendance exclusive de la philosophie de Descartes s'est communiquée a sei successeurs immédiats, Mallebrancbe et Spinoza. Mais plus tard deux philosophes cartésiens, Vico et Leibniz, ont rejeté l'individualisme absolu de leur maître, et ont commencé une réaction en faveur des études historiques. Cette réaction s'est continuéti jusqu'à nos jours, et a fini par aboutir au grand principe delà nouvelle école allemande, l'identité de la philosophie et de l'histoire.

On peut signaler un autre grand défaat dans la philosophie de Descartes, qui est résullé aussi

SA VIE ET SES OUVRAGES

deTeioeflshre oonflance qa*!! avait dans ses idées, et de la précipitation aventureuse qui caractérisait 800 esprit. C'est Fimportance beaucoup trop absolue qii*il attribuait aux principes vagues et abstraits qull appelait sa méthode, teis que ceuxci : D faut examiner avant d*aflQrmer ; toutes les idées claires et distinctes sont vraies, etc. On ne peat pu passer immédiatement aux applications en psjtant de principes aussi généraux. C*est ce que n'a pas reconnu Descartes, qui, dans sa prédpiiaiion présomptueuse, conclut immédiatement tout un système de philosophie, de physique et d'astronomie, en partant d'une méthode abstraite et générale.

TesC par le diangement de la méthode, des principes généraux, que commencent toutes les grandes révélations, non -seulement dans les sciences, mais aussi dans les affaires politiques et en toutes choses. Mais les principes généraux, éunt vagoes et élastiques de leur nature , peuvent conduire également aux conséquences les plus opposées. Il faut donc y joindre des principes plus spéciaux; en outre il ne faut pas les maintenir d'une manière absolue, tels qu'on les a conçus d priori; il faut les mettre en regard des applications et se servir de ce moyen pour les modifier et les perfectionner.

Lorsqu'un philosophe établit dans son système one séparation trop absolue entre la méthode et ks applications ; il risque de donner prise à une objection des sceptiques qui est un des arguments ks plas spédeux qu'on ait jamais fait valoir en iiveur da pyrrhonisme. Pour arriver à une conntissance quelconque , disent les sceptiques , il but une méthode; pour poser d*une manière certaine les règles de cette méthode , il en faudrait one autre; pour celle-ci une troisième , et ainsi de suite à l'infini.

Spinoza répond, dans un de ses ouvrages 9 à eette objection, qui avait été proposée de son temps contre la philosophie , et qui était assez Dalurelleoient amenée par le principe de Descartes, qui séparait entièrement la science de la méthode et celle des applications. Spinoza répond que eeux qui font ce raisonnement contre la philasophie pourraient l'appliquer aussi aux faits d'expérience, et par exemple prouver par cette argumeutation qu'il est impossible que les hommes soient jamais arrivés i forger du fer; car pour Ibrger da fer il feut un marteau, et pour faire' un marteau 11 faut du fer forgé. Il y a donc là le même cercle Tideux qu'on reproche à là philosophie.

Mais il y a une réponse à faire qui s*applique ipAement aux arts mécaniques et à la phiiosol^e; c'est que les Instruments ou les méthodes te se déTeloppent pas indépendamment des ré-

sultats , mais avec eux et par eux. Les premiers hommes qui ont forgé du fer ont dû le forger avec de très grossiers instruments; maisè mesure que le fer a été mieux forgé on a eu de meilleurs instruments et une meilleure manière de s'en servir : les instruments et les produits se sont perfectionnés en même temps. Il en a été de même en philosophie ; on a commencé sans méthode , ou avec une mauvaise méthode; ensuite, à mesure que les vérités découvertes par les philosophes ont été plus nombreuses, les méthodes se sont perfectionnées ; Il y a eu action mutuelle des résultats sur les méthodes et des méthodes sur les résultats ; mais jamais une de ces deux parties de la philosophie n'a pu se développer indépendamment de l'autre.

Tous ceux qui ont occompli une mission novatrice et révolutionnaire dans le monde ont eu le défaut commun d*accorder trop d'importance aux principes généraux. C'est à la fois la grandeur et la faiblesse de l'Assemblée constituante d'avoir eu une foi absolue dans les grands principes qu'elle lançait dans le monde sous le titre de droits de l'homme et du citoyen: par là elle a marqué le point de départ inébranlable de la politique moderne; mais elle a beaucoup plus détruit qu'édifié, et quant aux principes qu'elle a apportés dans le monde , ce sont des principes d'initiation et nullement d'organisation. Il en a été de même en philosophie ; ce sont des titres de gloire tout différents que ceux de Descartes et de Leibniz , de Kant et de Hegel. À Descartes appartient la fougue , la présomption et l'audace de l'esprit initiateur; è Leibniz le calme et l'étendue de rintelligence organisatrice. L'un est un hardi démolisseur qui a brisé Tédifice du passé et a posé quelques pierres angulaires dans les fondements de la philosophie moderne ; l'autre est un habile et profond architecte dont le talent a su élever un édifice admirable qui est encore aujourd'hui un des foyers de lumière où s'éclaire la route de la philosophie moderne.

Après C4>s remarques générales sur le génie et la mission de Descartes, nous arrivons aux détails de savie dans lesqu<'ls nous retrou verons constamment le caractère général que nous venons d'esquisser.

Descartes (René) naquit le 31 mars 1596 à la Haye (Indre-et-Loire). Deux provinces de France se sont disputé la gloire de compier Descartes au nombre de leurs enfants, la Bretagne et la Ton raine. Descartes appartenait i une famille originaire de cette dernière province; son grand-père l'avait quittée pour aller s'établir à Rennes, où il avait été nommé conseiller au parlement de Bre* tigne. Son fils, le père de Descartes, lui succéda dans cette charge de conseiller. Il demeurait ha-

Tlll

bituelîement à Rennes, et ce fnt le hasard qui fit que Descartes ne naquit pas dans cette viile. La peste s'étant dédarée à Rennes, sa mère 8*était retirée momentanément en Touraine : c'est là que Descartes est né ; mais on l'a considéré quelquefois comme appartenant a la Breta^e, parce qu1l y a passé la plus grande partie de son enfance. A rage de huit ans Descartes fut placé par son père au collège des Jésuites à La Flèche. Il embarrassa souvent ses maîtres par les objections qu'il leur proposait , et il montrait dès cette époque un tel penchant pour la méditation que ses camarades Tavaient surnommé le philosophe. Il quitta le collège a seize ans et passa un an à Rennes auprès de ses parents; ensuite il alla à Paris, où il se lia avec d'autres jeunes gentilshommes , et se livra aux plaisirs de son 4ge , mais sans excès et sans désordre. En 1617, âgé de vingt-un ans, il se décida à céder aux sollicitations de son père, qui voulait le faire entrer au service. Il servit pendant quatre ans, d'abord dans l'armée de Maurice de Nassau, ensuite dans celle du duc de Bavière, qui était un des chefs du parti catholique dans la guerre de Trente- Ans. Il fit ensuite de grands voyages : Il parcourut presque toute l'Allemagne, la Suède, le Danemarck , la Hollande ; puis il revint à Rennes, et de là à Paris. Malgré cette vie de voyage , Descartes trouvait toujours le temps de s'occuper de ses études. C'est même à l'époque ou il était au service qu'il commença son Discours sur la méthode, son ouvrage sur la musique, et quelquesruns de ses travaux mathématiques, n regardait ses voyages comme un moyeu de recueillir des observations philosophiques propres à le conduire peu à peu à un ensemble de connaissances certaines II nous en fait part luimême dans son Discours de la méthode ; il dit que les études qu'il avait faites à La Flèche ne lui avaient laissé que des doutes sur tous les sujets : c'est ce qui lui fit concevoir le projet d'abandonner les livres et de parcourir difféients pays. Mais il reconnut bientôt que l'étude du livre du monde n'éteît pas propre à lui donner la certitude qu'il cherchait ; car il vit qu'il y avait autant de diversité entre les coutumes des peuples qu'entre les philosophes. Il continua cependant ses voyages, qui pouvaient au moins l'aider à exécuter le projet qu'à cette époque II avait déjà formé d'effacer de son esprit toutes les croyances qui ne reposaient chez lui que sur le préjugé et sur la tradition, u En toutes les neuf années suivantes, dit-il, /o ne fis autre chose que rouler çà et là dans le monde, tâchant d*y être spectateur plutôt qu'acteur en toutes les comédies qui s'y jouent ; en faisant particulièrement réflexion en chaque matière sur ce qui pouvoit la rendre suspecte et nous

RENE DESCARTES

donner occasion de nous méprendret je déraciûolt cependant de mon esprit tontes les erreurs qui avoient pu s'y glisser auparavant. »

Un fait remarquable raconté par les biographes de Descartes et qui se rapporte à la période de sa vie dont nous parlons, c'est une vision qu'il eut à l'époque où il commença ses réflexions sur la aiéthode. U crut entendre une voix du ciel qui l'appelait à réformer la philosophie. On trouve des faits du même genre dans la vie de presque tous les grands hommes : Socrate croyait avoir un démon qui inspirait ses paroles et ses actes ; Chris* tophe Colomb croyait, comme Descartes, qu'une voix du ciel l'avait appelé à la découverte de l'Amérique ; Racon lui-même, avec son esprij si éminemment positif , attribuait ses découvertes à une inspiration divine. Il faut aussi remarquer le vœu que Docartes fit à la même époque d'un pèlerinage à Notre-Dame de Lorette, vœu qu'il exé* cuta plus tard. C'est une preuve, avec beaucoup d'autres, que Descartes ne voulait point renverser le catholicisme : il voulait séparer la philosophie de la théologie , et la rendre indépendante , mais sans porter aucune atteinte à la religion.

Nous ayons dit que Descartes, en 1626, était arrivé à Paris de retour de ses voyages. En 1628 il alla voir le siège de La Rochelle. Il s'engagea comme volontaire dans l'armée royale et servit en cette qualité jusqu'à la prise de la ville. En 1629, à l'âge de trente-trois ans, il se décida à se fixer en Hollande, pour s'y vouer tout entier à la méditation. A Paris il était continuellement dérangé, soit par ses anciens amis qui cherchaient à lui faire prendre part à leurs plaisirs , soit par les savants de la capitale qui venaient constamment le visiter et le consulter. D'ailleurs, il avait le désir de vivre dans un climat plus froid que celui de la France. II avait commencé à Paris un ouvrage sur les preuves de l'existence de Dieu, mais il n'en avait pas été satisfait , et il lui sembla que le climat do Paris ne lui faisait engendrer que des chimères. Pendant vingt ans entiers Descartes séjourna en Hollande. A Amsterdam il travailla d'abord à un Traité de la lumière. Il donnait pour base à ses raisonnements le système de Copernic sur le mouvement de la terre, et il abandonna son traité lorsqu'il apprit la condamnation de Galilée. On voit par la lettre où il raconte les faits, qu'il cé« dait en cela à un motif de prudence plutôt que de foi ; car la condamnation des inquisiteurs romains n'étant pas confirmée par une bulle du pape ou par la décision d'un concile, il ne se croyait point obligé de renoncer à son ooinion sur le mouvement de la terre.

En 1637 Descartes publia son Discours sur la méthode, avec la Géométrie, la Dloptrlque et les

SA VI£ £T SES OUVRAGES

MMor», applications de cette méthode qu'il réonit dans le même volume. Eu 1641 il publia les Médiiaiians métaphysiques^ et eu 1643 ses Frineipes de philosophie. Ce sont là les trois grands ouTrages philosophiques de Descartes.

Ce fot peu de temps après la publication du prenlcr de ces ouvrages que commencèrent les persécutions dirigées contre Descartes en Hollande. Déjà un jésuite, le père Bourdin, avait voulu /aire condamner les doctrines de Descartes par le dergé français, mais il Tavait essayé sans succès* Le papisme protestant eut moins de tolérance que le catholicisme : un ministre nommé Gilbert Yoëtlus, recteur deTuniversité d'Utrecht, accusa Beecartes d'athéisme; Descartes et son disciple Leroy, professeur à Utrecht, répondirent a cette accusation. Yoêtius porta plainte en calomnie devant le sénat d*I]trecht, qui déclara la réponse de Bescartes dllTamatoire et le somma de venir i Utrecht défendre ses ouvrages que l'on menaçait de faire brûler par la main du bourreau. Bescartes refusa d'obtempérer à cet ordre et s'adressa i l'ambassadeur de France, qui fit arrêter tonte cette procédure par les Etats de la province. Quelques années plus tard, en 1647, les mêmes attaques furent renouvelées à Leyde par deux théologiens protestants. Revins et Triglandius, qui accusaient aussi Descartes d'athéisme. II porta plainte en calomnie devant les curateurs de l'u- Diverrité de Leyde, qui, après de longues hésitaikHis, finirent par lui rendre justice. Toutes ces persécutions déterminèrent Descartes à quitter la Hollande et à se rendre aux sollicitations de la reine Christine, qui l'engageait depuis longtemps à se fixer en Suède. En 1649 il partit pour Stockholm, où il fut reçu avec toutes sortes d'honneurs. La reine voulut prendre de lui des leçons. Descartes se rendait tous les jours à cinq heures du natin dans la bibliothèque de la cour, et Christine employait les premières heures de la journée i rentendre disserter sur la philosophie. C'est cette obligation qni fut cause de sa mort. Comme il D*était pas accoutumé à un climat aussi froid que celui de la Suède, il ne put pas supporter ces courses faites tous les jours de si grand matin. Un joar 11 sentit qu'il avait été saisi par le froid , et D^moins il voulut commuuitT daus la chapelle de l'ambassadeur. En rentrant chez lui il fut attaqué d*one fièvre chaude , et il y succomba le 11 lévrier 1650, âgé de cinquante-trois ans.

Quelques années aprôs, de fervents cartésiens obtinrent que les cendres de Descartes fussent transporlées en France , et elles furent déposées sdfnneiiemeotàParis dans l'église Saint-Etienne h Mont, on elles sont encore. Le père Lallemand, àanoelier de l'Université, devait prononcer sou

oraison funèbre; mais la cour le lui mterdit, à

cause des doutes qui s'étaient élevés i cette époque contre l'orthodoxie des Descartes.

Ces doutes n*avaient aucun fondement : les théologiens les plus renommés de l'Eglise catholique ont rendu justice à Torthodoxie de Descartes. • Descartes, dit Bossuet, a toujours craint d'être noté par TEglise, et il prenait pour cela des précautions qui allaient jusqu'à l'excès. *» Tous les ouvrages de Descartes sont remplis de proti>sta« lions de fol et de soumission à TEglise catholique, et nous n'avons aucune raison de supposer que ses déclarations ne fussent pas sincères. Nous avons déjà parlé du pèlerinage qu'il fit à Nôtre- Dame de Lorette pendant son voyage en Italie, pour accomplir un vœu qu'il avait fait dans sa jeunesse. On voit dans ses lettres que la Bible et la Somme de saint Thomas étaient ses lectures favorites. Nous avons aussi une preuve de la sincérité des croyances religieuses de Descartes dans le témoignage que rendit à cet égard la reine Christine qui , à la fin de sa vie, abjura le protestantisme et déclara que c'était dans les entretiens de Descartes qu'elle avait puisé la première semence de sa conversion.

Sur la personne de Descartes, voici ce que disent ses biographes. D était d'une taille au-dessous de la moyenne ; sa tête était grosse, sa figure exprimait la méditation et la sévérité. Un fait remarquable, c'est que Descartes avait l'angle facial très étroit , et qu'en général la conformation de sa tête ne s'accorde nullement avec les enseignements de la phrénologie.

Parmi les philosophes qui se sont montrés dignes de ce nom par leur caractère, on distingue deux types généraux qu'on peut appeler la vertu du moine et la vertu du missionnaire. L'une est une vertu purement négative qui ne comprend que des devoirs d'abstinence; l'autre comprend des vertus positives, des devoirs de dévouement. Socrate, martyr de la philosophie, est le type de la vertu du missionnaire , taudis que le caractère de Descartes nous présente plutôt une vertu monacale et négative.

Spinoza, qui avait pris son maître pour modèle en toutes choses, a réalisé beaucoup mieux que lui la vertu négative, toute d'abstinence, vers laquelle aspirait Descartes. Spinoza vivait pour quelques sous par jour, ne cherchant aucune distraction hors de ses études philosophiques, réalisant un type admirable de désintéressement, de chasteté et de tempérance. Mais à cAté de celte perfection monacale , nous ne voyons dans Spinoza aucune des vertus du missionnaire et du martyr, aucun acte de dévouement, aucun sacrifice fait à la propagatiou de ses Idées. Voué tout

RENE DESGARTES.

eotierà la curiosité philosophique , il redoutait tout ce qui aurait pu troubler le loisir nécessaire à ses travaux, et sacriflait tout i i'égolsme scientifique, au culte des idées et des études. Sa cor* respondance est curieuse à étudier sous ce rapport. Nous le voyons refuser à Heidelberg une diaire de philosophie qui lui aurait donné l'occasion de répandre son système, mais en Tentourant d'une renommée qui aurait pu le distraire de ses travaux. Dans une autre lettre il dépeint la terreur qu'il éprouva en apprenant qu'on voulait traduire en langue flamande son traité théologico-politique. Il écrivit immédiatement à celui qui avait entrepris cette traduction pour le dissuader de la publier, disant que son traité, une fois traduit en langue vulgaire, serait immédiatement condamné par Tautorité ecclésiastique , et qu*il en résulterait des tracasseries qui pourraient le distraire de ses études. Ce n'est pas là le dévouement de SocratOi embrasé d'un noble esprit de prosélytisme, bravant la perspective du martyre, appelant sur lui la condamnation en déclarant que la mort seule pourra le réduire au silence.

Comme chez Spinoza, le plus célèbre des philosophes cartésiens, nous trouverons chez Descartes la curiosité scientifique devenu le mobile presque unique de toute une vie. Il sacrifie aussi à la recherche du repos et de la tranquillité le désir de propager ses opinions , et cette humilité affectée fait un contraste frappant dans un caractère altier comme celui de Descartes, dans un esprit absolu et dépourvu de souplesse. Nous ne voulons certainement pas le blâmer de n'avoir pas attaqué le catholicisme auquel il parait avoir eu une foi sincère ; mais Bossuet a reconnu lui-même qu'il avait exagéré la prudence sous ce rapport. Ainsi nous ne pouvons pas comprendre la suppression de son Traité de la lumière après la condamnation de Galilée, et l'obscurité dans laquelle il s'enveloppe dans ses autres ouvrages, toutes les fois qu'il parle du système du monde. Nous trouvons dans sa correspondance une lettre dans laquelle il explique lui-même que cette sentence n'engage nullement la foi d'un catholique, puisqu'elle a été rendue par un conseil d'Inquisiteurs et non par un concile. Ce qui est bien plus étrange encore, ce sont les ménagements que Descartes garda en Hollande à l'égard de ses persécuteurs protestants malgré le mépris qu'il éprouva toujours pour le protestantisme. Nous avons an exemple remarquable de cette tactique méticuleuse dans la lettre qu'il écrivit à son disciple Leroy, à l'occasion de ses discussions avec Voetius.

Nous abordons maintenant l'examen des ouvrages de Descartes ; nous parlerons d'abord de son système physique et mathématique.

Le système physique de Descartes porte l'empreinte de son génie novateur et aventureux; Il est fondé tout entier sur la célèbre hypothèse des tourbillons, hypothèse fausse, comme on sait, et qui a longtemps arrêté les progrès de la science. Descartes croyait que le soleil et les étoiles fixes étaient les centres de tourbillons de matière subtile, qui faisaient circuler autour de ces centres d'autres corps plus petits. Ce système a été adopté pendant longtemps en Europe; il a été renversé par les découvertes de Newton. On a souvent at« tribué la supériorité du système de Newton a sa méthode expérimentale, qui était celle qu'avait adoptée Bacon , tandis que Descartes, au contraire, procède, même en physique, synthétiquement et à priori. Nous ne nierons pas que cette remarque ne soit fondée ^ cependant il faut ajouter qu'à répoque où vivait Descartes la science n'était pas assez avancée pour qu'il fût possible de découvrir le vrai système du monde. Ce sont les découvertes sur les lois des forces centrales, faites par un disciple de Descartes, Huyghens, qui ont frayé la route à Newton , et ont rendu possible la découverte de la loi d'attraction.

Descartes, malgré la fausse base sur laquelle il appuyait son système physique, a fait de grandes découvertes dans cette science. C'est lui qui a découvert la véritable loi de la réfraction qui se trouve exposée dansson traité de Dioptrique. Soo traité des Météores renferme la théorie de l'arcen-ciel , qui avait été entrevue avant lui , mais qui n'avait jamais été exposée et démontrée d'une manière scientifique.

Il est des points sur lesquels la science moderne a donné raison à Newton contre Descartes, mais elle a entièrement confirmé la théorie cartésienne sur la grande question du plein et du vide. On sait que dans tous les temps les spiritualistes ont soutenu le plein et les empiristes le vide. Newton croyait que le vide existait dans le monde ; Descartes et Leibniz l'ont nié. Au dixhuitième siècle on a cru voir une démonstration sans réplique de la théorie de Newton dans l'expérience de la pompe pneumatique. Cependant Leibniz avait déjà donné l'explication de ce fait, en disant que, de l'aveu de tous les physiciens, il existe dans l'atmosphère des fluides impondérables, tels que la lumière et l'électricité, et que rien n'empêche de supposer que les parties pondérables de l'air, qui sont enlevées du baromètre ou de la pompe pneumatique , ne soient remplacées par des fluides semblables à l'électricité ou à la lumière. Mais une découverte récente a mis en évidence la vérité de la théorie cartésienne. Eu observant attentivement la comète d'Euler, ou a reconnu que, depuis l'époque où cette comète fui

SA VIE ET SES OUVRAGES

. . ^ pour la praniera fois Ja carrière qu'elle parcoort s'est rétrécîe, son orbite a dimiDué, et ToQ De peat doater qoe cette diminatiOD de force, cet amofndrisBemeDt progressif, ne soient causés par l'action da fluide destructeur dans lequel se meuTent les astres. M. John Herscheil, en rendant compte de cette découyerte, dit qu'elle prouTe avec évidence que Newton s'était trompé en sdBietUDt la théorie du Tide, que cependant ses cslcols astronomiques conservent leur exactitude a cause de l'extrême rareté du fluide dans l^qvd SB meuvent iesaittres.

Les découvertes mathématiques de Descartes sont beaucoup plus importantes. Il a introduit dans les notions algébriques des simplifications qnj ont créé une ère nouvelle dans l'histoire de c^te science. Il est le premier qui se soit servi d'exposant dans les notations; on n'avait pas eu avant lui cette idée très simple de mettre un cfaiffire au-dessus de la quantité , et de désigner ses diverses puissances par les difliirentes valeurs de ce chiffre. Outre que cette notation est beaucoup plus simple et plus abrégée que celle qu'on employait avant Descartes, elle a l'avantage de reprtenter exactement les rapports de quantités et de les rendre salsissables au premier coup d'œil. La plus grande de toutes les découvertes de Descartes dans les sciences positives est celle de l'appUcation de Talgèbre à la géométrie : c'est ce qu'on appelle aussi la géométrie analytique. Les andens géomètres procédaient par synthèse dans la recherche des propriétés des courbes. Ils faiaient des constructions aventurées, en vue des résultats qu'ils voulaient obtenir, et employaient aûiB une méthode de tâtonnement et en quelque sorte de divination. Descartes fut le premier qui corçat que la nature de chaque courbe pouvait être exprimée et définie par une certaine relation entre deux lignes variables, dont l'une figurait les ahaeisses et l'autre les ordonnées. Il pensa que, pour trouver cette relation, ii suffirait d'écrire en langue algébrique une des propriétés caractéristiques de la courbe dont on s'occupait, et que l'on ponrrail troover par là une équation d'où l'on déduirait ensuite analytiquement toutes les proprîéiés de la courbe. Par l'invention de cette méthode Descartes a créé toute une science nouvelle, ifol a produit d'Immenses découvertes dans la géométrie.

Dans la doctrine métaphysique de Descartes, le premta* principe qui appelle attention est celui du èmenrfthodiqueou suspensif, qui peut être contidéré comme le point de départ de la philosophie ortésieone. Deseartes établit que nous devons repier,au moins une fols dans notre vie, toutes les que nous avons précédemment reçues,

pour les examiner et en hlre une revoe complète. Nous devonsfaire table rase dans notre intelligence et nous placer dans un doute absolu, non pas pour y rester, mais pour reconstruire ensuite nos opinions sur la base de l'examen. Il est incontestable que Descartes, en posant ce principe, a rendu un Immense service à la science : il lui a donné une base au moyen de laquelle elle s^est débarrassée de toutes les opinions traditionnelles et routinières qui encombraient la philosophie soolastlque; maison peut contester que la méthode du doute suspensif doive être admise dans le sens absolu que lui donnait Descaries. Cette méthode a été attaquée de nos jours avec une grande vigueur de dialectique par M. de La Mennals, qol a cherché i établir que l'esprit humain se trouve dans un état invincible de croyance et que le doute absolu est une base tout-à-falt chimérique, puisqu'il faudrait sortir de soi-même pour se pi»» ceren dehors de toute fol quelconque. Il est important de faire à cet égard une distinction que Descartes n'a jamais faite complètement, celles des connaissances subjectives et objectives. Ii est impossiblequeledoute s'étende jamais aux assertions subjectives qui portent non pas sur Vitre , mais seulement sur le paraître. Quand je vols une chandelle brûler devant mol , je comprends qu'on me demande : Cette chandelle brûle-t-elle réellement ou paraît-elle seulement brûler ? Mais on ne peut pas pousser le doute plus loin et contester que la chandelle ibe paraisse brûler. Comme l'a dit Mendelsohnen traltantcettequestlon, personnen'a jamais imaginé de monter sur ses épaules pOur avoir de lé une perspective plus étendue. Le sceptique, qui croit douter de tout, se contredit luimême, car tout au moins ne doute-t-il pas qu'il doute et par conséquent qu'il pense. Toutes les as* sériions de ce genre : Jedoute, je pense, je veux , je Jouis, je souffre, etc., sont des assertions purement subjectives et relatives sur lesquelles il est Impossible de se tromper, etsur lesquelles parconséqueni ne peut jamais porter le doute, même le doute suspensif. L'assertion : J'existe , doit être placée dans la même catégorie : elle est i la fols subjective et objective ; car, dans cette proposition , le sujet connaissant et l'objet connu sont identiques. Aussi voyons-nous que les plus grandes illusions du sommeil et de la folie ne peuvent jamais nous faire perdre le sentiment de l'existence personnelle. Le subjectif flt l'objectif sont ce que Descartes appelle l'objectif et le formel; il a fait celte distinction , mais il n'en a pas déduit toutes les conséqueuces ; il aurait pu s'en servir pour limiter et expliquer daus son vrai sens la méthode du doute suspensif.

Le Cogi0, ergà sumde Descartes est un de

UI

RENÉ DESCARTES

tes prindpes les ploi oélèbrei. On a demandé ail fallait TOir daoa oe principe an syllogisme on s'il n'était que le simple énoncé fl'un fait de conscience. Descartes ne s'explique pas sur ce sujet dans ses Méditations, dont le but est de démontrer l'existence de Dieu et l'immatérialité de rime ; mais, dans ses réponses aux objections de ses adversaires, il fait voir très expressément qu'il n'a pas youIu (aire un syllogisme; et c'est aussi ravis de Spinoza qui dit, dans son exposition de la philosophie cartésienne : « Cogito^ ergd sum^ est une seule proposition qui est équivalente i celle-ci : ego 8wn eogUans. Si c'était un syllogisme, il devrait y avoir des prémisses sous-entendues sur lesquelles reposerait la certitude de rexlstence personnelle. Il serait alors inexact de dire avec Descartes que cette proposition : J'existe, est tout ce qu'il y a de plus clair et de plus certain , qu'elle est la base première de toutes nos connaissances. »

Le point de départ d'un système philosophique M détermine toujours la marche et le développement. Il est donc très important de s'entendre sur ce point de départ cartésien de l'existence personnelle. Le Cogito , ergô 9um , quoi qu'on en ait dit , renferme une véritable dualité. Sans doute le moi est déjà impliqué dans le cogito; mais c'est seulement le moi actuel de conscience, qui n'est pas la même chose que le moi substance pensante. Demander quel est le passage de l'un à l'antre, c'est demander quel est le passage de la psychologie à l'ontologie, ou, en d'autres termes, quelle est l'origine et la légitimité de la notion de substance; c'est la question fondamentale de la philosophie. Un philosophe français contemporain a attaqué le Cogito, ergà sum de Descartes. Maine de Biran regarde la notion de substance comme étant identique à celle de force et de cause libre ; il croit que ce qui nous donne la notion de notre existence personnelle, c'est le sentiment de l'effort , la vue que nous avons de nous-mêmes lorsque nous agissons librement. Il voudrait donc qu'on remplaçât la proposition de Descartes par celle-ci : Je veux, donc j'existe. Dans le système de Condillac et de toute l'école sensnaliste qui place en première ligne la sensation passive, il faudrait dire : Je sens, c'est-à-dire je jouis ou je souffre, donc j'existe. Au point de vue mystique, Anima est ubi amat, il faudrait dire : J'aime, donc j'existe. La nouvelle école allemande part, comme Descartes, de la pensée; mais elle cherche un point de départ ontologique et non psychologique. Suivant R^el , le commencement de la philosophie doit être un point dans lequel s'identifient la pensée et la réalité, en sorte que l'on puisse faire le passage non pas par un

■^rtf'is'^yw.

ergd^ mais par une équation. Le cogito et le sum^ c'est-à-dire la pensée individuelle et l'existence Individuelle, ne peuvent pas fournir cette équation : il faut partir de l'existence générale et de la pensée générale, en les considérant toutes les deux comme indéterminées. On peut poser la pensée indéterminée identique à l'existence indéterminée qui est elle-même identique au néant. Le néant est le point de départ de la philosophie, qui procède ensuite par des conceptions successives, lesquels deviennent de plus en plus déterminées, jusqu'à ce qu'on arrive à la dernière conception, qui est l'esprit absolu, dans laquelle on trouve, comme dans toutes les autres , l'identiti de la pensée et de la réalité.

La preuve ontologique de l'existence de Dieu est un des plus grands titres de gloire de Descartes comme métaphysicien. En laissant de côté la preuve historique déduite du consentement général et qui ne peut pas être considéré comme un argument philosophique, on peut compter trois preuves de l'existence de Dieu : l*" la preuve cosmologique fondée simplement sur rexlstence et le mouvement des choses finies, considérées comme devant se rattachera une cause infinie ; 2® la preuve physioo - théologique déduite des causes finales; 3** la preuve ontologique, qu'on appelle quelquefois la preuve de Descartes , fondée sur Tidée que nous avons de l'absolu et de l'infini. Ces trois preuves peuvent être considérées comme correspondaut aux trois grandes époques de l'histoire du monde : l'Orieut , l'antiquité païenne et le monde moderne. La preuve cosmologique, adoptée d'une mauière exclusive, ne peut conduire qu'à une sorte d'âme du monde, telle que l'ont rêvée les panthéistes orientaux. La preuve des causes finales est celle de l'antiquité païeune; c'est celle d'Anaxagore et de Socrate : elle devait être adoptée dans une époque où régnait exclusivement l'idée du fini. Le christianisme, la religion de l'esprit et de la moralité , qui a appris aux hommes l'union intime du fini et de l'Infini, pouvait seule mettre en lumière la preuve ontologique que les anciens n'ont pas même pressentie. La première conception de cette preuve est due à saint Anselme , l'un des plus grands docteurs de l'Eglise catholique; mais la forme sous laquelle saint Anselme présente son argument est iDcomplète et défectueuse. • Nous avons, dit-il , l'idée d'un être absolu et souverainement parfait. L'idée de la souveraine perfection corn* prend en elle celle de la réalité véritable et objective. Si Dieu n'était pas réel , s'il n'existait que dans notre esprit , nous pourrioDs concevoir quelque chose de plus parfait que l'absolu , ce qui est impossible. » Descartes, qui connaissait l'ar*

SA YI£ ET SES OUVRAGES

xiir

guoMDtttion de saint Anflelme par la réfatation qa*eD avait donnée saint Thomas, reproduit dans ses oiiTrages œt argument qui renferme cependant on parali^isme éyident. Ce n'est pas là la Traie fM-me de la preuve ontologique : la Toid telle que h donne Bescartes dans ses MédUatUmê. « Nous avons Vidée d*un être infini , absolu et souverainement parfait. D'où nous vient cette idée? Elle ne peut pas yenir du néant, car le néant ne produit rien. Elle ne peut pas venir des réalités Unies, car alors le fini auroit produit rinflnl et Tabsolu ; l'effet seroit supérieur à la cause. Donc cette idée Tient de Dieu : donc Dieu existe. »

Après avoir prouvé l'existence de Dieu , Descartes essaie de prouver aussi l^immatérialité de rime. Il la prouTe par la différence des attributs de rame et du corps. L'attribut essentiel et distioclîfde la substance intelligente , suivant Descart€S, c'est la pensée; l'attribut de la substance matérif lie , c'est l'étendue. Deux substances qui diffèrent par leurs attributs essentiels ne peuvent pis être identiques. L'étendue est toujours carao térisée par les trois dimensions, qui ne se trouveut pas dans les faits intérieurs. Malebrancfae, qui reproduit l'argument de Descartes, se sert de l'exemple d'ane aiguille qui fait un trou dans le doigt et proToqae par là une douleur. Le trou est plus ou moins grand ; il peut être caractérisé par les trois dimensions. 11 n'en est pas de même de la douleur, qui est un fait incorporel ; elle n'a ni longmsnr, ni largeur, ni hauteur. Outre cet argument en faTeur de la spiritualité de l'âme, Descartes en propose un autre qui a quelque rapport aTec son ai^ment en faveur de l'existence de Dieu. « J*ai l'idée de mon esprit , ditril , non pas seulement abstraction , mais exclusion faite de l*idée de mon corps. Or, toutes les choses que je conçois comme complètes en elles-mêmes, et comme distinctes les unes des autres, sont réellement complètes et distinctes ; car elles ne peuvent Tenir que de la réalité conçue. L'idée d*une substance pensante est distincte dans mon esprit de celle de sa substance étendue; en outre elle est complète en elle-même, car elle n'est point abstraite d'autres réalités plus complètes : donc c&e correspond i une réalité véritable. »

Llmmatérialité de l'âme prouve, suivant Descarfes, son immortalité. Pour concevoir que rime est immortelle, il suffit de concevoir la p»sée en tant que distincte du corps ; ce dernier eit une substance divisible, la première une subdiace iodivisible. Les substances sont incorrupeues, i moins que Dieu no leur retire son ooncurs; le corps, pris en général, c'est-à-dire tanme étendue, est donc incorruptible aussi bien

fn rame ; mais il a certaines configurations qui

peuTont dianger : l'âme n*a pobt de conOguratien. D'ailleurs, quand on conçoit que l'âme est Indépendante du corps , comme on ne voit point de cause qui la détruise , on est naturellement porté à la juger immortelle.

Le problème de la communication de Tâme et du corps était regardé au dix -septième siède comme la' question fondamentale de la philosophie : il est important de déterminer exactement le système de Descartes sur cette question. Il renferme trois éléments distincts : V le système de la glande pinéale; 2^ celui des esprits animaux ; 8** celui de Tassistance divine. La glande pinéale est une partie du cerveau qui, suivant Descartes, est le siège principal de la communication entre Tâme et le corps. Descartes donne deux preuves de cette opinion : 1^ la glande pénéale est située au centre du cenreau ; 2^ elle est la seule partie du cerveau qui ne soit pas double : or, tous les mouvements de l'âme sont simples. Nous ne voyons qu'une même cfaose des deux yeux , nous n'entendons qu'une toIx des deux oreilles ; nous n'aTons jamais qu'une seule pensée dans un moment donné.

Les esprits animaux sont le moyen de communication des différentes parties du corps avec le cerveau et du cerveau avec les nerfe. Descartes les compare à un air ou à un vent très subtil. « Us sont formés, dit-il , des parties du sang les plus agitées et les plus vives, «t C'est dans l'action des esprits animaux sur le cerveau et sur la glande pinéale qu'il faut chorclicr, suivant Descartes, Texplication du plus grand nombre des phénomènes de la vie humaine. Quand les esprits enflent pleinement le cerveau, ils constituent l'état de veille ; quand ils ne l'enflent qu'à moitié, l'état de rêve. L'agitation des esprits animaux , qui, dans une forte intelligence , développe l'invention et rimaglnatlon ,' peut produire la folio dans un esprit faible ; l'appesantissement des esprits animaux produit l'imbécillité.

Le système de l'assistance divine de Descartes ne doit pas être confondu avec celui des causes occasionnelles. Le véritable auteur de ce système est un philosophe hollandais nommé Arnold Geulinx. Il a été développé avec un admirable talent par Malebranche , auquel on en attribue ordinairement l'invention. Ce système établit qu'il n'y a aucune communication réelle entre les deux parties de l'homme; Dieu est la seule cause réelle; l'âme et le corps ne sont que des causes occasionnelles, des occasioDs de Taction divine. Cette théorie a été évidemment suggérée par celle de Descartes, qui en est cependant fort distincte. Descartes admet une action réelle de l'âme sur le corps et du corps sur l'âme ; mais il croit que

RENÉ DESCARTES

r«Mi8tanoe dWIne ett néoeMlre poar me cette acttoD poîsie s'exercer.

Bescartes regarde Texistence de Diea et de rame comme prouvée immédiatement par Tidée que nous eu avons. Il n*en est pas de même de la réaiité du monde matériel. Bescartes ne croifpas que ridée claire et distincte que nous avons de cette réalité puisse suffire pour la démontrer* U présente à l'appui de cette opinion trois arguments : l"" rien ne nous prouve que Bieu n*ait pas voulu nous tromper à cet égard ; 2° les sens nous trompent sans cesse ; 3"* nous avons dans le sommeil des illusions dans lesquelles nous croyons voir et entendre des choses qui n'existent pas. C'est sur la véracité de Bieu que Bescartes fait reposer la certitude de l'existence du monde matériel. • Bieu , dlt-ii , ne peut pas avoir voulu nous tromper par ce rapport à une croyance qui a une si grande force dans notre esprit et une si grande influence sur nos actions. «> Il y a dans ce système un principe d'idéalisme panthéistique qui a été beaucoup développé par les disciples de Bescartes, par Malebranche, et surtout par Spinoza.

Sur l'essence même du monde matériel Bescartes admettait le système qu'on a appelé le #ys<éme mécanique. Il ne croyait cependant pas aux atomes ; il n'admettait pas que la matière fût divisible à Tinfloi. Mais 11 regardait l'étendue comme étant la seule propriété essentielle de la matière, et admettait une action mécanique des molécules les unes sur les autres. La théorie contraire, qu'on a appelée le système dynamiqtêe^ n'admet d'autre réalité dans la nature que des forces agissant de différentes manières. Leibnitz peut être considéré comme l'auteur de ce système, mais il n'en a pas vu les conséquences. C'est par cette théorie seulement que l'on peut résoudre le problème de la communication de réme et du corps, qui a tant embarrassé les philosophes du dix-septième siècle. Bescartes et Malebranche, regardant les deux substances comme absolument différentes, ne pouvaient pas admettre qu'elles agissent Tune sur Tautre, et étaient obligés de recourir à Tlutervention divine. La difficulté disparaît lorsqu'on admet que ce sont les forces ou les monades qui constituent Tessence de la matière aussi bien que celle de l'esprit. La théorie dynamique place le spiritualisme dans ia physique, tandis que le système cartésien introduitle matérialisme dans cette partie de la science.

C'est la séparation absolue, établie entre les deux substance^ matérielle et spirituelle qui a conduit Bescartes à cet étrange système sur les animaux qui lui a été reproché. Il refuse aux anlnaui tOMte espèce dlntelligence et de volonté ;

U ne leur accorde pas même la sensibilité ; il dit qu'Us voient et sentent , mais sans avoir oooscience de leur vision et de leur sentiment Lei brutes, suivant lui, ne sont que des automates mieux faits que ceux qui sortent de la main des hommes. Les adversaires de Bescartes ont fait jui* tice de cette théorie bizarre qui est en contradiction formelle avec le sens commun et avec l'expé* rience ; mais il ont négligé d'en signaler la conséquencepratiquequiestdedétrulredansleshommes les sentiments et les devoirs d'humanité par rapport aux animaux. Baillet nous apprend que Des cartes, lorsqu'il était à Amsterdam, allait presque tousles jours voir tuer desanimaux chez le boucher qui le servait pour ses travaux anatomiques. Oq raconte que Malebranche avait une diienne qu'il battait sans miséricorde, persuadé qu*elle ne sentait pas la douleur. Le biographe de Spinoza ra* conte que le seul plaisir qu'on lui ait jamais vu prendre était celui de faire battre entre elles des araignées ou de leur faire prendre des mouches. Cotte indifférence pour la souffrance des animaux est le résultat du système, qui ne voit en eux que des automates.

Le système de Bescartes sur l'origine de l'erreur est une de ses théories les plus ingénieuses. L'erreur provient, suivant lui , de ce que la volonté est plus étendue que l'entendement. L'entendement est limité ; la volonté ou la liberté est illimitée dans son essence. L'entendement par lui-même ne nous trompe jamais ; il nous donne des idées claires et distinctes qui correspondent toujours à la réalité; mais l'imagination nous donne des idées confuses, et la volonté, étant plus étendue que rintelligence, peut surajouter les idées derimagination à celle de l'entendement et leur attribuer ainsi la certitude logique qui leur manque. C'est d'après ia mâme théorie que Bescartes explique comment Bieu a pu permettre dans le monde le mal et l'erreur. L'intelligence d'un être fini devait nécessairement avoir des limites, et sa liberté, suivant Bescartes, ne pouvait pas ne pas être illimitée, car la volonté est quelque chose d'indivisible : on n'en peut rien re« trancher sans la détruire. Il fallait ou que Bieu ne la donnât pas aux hommes, ou qu'il la donnât illimitée, et parconséquent plus étendue que l'entendement.

On a mis en question si Bescartes croyait aux Idées Innées. Il nous paraît Impossible d'en douter ^ seulement on peut dire qu'il ne donnait pas aux idées innées la signification que LocIce a couçue ou feint de concevoir dans sa réfutation du cartésianisme. Bescartes n'admet pas que les idées naissent en nous développées ; elles se dé- Tdoppent avec rage, et dans les imbéciles elles

SA VIE ET SES OUVRAGES

XY

r^teot toujours eoYeloppées. Il u'admet pas non plus que les idées Innées soient toujours présentes à notre pensée ; seulement nous avons toujours en nous la faculté de les produire. Les principales idées innées, suivant Descartes , sont Tidée que nous avons de notre substance personnelle, Tidée de la substance en général et en particulier de celle des corps , Tidée de Dieu, les idées d'étendue, de nombre, de situation, de mouvement, les Térltés logiques qui ne sont rien hors de notre pensée ; enfin toutes les idées qui ne contiennent Dl négation ni affirmation, comme les idées de Qgure , de couleur, de son et d'odeur.

Nous avons énuméré les principes les plus saillants du système de Descartes ; nous sommes obligés de négliger plusieurs théories accessoires dans lesquelles éclate aussi son génie profond et original. Il nous resterait à faire connaître le rapport de la doctrine de Descartes avec celles de ses disciples, et en particulier avec le système de Spinoza , qui n'est que le cartésianisme poussé dans ses dernières conséquences. Nous reviendrons sur le rapport des deux doctrines en parlant de Spinoza ; nous Findiquerons ici très brièvement. Le principe par lequel Descartes nou? semble surtout avoir frayé la route à Spinoza, c*est la prescription des causes finales. Préoccupé da désir de séparer la théologie et la philosophie et de mettre un terme à la confusion qui avait régoé sous ce rapport dans la scolastique , Descarti^s proscrit entièrement les causes finales et veot que dans l'étude du monde On ne s'occupe que des causes secondes. Spinoza conteste absolument la réalité des causes finales ; Descartes ne les oie pas, mais il ne veut pas qu'on les étudie ; il y a un rapport manifeste entre les deux théories. Sous le point de vue psychologique, Descartes a donné naissance au fatalisme de Spinoza t-D attribuant plus d'importance à la pensée qu'à la volonté. Spinoza nie absolument la volonté libre; D«»cartes ne la nie pas, mais il place tou- ^Dars la pensée en première ligne. On reconnaît déjà cette tendance dans son point de départ : Cogito. ergô sum. Descartes fait reposer lacertl- Iode do monde matériel sur la véracité diviue ,

ce qui a conduit Spinoza à ne voir dans le monde extérieur qu*un mode et une manifestation de la substance infinie. Descartes explique la communication de i'àme et du corps par l'assistance perpétuelle de la Divinité, ce qui a pu aussi suggérer l'explication panthéistique de Spinoza. Dans sa théorie métaphysique. Descartes place toujours la notion de substance avant celle de cause; même lorsqu'il parle de la cause, par exemple au sujet de la notion de Tinfinl , on reconnaît qu'il a dans l'esprit la notion de substance. Dans le spinozisme la notion de cause disparaît entièrement ; tout est rapporté à l'idée de substance. Enfin , ceci nous paraît fondamental, Descartes rejette le savoir du cœur et n admet que celui de l'esprit; il repousse absolument le mysticisme , il est purement rationaliste. Ceci nous parait être la grande erreur de Descartes et de son école. Nous croyons qu'il y a des choses que nous ne pouvons comprendre que par les affections qu'elles excitent en nous : de ce nombre est la liberté divine; le rationalisme conséquent conduira toujours au panthéisme , il nous iera connaître la sagesse de Dieu et les limites que cette sagesse impose à sa liberté; mais cette liberté même, ainsi que la bonté de Dieu, ne peut être conçue que par le savoir du cœur et par le raj)port d'affection qu'il établit eutreDieu et rboiiini. . Anima est ubi amat, ont dit les niystiqurs ; l't sprite$ttout l'homme , ont dit Bacou et Dr^vm u h. et la science est tout l'esprit. Ce sont là Inn théories exclusives qu'il faut savoir concilier. I.e mysticisme représente un cdlé très réel de la nature humaine ; on peut le considérer comme une protestation permanente contre la tendance des philosophes à immoler le cœur à l'esprit , les affections aux idées. Il faut que la philosophie de notre siècle accorde au cœur son rang à cAté de l'esprit ; il faut qu'elle concilie le rationalisme et le mysticisme : c'est par là que nous arriverons à une philosophie plus complète que celle de Des cartes et de ses successeurs.

Amedéb Pbévost.

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