ELOGE
DE
KENÉ DESCARTES
PAR THOMAS
Lorsque les cendres de Descartes, né en FnDoe et mort en Suède, furent rapportées, seize tiB après sa mort, de Stockholm 4 Paris; lorsque tous les savants, rassemblés dans un temple, rendoient à sa dépouille des honneurs qu*il n'obtint jamais pendant sa vie, et qu'un orateur se préparoit à louer devant cette assemblée le grand homme qu'elle regrettoit, tout à coup il vint un ordre qui défendit de prononcer cet éloge funèbre. Sans doute on pensoit alors que les grands seuls ont droit aux éloges publics , et Ton craignit de donner à la nation Texemple dangereux d'ho- Boier un homme qui n*avoit eu que le mérite et la distinction du génie. Je viens, après cent ans, prononcer cet éloge; puisse-t-il être digne et de cdui à qui il est offert, et des sages qui vont Tentendre! Peut-être au siècle de Descartes on étoît «icore trop près de lui pour le bien louer. Le temps seul juge les philosophes comme les rots, et les met à leur place. Le temps a détruit les opinions de Descartes, mais sa gloire subsiste. Il est semblable à ces rois détrônés qui , sur les raines même de lepr empire, paroissent nés pour commander aux hobimes. Tant que la philosophie et la vtoté seront quelque chose sur la terre, on honorera celui qui a jeté les fondements de nos ceuioiaaiioes, et recréé, pour ainsi dire, Tentendemeot humain. On louera Descartes par admiratî0D, par reconnoissance, par intérêt même ; car ai la vérité est un bien, il faut encourager ceux qui la cherchent.
Ce aeroit aux pieds de la statue de Ne^rton qu*il fnfroit prononcer reloge de Descartes , ou plu- 'M ee aeroit i Newton à louer Descartes. Qui Bkni que lui aeroit capable de mesurer la carrière parcourue avant lui? Aussi simple qu'il étoit P)aa, Newton mm découTriroit toutes les peu*
sées que les pensées de Descartes lui ont fait nal« tre. Il y a des vérités stériles, et pour ainsi dire mortes, qui n'avancent de rien dans Tétude de la nature ; il y a des erreurs de grands hommes qui deviennent fécondes en vérités. Après Descartes, on a été plus loin que lui ; mais Descartes a frayé la route. Louons Magellan d'avoir fait le tour du globe ; mais rendons justice à Colomb, qui le premier a soupçonné, a cherché, a trouvé un nouveau monde.
Tout dans cet ouvrage sera consacré à la philosophie et à la vertu. Peut-être y a-t-il des hommes dans ma nation qui ne me pardonneroient point l'éloge d'un philosophe vivant ; mais Descartes est mort, et depuis cent quinze ans il n'est plus ; je ne crains ni de blesser l'orgueil ni d'irriter l'envie.
Pour juger Descartes, pour voir ce que l'esprit d'un seul homme a ajouté à l'esprit humain, il faut voir le point d'où il est parti. Je peindrai donc l'état de la philosophie et des sciences au moment où naquit ce grand homme ; je ferai voir comment la nature le forma, et comment elle prépara cette révolution qui a eu tant d'influence. Ensuite je ferai l'histoire de ses pensées. Ses erreurs même auront je ne sais quoi de grand. On verra l'esprit humain, frappé d'une lumière nouvelle, se réveiller, s'agiter, et marcher sur ses pas. Le mouvement philosophique se communia quera d'un bout de l'Europe à l'autre. Cependant, au milieu de ce mouvement général, nous reviendrons sur Descartes ; nous contemplerons l'homme en lui ; nous chercherons si le génie donne des droits au bonheur ; et nous finirons peut-être par répandre des larmes sur ceux qui, pour le bien de l'humanité et leur propre malheur, sont condamoés à être de grands hommes.
ÉLOGE DE DESGARTES
La philosophie, née daDs l'Egypte, dans Tlnde et dans la Perse, avoit été en naissant presque aussi barbare que les hommes. Dans la Grèce, aussi féconde que hardie, die ayoit créé tous ees systèmes qui expliquoient TuniTers, pu par le principe des éléments, ou par lliarmonîe des nombres, ou par les idées éternelies, ou par des combinaisons de masses, de figures et de mouvements, ou par Tactivité de la forme qui vient s'unir à la matière. Dans Alexandrie, et & la cour des rois, elle avoit perdu ce caractère original et ce principe de fécoudité que lui avoit donnés un pays libre. A Rome, parmi des maîtres et des esclaves, elle avoit été également stérile ; elle s'y étoit occupée, ou à flatter la curiosité des princes, ou à lire dans les astres la chute des tyrans. Dans les premiers siècles de l'Eglise, vouée aux endiautements et aux mystères, elle avoit cherché i lier commerce avec les puissances célestes OU Infernales. Dans Constantlnople, elle avoit tourné autour des idées des anciens Grecs, comme autour des bornes du monde. Ches les Arabes, chez ce peuple doublement esclave et par sa religion et par son gouvernement, elle avoit eu ce même caractère d'esclavage, bornée à commenter un homme au lieu d'étudier la nature. Dans les siècles barbares de l'Occident, elle n'avoitété qu'un Jargon absurde et insensé que consacrolt le fanatisme et qu'adoroit la superstition. Enfin, à la renaissance des lettres, elle n'avoit profité de quelques lumières que pour se remettre par choix dans les chaînes d'Aristote. Ce philosophe, depuis plus de cinq siècles, combattu, proscrit, adoré, excommunié, et toujours vainqueur, dictoit aux nations ce qu'elles dévoient croire ; ses ouvrages étant plus connus, ses erreurs étolent plus respectées. On négligeoit pour lui l'univers, et les hommes, accoutumés depuis longtemps à se pas ser de l'évidence, croyoient tenir dans leurs mains les premiers principes des choses, parce que leur Ignorance hardie prononçoit des mots obscurs et vagues qu'Us croyoient entendre.
Voilà les progrès que l'esprit humain avoit faits pendant trente siècles. On remarque, pendant cette longue révolution de temps, cinq ou six hommes qui ont pensé et créé des idé^; et le reste du monde a travaillé sur ces pensées, comme Partisan, dans sa forge, travaille sur les métaux que lui fournit la mine. Il y a eu plusieurs siècles de suite où Ton n'a point avancé d'un pas vers la vérité ; Il y a eu des nations qui n*ont pas contribué d*une idée à la masse des idées générales. Du siècle d'Aristote à celui de Descartes , J'aperçois un vide de deux mille ans. Li, la pensée originale se perd, comme un fleuve qui meurt dsns les sables on qui s'ensevelit sous terre, et
qui ne reparoît qu'à mille lieues de là, soos de nouveaux deux et sur une terre nouvelle. Quoi donc! y a-t-il pour l'esprit humain des temps de sommeil et de mort, comme II y en a de vie et d'activité? ou le don de penser par soi-même estil réservé à un si petit nombre d'hommes? ou les grandes combinaisons d'idées sont-elles bornées par la nature et s'épuisent-elles avec rapidité ? Dans cet état de l'esprit humain, dans cet engourdissement général, il Moit un homme qui remontât l'espèce humaine, qui ajoutât de nou^ veaux ressorts à l'entendement, qui se ressaisit du don de penser, qui vit ce qui étoit fait, ce qui restoltà faire, et pourquoi les progrès avoient été suspendus tant de siècles ; un homme qui eût assez d'audace pour renverser, assez de génie pour reconstruire, assez de sagesse pour poser des fondements sûrs, assez d*éclat pour éblouir son siècle et rompre l'enchantement des siècles passés ; un homme qui étonnât par la grandeur de ses vues ; un homme en état de rassembler tout ce que les sciences avoient Imaginé ou découvert dans tous les siècles, et de réunir toutes ces forces dispersées pour en composer une seule force avec laquelle il remuât pour ainsi dire l'univers ; un homme d'un génie actif, entreprenant, qui sût voir où personne ne voyolt, qui désignât le but et qui traçât la route, qui, seul et sans guide, franchît par-dessus les précipices un intervalle immense et entraînât après lui le genre humain. Cet homme devolt être Descartes. Ce seroit sans doute un beau spectacle de voir comment la nature te prépara de loin et le forma; mais qui peut suivre la nature dans sa marche? n y a sans doute une chaîne des pensées des hommes depuis l'origine du monde jusqu'à nous; chaîne qui n'est ni moins mystérieuse ni moins grande que celle des êtres physiques. Les siècles ont influé sur les siècles, les nations sur les nations, les vérités sur les erreurs, les erreurs sur les vérités. Tout se tient dans l'univers ; mais qui pourrolt tracer la ligne? On peut du moins entrevoir ce rapport général ; on peut dire que, sans cette foule d'erreurs qui ont inondé le monde , Descartes peut-être n'eût point trouvé la route de la vérité. Ainsi chaque philosophe en s'égaraot avançoit le terme. Mais, bissant là les temps trop reculés, je veux chercher dans le siècle même de Descartes, ou dans ceux qui ont immédiatement précédé sa naissance, tout ce qui a pu servir à le former en influant sur son génie.
Et d'abord j'aperçois dans l'univers une espèce de fermentation générale. La nature semble être dans un de ces moments où elle fait les plus grands efforts : tout s'agite ; on veut partout remuer les anciennes bomest on veut étendre la sphère ba<*
PAR THOMAS
TasBO d« Gtma déûoayre les Inte, ColonbdfcoaTTe TAoïérique, Cortèset Pisarre subjuguent des €OBtréM iminenwB el nouvelles ; MageUiB dierdie les terrée australes ; Drake fait le tour du monde. L'esprit des découvertes anime toutes Ifls nations. De grands changements dans la politique et les religions ébranlent l'Europe » TAsie et l'ifriqiie. Cette secousse se communique ■u sEitooes : l'astronomie renaît dis le qnintiéfle siido ; Copernic rétablit le système de Pytfaagore et le mouvement de la terre ; pas im- ■eose fiJt dans la nature! Tycho-Brahé lyoute aux ebeervations de tous ies siides; il corrige et perfectîoiiiie la théorie des planètes, détermine le iiead'un grand nombre d'étoiles fixes, démontre la Tépxm que les comètes occupent dans l'espace. Le nombre det phénomènes connus s'augmente. Le législateur des deux paraît ; Kepler confirme os qui a été trouvé avant lui et ouvre la route i des vérités Douvelles. Mais il falloit de plus grands secours. Les verres concaves et convexes, inventés par hasard au troisième siècle, sont réunis trois cems ans après, et forment le premier télescope. L'Iiorame touche aux extrémités de la crésiioo. Galilée fait dans les deux ce que les grands naTigateurs faisoient sur les mers; 11 aborde i de nouveaux mondes. Les satellites de Jupiter sont connus ; le mouvement de la terre est confirmé par les phases de Vénus. La géométrie esc appliquée i ia doctrine du mouvement. La isree aoeélératrice dans la chute des corps est menrée ; on découvre la pesanteur de l'air, on cotrevait son élasticité. Bacon fait le dénombrement dee connoissances humaines et les Juge : il snaonce le besoin de refaire des idées nouvelles, et prédit quelque chose de grand pour les sièdes i venir. Voila ce que la nature avoit fait pour J^esearlea avant sa naissance; et comme par la boussole die avoit réuni les parties les plus éloignées du globe, par le télescope rapproché de la lerre lea dernières limites des cieux, par l'impri- ■Krie die avoit établi la communication rapide dtt BsonTement entre les esprits d'un bout du Boada i Fautre.
Toot éleit disposé pour une révdution. ]>éji est né eelai qui doit faire ce grand changement (1); il ne rote à la nature que d'achever son ouvrage, et de mûrir Beacartes pour le genre humain, esBuie elle a mûri le genre humain pour lui. Je ne n'arrte point sur son éducation (2); dès qu'il s*^ dea âaniB extraordinaires, il n'en faut point psricr. a y a une éducation pour l'homme vulfaire; il n'y ai a point d'autre pour l'homme de |bie que eelle qu'il se donne à lui-même ; die \ prasqoe toujours à détruire la première. ^ par cslle qu'il legnt» jugea son siède.
Déjà il voit au-delà, déjà il imagine et pressent un nouvel ordre des sdences; tel, de Madrid ou de Gènes, Colomb pressentoit l'Amérique.
La nature, qui travailloit sur cette âme et la disposoit Insensiblement aux grandes choses, j avoit mis d'abord une forte passion pour la vérité. Ce fut là peut-être son premier ressort. Elle j ajoute ce désir d'être utile aux hommes, qui s'étend à tous les sièdes et à tontes les nations ; désir qu'on ne s'étoit point encore avisé de calomnier. Elle lui donne ensuite, pour tout le temps de sa jeunesse, une activité inquiète (3), ces tourments du génie, ce vide d'une âme que rien ne remplit encore, et qui se fatigue à chercher autour d'dle ce qui doit la fixer. Alors elle le promène dans l'Europe entière, et fait passer rapidement sous ses yeux les plus grands spectades. Elle lui présente, en Hdiande, un peuple qui brise ses chaînes et devient libre, le fanatisme germant au sda de la liberté, les querelles de la religion changées en factions d'Etat; en Allemagne, le choc de la ligue protestante et de fa ligue catholique, le eommencement d'un carnage de trente années; aux extrémités de la Pologne, dans le Brandebourg, fa Poméranie et le Holstein, les contre-coups de cette guerro affreuse ; en Flandre, le contraste de dix provinces opufantes restées soumises à l'Espagne, tandis que sept provhices pauvres oombattoient depufa doquante ans pour leur liberté ; dans la Valteline, les mouvements de l'ambitioa espagnole, les précautions inquiètes de la cour de Savoie; en Suisse, des lois et des mœurs, une pauvreté fière, une liberté sans orages ; à Gênes, toutes les factions des républiques, tout l'orgueil des monarohies; à Venise, le pouvoir des nobles, l'esdavage du peuple, une liberté tyrannique ; à Florence, les Médids, les arts et Gdilée; à Rome, toutes les nations rassemblées par fa rdigioa, spectade qui vaut peut-être bien celui des statoee et des tableaux; en Angleterro, les droits des peuples luttant contre ceux des rois, Charles I«r sur le trêne et Cromwell encore dans la foule (4). L'âme de Descartes, à travers tous œs objets, s'élève et s'agrandit. La rdigion, la politique, fa liberté, la naturo, la morale, tout contribue à étendra ses idées ; car l'on se trompe d l'on croit que l'âme du philosophe doit se concentrer dans l'objet particulier qui l'occupe; il doit tout emr brasser, tout voir. Il y a des points de réunion on toutf's les vérités se touchent, et la vérité universelle n'est elle-même que la chaîne de tous lea rapports. Pour voir de plus près le genre humain sous toutes les faces, Descartes se mêle dans ees jeux sanglants des rois, où le génie s'épaiis à détruire, et où des milliers d'hommes, assemMée i contra des mllltors d'hommes, exMcent fa msurtm
ELOGE DE DESCARTËS
par art et par principes (5). Alnii Socrate porta les armes dans sa jeunesse. Partout il étudie Thonime et le monde. 11 analyse l'esprit humain ; il observe les opinions, suit leur progrès, eiamine leur influence, remonte à leur source. De ces opinions, les unes naissent du gouvernement, d'antres du climat, d'autres de ia religion, d'autres de la forme des langues, quelques-unes des mœurs, d'autres des lois, plusieurs de toutes ces causes réunies: il y en a qui sortent du fond même de Tesprit humain et de la constitution de l'homme, et celles-là sont à peu près les mêmes chez tous les peuples ; il y en a d'autres qui sont bornées par les montagnes et par les fleuves, car chaque paysa •es opinions comme ses plantes : tontes ensemble forment la raison du peuple. Quel spectacle pour un philosophe ! Descartes en fut épouvanté. Voilà donc, dit-il, la raison humaine! Dès ce moment il sentit s*ébranler tout l'édifice de ses connoisaances : il voulut y porter la main pour achever de le renverser ; mais il n'avoit point encore assez de force, et il s'arrêta. Il poursuit ses observations ; il étudie la nature physique : tantôt il la considère dans toute son étendue, comme ne formant qu'un seul et immense ouvrage ; tantdt il la suit dans ses détails. La nature vivante et la nature morte, l'être brut et l'être organisé, les différentes classes de grandeurs et de formes, les destructions et les renouvellements, les variétés et les rapports, rien ne lui échappe, comme rien ne rétonne. J'aime à le voir debout sur la cime des Alpes, élevé, par sa situation, au-dessus de l*Europe entière, suivant de l'œil la course du Pê, du Rhin, du Rhêne et du Danube, et de là s'élevant par la pensée vers les cieux, qu'il paroît toucher, pénétrant dans les réservoirs destinés à fournir à l'Europe ces amas d'eaux immenses; quelquefois observant à ses pieds les espèces innombrables de végétaux semés par la nature sur le penchant des précipices ou entre les pointes des rochers; quelquefois mesurant la hauteur de ces montagnes de glace qui set ^lent jetées dans les vallons des Alpes pour les combler, ou méditant profondément à la lueur des orages (6). Ah ! c*est dans ces moments que l'âme du philosophe s'étend, devient immense et profonde comme la nature; c'est alors que ses idées s'élèvent et parcourent l'univers. Insatiable de voir et de connoltre, partout où il passe. Descartes interroge la vérité; il la demande à tous les lieux qu'il parcourt, il la poursuit de pays en pays. Dans les Tilles prises d'assaut, ce sont les savants qu'il cherche. Maximilien de Bavière voit dans Prague, dont il s'est rendu maître, la capitale d'un foyaume conquis ; Descartes n'y voit que l'ancien séjour de Tycho-Brahé« Sa mémoire y étoit en-
core récente; il interroge tous csox qui font connu. Il suit les traces de ses pensées; il rassemble dans les conversations le génie d'un grand homme. Ainsi voyageoient autrefois les Pythagore et les Platon, lorsqu'ils alloient dans l'Orient étudier ces colonnes, archives des nations et moDumenIs des découvertes antiques. Descartes, à leur exemple, ramasse tout ce qui peut l'instruire. Mais tant d'idées acquises dans ses voyages ne lui aaroient encore servi de rien s'il n'avoit eu l'art de se les approprier par des méditations profondes; artii nécessaire au philosophe, si inconnu au vulgaire, et peu^être si étranger à l'homme. En effet, qu'est ce que méditer? c'est ramener au dedans de nous notre existence répandue tout entière au dehors; c'est nous retirer de l'univers pour habiter dans notre âme ; c'est anéantir toute l'activité des sens pour augmenter celle de la pensée ; c'est rassembler en un point toutes les forces de l'esprit ; c'est mesurer le temps, non plus par le mouvement et par l'espace, mais par la succession lente ou rapide des idées. Ces méditations, dans Descartes, avoient tourné en habitude (7); elles le suivoient partout ; dans les voyages, dans les camps, dans les occupations les plus tumultueuses, ilavoit toujours un asile prêt où son âme se retiroit au besoin. C'étoit là qu'il appeloitses idées; elles ncoouroient en foule : la méditation les faisoit naître, l'esprit géométrique venoit les enchaîner. Dès sa jeunesse il s'étoit avidement attaché aux mathématiques, comme au seul objet qui lui présentoit l'évidence (8). C'étoit là que son âme se reposoit de l'inquiétude qui la tourmentoit partout ailleurs. Mais dégoûté bientôt de spéculations abstraites, le désir de se rapprocher des hommes le rentraînoit à l'étude de la nature. Il se livroit à toutes les sciences; il n'y trouvoit pas la certitude de la géométrie, qu'elle ne doit qu'à la simplicité de son objet, mais il y transportoit du moins la méthode des géomètres. C'est d'elle qu'il apprcnoit à fixer toujours le sens des termes, et à n'eu abuser jamais ; à décomposer l'objet de son étude, à lier les conséquences aux principes ; à remonter par l'analyse, à descendre par la synthèse. Ainsi l'esprit géométrique affermissoit sa marche ; mais le courage et l'esprit d'indépendance brisoieut devant lui les barrières pour lui frayer des routes Il étoit né avec Taudace (lui caractérise le génie ; et sans doute les événements dont il avoit été témoin, les grands spectacles de liberté qu'il avoit vus en Allemagne, en Hollande, dans la Hongrie et dans la Bohême, avoient contribué à développer encore en lui cette fierté d'esprit naturelle. Il osa donc concevoir l'idée de s'élever contre les tyrans de la raison. Mais avant de détruire tous les préjugés qui étoient sur la terre, il falloit
PAR THOMAS
commeDoer par les détruire en lai-méme. Coinment y parvenir? comment anéantir des formes ^i ne sont point notre ouvrage et qui sont le résultat nécessaire de mille combinaisons faites sans nous? 11 folloît, pour ainsi dire, détruire son âme et!arefure.Tant de difficultés n'effrayèrent point Descartes. Je le vois, pendant prés de dix ans, luttant contre lui-même pour secouer toutes ses opjojoos. n demande compte à ses sens de toutes tel idées qu'ils ont portées dans son âme ; il examine tons les tableaux de son imagination et les compare avec les objets réels; il descend dans l'intérieur de ses perceptions, qu'il analyse ; il parcourt le dépAt de sa mémoire et juge tout ce qui y est rassemblé. Partout il poursuit le préju^, il le chasse de retraite en retraite; son entendement, peuplé auparavant d'opinions et d'idées, devieot un désert immense, mais où désormais la vérité peut entrer (9).
Voilà donc la révolution faite dans l'âme de Oescarte^, voilà ses idées anciennes détruites. 11 ne s'agit plus que d'en créer d'autres ; car pour diapger les nations, il ne suffit point d'abattre, il&Dt reconstruire. Dès ce moment Descartes ne peose plus qu'à élever une philosophie nouvelle. ToQt 1^ invite : les exhortations de ses amis, le éésîT de combler le vide qu'il avoit fait dans ses idées, je ne sais quel instinct qui domine le grand homme, et plus que tout cela l'ambition de aire des découvertes dans la nature , pour readre les hommes moins misérables ou plus heureux. Mais pour exécuter un pareH dessein, il soititqu'il faUolt se cacher. Hommes du monde, ii fien de votre politesse et de vos avantages, sodffrei que je vous dise la vérité ; ce n'est ja* mais parmi vous que l'on fera ni que Ton pensera de grandes dioses ; vous polissez l'esprit , mais vous énervez le génie. Qu'a-t-il besoin de T08 vains ornements? sa grandeur fait sa beauté. C'est dans la solitude que l'homme de génie est œ qu'il doit être , c'est là qu'il rassemble toutes ks forces de son âme. Auroit-il besoin des hommes? n*a-t-il pas avec lui la nature? et il ne la voit point à travers les petites formes de la société , mus dans sa grandeur primitive, dans sa beauté originde et pure. C'est dans la solitude que toutes ks heures laissât une trace , que tous les initants sont représentés par une pensée , que le temps est au sage et le sage à lui-même. C'est (bas la solitude surtout que l'âme a toute la vLpear de l'indépendance. Là elle n'entend point ie Isnit des chaînes que le despotisme et la sulentitloa secouent sur leurs esclaves ; elle est he comme la pensée de l'homme qui existeroit wL Cette indépendance, après la vérité , étoit b|kB grande passion de Vescartes. Ne vous en
étonnez point ; ces deux passions tiennent l'une à l'autre. La vérité est l'aliment d*une âme fière et libre , tandis que l'esclave n'ose même lever les yeux jusqu'à elle. C'est cet amour de la liberté qui engage Descartes à fuir tous les enga* gements , à rompre tous les petits liens de société , à renoncer à ces emplois qui ne sont trop souvent que les chaînes de l'orgueil. Il fallolt qu'un homme comme lui ne fût qu'à là nature et au genre humain. Descartes ne fut donc ni magistrat, ni militaire, ni homme de cour (10). H consentit à n'être qu'un philosophe, qu'un homme de génie , c'est-à-dire rien aux yeux du peuple. H renonce même à son pays ; il choisit une retraite dans la Hollande. C'est dans le séjour de la liberté qu'il va fonder une philosophie libre. H dit adieu à ses parents , à ses amis , à sa patrie ; il part (11). L'amour de la vérité n'est plus dans son cœur un sentiment ordinaire; c'est un sentiment religieux qui élève et remplit son âme. Dieu, la nature, les hommes, voilà quels vont être, le reste de sa vie, les objets de ses pensées. Il se consacre à cette occupation aux pieds des autels. 0 jour ! 6 moment remarquable dans l'histoire de l'esprit humain ! Je crois voir Descartes, avec le respect dont il étoit pénétré pour la Divinité, entrer dans le temple et s'y pros* terner ; je crois l'entendre dire à Dieu*: 0 Dieu, puisque tu m'as créé, je ne veux point mourir sans avoir médité sur tes ouvrages ! Je vais chercher la vérité, si tu l'as mise sur la terre. Je vais me rendre utile à l'homme, puisque je suis homme. Soutiens ma foiblesse, agrandis mon esprit , rends-ie digne de la nature et de toi. Si tu permets que j'ajouteà la perfection des hommes, jeté rendralgrâce en mourant et ne me repentirai point d'être né. Je m'arrête un moment : l'ouvrage de la nature est achevé. Elle a préparé avant la naissance de Descartes tout ce qui devoit influer sur lui ; elle lui a donué les prédécesseurs dont il avoir besoin ; elle a jeté dans son sein les semences qui dévoient y germer ; elle a établi entre son esprit et son âme les rapports nécessaires ; elle a fait passer sous ses yeux tous les grands spectacles et du monde physique et du monde moral ; elle a rassemblé autour de lui ou dans lui tous les ressorts , elle a mis dans sa main tous les instru« ments ; son travail est fini. Ici commence celui de Descartes. Je vais faire l'histoire de ses pensées; on verra une espèce de création ; elle em- | brassera tout ce qui est ; elle présentera une machine immense, mue avec peu de ressorts ; on y trouvera le grand caractère de la simplicité, l'enchaînement de toutes les parties, et souvent, comme dans la nature physique, un ordre réel caché sous un désordre apparent
ÉLOGE DB DESGÂRTES
Je oommenee par ou il a oommencé lui-même. Avapt de mettre la main i rédifioe, il faut jeter ks fondements ; il faut creuser ju8qu*à la source de la yérité ; 11 faut établir révidenco et distinguer son caractère. Nous avons tu Descartes ren* verser toutes les fausses opinions qui étoient dans son âme ; il fait plus, il s'élète i un doute uni- Tersel (12). Celui qui s'est trompé une fois peut se tromper toujours. Aussitôt les cieux, la terre, les figures, les sons, les couleurs, son corps même d les sens avec lesquek il voyage dans Tunivers, tout s'anéantit à ses yeux. Rien n'est assuré, rien n'existe. Dans ce doute général , où trouver un point d'appui? Quelle première vérité servira de baseà toutes les vérités? Pour Dieu cette première vérité est partout ; Descartes la trouve dans son doute même. Puisque je doute, je pense; puisque Je pense, j'existe. Mais a quelle marque la recon- DOÎt*!!? à l'empreinte de l'évidence. Il établit donc pour principe de ne regarder comme vrai que ce qui est évident , c'est-à-dire ce qui est dairement contenu dans Tidée de l'objet qu'il contemple. Tel est ce fameux doute philosophiqjue de Descartes ; tel est le premier pas qu'il fait pour en sortir, et la première règle qu'il établit. C'est cette règle qui a fait la révolution de l'esprit humain. Pour diriger l'entendement , il joint l'ansilyse au doute. Décomposer les questions et les diviser en plusieurs branches ; avancer par degrés des objets les plus simples aux plus composés , et des plus connus aux plus cachés ; combler Tlntervalle qui est entre les idées éloi* gnées, et le remplir par toutes les idées intermédiaires ; mettre dans ces idées un tel endiainement que toutes se déduisent aisément les unes des autres, et que les énoncer ce soit pour ainsi dire les démontrer : voilà les autres règles qu'il a établies, et dont il a donné l'exemple (13). On entrevoit déjà toute la marche de sa philosophie. Puisqu'il faut commencer par ce qui est évident et simple, il établira des principes qui réunissent oe double caractère. Pour raisonner sur la nature, il 8*appuiera sur des axiomes , et déduira des causes générales tous les effets particuliers. Ne craignons pas de l'avouer, Descartes a tracé an plan trop élevé pour l'homme ; ce génie hardi a eu l'ambition de connoître comme Dieu même connoît , c'est4-dire 'p£tr les prlnelpes ; mais sa méthode n'en est pas moins la créatrice de la philosophie. Avant lui il n'y avoit qu'une logique de mots - celle d'Aristote apprenoit plus à définir et à diviser qu'à connoitre, à tirer les conséquences qu'à découvrir les principes; celle des scolastiques , absurdement subtile, ûissoit les réalités pour s'égarer dans des abstractions barbares ; celle de Raimond LuUe
n'étoit qu'un assemblage de caractères magi* ques pour interroger sans entendre et répondra sans être entendu. C'est Descartes qui créa ei$tts logique intérieure de l'âme par laquelle l'entendement se rend compte à lui-même de toutes ses idées, calcule sa marche, ne perd jamais de vue le point d'où il part et le terme où il veut arriver ; esprit de raison plutôt que de raisonnemeot, et qui s'applique à tous les arts comme à toutes les sciences.
Sa méthode est créée : U a fdt comme ces grands architectes qui, concevant des oavragei nouveaux, commencent par se foire de nouveaux instruments et des machines nouvelles. Aidé de ce secours, il entre dans la métaphysique. U y jette d'abord un regard. Qu'aperçoit-il? une audace puérile de l'esprit humain, des êtres imaginaires, des rêveries profondes, des mots barbares; car, dans tous les temps, l'homme, quand il n'a pu connoitre, a créé des signes pour représenter des idées qu'il n'avoit pas, et il a pris ces sign^ pour des connoissances. Descartes vit d'un coup d*œil ce que devoit être la métaphysique. Dieu, l'âme et les principes généraux des sciences, voilà ses objets (14). Je jn'élève avec lui jusqu'à la première cause. Newton la diercha dans les mondes ; Descartes la cherche dans lui-même. Il s'étoit convaincu de l'existence de son âme; il avoit senti en lui l'être qui pense, c'est-à-dira l'être qui doute, qui nie, qui affirme, qui conçoit, qui veut, qui a des erreurs, qui les combat. Cet être intelligent est donc sujet à des imperfections. Mais toute idée d'imperfection suppose l'idée d'un être plus parfait. De l'idée du parfait nait l'idée de l'infini. D'où lui natt cette idée? Comment l'homme, dont les facultés sont si bornées, l'homme qui passe sa vie à tourner dans l'intérieur d'un cercle étroit, comment cet être si foible at-il pu embrasser et concevoir l'infini? Cette Idée ne lui est-elle pas étrangère? ne suppose- t-dle pas hors de lui un être qui en soit le modèle e1 le principe? Cet être n*estil pas Dieu? Toutes les autres idées claires et distinctes que l'homme trouve en lui ne renferment que l'existence possible de leur objet : l'idée seule de l'être parhil renferme une existence nécessaire. Cette idée esl pour Descartes le commencement de la grandi chaîne. Si tous les êtres créés sont une émanation du premier être, si toutes les lois qui font l'ordre physique et l'ordre moral sont, ou des rapports nécessaires que Dieu a vus, ou des rapports qu'il a établis librement, en oonnoissant ce qui est U plus conforme à ses attributs, on oonnoîtra Ici lois primitives de la nature. Ainsi la connoissancj de tous les êtres se trouve enchaînée à celle di premier. C'est elle aussi qui afbnnit U marché dl
PAR TBOMAlS.
rnprlt bmnain et sert debape à TévIdeDce ; c*eBt tOe qui* en m' pprenant que la vérité éternetle ne peat me tromper, m'ordonne de regarder comme vrai tout ce que ma raison me présentera comme évident.
Appuyé de œ principe et sûr de sa marche, l^eacartes passe à l'analyse de son âme. Il a remarqué qne, dans son doute, retendue, la figure et le ffloorement s'anéantissoient pour lui. Sa pensée seule demenroit ; seule elle restoit immuablemeut attachée i son être, sans qu'il lui fût possible de Teo séparer. Il peut donc concevoir distinctement que sa pensée eilste, sans que rien n'existe aatour de lui. L'âme se conçoit donc mns le corps. De là naft la distinction de l'être pensant et de l'être matériel. Pour juçer de la nature des deux substances, Descartes cherche une propriété générale dont toutes les autres dépendent : c'est l'étendue dans la matière ; dans rime, e*e$t la pensée. De l'étendue naissent la %ure e| le mouvement ; de la pensée naît la facnlté de sentir, de vouloir, d'imaginer. L'étendue est divisible de sa nature , la pensée simple et IndiTisible. Gomment ce qui est simple appartlendroit-U à un être composé de parties? comment des milliers d^éléments , qui forment un corps , poorrolent-ils former une perception ou un Jugement unique? Cependant 11 existe une chaîne secrète entre l'âme et le corps. L*âme n'est-elle que semblable au pilote qui dirige le vaisseau ? ^00, elle fait un tout avec le vaisseau qu'elle gooveme. C'est donc de l'étroite correspondance qoi est entre les mouvements de l'un et les sensatkxm ou pensées de l'autre que dépend la liaison de ea deux principes si divisés et si unis (15). C'est ainsi que Descartes tourne autour de son (tre et examine tout ce qui le compose. Nourri ridées hitellectuelles et détaché de ses sens, c'est soD âme qui le frappe le plus. Voici une pensée faite pour étonner le peuple, mais que le philosophe concevra saqs peine : Descartes est phis sAr de rexistepoe de sou âme que de celle de son corps. En effet, que sont toutes les sensa- Uqiis, sinon un avertissement éternel pour l'âme qo'die existe? Peut-elle sortir hors d'elle-même .«aBi y rentrer à chaque instant par la pensée ? Qsand je parcours tous les objets de l'univers, ce ii'ett Jamais que ma pensée que j'aperçois, Hais cnnmeut cette âme franchit-elle l'intervalle Im- BKine qui est entre elle et la matière ? Ici Desctftes reprend son analyse et le fil de sa méthode. hnr joger s*ll existe des corps, Il consulte d'akrd ses Idées. Il trouve dans sop âme les idées iMrales d*étendue, de grandeur, de figure, de AttiiOQ, lie mouvement, et une foule de percepte particulitees. Ces idées lui apprennent bien
l'existence de la matière comme objet mathématique, mais ne lui disent rien de son existence physique et réelle. Il interroge ensuite son imt* ginatlon. Elle lui offre une suite de tableaux où des corps sont représentés : sans doute l'original de œs tableaux existe, mais ce n'est encore qu'une probabilité. Il remonte Jusqu'à ses sens. Ce sont eux qui font la communication de l'âme et de l'univers, ou plutét ce sont eux qui créent Tunlvers pour l'âme. Ils lui portent chaque portion du monde en détail ; par une métamorphose rapide, la sensation devient idée, et l'âme volt dans cette idée, comme dans un miroir, le monde qui eg hors d'elle. Les sens sont donc les messagers de l'âme. Mais quelle foi peut-elle ajouter à leur rapport ? Souvent ce rapport la trompe. Descartes remonte alors Jusqu'à Dieu. D'un cAté, la véracité de l'Être suprême ; de l'autre, le penchant irrésistible de l'homme à rapporter ses sensations à des objets réels qui existent hors de lui, voilà les motifc qui le déterminent, et 11 se ressaisit de l'univers physique qui lui échappoit.
Perai-Je voir ce grand homme, malgré la circonspection de sa marche, s'égarant dans la métaphysique et créant son système des idées innées? Mais cette erreur même tenoit à son génie. Accoutumé à des méditations profondes, habitué à vivre loin des sens, à chercher dans son âme ou dans ressence de Dieu l'origine, l'ordre et le fil de ses connoissances, pouvoit-il soupçonner que l'âme fût entièrement dépendante des sens pour les idées? N'étoit- il pas trop avilissant pour elle qu'elle ne fAt occupée qu'à parcourir le monde physique pour y ramasser les matériaux de ses eonnoissances, comme le botaniste qui cueille ses végétaux, ou à extraire des principes de ses sen-» sations, comme le chimiste qui analyse les corps? n étoit réservé à Loeke de nous donner sur les idéea le vrai système do la nature, en développant on principe oonnu par Aristote et saisi par Bacon, mais dont LoclEe n'est pas moins le créateur, car un principe n'est créé que lorsqu'il est démontré aux hommes *, Qui nous démontrera de même ce que o'est que l'âme des bêtes ? quels sont ces êtres singuliers, si supérieurs aux végétaux par leurs organes, si inférieurs à l'homme par leurs facal^ tés ? quel est ce principe qui, sans leur donner ta raison, produit en eux des sensations, du mouve-
(I) nomaa répète id la l^inte adaoM d^am iMe; tt blAme Desçartes pour louer Locke. Hais am'ourd'hui les ibèpries de Locke sont réduites à leur juste valeur, et il a bico bUu rseoQDOltre quil y avoU en nous dai notions subSoMS, des seutlmeuU inoés dont la source n'esl ps» daoa les seoi* Comment la sensaitoo ferolt-elie naître des idées indépendantes desoboses, des leoips et dM Uauif Leviriabla ne pro* duit pas rimmiiak)!^ Voilà œ «pi'U y a de Yrsi ds« neicarlfli» et œ qoeLocke a vainemeol teoté o'elbcer par dessopUmes.
ÉLOGE DE DESCÂATES
ment et de la vie? Quelqoe parti que l'on em-* brasse, la raison se trouble, la dignité Je rbomme s*offeose, ou la religion 8*épouvante. Chaque système est voisin d*une erreur ; chaque route est sur le bord d'un précipice. Ici Descartes est entraîné, par la force des conséquences et l'enchaînement de ses idées, vers un système aussi singulier que hardi, et qui est digne au moins de la grandeur de Dieu. En effet, queUe idée plus sublime que de concevoir une multitude innombrable de machines i qui l'oi^ganisation tient lieu de principe intelligent ; dont tous les ressorts sont différents, selon les différentes espèces et les différents buts de la création ; où tout est prévu , tout combiné pour la conservation et la reproduction des êtres ; où toutes les opérations sont le résultat toujours sûr des lois du mouvement ; où toutes les causes qui doivent produire des millions d'effets sont arrangées jusqu'à la fin des siècles, et ne dépendent que de la correspondance et de l'harmonie de quelque partie de matière ? Avouons-le, ce système donne la plus grande idée de l'art de l'éternel géomètre, comme l'appeloit Platon. C'est ce même caractère de grandeur que Ton a retrouvé depuis dans l'harmonie préétablie de Leibnitz, caractère plus propre que tout autre i séduire les hommes de génie, qui aiment mieux voir tout en un instant dans une grande idée que de se traîner sur des détails d'observations et sur quelque^ vérités éparses et isolées.
Descartes s'est élevé à Dieu, est descendu dans son âme, a saisi sa pensée, l'a séparée de la matière, s'est assuré qu'il existoit des corps hors de lui. Sûr de tous les principes de ses oonnoissances, U va maintenant s'élancer dans l'univers physique; il va le parcourir, l'embrasser, leconnoltre: mais auparavant il perfectionne Tinstrument de la géométrie, dont il a besoin. C'est id une des parties les plus solides de la gloire de Descartes; c'est ici qu'il a tracé une route qui sera éternellement marquée dans l'histoire de l'esprit humain. L'algèbre étoit créée depuis longtemps. Cette géométrie métaphysique, qui exprime tous les rapports par des signes universels, qui facilite le calcul en le généralisant, opère sur les quantités inconnues comme si elles étoient connues, accélère la marche et augmente l'étendue de l'esprit en substituant un signe abrégé à des combinaisons nombreuses ; cette science, inventée par les Arabes, ou du moins transportée par eux en Espagne, cultivée par les Italiens, avoit été agrandie et perfectionnée par un François; mais, malgré les découvertes importantes de l'illustre Vlète, malgré un pas ou deux qu'on avoit laits après lui en Angleterre, il restoit encore beaucoup à déooQyrlr. Tel étoit le sort de Descartes
qu'il ne pouvoit approcher d'une science qu'aussitôt elle ne prit une face nouvelle. D'abord il travaille sur les méthodes de l'analyse pure : pour soulager l'imagination, il diminue le nombre des signes; il représente par des chiffres les puissauces des quantités, et simplifie, pour ainsi dire, le mécanisme algébrique. Il s'élève ensuite plus haut; il trouve sa fameuse méthode des indéterminées^ artifice plein d'adresse, où l'art, conduit par le génie, surprend la vérité en paroissant s'éloigner d'elle ; il apprend à connoitro le nombre et la nature des racines dans chaque équation par la combinaison successive des signes; règle aussi utile que simple, que la jalousie et l'ignorance ont attaquée, que la rivalité nationale a disputée à Descartes, et qui n'a été démontrée que depuis quelques années^. C'est ainsi que les grands hommes découvrent, comme par inspiration, des yérités que les hommes ordinaires n'entendent quelquefois qu'au bout de cent ans de pratique et d'étude ; et celui qui démontre ces vérités après eux acquiert encore une gloire immortelle. L'algèbre ainsi perfectionnée, il restoit un pas plus difficile à faire. La méthode d'Apollonius et d'Archimède, qui fut celle de tous les anciens géomètres, exacte et rigoureuse pour les démonstrations, étoit peu utile pour les découvertes. Semblable à ces machines qui dépensent une quantité prodigieuse de forces pour peu de mouvement, elle oonsumolt l'esprit dans un détail d'opérations trop compliquées, et le traînoit lentement d'une vérité à l'autre. Il faUoît une méthode plus rapide; il falloit un instrument qui élevât le géomètre à une hauteur d'où il pût dominer sur toutes ses opérations, et, sans fatiguer sa vue, voir d'un coup d'œil des espaces Immenses se resserrer comme en un point.Cet instrument, c'est Dt^scartes qui l'a créé; c'est l'application de l'algèbre à la géométrie. Il commença donc par traduire les lignes, les surfaces et les solides en caractères algébriques; mais ce qui étoit l'effort du génie, c'étoit, après la résolution du problème, de traduire de nouveau les caractères algébriques en figures. Je n'entreprendrai point de détailler les admirables découvertes sur lesquelles est fondée cette analyse créée par Descartes. Ces vérités abstraites et pures, faites pour être mesurées parle compas, échappent au pinceau de l'éloquence, et j'affbibllrois l'éloge d'un grand homme en cherchant à peindre ce qui ne doit être que calculé. Contentons-nous de remarquer ici que, par son analyse, Descartes fit faire plus de progrès à la géométrie qu'elle n'en avoit faits depuis la création du monde. Il abrégea les travaux, il multiplia les
(i) voyes les Mémoires de FAoïdéinie de»
Bdmom^ aonée
PAR THOMAS
Imwb. il donna one nouTélle marche à l'esprit bomain. C*cst lanalyse qui a été i'iostrument de toutes les grandes découvertes des modernes; c*est ranalyse qui , dans les mains des Leibnitt , des Newton et des BernouUi, a produit cette géométrie nouvaUe et sublime qui soumet l'infiDi au ealcol : ToOi Tonvrage de Descartes. Quel est donc c^ homme extraordinaire qui a laissé si loin de fui tous les siècles passés , qui a ouvert de Donrelles routes aux siècles à venir, et qui dans le sien avoît à peine trois hommes qui fussent en état de l'entendre? 11 est vrai qu*il avoit répandu sor toute sa géométrie une certaine obscurité, soit qu'accoutumé à franchir d'un saut des intervalles immenses il ne s'aperçât pas seulement de toutes les Idées intermédiaires qu'il supprimoit , et qui sont des points d*appui nécessaires à la foiblesae; soit que son dessein fût de secouai* Pesprit humain et de l'accoutumer aux grands ef" fi^rts; soit enfin que, tourmenté par des rivaux jaloux et foibies , il voulût une fois les accabler de son génie et les épouvanter de toute la distance qui étoit entre eux et lui (16).
Mais ce qui prouve te mieux toute l'étendue de Fesprit de Descartes, c'est qu'il est le premier ({ai ait conçu la grande idée de réunir toutes les sGîenees et de les faire servir i la perfection Tune de l'autre. On a vu qu'il avoit transporté dans sa logique la méthode des géomètres ; il se servit de l'analyse logique pour perfectionner Talgâtre; il appliqua ensuite l'algèbre à la géométrie, la géooôétrie et l'algèbre à la mécanique, et ces trois sciences combinées ensemble à l'astronomie. C'est donc à lui qu'on doit les premiers essais de l'application de la géométrie i la physique, application qui a créé encore une scienee toute nooTelle. Armé de tant de forces réunies, Bexartes marche à la nature; il entreprend de déchirer ses Toiies et d'expliquer le système du aonde. Yoici un nouvel ordre de choses, voici des tableaux plus grands peut-être que ceux que piésente l'histoire de toutes les nations et de tous ksesBpires (17).
Qu'on me donne de la matière et du mouve- SKiit, dit Descartes, et je vais créer un monde. D'abord il s'élève par la pensée vers les cieux, et de là il embrasse l'univers d'un coup d'œil; 11 voit Je monde entier comme une seule et immense ■ac&lne dont les roues et les ressorts ont été disposés an commencement, delà manière la plus •iople, par une main éternelle. Parmi cette tsantîté effiroyable de corps et de mouvements , Bcimche la disposition des centres. Chaque corps itOQ centre particulier, chaque système a son
ouie général. Sans doute aussi il y a un centre
tèmes de la nature. Mab où est-ll, et dans quel point de l'espace? Descartes place dans le soleil le centre du système auquel nous sommes attachés. Ce système est une des roues de la machine; Is soleil est le point d'appui. Cette grande roue em« brasse dix-huit cent millions de lieues dans sa circonférence, à ne compter que jusqu'à l'orbe de Saturne. Que seroit-ce si on pouvolt suivre la marche excentrique des comètes! Cette roue de l'univers doit communiquer à une roue voisine, dont la circonférence est peut-être plus grande encore ; celle-ci communique à une troisième, cette troisième à une autre, et ainsi de suite dans une progression infinie, jusqu'à celles qui sont bornées par les dernières limites de l'espace. Toutes, parla communication du mouvement, se balancent et se contre-balancent, agissent et réagissent l'une sur l'autre, se servent mutuellement de poids et de contre-poids, d'où résulte l'équilibre de chaque système, et de chaque équilibre particulier l'équilibre du monde. Telle est l'idée de cette grande machine, qui s'étend à plus de centaines de millions de lieues que l'imagination n'en peut concevoir, et dont toutes les roues font des mondes combinés les uns avec les autres.
C'est cette machine que Descartes conçoit , et qu'il entreprend de créer avec trois lois de mécanique. Mais auparavant il établit les propriétés générales de l'espace, de la matière et du mouvement. D'abord, comme toutes les parties sont enchaînées, que nulle part le mécanisme n*est interrompu, et que la matière seule peut agir sur la matière, il faut que tout soit plein. Il admet donc un fluide immense et continu qui circule entre les parties solides de l'univers; ainsi le vide est proscrit de la nature. L'idée de l'espace est nécessairement liée à celle de l'étendue, et Descartes confond l'idée de l'étendue avec celle de la matière : car on peut dépouiller successivement les corps de toutes leurs qualités ; mais l'étendue y restera, sans qu'on puisse jamais l'en détacher. C'est donc l'étendue qui constitue la matière, et c'est la matière qui constitue l'espace. Mais où sont les bornes de l'espace? Descartes ne les con* çoit nulle part, parce que l'imagination peut toujours s'étendre au-delà. L'univers est donc illimité : il semble que l'âme de ce grand homme eût été trop resserrée par les bornes du monde ; il n'ose point les fixer. Il examine ensuite les lots du mouvement : mais qu'est-ce que le mouvement? c'est le plus grand phénomène de la nature et le plus Inconnu. Jamais l'homme ne saura comment le mouvement d'un corps peut passer dans un autre. Il faut donc se bornera connoitre par quelles lois générales il se distribue, se cou-
, aotoor duquel «ont rangés tous lesq^s- | serve ou se détruit ; et c'est ce que personne n'a-*
ÉTX^GE DB DESGARTÊS
Toit cherché avant Dawartes. C*est lui qui le premier a généralisé tous les phénomènes, a comparé tous les résultats et tous les efTets, pour en extraire ces lois primitives : et puisque dans les mers, sur la terre et dans les deux, tout s*opère par le mouvement, n'étoit-ce pas remettre aux hommes la clef de la nature ? Il se trompa, je le tais; mais, malgré son erreur, il n'en est pas moins Tauteur des lois du mouvement : car, pendant trente siècles, les philosophes n*y avoientpas même pensé, et dès qu'il en eut donné de fausses, on s'àppUqua à chercher les véritables. Trois mathématiciens célèbres* les trouvèrent en même temps : c*étoit l'effet de ses recherches et de la secousse qu'il avoit donnée aux esprits. Du mouvement il passe à la matière, chose aussi incompréhensible pour l'homme. Il admet une matière primitive, unique, élémentaire, source et principe de tous les êtres, divisée et divisible à l'infini ; qui se modifie par le mouvement ; qui se compose et se décompose ; qui végète ou s'organise; qui, par l'activité rapide de ses parties, devient fluide; qui, par leur repos, demeure inactive et lente ; qui circule sans cesse dans des moules et des filières innombrables, et par l'assemblage des formes constitue ruiiivers. C'est avec cette matière qu'il entreprend de créer un monde.
Je n'entrerai point dans le détail de cette création. Je ne peindrai point ces trois éléments si connus, formés par des millions de particules entassées, qui se heurtent, se froissent et se brisent; ces éléments emportés d'un mouvement rapide autour de divers centres, et marchant par tourbillons; la force centrifuge qui naît du mouvement circulaire ; chaque élément qui se place à différentes distances, à raison de sa pesanteur ; la matière la plus déliée qui se précipite vers lea centres ety va former des soleils ; la plus massive rejetée vers les circonférences ; les grands tourbillons qui engloutissent les tourbillons voisins trop foibles pour leur résister, et les emportent dans leurs cours ; tous ces tourbillons roulant dans l'espace immense, et chacun en équilibre , ft raison de leur masse et de leur vitesse. C'est au physicien plutôt qu'à l'orateur à donner l'Idée de ce système, querEuropeadopta avec transport, qai a présidé si longtemps au mouvement des deux, et qui est aujourd'hui tout-à-fait renversé. £n vain les hommes les plus savants du siècle passé et du nétre, en vain les Huygens, les Bulfinger, les Malebranche, lesLeibnitz, lesEircber et les Bernoulli ont travaillé à réparer ce grand édifice ; il roenaçoit ruine de toutes parts, et il a
(!) Huygens, Vfallls cl Wrcn.
fallu Tabandonner. Gardona-nous cependant de croire que ce système, tel qu'il est, ne soit pu l'ouvrage d'un génie extraordinaire. Personne encore n'avoit conçu une machine aussi grande ni aussi vaste ; personne n'avoit eu l'idée de rassembler toutes les observations faites dans toos les siècles et d'en bâtir un système générdl da monde ; personne n'avoit fiilt un usage aussibeao des lois de l'équilibre et du mouvement; peN sonne, d'un petit nombre de principes simples, n'avoit tiré une foule de conséquences si bien enchaînées. Dans un temps où les lois du mécanisme étoient^sl peu connues, où les observations astronomiques étoient si imparfaites, il est beaa d'avoir même ébauché l'univers. D'ailleurs tout sembloit inviter l'homme à croire que c'étoit là le système de la nature ; du moins le mouvement rapide de toutes les sphères, leur rotation nr leur propre centre, leurs orbes plus ou moins réguliers autour d*un centre commun, les lois de l'impulsion établies etconnues dans tous les corps qui nous environnent, l'analogie de la terre avec les cieux, l'enchaînement de tous les corps de l'univers, enchaînement qui doit être formé par des liens physiques et réels, tout semble nous dire que les sphères célestes communiquent ensemble, et sont entraînées par un fluide invisible et immense qui circule autour d'elles. Mais quel est ce fluide ? quelle est cette impulsion ? quelles sont les causes qui la modifient, qui l'altèrent et qui Is changent? comment toutes ces causes se combinent ou se divisent-elles pour produire les plus étonnants effets? C'est ce que Descartes ne nous apprend pas, c'est ce que l'homme ne saura peutêtre jamais bien ; car la géométrie, qui est leplus grand instrument dont on se serve aii^ourd'hai dans la physique, n'a de prise que sur les objets simples. Aussi Newton, tout grand qu'il étoit, a été obligé de simplifier l'univers pour le calculer. Il a fait mouvoir tous les astres dans des espaces libres : dès lors plus de fluide, plus de résistances, plus de frottements ; les liens qui unissent ensemble toutes les parties du monde ne sont plus que des rapports de gravitation, des êtres purement mathématiques. Il faut en convenir, un tel univers est bien plus aisé à calculer que celui de Descartes, où toute action est fondée sur un mé' canisme. Le newtonien, tranquille dans son cabinet, calcule la marche des sphères d'après un seul principe qui agit toujours d'une manière uniforme. Que la main du génie qui préside i i*uni vers saisisse le géomètre et le transporte tout â coup dans le monde de Descartes : Viens, monte, franchis l'intervalle qui te sépare des deux, approche de Mercure, passe l'orbe de Vénus, laisse Mars derrière toi, viens te placer entra Jupiter
PAR IHOMAS.
fl
et SftHme : le yriA à qoalré-Tlngt mille dlanè» fret de too globe. Regarde mtlnteiitnt l roli - td eetgrudi corps qui de loin ta paroisient tnm 4*ujie aunlAre uniforme ? Voit leort agitations et leiira beiaiieeiiieots,aemblablei à ceux d'un val»- •ean loormeaté par la tempête, dans un flalde qui prene et qui bouillonne ; Toh et eateolè, El lu peui, eei mouvementi* Ainsi, qnand le systèmede Heacartes Q*eAt point étéaussi défectueui, Bî celai de Newton aussi admirable, les géomètres defoient, par prtférenee, embrasser le dernier ; et Ils Font fait. Quelle main plus bafdie, profitant des nouTseiix pbinomènes connus et des déooufertes oooTellea, osera reconstruire stsc plus d'audace et de solidité ces tourbillons que Descartes lui-inéme n'éleva que d'une main foible? eu, rapprochant deux empires divisés, entreprendra de réunir Tattraction avec l'impulsion, en découvrant la chaîne qui les joint? ou peut-être Doos apportera une nouvelle loi de la nature, inconnue joaqn'à ce Jour, qui nous rende compte égaleoMnt et des phénomènes des deux et deoeux de la terre ? Mais Texécution de ce projet est encore reculée. Au siècle de Descartes, Il n'étoit pas temps d'expliquer le système du monde ; ce temps û"m pas venu pour nous. Peut-être l'esprit humsia n'est-il qu'à son enfiince. Combien de siè* des faudrm-t-ii encore pour que cette grande «treprlse vleone è sa maturité ! Combien de fols iNidra-t-il que les comètes les plus éloignées se rapproebent de nous, et descendent dans la partie inférieure de leurs orbites ! Combien faudra-t-il d^oovrir, dans le monde planétaire, ou de satellites nouveaux, ou de nouveaux phénomènes des Ettelllica déjà connus 1. combien de mouvements Irrégullers assigner à leurs véritables causes ! SMobieii perfectionner les moyens d'étendre notre vie an plus grandes distances, ou par la réfracâsa 00 par la réflexion de la lumière ! combien itteodre de hasards qui serviront mieux la phiknphie que des siècles d'observations ! combien dfcoavrir de chahies et de fils imperceptibles, Sabord entre tous les êtres qui nous environnent, enaîte entre les êtres éloignés! Et peut-être iprkoes collections Immenses de fltits, fk*uit de émisa trois cenu siècles, combien de boule- Têneneots et de révolutlonsou physiques ou molalessur le globe suspendront encore pendant es nliiiers d'années les progrès de l'esprit hu- ■ain dans cette étude de la nature! Heureux si, i^r^ ces longues interruptions, le genre humain nsoue le m de ses connoissances au point où il ivoitété rompu! C'est alors peut-être qu'il sera ferais à l'homme de penser i faire un système inonde, et que ce qui a été commencé dans n^ple et dans l'Inde, poursuivi dans la Grèce ,
repris et développé e« Italie, en France, en Allemagne et en Angleterre, s'achèvera peut-être, ou dans les pays intérieurs de l'Afrique, ou dans quelque endroit sauvage de l'Amérique septentrionale ou des Tert^ Australes , tandis que notre Europe savante ne sera plus qu'une solitude barbare, ou sera peut-être engloutie sons les flots de l'Océan rejoint à la Méditerranée. Alors on se souviendra de Descartes, et son nom sera prononcé peut-être dans des lieux où aucun son ne s'est fiilt entendre depuis la naissance du monde. Il poursuit sa création : des deux il descend sur la terre. Les mêmes mains qui ont arrangé et construit les corps célestes travaillent è la composition du globe de la terre. Toutes les parties tendent vers le centre. La pesanteur est Teffet de la force centrifuge du tourbillon. Ce fluide, qui tend à s'élofgnet, pousse vers le centre tous les corps qui ont moins de force que lui pour s'échapper : ainsi la matière n'a par elle-même aucun poids. Bientêt tout devoit changer : la pesanteur est devenue une qualité primitive et inhérente qui s'étend i toutes les distances et k tous les mondes, qui fait graviter toutes les parties les unes vers les autres, retient la lune dans son orbite et fait tomber les corps sur la terre. On devoit fkire plus, on devoit peser l(*s astres ; mo nument singulier* de l'audace de l'homme! Mais toutes ces grandes découvertes ne sont que des calculs sur les effets. Drscartes, plus bardi, a osé chercher la cause. Il continue sa marche : l'air, fluide léger, élastique et transparent, se détuche des parties terrestres plus épaisses et se balance dans l'atmosphère; le feu najt d'une agitation plus vive et acquiert son activité brûlante ; l'eau devient fluide, et ses gouttes s'arrondissent ; les montagnes s'élèvent, et les abtmes des mers se creusent ; un balancement périodique soulève et abaisse tour à tour les flots et remue la masse de l'océan, depuis la surface Jusqu'aux plusgrandeâ profondeurs; c'est le passage de la iune audessus du méridien qui presse et resserre les torrents de fluide contenus entre la lune et Tocéan. L'intérieur du globe s'organise, une chaleur fé« conde part du centre de ia terre et se distribue dans toutes ses parties ; les sels, les bitumes et les soufres se composent; les minéraux naissent de plusieurs mélanges; les veines métalliques s'étendent; les volcans s'allument ; l'air, dilaté dans les cavernes souterraines, Relate et donne des secousses au globe. De plus grands prodiges s'opèrent : la .vertu magnétique se déploie, l'aimant attire et repousse, il communique sa force et se dirige vers les pèles du monde ; le fluide électrique circule dans les corps, et le frottement le rend actif. Tels senties principaux phénomènes
ÉLOGB DE DESCARTXS
da globe que Dons hiMtons et qoe Descartet eo-
trepreod d'expUqaer. Il soulève une partie du TOlle qui les couvre. Mais oe globe est enveloppé d'une masse invisible et flottante qui est entraînée du même mouvement que la terre, presse sur sa surface et y attadie tous les corps : c'est Tat* mosphére, océan élastique, et qui, comme le ndtre, est sujet à des altérations et à des tempêtes ; région détacbée de Tbomme, et qui, par son poids, a sur l*homme la plus grande influence ; lieu où se rendent sans cesse les particules échappées de tous les êtres ; assemblage des ruines de la nature, ou volatilisée par le feu, ou dissoute par l'action de l'air, ou pompée par le soleil ; laboratoire immense, où toutes ces parties isolées et extraites d'un million de corps difiérents se réunissent de nouveau, fermentent, se composent, produisent de nouvelles formes, et offrent aux yeux ces météores variés qui étonnent le peuple et que recherche le philosophe. Bescartes, après avoir parcouru la terre, s'élève dans cette région (18). Déjà on commençoit dans toute l'Europe à étudier la nature de l'air. Galilée le premier avoit découvert sa pesanteur. Torricelli avoit mesuré la pression de l'atmosphère; on l'avoit trouvée égale à un cylindre d'eau de même base et de trente- deux pieds de hauteur, ou à une colonne de vif-argent de vingt-neuf pouces. Ces expériences n'étonnent point Descartes : elles étoient conformes à ses principes. Il avoit deviné la nature avant qu'on l'eût mesurée. C'est lui qui donne à Pascal l'idée de sa fameuse expérience sur une haute montagne * ; expérience qui confirma toutes les autres, parce qu'on vit que la colonne de mercure baissolt à proportion que la colonne d'air diminuoit en hauteur. Pourquoi Pascal n'a-t-il point avoué qu'il devoit cette idée à Descartes? N'étoient-ils pas tous deux assez grands pour que cet aveu pût l'honorer ?
Les propriétés de l'air, sa fluidité, sa pesanteur et son ressort le rendent un des agents les plus universels de la nature. De son élasticité naissent les vents. Descaries les examine dans leur marche. Il les voit naître soms Timpression du soleil, qui raréfie les vapeurs de l'atmosphère ; suivre entre les tropiques le cours de cet astre, d'orient en occident ; changer de direction à trente degrés de réquateur ; se charger de particules glacées en traversant des montagnes couvertes de neiges; devenir secs et brûlants en parcourant la zone torride; obéir, sur les rivages de l'Océan, au mouvement du flux et du roflux ; se combiner par mille causes différentes des lieux, des météores et des saisons; former partout Jes courants, ou
(1) UPoy de Dôine,eD Auversue.
lents on rapides , plus réguliers sur l'espace fan* mense et libre des mers, plus inégaux sur la terre, où leur direction est continuellement changée par le choc des forêts, des villes et des montagnes qui les brisent et qui les réfléchissent. U pénètre ensuite dans les ateliers secrets de h nature ; il voit la vapeur en équilibre se condenser en nuage ; il analyse l'organisation dei neiges et des grêles; il décompose le tonnerre, et assigne l'origine des tempêtes qui bonleverseot les mers ou ensevelissent quelquefois l'AfricaiD et l'Arabe sous des monceaux de sable.
Un spectacle plus riant vient s'offrir. L'équilibre des eaux suspendues dans le nuage s'est rompu, la verdure des campagnes est humectée, la nature rafraîchie se repose en silence, le soleil brille ; un arc, paré de couleurs éclatantes, se dessine dans l'air. Descartes en cherche la cause; il la trouve dans l'action du soleil sur les gouttes d'eau qui composent la nue : les rayons partis de cet astre tombent sur la surface de la goutte spfaérique, se brisent à leur entrée, se réfléchissent dans l'intérieur, ressortent, se brisent de nouveau et vont tomber sur l'œil qui les reçoit. Je ne cherche point à parer Descartes d'une gloire étrangère; je sais qu'avant lui Antonio de Dominis avoit expliqué l'arc-en-ciel par les réfractions de la lumière ; mais je sais que ce prélat célèbre avoit mêlé plusieurs erreurs à ces vérités. Descartes expliqua ce phénomène d'une manière plus précise et plus vraie : il découvrit le premier la cause de l'arc-en-ciel extérieur ; il fit voir qu'il dépendoit de deux réfractions et de deux réflexions combinées. S'il se trompa dans les raisons qu'il donne de l'arrangement des couleurs, c'est que l'esprit humain ne marche que pas à pas vers la vérité, c'est qu'on n'avoit point encore analysé la lumière ; c'est qu'on ne savoit point alors qu'elle est composée de sept rayons primitifs, que chaque rayon a un degré de réfrangibilité qui lui est propre, et que c'est de la différence des angles sous lesquels ces rayons se brisent que dépend l'ordre des couleurs. Ces découvertes étoient réservées à Newton. Mais, quoique Descartes ne connût pas bien la nature de la lumière, quoiqu'il la crût une matière homogène et globuleuse répandue dans l'espace, et qui, poussée par le soleil, communique en un Instanl son impression Jusqu'à nous; quoique la fameuse observation de Roemer sur les satellites de Jupiter n'eût point encore appris aux hommes que la lumière emploie sept à huit minutes à parcourir les trente millions de lieues du soleil à la terre. Des. cartes n'en explique pas avec moins de précision et les propriétés générales delà lumière, et les lois qu'elle suit dans son mouvement, et son action
PAlB THOMAS.
ts
nr rffgane de llKMiime. n représente la me eamme une espèce de toudier, mais an toucher d'une nature extraordinaire et pins parfaite, qui ne s'exerce point par le contact immédiat des corps, mais qui s*étend jusqu'aux extrémités de l'espace. Ta sairir œ qui est hors de l'empire de tous lea autres sens, et unit à l'existence de i'homme rexistence des objeu les plus éloignés. C'est par le moyen de la lumière que s'opère ce prodige. Elle est, pour l'homme éclairé, ce que lelMUon est pour laYeugie : par l'un, on roit, poorahiai dire, ayec ses mains; par l'autre, on touche avec s» yeux. Mais, pour que la lumière agisse sur Tceil, il faut qu'elle traverse des espaces immenses; ces espaces sont semés de corps îauombrabies, les uns opaques, les autres transparents on fluides. Descartes suit ia lumière dans sa route, et à travers tous ces chocs il la voit , dans un milieu uniibrme, se mouvoir en ligne droite; il ia voit se réfléchir sur la surface des corps solides, et toujours sous un angle égal à cdol dlnddmioe ; il la voit enfin, lorsqu'elle traverse différents milieux, changer son cours et se briser selon différentes lois.
La lumière, mue en ligne droite, ou réfléchie, ou brisée, parvient jusqu'à Torgane qui doit la recevoir. Quel est cet organe étonnant, prodige de la nature, où tous les objets acquièrent tour à tour une existence successive ; où les espaces, les flgures et les mouvements qui m'environnent soot créés ; où les astres qui existent à cent miliîoos de lieoes deviennent comme partie de moi- Bême; ou, dans un demi-pouce de diamètre, est contenu Tunivers ? Quelles lois président à ce Décanbme? quelle harmonie fait concourir au Béme but tant de parties différentes? Descartes analyse et dessine toutes ces parties, et celles qui ont besoin d'un certain degré de convexité pour procurer la vue, et celles qui se rétrécissent ou t'éteodentà proportion du nombre de rayons qoH faut recevoir ; et ces humeurs, d'une nature eonme d'une densité différente, où la lumière sou&e trois réfractions successives ; et cette ■embrane si déliée, composée des filets du nerf opUqne, où l'objet vient se peindre ; et ces musses û agiiies qui impriment à l'œil tous les mouveecnts dont il a besoin. Par le jeu rapide et siasiiané de tous ces ressorts, les rayons rassem- Ués Tiement peindre sur la rétine l'image des éjets, et les houppes nerveuses transmettent par kar ébranlement leur impression jusqu'au eer- 1MB. Là finissent les opérations mécaniques et «BOBeBoeDt celles de l'âme. Cette peinture si lAuirable est encore imparfaite , et 11 faut en ari|v les défauts ; il faut apprendre à voir. l«|o peinte dans l'eoU est renversée; il faut
remettre les objets dans leur sMuation : nsMfs est double ; Il faut la simplifier. Mais vous n'aurez pohit encore les idées de distance, de figure et de grandeur ; vous n'avei que des lignes et des angles mathématiques. L'ftme s'assure d'abord de la distance par le sens du toucher et le mouvement progressif ; elle juge ensuite les grandeurs relatives par les distances, en comparant l'ouverture des angles formés au fond de l'œlL Des distances et des grandeurs combinées résulte la taùnoissance des figures. Ahisi le sens de la vue se perfectionne et se forme par degrés ; ahisi l'organe qui touche prête ses secours à l'organe qui volt , et la vision est en même temps le résultat de l'Image tracée dans rcoil et d'une foule de jugements rapides et Imperceptibles, fruits de Texpérience. Descartes, sur tous ces objets, donne des règles que personne n'avolt encore développées avant lui ; il guide la nature et apprend èrhomme i se servir du plus noble de ses sens. Mais dans un être aussi borné et aussi folble, tout s'altère ; cette organisation si étonnante est sujette à se déranger ; enfin, legenrehumain esten droit d'accuser la nature, qui, l'ayant placé et commesuspendu entre deux infinis, celui de l'extrême grandeur et celui de l'extrême petitesse, a également borné sa vue des deux cAtés et lui dérobe les deux extrémités delachaine.Grficesàrindustriehumaineappliquée aux productions de la nature, à Taide du sable dissous par le feu, on a su faire de nouveaux yeux à l'homme, prescrire de nouvelles routes à la lumière, rapprocher l'espace, et rendre visible ce qui ne l'est pas. Roger Bacon, dans un siècle bar** bare, prédit le premier ces effets étonnants; Alexandre Spina découvrit les verres concaves et convexes; Métius, artisan hollandais, forma le premier télescope ; Galilée en expliqua le mécanisme : Descartes s'empare de tous ces prodiges; Il en développe et perfectionne la théorie ; il les crée pour ainsi dire de nouveau par le calcul mathématique ; Il y ajoute une infinité de vues, soit pour accélérer la réunion des parties de la lumière, soit pour la retarder, soit pour déterminer les courbes les plus propres à ki réfraction, soit peur combiner celles qui, réunies, feront le plus d'effet; il deseend même jusqu'à guider la main de l'artiste qui façonne les verres, et, le compas à la main. Il lui trace des machines nouvelles pour perfectionner et faciliter ses travaux. Tels sont les objets et la marche de la dioptrique de Descartes (19), un des plus beaux monuments de ce grand homme, qui suffiroit seul pour l'Immortaliser, et qui est le premier ouvrage où Ton ait appliqué, avec autant d'étendue que de succès, la géométrie à la physique. Dès l'ige de vingt ans U avoit jeté un coup d'œil capideiur la Uiég-
ÉLOG£ DE DESCAUTES
rte deft tdiis, <|tii peiii«^re a taDt d'analogie avec celle de la lumière (SO). Il avoit porté une géo* mitrie profoode dans cet art, qui chex les anciens tenoit aui mœurs et faisoit partie de la constitution des Etats, qui ciies les modernes est à peine créé depuis un siècle, qui chez quelques nations ("st encore à son l>erceau; art étonnant et incroyable, qui peint par le son, et qui, par les vibrations de i'air, révi^ille toutes les passions de i'àme. li applique de même les calculs mathémar tiques à la science des mouvements ; il détermine TelTet de ces machines qui multiplient les bras de lliomme, et sont comme de nouveaux muscles lU'outés à ceux qu'il tient de la pâture. L'équilibre des forces, la résistance des poids. Inaction des frottements, le rapport des vitesses et des mas* ses, la combinaison des plus grands effets par les plus petites puissancss possibles, tout est ou développé ou indiqué dans quelques lignes que Deacartes a jetées presque au hasard (21). Mais comme, jusque dans ses plus petits ouvrages, aa nuirche est toujours grande et philosophique, c'est d*un seul principe qu'il déduit les propriétés différentes de toutes les machines qu'il explique. Un plus grand objet vient se présenter à lui : une machine plus étonnante, composée de parties tenombrables, dont plusieurs sont d'une finesse qui les rend imperceptibles à l'œil même le plus perçant ; machine qui, par ses parties solides, représoite des leviers, des cordes, des poulies, des poids et des contre-poids, et est assujettie aux lois de la statique ordinaire ; qui, par ses fluides elles vaisseaux qui les contiennent, suit les règles de l'équilibre et du mouvement des liqueurs ; qui, par des pompes qui aspirent l'air et qui le rendent, est asservie aux inégalités et à la pression de l'atmosphère; qui, par des filets presque invisibles répandus i toutes ses extrémités, a des rapports innombrables et rapides avec ce qui l'environne; machine sur laquelle tous les objets de l'univers viennent agir, et qui réagit sur eux; qui, comme la plante, se nourrit, se développe et se reproduit, mais qui è la vie végétale joint le mou- Tement progressif; machine organisée, mécanique Tivante, mais dont tous les ressorts sont intérieurs et dérobés à l'œil, tandis qu'au dehors on ne voit qu'une décoration simple k la fois et magnifique, où sont rassemblés et le charme des couleurs, et la beauté des formes, et l'élégance des contours, et l'harmonie des proportions: c'est le corps humain. Descartes ose le considérer dans son ensemble et dans tous ses détails. Après avoir parcouru l'unWers et toutes les portions de la nature, Il revient à lui-même. Il veut se rendre compte desa vie, de ses mouvements, de ses sens. Qui lui eipHqoera un noovsi univers plus inoom^
préhensible que le premier? Ce n'est poiMt dans les auteurs qui ont écrit qu'il va puiser ses oonnoissances, c'est dans la nature; c'est elle qui fait la raison d'un grand homme, et non point ce qu'on a pensé avant lui. On lui demande où sont ses livres. Les voili, dit-il, en montrant des ani« maui^ qu'il étoit prêt i disséquer. L'anatomie » créée par Hippocrate, cultivée par Ariatote, réduite en art par les travaux d'Hérophile et d'Era^ sistrate, rassemblée en corps par Gaiien, suspen* due et presque anéantie pendant près de onia siècles , avoit été ranimée tout à coup par Véaale. Depuis cent ans elle faisoit des progrès en Europe» mais les^ faisoit avec lenteur, comme toutes les connoissances humaines, qui sont filles du temps. Descartes eut aussi la gloire d'Atre un des premiers anatomistes de son siècle; mais comme 11 étoit né encore plus pour lier des connoissances et les ordonner entre elles que pour faire des observations, il porta dans l'anatomie ce caractère qui le suivoit partout. En découvrant l'efiet, il remontoit à la cause; en analysant les parties , U examinoit leurs rapports entre elles et leurs rapports avec le tout. Ne cherches point à le fixer longtemps sur un petit objet; il veut voir l'ensemble de tout ce qu'il embrasse. Son esprit impatient et rapide court au-devant de l'observation; il la précède plus qu'il ne la suit; il lui indique sa route; elle marche ; il revient ensuite sur elle; il généralise d'un coup d'œll et en un instant tout ce qu'elle lui rapporte; souvent il a vu avant qu'elle ait parlé. Que doit-il résulter d'uûe pareille marche dans un homme de génie ? quelques erreurs et de grandes idées, des massée de lumière à travers des nuages. C'est aussi oe que l'on trouve dans le Traité de Descartes sur Vhomme (22). U le composa après quinxe ans d'observations anatomiques. Il suppose d'abord une machine entièrement semblable i la nétre : quand il en sera temps, il lui donnera une âme ; mais d'abord il veut voir ce que le mécanisme seul peut produire dans un pareil ouvrage. 11 lui met seulement dans le cœur un feu secret et actif, semblable à celui qui fait bouillonner les liqueurs nouvelles : dès ce moment s'exécutent toutes les fonctions qui sont indépendantes de l'ime. La respiration appelle et chasse l'air tour à tour. L'estomac devient un fourneau chimique, où des liqueurs en fermentation servent à la dissolution et i l'analyse des nourritures ; ces parties décomposées passent par différents canaux, as rassemblent dans des réservoirs, s'épurent dans leur cours, se transforment en sang, augmentem et développent la masse solide de la machine et deviennent une portion d'elle-mime. Le saog t comme oa torrent tapidot dioile |iar des routes
PAR THOMAS
iiDonbnbles; il se sépare» il se réanit, porté par
bs artères aux extrémités de la macliiDe, et rameni par les veines des extrémités vers le cœur. LeGœarot le centre de ce grand mouvement et le foyer de la vie interne i c'est de là qu*elle se distriboe. An dehors tous les mouvements s'opèrent. Bu cerveau partent des faisceaux de nerfs qoi s'ipaDOQJssent et se développent aux extrémités, et vont former Torgane du sentiment. Les iDssDot propres à réfléchir les atomes imperceptibi» de la lumière ; les autres, les vibrations des eorpi sonores ; ceux-ci ne seront ébranlés que par les partlcoies odorantes; ceux-là, par le^ esprits itiessels qpi se détacheront des aliments et des liqoean;l6S derniers enfin, dispersés sur toute lasorbce delà machine, ne peuvent être heurtés qoepar le contact et les parties grossières des Gorpiaolldes: ainsi se forment les sens. Chaque objet eitérienr vient donner une secousse à Torpneqni lui est propre. Les nerfs qui le compo- Kot, ainsi qu'une corde tendue, portent cet ébranlement jusqu'au cerveau : là est le réservoir de ces esprits subtils et rapides, partie la plus déliée do sang, émanations aériennes ou enflammées, et iaTjsibles comme impalpables. A l'impression que le cerreau reçoit, ces souffles volatils courent npidement dans les nerfs ; ils passent dans les iDQscles. Ceux-ci sont des ressorts élastiques qui «tendent ou se détendent, des cordes qui s*al- ^nt ou se raccourcissent, selon la quantité do fluide nerreox qui les remplit ou qui en sort. De «tte compression ou dilatation des muscles ré-* nitent tous les mouvements. Les esprits animaux, priocipes moteurs, sont eux-mêmes dans une ^elle agitation ; et tandis que les uns achèvent '«ie former et se Tolatilisentdans le laboratoire, W les antres, au premier signal, s*élancent rapiiteinent, une foule Innombrable, dispersée déjà <^lamacltiDe, circule dans tous les membres, «itieidemîires ramifications des nerfs, va, vient, ^^««nd, remonte, et porte partout la vie, Tacti- ^^^ et la souplesse. Prenez maintenant une âme, ctnettez^a dans cette machine ; aussitôt naît un •"Jfed'opérations nouvelles. Descartes place cette •k dans le cerveau, parce que c'est là que se ^ le contre-coup de toutes les sensations ; ^'^de là que part le principe des mouvements ; ^«14 qu'elle est avertie par des messagers ra- Fifa de tout ce qui se passe aux extrémités de •«empire; c'est de là qu'elle distribue ses or- ^' Us nerfs sont ses ministres et les exécu- •■n de ses volontés. Le cerveau devient comme •«5» intérieur qui contient, pour ainsi dire, le ^liatde tous les sens du dehors. Là se forme ^inage de diaque objet. L'âme voit l'objet ^eette inage quand il est présent ; et c'est la
perception : elle la reproduit d'elle^mAme quand l'objet e&i éloigné; et c'est Timagination : elle en fait au besoin renaître l'idée, avec la conscience de l'avoir eue ; et c'est la mémoire. A chacune de ces opérations de l'âme correspond une modification particulière dans les fibres du cerveau ou dans le cours des esprits ; et c'est la chaîne invisible des deux substances. Mais l*éme a deux facultés bien distinctes : elle est à la fois intelligente et sensible. Bans quelques-unes de ses fouctions elle exerce et déploie un principe d'activité , elle veut, elle choisit, elle compare; dans d'autre^t elle est passive: ce sont des émotions qu'elle éprouve, mais qu'elle ne se donne pas, et qui lui arrivent des objets qui l'environnent. Telle est Torigine des passions, présent utile et funeste. Le philosophe, errant au pifd du Vésuve, ou à travers les rochers noircis de l'Islande, ou sur les sommets sauvages des Cordillères, entraîné parle désir de connoître, approche de la bouche des volcans; il en mesure de l'œil lu profondeur; il en observe les effets ; assis sur un rocher, il calcule à loisir et médite profondément sur ce qui fait le ravage du monde. Ainsi Descartes observe et analyse les passions (23). Avant lui on en avoit développé le moral ; lui seul a tenté d'eo expli* quer le physique ; lui seul a fait voir jusqu'où les lois du mécanisme influent sur elles, et où ce mécanisme s'arrête. Il a marqué dans chaque passion primitive le degré de mouvement et d'impétuosité du sang, le cours des esprits, leur agitation, leur activité ou plus ou moins rapide, les altérallODS qu elles produisent dans les organes Intérieurs. Il les suit au dehors : il rend compte de leurs effets sur la surface de la machine quand l'csil de* vient un tableau rapide, tantôt doux et tantôt terrible ; quand l'harmonie des traits se dérange ; quand les couleurs ou s'embellissent,ou s'effacent ; quand les muscles se tendent ou se relâchent; quand le mouvement se ralentit ou se précipite ; quand le son inarticulé de la douleur ou de la joie se fait entendre et sort par secousses du sein agité ; quand les larmes coulent, les larmes, ces» marques touchantes de la sensibilité, ou ces marques terribles du désespoir impuissant; quand Texcès du sentimi^nt affoiblit par degrés ou consume en un moment les forces de la vie. Ainsi les passions Influent sur l'organisation, et l'organisation influe sur elles ; mais elles n'en sont pas moins assHJetties à Tempire de i*âme. C'est l'âne qui les modifie par les jugemenU qu'elle joint à l'impression des objets; l'âme les gouverne et les dompte par l'exercice de sa volonté, en réprimant à son gré les mouvements physiques, en doncant un nouveau cours aux esprits, en s'accontumant à réveiller une idée j»Utôl au'une autre àla vm
ÉLOGE DE DESCARTES
d'un objet qui vient la frapper. Mais cette volonté impérieuse ne suffit pas, il faut qu'elle soit éclairée. Il faut donc connoltre les vrais rapports de l'iiomme avec tout ce qui existe. C'est par l'étude de ces rapports qu'il saura quand il doit étendre son existence liors de lui par le sentiment et quand il doit la resserrer. Ainsi la morale est liée i une foule de connoissances qui l'agrandissent et là perfectionnent; ainsi toutes les sciences réa* gissent les unes sur les autres. C'étoit là, comme nous avons vu, la grande idée de Descartes Cette Imagination vaste avoit construit un système de science universelle dont toutes les parties se tenoient, et qui toutes se rapportoient à l'homme, n avoit placé l'homme au milieu de cet univers ; c'étoit l'homme qui étoit le centre de tous ces cercles tracés amour de lui, et qui passoient partons les points de la nature. Descartes sentoit bien toute rétendue d'un pareil plan, et il n'imaginoit pas pouvoir le remplir seul ; mais, pressé par le temps, il se hâtoit d'en exécuter quelques parties, et croyoit que la postérité achèveroit le reste. Il invitoit les hommes de toutes les nations et de tous les siècles à s'unir ensemble ; et pour rassembler tant de forces dispersées, pour faciliter la correspondance rapide des esprits dans les lieux et les temps, il conçut l'idée d'une langue universelle qui établiroit des signes généraux pour toutes les pensées, de même qu'il y en a pour exprimer tous les nombres; projet que plusieurs philosophes célèbres ont renouvelé, qui sans doute a donné à Leibnitz l'idée d'un alphabet des pensées humaines, et qui, s'il est exécuté un jour, sera probablement l'époque d'une révolution dans l'esprit humain.
J'ai tâché de suivre Descartes dans tous ses ouvrages; j'ai parcouru presque toutes les idées de cet homme extraordinaire ; j'en ai développé quelques-unes, j'en ai indiqué d'autres. Il a été aisé de suivre la marche de sa philosophie et d'en saisir l'ensemble. On l'a vu commencer par tout abattre afin de tout reconstruire; on l'a vu jeter des fondements profonds ; s'assurer de l'évidence et des moyens de la reoonnoitre; descendre dans son âme pour s'élever à Dieu ; de Dieu redescendre à tous les Atres créés; attacher à cette cause tous les principes de ses connoissances ; simplifier ces principes pour leur donner plus de fécondité et d'étendue, car c'est la marche du génie eomme de la nature; appliquer ensuite ces principes à la théorie des planètes, aux mouvements des deux, aux phénomènes de la terre, à la nature des éléments, aux prodiges des météores, aux effets et à la marche de la lumière, à l'organisation des corps bruts, à la vie active des êtres ftAimês ; terminant enfin cette grande course par
l'homme, qui étoit l'objet et le but de ses travaux ; développant partout des lois mécaniques quil a devinées le premier; descendant toujours det causes aux effets; enchaînant tout par des conséquences nécessaires ; joignant quelquefois l'expérience aux spéculations, mate alors même maîtrisant l'expérience par Je génie; éclairant la physique par la géométrie, la géométrie par l'algèbre, l'algèbre par la logique, la médecine par l'anatomie, l'anatomie par les mécaniques ; sublime même dans ses fautes, méthodique dans set égarements, utile par ses erreurs, forçant l'admirati<m et le respect lors même qu'il ne peut forcer à penser comme lui.
Si on cherche les grands hommes modernes avec qui on peut le comparer, en en trouvera trote : Bacon, Leibnitz et Newton. Bacon parcourut toute la surface des connoissances humaines; il jugea les siècles passés et alla au-devant des siècles à venir ; mais il indiqua plus de grandes choses qu'il n'en exécuta ; il construisit l'échafaud d'un édifice immense et laissa à d'autres le soin de construire l'édifice. Leibnitz fut tout ce qu'il voulut être ; il porta dans la philosophie une grande hauteur d'Intelligence ; mais il ne traita la science de la nature que par lambeaux, et ses systèmes métaphysiques semblent plus faits pour étonner et accabler l'homme que pour Téclairer. Newton a créé une optique nouvelle et démontré les rapports de la gravitation dans les cieux. Je ne prétends point ici diminuer la gloire de ce grand homme, mais je remarque seulement tous les secours qu'il a eus pour ces grandes découvertes. Je vois que Galilée lui avoit donné la théorie de la pesanteur ; Kepler, les lois des astres dans leurs révolutions ; Huygens, la combinaison et les rapports des forces centrales et des forces centrifuges; Bacon, le grand principe de remonter des phénomènes vers les causes ; Descarles, sa méthode pour le raisonnement, son analyse pour la géométrie, une foule innombrable de connoissances pour la physique, et, plus que tout cela peut-être, la destruction de tous les préjugés. La gloire de Newton a donc été de profiter de tous ces avantages, de rassembler toutes ces forces étrangères, d'y joindre les siennes propres, qui étoient immenses, et de les enchaîner toutes par les calculs d'une géométrie aussi sublime que profonde. Si maintenant je rapproche . Descartes de ces trote hommes célèbres, j'oserai dire qu'il avoit des vues aussi nouvelles et bien plus étendues que Bacon; qu'il a eu l'éclat et l'immensité du génie de Leibnitz, mais bien plus de consistance et de réalité dans sa grandeur ; qu'enfin il a mérité d'être mis à cété de Newton, parce qu'il a créé une partie de Newton, et qu'il n'a été créé
PAR THOMAS
que par loi-nifaie ; parce que ai 1*ud a déoonyert plus de Téritéa, l'autre a ouvert la route de toutes les vérités; géomètre aussi sublime, quoiqu'il n'ait point fait un aussi grand usage de la géométrie; plus original par son génie, quoique ce génie l'ait novent trompé ; plus universel dans ses connoissances comme dans ses talents , quoique moins sage et moins assuré dans sa marche ; ayant peut-éire en étendue ce que Newton avoit en profondeur; fait pour concevoir en grand, mais peu liut pour suiyre les détails, tandis que Newton donnoitaux plus petits détails Tempreinte du génie; moins admirable sans doute pour la cannoissaoce des deux, mais bien plus utile pour le genre humain, par sa grande influence sur les esprits et sur les sièdes.
(Test ici le vrai triomphe de Descartes ; c'est là sa grandeur. Il n'est plus, mais son esprit vit eacore : œt esprit est immortel ; il se répand de nation en nation et de siècle en siècle ; il respire a Parts, à Londres, à Berlin, à Leipsick, à Florence ; II pénètre à Pétersbourg, il pénétrera pu j<Hir jusque dans ces climats où le genre humain est encore ignorant et avUi; peut-être il fera le toar de l'univers.
On a vu dans quel état étolent les sciences au moment où Descartes parut, comment l'autorité euchaînoit la raison , comment l'être qui pense avoit renoncé au droit de penser. Il en est des esprits comme de la nature physique : Tengourdiasement en est la mort ; il faut de l'agitatiOD et d»secoases; il vaut mieux que les vents ébranlent l'air par des orages que si tout demeuroit dans un éternel repos. Descartes donna l'impulsloa à cette masse immobile. Quel fut l'étonnément de l'Europe lorsqu'on vit paroltre tout à coup cette philosophie si hardie et si nouvelle! Peignez-vous des esclaves qui marchent courbés sous le poids de leurs fers ; si tout à coup un d'entre eux brise sa chaîne et fait retentir à leurs ordiles le nom de liberté, ils s'agitent, ils frémissent, et des débris de leurs chaînes rompues accablent leurs tyrans. Tel est le mouvement qui se fît dans les esprits d*un bout de l'Europe ci Vautre. Cette masse nouvelle de connoissances fie Descartes y avoit jetée se joignit à la fermentation de son esprit. Réveillé par de si grandes idées et par un si grand exemple, chacun s'interroge et juge ses pensées, chacun discute ses opimos. La raison de l'univers n'est plus celle d'un bimime qui existoit il y a quinze siècles ; elle est &QS rame de chacun, elle est dans l'évidence et tos ladarté des idées. La pensée, esclave depuis 4eax mille ans , se relève avec la conscience de sa
^denr; de toutes parts on crée des principes,
«lia les sait; on consulte la nature, et non plus
DtSCASTBS
les hommes. La France, lltalie, l'Allemagne et l'Angleterre travaillent sur le même plan. La m^ thode même de Descartes apprend iconnoître et à combattre ses erreurs. Tout se perfectionne, ou du moins tout avance. Les mathématiques devien nent plus fécondes, les méthodes plus simples; l'algèbre, portée si loin par Descartes, est perfectionnée par Halley, et le grand Newton y ajoute encore. L'analyse est appliquée au calcul de l'in fini et produit une nouvelle branche de géométrie sublime. Plusieurs hommes célèbres portent cet édifice à une hauteur immense; T Allemagneet l'Angleterre se divisent sur cette découverte, comme l'Espagne et le Portugal sur la conquête des In« des. L'application de la géométrie i la physique devient plus étendue et plus vaste : Newton fait sur les mouvements des corps célestes ce que Descartes avoit fait sur la dioptrique et sur quelques parties des météores ; les lois de Kepler sont dé montrées par le calcul; la marche elliptique des planètes est expliquée ; la gravitation universeUe étonne l'univers par la fécondité et la simplicité de son principe. Cette application de la géométrie s'étend à toutes les branches de la physique, depuis l'équilibre des liqueurs jusqu'aux derniers balancements des comètes dans leurs routes les plus écartées. Ces astres errants sont mieux connus. Descartes les avoit tirés pour jamais de la classe des météores en les fixant au nombre des planètes; Newton rend compte de l'excentricité de leurs orbites; Halley, d'après quelques points donnés, détermine le cours et fixe la marche de vingtquatre comètes. Les inégalités de la lune sont calculées; on découvre l'anneau et les satellites de Saturne ; on fait des satellites de Jupiter l'usage le plus important pour la navigation. Les cieux sont connus combe la terre. La terre change de forme; son équateur^'élève et ses pôles s'aplatissent, et la difTérence de ses deux diamètres est mesurée. Des observatoires s'élèvent auprès des digues de la Hollande, sous le ciel de Stockholm et parmi les glaces de la Russie. Toutes les sciences suivent cette impulsion générale. La physique particulière, créée par le génie de Descartes, s'étend et affermit sa marche par les expériences ; il es/ vrai qu'il avoit peu suivi cette route, mais sa méthode, plus puissante que son exemple, devoit y ramener. Les prodiges de l'électricité se multiplient. Les déclinaisons de l'aiguille aimantée s'observent selon la différence des lieux et des temps. Halley trace dans toute l'étendue du globe une ligne qui sert de point fixe, où la déclinaison commence, et qui, bien constatée, peut-être pourroit tenir lieu des longitudes. L optique devient une science nouvelle par les découvertes sublimes sur Iqs couleurs. La dioptrique de Descartes n'est plus
ÉLOGE DE DESCARTES
lA teroa de Ymf^lt bnni^lii : l'art 4*Higri^p4ir la yqe 9*éteod; OD8^b9titu^•ppu^|iredaps|^PÎ6U|9 j^ métaux apx yer^g^, 9t h réOç^^ioo de |a lu-
pU^ 4 lapéftTftcdpn; M pMmip» qui ^«Rar^nn^
étoit presque isolée, ^'iipit «d^ «ptr^ ^ef^ce^; on l'applique fi 1^ ^19 à la p^ysiqpp, à Thisfoiro naturella e| | la pdMeciqe. La circfilatiqD du sang , décopyerte pfir Harvey, ^mbr^ssép et défendiie par SescaHes, dpvteQt la gpurce d'iiQe foule de vérités, he inécaqi^uie du corps humain est étudié {^yec pluç 4^ ?^lp Pi 4e succès ; oq découvre des vajsseau): ipcopnus ^t de nqqY^ux réservoirs. Borelji tepte4*^^?RJQttir au calcul gépmétrlque le^mouveipeutç des 2|pin)auf. {.^uweobpepk, le micrp^qpe à |a m^iq, §Hrprpp4 pes atomes vivants qu| peo^Uept ître Ips éléfqpptç de Ijl vie de Thomm^ ; {(uiscji perfeptjqqpe X^ft (je doqflpr, par 4^1 lnjpplipps, ppp pppvplle vjp j^fe gpi pçt mm ; Malpighl trftpjpprtp r»P»ttffiip *px plaptes et rpiqpUtpq projet quel^eçcart^ fl-§vpit fSis eu le temps ft'P^^i^^^r* S<)Q S^PJ^ f-espife ^ncorp après lui daps I4 qiétapbysiqqe; c'est {pi qpl, dans Mftlebr^pdiê, fïépi^lp |p$ ^rrepEt» de nn^agiq^Mon ^ dps ^pg ; p'egt )Hi »«}> flW? îiR<*e» pomftpt et 4é|rpit Ipfi jdépi jR«ép«, ^\\ l^oftlype de resprU |)pn)^ip,pt ppfp d'-ppp p^^ip ft^rflip Ips limites 4p I9 rftiçoq; p'^t |pl qqj , dp PpgifiWfs, fl atti^qué pf rppver^ {p| pystèfpes. Spp ipflupppe pe §*est point ))orpée 4 )a phiio^pliip ; seiqblaj)le ^ cettp ^i¥)p iinivprspllp ijps çtpjçieqs, resprjf île ^eçcart^ e«t partouf ; pp Ta i^ppUqqéaux Wtfes ^ aq^ {|rt9 copuqip gqx ^ieqoes. Si daqs tpuç les gpqre^ qp v^ ^isif )^ pfPffljerp pr|nç|pp§ ; fj la {ifétAphy^qpe 4ps »rH est Cféée ; si on a pberphé dan;i 4f^M4^P9 invarJ4|)lç» lef règles dpgqût popr IPMJ) 1^ pays et popr tous ips sjècl^ ; çj pn a se- PPM^ ppi»P suppratiliap flpi jpgeoit {q^| parcp qp*ejle adiplrpif trPRi ^( 4<)P^oit4es pntr^ves'i|u génie pn resfsprr^pt trqp 9^ sp^èrp; s» op examine et discute, foutes qos cqnpoissances ; si Tesprit s'^^ite pour fecuier (optp$ )ef I)9x:{)p9 ;; g} op vpuf sftvqir i|itr fpU9 Ips plûefs le degré 4p yérité qpi appartient à rhpmme, c'est là Toûvrage 4o Pescartes. Vastroooqie, le géomètre, le métaphysicien, le gra^pipairien, )p moraliste, l'orateur, le politique, je pq^te, ^ps ont pnp portion de cet esprit qui le; anime. U a guidé également Pascal et Corneilip, Locke et Bourdaloue, Nevrtoo et Montesquieu. Telle est la trace profonde et l'empreinte marquée 4® l'hopime de génie sur l'univers. Il n'existe qu'pp momeql, mais cette existence est employée tout entière à quelque grande opéraliop qui changp la direction des choses pour plusieurs siècles.
Arr^tona-nous maintenant sur celui à qui le genre hupain a eu tant d'obligations et & çui la
dprKiière poçtérit^ ser^ encprP redpyable. Qupls bpppeqrs lui ^-Hn rPP4us (le ^p yiyaqtl quelles $tatq^ lui furent élevéep dans s^ patrie? quels bflmiQ9ge^ H-il mw 4p« nations?... Que parlonsppqi d'bqp^qiiiges , pt de statues, et d'bopoeurs? Publions-nous qu'il s'^gjf 4'pq graqd hoq^ipe? oublions-nous qq'm yiScp P4FP)| 4psbommps? Parlons plutôt et 4ea pprs^utjona, et de la haine, et des touriqepts de rpflvia, pf deji poirceurs de la calomuie, et de toutcp gpj p ^tiépt ^pra éfprppllpment Ip partage 4p l'homme qui aura Ip iqifljieqr des'^lpver au-desçq^ dp spq si^le. ppspar^cs l'a* voit pfévq \ il cpnnoissojt frpp les l^pmq)^ ppiir qe (es pa^ craipdrp; il i^vpit été pyerti par r^pmple de Galilée ; il avoit vu, dans Iq ppfçpppe fie ce vieillard, Ip v^ri(^ pp (4)prpux \A^nçs ciisil^P de fprç, pf trjifqép jqdigpeipppf rfans les prisaps (2i). Le| ppqpp 4p Spprate, les cjt^qea 4* Apf xagprp, la fui(e Pt l'epDpptsqppeipppt d'^r^^^^* 1^ malheurs 4'péraqli|p, ipf fiajflippips In^eq^ cpu^re ^er- ^pt, 1^ géuiisspWPRls pipintifs de Roger Bacqn 9PP9 les ypfttps d'qp p§phfit« TpRWP excité contre R^q)ps et |p8 pp|gq4r4p gqi l'-p^sa^q^çqat; 1^ bûchers allumés en cent lieux pqqr pensupierdps !Pa!!lPBFÇW flW W pappolept pps pomme leur» ()qpp4(pyQps ; tppt d'pp{fpsqqi ayoient ^té errantt Pt prfi5scrj(? îqr 19 itp'(:fp,8aQ§p^lp pi |»Bf pp^teçteura, pippprtpqt ayepeux 4e payç pp pays Ip vérité iugitivp pt |)pqnie du iqondp, tqut l'ayerti^soit4u 4aqgpr qui lemenaçoit;(qut iqjprioitque Ip 4Prp|pF de^ crimes qup Top pjir^pppp e^t polpi 4'anqoqper (Jps vérités nppypllp^- MVS If Y^"^* p'esjf pqiptfi rtipipiqe qiri la ppnçqit; pUe i|ppprtjppt 4 l'upivprs pt cherche ^i «'y r^pap4ra. fie»* c^rtps prptW^q^e qp'iï ep 4pvoit popipte au Piea qqj Ip lui dppqoitr {l «e dévoua doqp (25) , et,
gç^ pu^ RWiPK!! I^WV)lH)M« il °P t9F4i^ B9i»^ ^ recueillir 1^ fruits dp sa résplutiop.
|1 y avpjt alors en Hollande un ^e pes hopimes qui sont oiffp^ués de toqt pe qpi ^sf grand, qui auf yqes étrpjteç dp la médiocrité joignent toutes les hauteurs du despotisme, insultent à ce qu'Us ne comprennent pas, couvrent leur foiblesse par leur audace et leur bassesse par leur orgueil; intrigants fanatiques, pieux calomniateurs, qui pro* noncent sans cesse le mot de Dieu et rputragent, n'affectent de la religion que pour nuire, ne fopt servir le glaive des lois qu'à assassiner, ont assez de crédit pour inspirer des fureurs subalternes; espèces de monstres nés pour persécuter et pour haïr, comme le tigre est né pour dévorer. Ce fut un de ces hommes qui s'éleva contre Descs^rte^ (26). U ne seroit peut-être pas inutile à l'histoire de l'esprit humain et des passions de peindre toutes les intrigues et la marche de ce penécuteur; de le faire voir» du moment qu'il coi^çut )p ^enâsk de
PAft THOftlAS.
tarit» qffnrt^, jrpTjjiiajijiî'^jjpf^ isgçr^eip^t
et eo çileope, 8pfn?B^ fJv?? 1^ ^prît^ fle^ jdée^ gt
PPÇpns wr d^ liMl^ ef ()^ ppiffipijFji «jQfiy-
progrès de la fermentation gén^p^e ; an ffipfp0qt d*éçlater,bn|p]9iit I^ première plac^ dfî s^D p^rps, aâi; d0 ppQTiJif jf^jpdr^ 1- ai|torité à s§ hi^ii^^; alpf 9, Jm^m^ihmmh FWftl cpntre Dpgcjrt^ etlep^pl^ef tesini|^ist|:at§, iBf les fur^ur^ ^r créef(}^ii|jni$^ies} )|i peijj^naqt 4 tpi}^ les yeiff mjùp u§ athée, qi^) pQiQnî^ûi^ par brl^ep Ip^ U|t^^( ^piroitpar bouleverser l*Et^t; iavoqpant igrij)i[l9cr|8l4 religion et (eslpl?. |1 fau^rpît raooQ(arcomineot ce grpd hoiQine fut c|t< an 90D (je Ij» docbe, et sqr le ppint d'être ^rafné pmiH^ i|D vil qrimiiiel ; pQpnpof pnsufte, ppur lui Atef mêipe la ref^urce de se justifier, pp ^v^jUa i le pond§mn^^ ^P ÇiJOQcp pt ^QS qii'il emplit étrp averti ; cpn)|pei)t ^oaCTreux pprs^ftt^f ) <^'i| ft^ PPPfy^ll le pprdre toMt-#-ij|it, ¥p^loit i|ji lioeja^ je foire pF^isprire de I4 Hpll^fie, yoploit foifecpBfiirapr 4^s N flaipmeii cep Ijyres 0'i|n *t^«àr§t^éîsiBfi ^t fpjpl)»tig; cpfflppirt il a¥pjt diyi tn(4fMgé ^y^ Ip )>9^^^^|| d'ytredit pogr qtt*pn 9|{po)§tup f9H4'we f^ute^t ^^tr^prr din^fô, afin de ^m^f f»PP?F }p^y«Pt du ppqplp. Ul)ai;b^eeû(vQ|}lu que la flan^np 0y Mpiieir
pû^^t^^ «R^rcHfl §p htm mv^ 4p t^y^ ip$ iipii^
^ l? Bp||»o4e, 4^ lit Fr»ncp, 4P Titille Pt 4p i*4fl«|pt«F». B^à pôwp il sp PféPftroji ft réppp-
dre dans (p^te Tf^repp pe f é^it flétrissapti aQn W)ffh^^ 4^ 9§Bt Proylpcefit Pfi«P§Ftp8 ftU i^Ri 4u m<)49 ^iîÇF, PI qyp p^tput où il «fr Rfwrtf il ^ IrWYftt 4«yîWfi^ Pftr «I tpnt^- MîW f »< ^ rWHftlrp ? eiitrpr 4apf pps 4étft})s ; c'p^ i elle i n^rquef 4'||^p tePQffliplP élpmpHe |p ffwt (JH f^im^^îi g'^ 4 Ptle « fl^tplr (*§ oagistf^ts q)|t» dppes d*HR «péléf^at, ^rvpjept d'io«tfpn)e9t à la baiflp, p( cQ^ibattoient pppf reavig. E)qpeprétendpient-||spYec Ipurs flajairpes 01 |euff bMpiiefs ? Cf*Qyoient-ils daps cpt ipcppdip étouffer la ypix 4e )§ véfjt^? proyoiept-|]s ^irp fliwrPItfP la gloire d'pp gffand bopime? 11 déppnd M^m'^» Pl 4p l'p^torité ipjuste dp forger des rt^e^ et de ^ves/aev des épbaiauds, m^i^ il ne dépend ppipt 4'^le d'anéantir la vér|té et de ^W^m I4 jttsiiee des ?lèc|p9.
Tel est le sort qae Desc^rteii éprpuv^ pn ]Iol- UDde.])jM)s son pays, je le vois presque incopnu, ngfjrdé aypc ipdifférence par les uns, pttpqué et ^baiti) par les ppire?, repbprohé de quelques fraadf pomme oa vain sppctQple de puripsité , iporé ou calomiiié à la cour (27). Je vols sa fa- Aille le Ifdttfivpvee méprjs; je voisspu frère, tettini hi mérltn VM-ii^ étoit dp w$tmv
SPP pom, pprier pvpp ^i^ln rf*J*n frirp qu|, ^é
Îfeptilhoipme, s'étQj( i^b^M jpsqu'^ se Wre pWpsppbp (28), et metfre H]i ppmbre (Je;^ jours W?l^WrP"» i^l"l ûH Pese^rtefi PMHlt poqr déshoqpfef sa r^cp par un p^rpll ffiétiPf. 0 préjugé?! (^ pdiPule Perte dps places pt du rapgl tl |p9pof(e (}e conserver ces traits à 1$ ppçtérité, pour apprendrp, s'|} ^a pput, aux |)omP)es à rougir. Où spot aujoyrd*bpi f^w gui, à la vue de De^partps, sourjpjent dédaigpeusement, et disoiept avec li.^Uteur : C'est PU bomme qui écrit? Us ne sont plu^. Ont-ils jaipais été ? Mais Tbomme de génie vivra éternelleroent ; son nom fait l'orgueil flp f}es coipp^trjptps; ^ gloire est un dépât que li» siècles se trapsipettent, et qui est squs 1^ g^rde de la justice et^P |a vérité. I| p§t vrai qqp|a gr^pd bpu)f{)e trpuye quelquefois h coo^idérMipp de spn Vf vaut ; ippi^ il fapt presque tpujqurs qu'il I9 cherche à trois cents lieqes de lu{. Descftftpf , persécuté ep Hollande et n^écoqnu en fraupe » cpmptpit parmi sps admirateurs et ses disciples 1^ f^mepise princesse palatipe, princesse qui est d|i
r^titqombre de celles qui ont placé la philosophie côté 4u t^énp (29). £Up étpit dîgpe d'interrogpr Ppscartes, et Descartes étoit digpp de l'Ipstru|re. Lepr ppmmerce u'étoit ppiut uq trapp 4p flatteries et de meqsouge^ de la part de |)esc^ftp|, dp pFPteptipp pt de t^autpur de Ift W^ 4*PiM- |)pth- PieM, lu Dalqre, rbpfflffle, sps pa#epr? pt les ipoyeps qq*jl a d'^trp beuFPPf , ses dpypirp at ses fpil^lesses, I9 phaîne ppr^lp dP IP"9 sef f^bpprts, Yoilà |p spjptdelpupf eptpetiep^etdelpqni lettres. C'est V^^^ HW les p^ilp^pbes doJYpnt l'pqtrptpnir j^vpc Ips grapda- M P^4re ^vpjt dp§tiné 4 Pescarfes qn autre dispiple ençpre plus ç^ièbrp \ p'étqjt la fi|lp de Gu^t^yprAdpIpbe, c'ptpit Ip fpippuse Christine (30). £l|e étpit pée ayec pne 4p pes âmes eneore p|us singulières qnp gr^qde^, qui sembleut jetép§ bors des rputpi O)^ dinpires,etquiétppnent toujours, mémelprsqii'pp ne les pd«iirp pps. flptbousiastp d» i^W et dps âmes fii>rtps, le grapd Cppdé, Qescprtes et Sobie^l^i ftvoiept droit d^n» W» «pur aux paôipes çentlipents. VIeps, dit-plie i Bescartes : je suis reine, et tu PS philosophe; faispup un trpité ensepible: tu annonceras la vérité, et je te défendrai contre tes ennemis. Les murs de mou palais seront M remparts. C'est donc l'espér^ppe de trpuyer un abri contre la persécution qui, seple, p^ attirer Bescartes à Stockholm. Sans op inptif, mroil-llétése fixer auprès d'un trône? qu'pst-cp qu'un bomme tel que Bescartes a de commap nvecles rois? Leur âme, leur caractère, leure passions, leur langage, rien ne se ressepiblp ; Ils ne sont pas môme faits ppur 9e rapprpcber, leqr grandeur se cboqiip pt leieppiinp, Mail i*il f^
ELOGE DE DESCARTES
Ibrcé par le malheur de se réfugier dans une oour, Il eut du moins la gloire de n'y pas démentir sa conduite; il y vécut tel qu'il avoit vécu dans le fond de la Nord-HoUande ; il osa y avoir des mœurs et de la vertu ; il ne fut ni vil, ni bas, ni flatteur; il ne fut point le Iftche complaisant des princes ni des grands ; il ne crut point qu'il devoit oublier la philosophie pour la fortune; il ne brigua point ces places qui n'agrandissent jamais ceux qui sont petits et rabaisseroient plutôt ceux qui sont grands. Et comment Descartes auroit-il pu avoir de telles pensées? Celui qui est sans eesse occupé à méditer sur l'éternité, sur le temps, sur l'espace, ne doit-il pas contracter une habitude de grandeur qui de son esprit passe à son âme ? Celui qui mesure la distance des astres et voit Dieu au-delà ; celui qui se transporte dans le soleil ou dans Saturne pour y voir l'espace • qu'occupe la terre, et qui cherche alors vainement ce point égaré comme un sable à travers les mondes, reviendra-t-il sur ce grain de poussière pour y flatter, pour y ramper, pour y disputer ou -quelques honneurs ou quelques richesses? Non : il vit avec Dieu et avec la nature; il abandonne aux hommes les objets de leurs passions , et poursuit le cours de ses pensées qui suivent le cours de l'univers; il s'applique à mettre dans son âme l'ordre qu'il contemple , ou plutôt son âme se monte insensiblement au ton de cette grande harmonie. Je ne louerai donc point Descartés de n'avoir été ni intrigant ni ambitieux. Je ne le louerai point d'avoir été frugal, modéré, bienfaisant, pauvre i la fois et généreux, simple comité le sont tous les grands hommes; plein de respect, comme Newton, pour la Divinité ; comme lui fidèle à la religion ; ai mant à s'occuper dans la retraite et avec ses amis de l'idée de Dieu. Malheur à celui qui ne trouveroit pas dans cette idée, si grande et si consolante, les plus doux moments do sa vie ! D'ailleurs, toutes ces vertus ne distinguoient point un homme aux siècles de nos pères. Mais je remarquerai que, quoique sa fortune ne pût pas iuffireàses projets, jamais il n'accepta les secours qu'on lui offrit. Ce n'étoit pas qu'il fût effrayé de lareconnoissanco, un pareil fardeau n'épou- Tante point une âme vertueuse; mais le droit d'être le bienfaiteur d'un homme est un droit trop beau pour qu'il l'accorde avec indifférence. Peut-être faudroit-il choisir encore avec plus de soin ses bienfaiteurs que ses amis, si ces deux titres pouvoient se séparer : ainsi pensoit Descartes (31). Avec ses sentiments, son génie et sa gloire, il dut trouver l'envie à Stockholm comme 11 l'avoit trouvée à Utrecht, à ta Haye et dans Amsterdam, L'envie le sulvoit de vlUe en ville |
etde climat en climat ; elle avoit franchi les mers avec lui, elle ne cessa de le poursuivre que lorsqu'elle vit entre elle et lui un tombeau (32) ; aion elle sourit un moment sur sa tombe, et courot dans Paris, où la renommée lui dénonçoit Corneille et Turenne.
Hommes de génie, de quelque pays que vous soyez, voilà votre sort. Les malheurs, les persécutions, les injustices, le mépris des cours, l'indifférence du peuple, les calomnies de vos rivaux ou de ceux qui croiront l'être, l'indigence, l'exil, et peut-être une mort obscure à cinq cents lieues de votre patrie, voflà ce que je vous annonce. Faut-il que pour cela vous renonciez à éclairer les hommes ? Non, sans doute. Et quand vous le voudriez, en êtes- vous les maîtres? Etes- vous les maîtres de dompter votre génie, et de résister à cette impulsion rapide et terrible qu'il vous donne? N'êtes-vous pas nés pour penser, comme le soleil pour répandre sa lumière? N'avez-vous pas reçu comme lui votre mouvement ? Obéissez donc i la loi qui vous domine, et gardez-voos de vous croire Infortunés. Que sont tous vos ennemis auprès de la vérité? Elle est éternelle, et le reste passe. La vérité fait votre récompense ; elle est l'aliment de votre génie, elle est le soutien de vos travaux. Des milliers d'hommes, ou insensés, ou indifférents, ou barbares, vous persécutent ou vous méprisent ; mais dans le même temps il y a des âmes avec qui les vôtres correspondent d'un bout de la' terre à l'autre. Songez qu'elles souffrent et pensent avec vous ; songez que les Socrate et les Platon, morts il y a deux mille ans, sont vos amis; songez que, dans les siècles à venir, il y aura d'autres âmes qui vous entendront de même, et que leurs pensées seront les vêtres. Vous ne formez qu'un peuple et qu'une famille avec tous les grands hommes qui furent autrefois ou qui seront un jour. Votre sort n'est pas d'exister dans un point de l'espace ou de la durée. Vivez pour tous les pays et pour tous les siècles ; étendez votre vie sur celle du genre humain. Portez vos idées encore plus haut; ne voyez- vous point le rapport qui est entre Dieu et votre âme? Prenez devant lui cette assurance qui sied si bien à un ami de la vérité. Quoi ! Dieu vous voit, vous entend, vous approuve, et vous seriez malheureux ! Enfin, s'il vous faut le témoignage des hommes, j'ose encore vous le promet' tre, non point foible et incertain comme il Test pendant ce rapide instant de la vie, mais universel et durable pendant la vie des siècles. Voyez la postérité' qui s'avance et qui dit à chacun de vous : Essuie tes larmes, je viens te rendre jus* tice et finir tes maux ; c'est moi qui fais la vie des grands hommes; c'est mol qui al vengé Deecar*
PAR THOMAS
m de C0III qui l'oatrageoient ; c'est moi qui, do iniUaa des rochers et des glaces, ai transporté ses eeodres dans Paris ; c*est moi qui flétris lescalomoialeon, et anéantis les hommes qui abusent de leur poaToir ; c'est moi qui regarde avec mépris ces mausolées élevés dans plusieurs temples i des hommes qui B*ont été que puissants, et qui honoiB comme sacrée la pierre brute qui couvre
la cendre de l'homme de génie. SouViens-tol que ton âme est immortelle, et que ton nom la sera. Le temps fuit, les moments se succèdent» le songe de la vie s*écoule. Attends, et tu vas ' vivre ; et tu pardonneras à ton siècle ses injustices, aiix oppresseurs leur cruauté, à la natur* de t*<avoir choisi pour instruire et pour édiirer les hommes.
NOTES SUR L'JBLOGE DE DESCARTESS
Beoé Descartes, seigneur du Perron, dont on fait ici nSoge, naquit à La Haye en Touraine le 30 mars 1596, de Jeanne Brochard, fille d'an lieutenant général de Poitiers et de J<»achim Descartes, conseiller au parlement de Bretagne, dont il fut le troisième fils. Sa maison étoit une des pins anciennes de la Touraine. Il avoit eu dans Si famille un archevêque de Tours, et plusieurs braves gentâshommes qui avoient servi avec distinction... Son père, soit par goût, soit par raison de fortune, entra dans la robe... Depuis que le père de Desdartes se fut éubfi k Rennes, ses descendants y ont toujours deararé. On en compte six qui ont occupé avec distinctioB des charges dans le parlement de Bretagne. Madzne la présidente de CbâteaugiroD, dernière de la lâmiOe, vient de mourir. On dît qu*elle avoit dans son caractère plusieurs traits de ressemblance avec Descar* tes. U y a eu aussi une Catherine Descartes, nièce du philosophe, câèbre par son esprit et par son talent pour ks ven sfféàhiea. Elle est morte en 1706.
Descartes étoit né avec une complexion très foible, ei les médecins ne manquèrent pas de dire qu'il mourroit très jeune; cependant il les trompa au moins d'une qnarutaine d'années. Ayant perdu sa mère presque en Baisant, tl fut très redevable aux soins d'une nourrice, qui suppléa à la nature par tous les soins de la tendresse. JMcAites en fut très reconnoissant ; il lui fit une pension nagère qui Im tai payée exactement jusqu'à la mort , et coiiune fl n'étoit pas de ceux qui croient que TargcBt acquitte tout, il joignoit encore à ces bienfaits les deroirs et Fattachement d'un fils. Son père ne voulut point fatiguer des o^nes encore foibles par des études prànaUirées; il lui donna le temps de croître et de se fonîfier. Mais l'esprit de Descartes aUoit au-devant des iaiinictioiis. D n'avoit pas encore huit ans, et déjà on Pi^doit le philosophe. Il demandoit les causes et Its eftîsde tout, et savoit ne pas entendre ce qui ne signiioit rien. En 160i il fut mis au collège de La Flèche. Sta imagination vive et ardente fUt la première faculté 4e son âme qui se déploya. Il cultiva la poésie avec tnmMparL.. Ce goût de la poésie lui demeura toujours, et peu de temps avant sa mort il fit des vers françois à heoiir de Suède. C'est une ressemblance qu'il eut avec Phtan, et que Leibnits eut avec lui. Q aimoit aussi
(I) Tbomas a rejeté dans ces notes les détails les plus lotétasam» de la -vie de Descartes, eo sorte qu'elles formeot tes leor ensemble one véritable biograptile, que nous avons :«fÉttée par des additions puisées ù de k)onnes sources. Les I sont dMnauses par des astérisques.
beaucoup l'histoire, et passoit les Jours et les nuits à lire; mais cette passion ne devoit pas durer longtemps... n étoit encore à La Flèche en 1610, lorsque le ccsur du plus grand et du meilleur des rois, assassiné dans Paris, y fut porté pour être déposé dans la chapelle des Jésui tes. 0 fut témoin de cette pompe cruelle, et nommé parmi les vingt-quatre gentilshommes qui allèrent audevant de ce triste dépôt. Il étudioit alors en philosophie. Il y fit des progrès qui annoncèrent son génie; car, au lieu d'apprendre, il doutoit. La logique de ses maîtres lui parut chargée d'une foule de préceptes ou inutiles ou dangereux; il s'occupoit à l'en séparer, comme tê statuaire, dit-il lui-même, travaille àtirer uneMinerve tTun bloe de martn-e qui est informe. Leur métaphysique le révoltoit par la barbarie des mots et le vide des idées, leur physique par l'obscurité du Jargon et par la fureur d'eipliquer tout ce qu'elle n'expliquoit pas. Les mathématiques seules le satisfirent; il y trouva l'évidence qu'il cherchoit partout. Il s'y livra en homme qui avoit besoin de connottre. Quelques auteurs prétendent qu'il inventa, étant encore au collège, sa fameuse atuS' lyse. Ce seroit un prodige bien plus étonnant que celui de Newton, qui à vingt-cinq ans avoit trouvé le calcul de l'infini. Quoi qu'il en soit de cette particularité. Descartes finit ses études en 1612. Le friiit ordinaire de ces premières études est de s'imaginer savoir beaucoup ; Descartes étoit déjà assez avancé pour voir qu'il ne savojl rien. En se comparant avec tous ceux qu'on nommait skvants, il apprit à mépriser ce nom. De là au mépris des sciences il n'y a qu'un pas. Il oublia donc et les lettres, et les livres, et l'étude; et celui qui devoit créer h philosophie en Europe renonça pendant quelque temps à toute espèce de connoissance. Voilà à peu près tout ce que nous savons des premières années de Descartes.
11 étoit impossibleque Descartes demeurit dans llnae* tion. Il faut un aliment pour les âmes ardentes. Dès qu'il eut renoncé aux tivres, il s'abandonna aux plaisirs. En 1614 il fit à Paris l'essai d'une liberté dangereuse; mais son génie le ramena bientôt. Tout à coup il rompi avec ses amis et ses connoissances; il loue one petite maison dans un quartier désert du faubourg Saint-Ger* main, s'y enferma avec un ou deux domestiques, n'a» vertit personne de sa retraite, et y passe les années Idlf et 1616 appliqué à l'éUide, et inconnu presque à toute la terre. Ce ne fut qu'au bout de plus de deux ans qu'an ami le rencontra par hasard dans une rue écartée, s'ob* stina à le poursuivre jusque cbes lui, et le rentralna enfin dans le monde. On peut Juger par ce seul trait du ca* ractère de Descartes et de la passion aue lui inspiroit l'étude....
ftmÈs
De^cartes a?oit Tingt-un ans lorsqu'il sortit de France pour la première fois; c'ëtoit en 1617. Il alla d'abord en Hollande, 6û !t demeura deui ktS; ce ddt être pour lui nb ^ctàilè cariè'dx qu'un pays dfi tottt commedcott à nttlM; et «è tout étoit rouvral^e de la liberté. Biais s'il y fil nfl terrain nouv^u-créé, pour ainsi dire, et arraché à la mer, s'il y vit le spectacle magnifique des. canaux, des digues^ du commerce et des villes de la Hollandèj il Alt aussi témoin des querelles sanglantes des gomaristes et des arminiens. On sait combien Tambition du prince d'Orange voulut faire servir ces guerres de religion à sa grandeur. 9amevelt, âgé de soixante-seize ans, fut coudailin^ et mourut sur Téchafaud pour avoir voulu garantir sM payé à\i despotisme. Ce furent là \éâ premiers mémoires que l'Europe fournit à Descartes pour la connoissance de l'esprit humain. En 1619 il passa eli âlië/y^e. HMhiikH âtitiéës plus tôt, tt y auroit vu ce Rbdblplië M cbnversbit avec Tyctio-Brahë au lij^ii de travailler afc£ séi ministres, et ftlsoit.avee Kêpkt di» iâbi'eh a^if(5h6ttiiques tandis qué les turèé ravâgéoîént iësEià^. U vit coUronîiêr à Francfort hti't^ nand II; et 0 6'âfol( qu'il observa avec curiosité toutes cçs cérémonies, où politiques, OU tôcrées^ qui rendent plus imposant àui feiix des peuples le maitre qdi dbtt lès jgoiivernër. Ce couronnement fui le Hgtial de la faibëusè guerre de.trétite-Âns. Desc&rtès t)assa len ahnéèé 1619 et 1620 ^n Bavière, dans la Soudbe, dans rAutriche et dans ta Bohême. En 1621 il fut en Hongrie; il parcourut la Moravie, la Silésie, péUétra dans le nord. de l^AllËméînë. alla en Poméranie par lès èxtrémltéé de la P5-
Slgtie, visita toutes les côtes de la mër Baltique, tèmonta è Stettiii da&s la Marche de Biandebourfi;, pas^ au duché de Meckèlbourg, et de là dané le Hdlstein, et enflb Rembarqua sur l'Elbe, d'où il fetëumâ en Hollande. Il ftii sur le point de pjérir dàiis ce trajet. î^our être plus libre, il avoit pris K Èii^dën iih bâleàii pOuf lOi sètil et son valet. Les mariniers, à qui son air doux et tranquille et sa petite taille n'en iinposolent pas iipparemmeni Beaucoup, formèrent le complot de lé tuer, afin de profiter de ses dépouilles. Cdnmie ils iie se dçtitoieht pds qu'il entendit leur langue, ils eurent l'heurëusë imprudence de tenir conseil devant lui. t^ar bonheur Descartts savoit lé hoUàndois ; il se lève tout à coup, change oe contenance, tire Tépéç avec fierté, et menace dé percer le pTemiér qui oseroit approcher. Cette heureuse audace les intimicla. et Descartes fut sauvé... Ouatre ou cinq marinier:) dé la West-f^rise peiisèrent disposer de celui qui déçoit raire la révolution de l'esprit humain... I)es(;artes passa la fin de 1621 et les premiers mois de 1622 à La Haye. C'est là qu'il vit cet électeur palatin qui, pour avoif été couronné roi, étoit devenu le plus malheureux des hommes. U passoit sa vie à solliciter des secours et à perdre dès batailles. La princesse Elisabeth sa fille, ^esa UatsOn avec Destartes rendit depuis si fameuse, «voit alors tout au plus troh ou quatre ans. Elle étoit errante avec èa mère, et partageoit des maux qu'eUe né ieotoit pas encore. La même année Descartes traversa les Pays-Biis espagnols et s'arrêta à la cour de Bruxelles. ILa trêve entre l'Espagne et la Hollande étoit rompue. 11 y vit l'hifiiata Isabelle, qui, sous un habit de religieuse, gouverllott dix provinces, et signoit des ordres pour livrer des batailles, k pea près comme on vit Ximenès gouverner IfEÉpagne, l'Amérique et ks Indes, tous un habit de cor- Mièr... En 1623 il fit le voyag% d'Italie; il traversa la Suisse, où il observa plus la nature que les hommes , s'arrêta quelque temps dans la Yaltrline , tit à Venise le mariage dd doge avec la mer Adriatique... et arriva eniU) à llome sur la fin de 16^, U y fut témoin d'un Ju-
bUê qiit attiroit une quantité proéUgiéute de pevplè de tpus les bouts de l'Europe. Ce mélaioge de lant de nations différentes étoit un spectacle intéressant poùt uà philosophe; Descartés y donna tdute son dttédtlon. Û comparolt hk caractères de toiia ces peujîles fêtsulà; comme un amatettf habile e«miparëj daù one belle Isalerie de tableaux ^If^ manières i^ difTérentes écoles de peinture. Çn 1625 il passa par la Toscane; Galilée étoit alors âgé de soixante ans, et t'inquisitioif ne ft'étoii patf ehcorè flétrie par la condafnnâticifi de 6ê gtiM bMttme; En 1631 il fit le voyage d'Angleterre, et en 1634 celui de Danemarck. L'Espagne et le Portugal sont les seuls pays de l'Europe où Descartes n'ait pas voyage.
bescaftes porta leé dfmes dans sa Jianesse , d'abord en Hollande, sous le célèbre Maurice de Nassau, qui affermit la liberté fondée par son père et mérita de balancer la réputation de Famèse; de là en Allemagne, sous Maximilien de Bavière, au commencement de la ^èrre de Îfèntè-Ans. il vit dand cette j^erW lèchoé de dèùt rëiigibifâ opposées, l'ambititfn des cfaefâ, le fanatisme dcà peuples, 1â furèul* des parth, t'abus àeB succès, l'orgueil du t>oùiroir, et trente provinces dévastées; parce qu'on se disjjutoit à ipii ^ouvemerolt la Bohème. H passa ensuite au service de fempereuf Ferdinand 11, pouf voir de pliis près îës troubles de la Hotigrlë. Ce fut après la mort du comte de Bucquoy, général de Tarmêe impériale, qui lut tue dàhs une déroute, qu'il se décida S quitter le métier des armes. U avoit servi environ quatre ans et en avoit albfs vingt- cinq. On croit pourtant qû'àâ fiv^gc de Là ^b*cficlle il cbmblittil cbtUme volontaire dans une bataillé contre la flotte anglaise. On fflb doute bien qUe l'ambition .le Descartes n'étdit p<ritit ae devenir im gfiihd capitaiiië. Avide de connollrc , il vbuloit étudier les hommes dans tous les éHis ; et Édal- Keùrèusemept la guerre est devenue >un des grandi spectacles de riiumàhil^. Û avoit d'abord aiiiie cette profession, comme il l'avouoit lui-même, àans douté parce qu'elle convenoit à l'aetivité inquiète de son âme; mais dans la suite, un coup d'ceil plus philosophique ne liii laissa ^oir que ië ihalheur dès hommes.;.
Ce fut eil 16^5, âù fëtoùr de son voyage d'Italie, que Descaftes fit ses bhservations s\it la ciiné dés Alpes. H est peu d'âm'es sensibles du fortes à qp} la vue de ces montagnes fa'inspirë de gfânde> idëeâ. L'honimë mêldhcolique y voit une retraite déBckîUsë çl fcitivaèe, le êuerrier s'y rappelle les armées qui les ont tf aVcrseës, et te philosophe s'^ occupe dès phénomènes de ta nature. Dcscaf tes y composa une partie de son ststèmé sur les grêles, les neiges, lès tonnerfes et les tôiirbillons de vents...
Dès son enfance, Descartes avoit l'habitude de méditer. Lorsqu'ilétoit à La Flèche, on lui permettolt, ft tiause de hi foiblesse de sa santé, de passer une partie des matinées au lit. 11 employolt ce temps à réfléchir profondément sur les objets de ses études, et II eu contracta l'habitude pour le reste de sa vie. Ce teinps, où le éonmieil a réparé les forces, où les sens sont calmes, où l'ombre et le demi -Jour fevorisent la rêverie, et où rdme ne s'est point encore répandue sur les objets qui sont horA d'elle, lui paroissoit le plus propre à b pensée. C'est dans cca inatinées qu'il a fait la plupart dé ses découvertes et arrange ses mondes. Il porta à la gue>rc ce même esprit de Uiédilation En 1619, étaut en quartier d'hiver sur les frontières de Bavière, dans un Heo très écaHéfii y pasi^
SUR L'ÊLOGÈ Wt DESCARTËS.
piQflledré Inëls flans dtie iblltudë ^rofbttdë, HHiitaêiiiéiit occu|ié à méditer. U bhei-choit alors les thoj^èns de créer me scièûce nouvelle. Sa tète, fatigtiéè ^ns doute par ti ablitade on par le travail, s'échaafn tellëtaent qu'il crut aroir des mgës mjstërietii. 11 crût voif àea ftntôines ; il ëiiieiidlt nne voli qvA l'app^oit à la recherché ^e la vëriftë. 11 ne douia point, dit Phlstôrièh de sa vle^ que c& sôh^ék de vîiiâsHit dn èiël^ et U y inéla tin âentiineht de ralkH)tt..;
La première étndë (fui attaèha yëritablement Descartts Alt etfle dtB matiiéinâUiiaea: Dans son enfiuice il les dtôdla fltec transport; et en portieuUer l'aJgèbrè et Fanalyse dea oriclens. A l'âge de dU-nenf ans, lorsqn*il rttumfa ifmsqaemënt à totis leS plaisirs et qa*il I»assa deux ans dans la retraite; Il employa toat ce tfeibps k rntAik àë la gédmdtrie. En 1617; étotaa ^rvice de la Hèllandë, tfn iii<:dn)ia fit afflche^ dans tes ^nei de Bréda Un i^roblèmë ft résoudtè. Désertés vit dd grand concours de passants. nui s'arrêtaient pour lire. Il s'approcha; mais Taffiche ëtoit en ^amand, qu'il n'entendplt pas. il pria un homme qui étoit h tM de lui de la im elpiit(iier. C'éto^ hn ihathématicieh nommé fieckman, principal du collège de bbrdrecbt. Le principal, homme grave, voyant un petit officier françdis en habit noilbrme, cfut qa'bb problème de géométrie ii'étoit pas fbrt Intéressdnt pour lui, et, apparemment pour le plaisanter, il lai offrit de lui expliquer l'affifcbe, h condition qu'U résoddroit le problème. C'étoit une espèce de défi; Descartes l'accepta; le lendemain matin \p problème étoit n^lH. Beckman ftit fort étonné; il entra en conversation avec le jeune homme; et il se trouva que le militaire de tingt ans en savoit beaucoup pliis sur la géométrie que le vieux professeur de mathématiques. Deux ou trois ans après, étant à Ulm^ en Souabëi U eut une atentare à peu ^lès pareiUe avec Fadihaber, mathé- Biatldeii allémaiid. Celui-ci vendit de donner un gros livre sut ralj^èbre, et il traitoit Déscaftes assez lestement, coteine dh Jeune officier aimable et qui ne paroissoit pas todt-à-ftdt ighdrant Cependant, un Jour, à ifuelqaes aûéBtibns ((tt'll hd fit, il §e douta que Descartès pouvdit blèif avoir quelque mérite. Bientôt, à la clarté èc I la rapidtd do ses féponses sur les questioiis les pluà abstraites. Il feconfiut dans ce jeune homme le plus polssatit galle, et ne re^rda plus qu'avec ^espeet celui quil crbyolt honorer en le reee^ant ches loi. Descartes fat lié dti du nfdinÀ fût en cemmerce avec tous les plus nvanta ^mettes de son siècle, n ne Sè paiSsolt pas (Tannëë qu'il he donnât la solution d'dn très grand nombre de pUSb^ûilA tfu'on lui adressait dans sa retraite ; car c*{totl dlors U inëthodè entre les géomètre^ à peu près eoÉBliie les Inciehs sages et même les réis dans f Orient rèfivoyotèiit des énigmes K deviner. Descdrtes est beaoèotip de foti ft la faibedse question de \È roulette «0 de la cfclolde. ta cyclolde est uhe ligne décrite par le BMUièment d'un point dé la circodiérence d'uti cercle, tandis 4ife le cerclé fait dne f éttflution sàr Une ligne droite. Ainsi, quand une rode de càrroifte tdUrfiè, iin des doua dé la circonférence décrit dané VAlt tne i;ycIoide. Cette l^e filt découverte ^ar le I^. Mërsehhe, expliquée pst RoDrrvsH, examinée par Dëscartes, qui en découvrit la tangente; usurpée paf Toricelli, qui s'en donna pouf *myentetir ; a|»profondië par Pascrày qui cbhtrlbUa beaucoup à en démontrer là nature et lès rapports. Depuis, te géomètres les plus célèbres, tels que Huygeriif, Wàllis, Wreo, Lejbnitz, et lès Bemoulli, y travaillèrent encore. Avant de finir cet driicfe; Il ne sera peut-être pas mutile de reniiarqder ijué ï^esèartêâ; ^til fht le t)his grand |6imètre ae mm siècle; parut totQonr â( bàii iéâ ifké
dé cas àt la géométrie. H tenta au moins cin(t oh Hi Ibis d' J réiiodcer, et il y revenoit sans cesse...
changea là face des sciences, tieureuseméht, en nous ddnilant sé^ dëcbhveirtes, 11 hous a Ibcliqué la routé qui V^ a voit mené. Il seroit à souhaiter que tous les inventeurs eussent fkit fle même; mais hi plupart nous oni càcHë leur mai-ché, él tous.b'avons que le résultât A6 leurs travaux. Il semble qu'ils aient craint, ou de trod instruire teç Hommes, od de s'tiumllier à leurs yeux ett se iiioiitràijt ëtix^mêmes luttant contre les difficultés. Quoi ^Q'Ii éd soit; voici la marché dé tlescartes. Dès Mge de (julîtze atis tl commença à dbtiter. Il ne troôybit dâîhS iès tècôiis 81; ^ès maîtres qiiè dès ôUlnions, et !f chefclidlt éh t?rités. Ce qui lé ftappoit te plus, fc'èît (ib'll tByoit ((Q'tiii dispatoit stir tout. A dix-sept ans; ayant hnl ses ëtuâës, n s'exadiinà stir ce du'U avbtt appris; il rougit aé idi^rtiëihë; et puisqu'il avdlt eil Ici plus habiles matti'és; il çbncujt (^ue les homdies iie sa-l tbierit rien et (jtl'appâfémmeîit ite lie poùvôiënt rien savoir. Il rètionçà bour jainais aux sciehceâ. k dix-neuf il sè remit à l'étude des mattiëniatiqtlëS', qja*\\ atolt toulôurS aiili^es. A ^îngt-uti II se mit â voyager pour étudier les hoihmcs. En voyant chez tous lés peuples mille choses éitravagantés et fbrt approuvées, il apprenoit; dit-i},' fi se défier de Pesprlthiimaln; et à né j^oint regarder l'exem()le) ta cocttufnë et l'opinion coinine dès autorités. A ilhgt-trois, se trouvant dans une solitude profbnde, il employa trois ou quatre niois de suite à penser. te premier pas qu'il fit fht d'observer que tous les oufrages composés par plusieurs mains sont beaucoup moins parfaits que ceux qui ont été conçus, entrepris et achevés par Un seul homme : c'est ce qu'il est aisé de foir dans les ouvrages d'architecture, dans les statues; dans lés tableaux, et méiiie dans les pians de législation et dé gbuvernèiîient. Son second pas fut d'appliquer Cette idée aux scieitces. Il les vit comme fbrinées d'une infinité de pièces de rapport, grossies des opinions de chaque philoso^e, tous d'ùii esprit et d'un caractère différente. Cet asseinblage, cette combinaison d'idées souteiit mal liées et mal assorties, peut-elle autant ap-, prochër dé la. vérité que le tçroieUt lès raisonnements Justes et simples â'dn éèul Uomnie 1 Son troisième pas lut d'àppliauer cètté même idée h U raison humaine. Comme nous sommes énfarits avàûi que d'être hommes, notre raison n'est que le composé d'une foulé de Juge^ inents souvent contraires qui nous ont été dictés par iibs sens, par notrç nourrice et par nos maîtres. Ces îucëm.éntsn'auroiént-ils pas plus de vérité et plus d'Unité^ SI l'homme, sans passer parla foiblesse de . l'enfance, pouvait juger en iiaissân^ et composer lui seul toutes ses idées t Parvenu jusquë-ià, Débcàrtes résolut jd'êter dé son esprit toutes les opinions qui j étoient, pour y eu substituer dé pouvc^lles, ou y rçjoqcttre les mêmes après qu'il les auroit vérifiées; et ce fût son quatrième pas., i| vouloit,. pour âinsj dirç» recomposer sa raison, afin qu'elle fût à liii et qu'il j)ùt s^assurer par la suite des fdndeinents de ses connoissàncés. Il ne peiisoit point encore à r<5former les sciences pour lé public; il regarddit tout changement conîme dangereux. Leé étàbhssements une fois faits, disoit-il, sont comme ces grands corps dont la chute ne peut être que très rude, et qui Sont encore plus difBciles â relever quand ils sont abattus qu'à retenir quatid fis sont ébranlés. Mais comme il ^f dit Juste dé blAm'èr un homme qui entreprendroh de Hàihtkt tohtes les indisbUa d'ineviflé, dans le seul
NOUES
dessein de les rebdUr sor un nouveau plan, il doit être pennis a un particulier d'abattre la sienne pour la reconstruire sur des fondements plus solides. Il entreprit donc d'exécuter la première partie de ses desseins, qui consistoit à détruire ; et ce fut son cinquième pas. Mais il éprouva bientAt les plus grandes difficultés. U tn'oper^tis, dit-il, qu*il n'est poêausHaisé à un homme de $e défaire de ses préjugés que de bnUer sa maison, U y travailla constamment plusieurs années de suite, et il crut à la fin en être venu à bout. Je ne sais si Je me trompe, mais cette marche de l'esprit de Descartes me parott admirable. Continuons de le suivre. A l'âge de vingt-quatre ans il entendit parler en Allemagne d'une société d'hommes qui n'avoit pour but que la recherche de la vérité; on l'appeloit la confrérie des Rose-Croix. Un de ses principaux statuts étoit de demeurer cachée. Elle avoit, à ce qu'on dit, pour fondateur un Allemand né dans le quatorzième siècle. On raconte de cet homme d€s choses merveilleuses. Il avoit profondément étudié la magie, qui étoit alors une science fort importante. Q avoit voyagé en Arabie, en Turquie, en Afrique, en Espagne, avoit va sur la terre des sages et des cabalistes, avoit appris plusieurs secrets de la nature, et s'étoit retiré enfin en Allemagne, où il vécut solitaire dans une grotte jusqu'à l'âge de cent six ans. On se doute bien qu'il fit des prodiges pendant sa vie et après sa mort. Son histoire ne ressemble pas mal à celle d'Apollonius de Tyane. On imagina un soleil dans la grotte où il étoit enterré , et ce soleil n'avoit d'autre fonction que celle d'éclairer son tombeau. La confrérie fondée par cet homme extraordinaire étoit, dit-on, chargée de réformer les sciences dans tout l'univers. En attendant, elle ne paroissoit pas ; et Descartesr malgré toutes ses recherches , ne put trouver un seul homme qui en fût II y a cependant apparence qu'elle existoit, car on en parloit beaucoup dans toute l'Allemagne ; on écrivoit pour et contre , et même en 16S3 on fit l'honneur à ces philosophes de les ]ouer à Paris, sur le théâtre de l'hôtel de Bourgogne. Descartes, déchu de l'espérance de trouver dans celte société quelques secours pour ses desseins, résolut désormais de se passer des livres et des savants. n ne vouloit plus lire que dans ce qu'il appeloit U grand livre du monde, et s'occupoit à ramasser des expériences. A vingt-sept ans il éprouva une secousse qui lui fit abandonner les mathématiques et la physique ; les unes lui paroissoient trop vides, l'autre trop incertaine, n voulut ne plus s'occuper que de la morale; mais à la première occasion il retoumoit & l'étude de la nature. Emporté comme malgré lui, il s'enfonça de nouveau dans les scienc«s abstraites. Il les quitta encore pour revenir à l'homme ; il espéroit trouver plus de secours pour cette science, mais il reconnut bientôt qu'il s'étoit trompé. 11 vit que dans Paris, comme à Rome et dans Venise, il y avoit encore moins de gens qui étudioient Phomme que Ui géométrie. H passa trois ans dans ces alternatives, dans ce flux et reflux d'idées contraires, entraîné par son génie, tantôt vers un objet, tantôt vers un autre, inquiet et tourmente, et combattant sans cesse avec lui-même. Ce ne fut qu'à trente-deux ans que tous ces orages cessèrent. Alors il pensa sérieusement à refaire une philoBophie nouvelle; mais il résolut de ne point embrasser de secte et de travailler sur la nalore même. Yoilà par quels degrés Descartes parvint à cette grande révolution ; il y fut conduit par le doute et l'examen...
Descartes foi très longtemps incertain sur le genre de fie qu'il devoit embrasser. D'abord il prit le parti des armes, comme on l'a vu , mais il s'en dégoûta ao bout de quatre ans. En 1633, dans le temps des troubles de
la Valtéline» il eut qnelqoe envie d*être intendant de l'armée ; mais ses sollicitations ne purent être assez vives pour qu'il réussit : il mettoit trop peu de chaleur à tout ce qui u'intéressoit que sa fortune. En 1625, il fot sur le point d'acheter la charge de lieutenant général de Châtellerault , et comme il étoit persuadé que pour exercer une charge il ialloit être instruit, il manda à son père qu'il iroit se mettre à Paris chez un procureur au Châtelet, pour y apprendre la pratique. Il fout avouer que c'étoit là un singulier apprentissage pour un homme tel que Descartes : il avoit alors vingt-neuf ans. Mais ce projet manqua comme l'autre. S'il avoit réussi, il est à croire que Descartes auroit £sit comme le président de Montesquieu, et qu'il ne fût pas longtemps resté juge. Enfin, après avoir passé dix ou douze ans à observer tous les états, il finit par n'en choisir aucun. U résolut de garder son indépendance, et de s'occuper tout entier à la recherche de la vérité. 11 pensoit sans doute que c'étoit assez remplir son devoir d'homme et de citoyen, de travailler à éclairer les hommes.
Ce fut en 1629, sur kfin de mars, que Descartes partit pour aDer s'établir en Hollande ; il avoit alors trentetrois ans. Comme sa résolution auroit paru extraordinaire, il n'en avertit ni ses parents ni ses amis; il se contenta de leur écrire avant son départ On ne manqua point de murmurer. Il n'y a que celui qui a pu concevoir un tel projet qui soit capable de l'approuver* Mais son parti étoit pris. Il nous rend compte lui-même des motifs qui l'engagèrent à quitter la France. Le premier fut la raison du climat. Il craignoit que la chaleur, en exaltant un peu trop son ima^nation, ne lui ôtât une partie du sang-froid et du calme nécessaires pour les découvertes philosophiques ; le climat de la Hollande lui parut plus favorable à ses desseins. Mais son principal motif fut la passion qu'il avoit pour la retraite, et le désir de vivre dans une solitude profonde^ En France, il eût été sans cesse détourné de l'étude par aes parents ou ses amis... au lieu qu'en Hollande il étoit sûr qu'on n'exigeroit rien de lui. Il espéroit vivre parfaitement inconnu, solitaire au milieu d'un peuple actif qui s'occuperoit de son conmierce, tandis que lui s'occuperoit à penser. Comme son grand but étoit la retraite, il prit toutes sortes de moyens pour n'être pas découvert. 11 ne confia sa demeure qu'à un seul ami cliargé de sa correspondance. Jamais il ne datoit ses lettres du lieu où il demeuroit, mais de quelque grande ville où il étoit sûr qu'on ne le trouveroit pas. Pendant plus de vingt ans qu'il demeura en Hollande, il changea très souvent de séjour, fuyant sa réputation partout où elle le poursuivoit, et se dérobant aux importuns qui vouloient seulement l'avoir vu. Il habitoit quelquefois dans les grandes viUes, mais il préféroit ordinairement les villages ou les bourcs, et le plus souvent les maisons solitaires tout-à-niit isolées dans la campagne. Quelquefois il alloit s'établir dans une petite maison aux bords de la mer ; on montre encore en plusieurs endroits les maisons qu'il a habitées... Le goût que Descartes avoit pour la Hollande étoit si vif qu'il cherchoit à y attirer ceux de kb amisqui vouloient se retirer du monde. Je vais traduire une lettre qu'il écrivoit à Balzac sur ce sujet ; on la verra peut-être avec plaisir. « Je ne suis point étonné, lui dit-il, qu'une âme grande et forte, telle que la vôtre, ne puisse se plier aux usages servilcs de la cour. J*ose donc vous conseiller de venir à Amsterdam, et de vous y retirer , plutôt que dans des chartreuses, ou même dans lis lieux les p.us agréables de France ou d'Italie. Je préfère même son séjour à cette solitude charmante où vous étiez l'annéo
SUR UÉLOGE DE DESCARTES-
deraière. Ondque agréable qae soit une maison de campagne, on y manque de mille choses qu'on ne trouve que dans les villes ; on n'y est pas même aussi seul qu'on levoudroit. Peut-être y trouvères -vous unnii^tseau dont le murmure vous fera rêver délicieusement, ou un vallon solitaire qui vous Jettera dan^t l'enchantement; mais aussi vous aurez à vous défendre d'une quantité de petits voisins qui vous assiégeront sans ces&e. Ici, comme tout le monde excepté moi est occupé au commerce, il ne tient qu'à moi de vivre inconnu à tout le monde. Je me promène tous les Jours à travers un peuple inmiense, presque aussi tranquillement que voua pouvez le &ire dans vos allées. Les hommes que Je rencontre me font la même impression que si je yoyois les arbres de vos forêts ou les troupeaux de vos campagnes. Le bruit même de tous ces commerçants ne me distrait pas plus que si J'entendois le bruit d'un ruisseau. Si je m'amuse quelquefois k considérer leurs mouvements", J'éprouve le même plaisir que Toua à considérer ceux qui cultivent vos terres; car Je vois que le but de tous ces travaux est d'embcDir le lieu que j'habite, et de prévenir tous mes besoins. Si vous avez du plaisir à voir les fruits croître dans vos yergers et vous promettre l'abondance, pensez-vous qae J'en aie moins à voir tous les vaisseaux qui abordent sur mes côtes m' apporter les productions de l'Europe et des Indes? Dans quel lieu de l'univers trouverez-Tous plus aisément qu'ici tout ce qui peut hitëresser la vanité ou flatter le goût? Y a-t-il un pays dans le monde où Ton soit plus libre, où le sommeil soit pfais tranciuille, où il y ait moins de dangers à craindre, où les lois veillent mieux sur le crime, où les empoisonnements, les trahisons, les calomnies soient moins cimnus, où il reste enfin plus de traces de l'heureuse et tranquille innocence de nos pères ? Je ne sais pourquoi vous êtes si amoureux de votre ciel d'Italie. La pcâte se mêle avec l'air qu'on y respire ; la chaleur du jour y est insupportable ; les fraîcheurs du soir y sont malsaines ; l'ombre des nuits y couvre des larcins et des meurtres. Que si vous craignez les hivers du Nord, comment à Rome, même avec des bosquets, des fontaines et des grottes, vous garantirez -vous aussi bien de la chaleur que vous pourrez ici, avec un bon poêle ou une cheminée, vous garantir du froid ? Je vous attends avec une petite provision d'idées philosophiques qui vous feront peut-être quelque plaisir ; et, soit que vous veniez ou que vous ne veniez pas, je n'en serai pas moins votre tendre et fidèle ami. • Cette lettre est très intéressante. D'abord elle nous fait voir le goût de Descartes pour la Hollande et la manière dont il y vivoit. Elle nous montre ensuite son imagination et le tour agréable qu'il favoit donner à ses idées. On a accusé la géométrie de dessécher l'esprit ; Je ne sais s'il y a rien dans tout Balzac où il y ait autant d'esprit et d'agrément. L'imagination brillante de Descartes se décèle partout dans ses •uvrages ; et s'il n'avoit voulu être ni géomètre, ni philosophe, il n'auroit encore tenu qu'à lui d'être le plus bd esprit de son temps.
£e Mteoun sur la méthode parut le 8 juin 1637. U étoît à la léCe de ses Essais de philosophie. Descartes y indique les moyens qu'il a 8ui\is pour tâcher de parvenir à la vérité, et ce qu'il faut faire encore pour aller (4qs avant. On y trouva une profondeur de méditation iaconnue Jusqu'alors. C'est là qu'est l'histoire de son fammx doute. Il a depuis répété cette histoire dans deux a&tres ouvrages, dans ic premier livre de ses Princifet,^i dans la première de seaMédUations métaphysi- (^iicf. 11 Mloit qu'il sentit bien vivement l'ioiportancc et
la nécessité du doute pour y revenir jusqu'à trois fois, lui qui etoit si avare de paroles. Mais il regardoit le doute comme la base de la philosophie, et le garant sûr dea progrès qu'on pourroit y faire dans tous les siècles...
Les règles de l'analyse logique, qu'on peut regarder comme la seconde partie de bu Méthode, sont indiquées dans plusieurs de ses ouvrages, et rassensblées en graide partie dans un manuscrit qui n'a été imprimé qu'après sa mort. L'ouvrage est intitulé. Règles pour con^Mrê notre esprit dans lareeherche de la vérité. En voici à peu près la marche. Voulez- vous trouver la vérité? formez votre esprit et rendez-le capable de bien juger. Pour y parvenir, ne l'appliquez d'abord qu'à ce qu'il peut bien connoltre par lui-même. Pour bien connoltre, ne cherchez pas ce qu'on a écrit ou pensé avant vous; mais sachez vous en tenir à ce que vous reconnoisaei vous-même pour évident. Tous ne trouverez point k vérité sans méthode : la méthode consiste dans l'ordre; l'ordre consiste à réduire les propositions complexes à des propositions simples, et vous élever par degrés des unes aux autres. Pour vous perfectionner dans une science, parcourez -en toutes les questions et toutes les branches, enchaînant toujours vos pensées les unes aux autres. Quand votre esprit ne conçoit pas, saches vous arrêter ; examinez longtemps les choses les plus faciles; vous vous accoutumerez ainsi à regarder fixement la vérité et à k reconnoltre. Voulez-vous aiguiiier votre esprit et le préparer à découvrir un jour par lui-même, exercez-le d'abord sur ce qui a été inventé par d'autres. Suivez surtout les découvertes où il y a de l'ordre et un enchaînement d'idées. Quand il aura examiné beaucoup de propositions simples, qu'il s'essaie peu à peu à embrasser distinctement plusieurs objets à la fois; bientôt il acquerra de la force et de l'étendue. Enfin, mettez à profit tous les secours de l'entendement, de l'imagination, de la mémoire et des sens, pour comparer ce qui est déjà connu avec ce qui ne l'est pas, et découvrir l'un par l'autre. Descartes divise tous les objets de nos connoissances en propositions simples et en questions. Les questions sont de deux sortes : ou on les entend parfaitement, quoiqu'on ignore la manière de les résoudre , ou la connoissance qu'on en a est imparfaite. Le plan de Descartes étoit de donner trente -six règles, c'est-à-dire douze pour chacune de ses divisions. 11 n'a exécuté que la moitié de l'ouvrage, mais il est aisé de voir par cet essai comment il portoit l'esprit de système et d'analyse dans toutes ses recherches, et avec queUe adresse il décomposoit, pour ainsi dire, tout le mécanisme do raisonnement.
Les Méditations métaphysiques de Descartes paru* reBt en 1641. C'étoit, de tous ses ouvrages, celui qu'il estimoit le plus. Il le louoit avec un enUiousiasme de bonne foi , car il croyoit avoir trouvé le moyen de démontrer les vérités métaphysiques d'une manière plus évidente que les démonstrations de géométrie. Ce qui caractérise surtout cet ouvrage, c'est qu'il contient sa fameuse démonstration de Dieu par l'idée, démonstra-. lion si répétée depuis, adoptée par les uns et rejetée par les autres ; et qu'il est le premier où la distinction de l'esprit et de la matière soit parfaitement développée, car avant Descartes on n'avoit point encore bien approfondi les preuves philosophiques de la spiritualité de l'àme. Une chose remarquable, c'est que Descartes ne donna cet ouvrage au public que par principe de conscience. Ennuyé des tracasseries qu'on lui suscitoit depuis tnrisans pour SCS Essais de philosophiSj ûayoïi résolu ie ne plus
NOTES
rien imprimer. « Maurois, dit-il^ une vingtaine d'approbateors et its milliers d'ennemis; ne vaut- il pas mieux me taire et tn'instruire en silence T » li crut cependant qiili ne devoit pas supprimer uii ouvrage qui pouvoit fournir ou de nouvelles preuves dé Pexistencë de Dieu, ou de nouvelles lumières ^nr la nature de l*àme. Mais avant de le risquer, il le communiqua à tous les hommes tes pltis MttttflU dé PEdrope, recueillit leurs objections et y répondit. Le èêlèbre Artaauld fat du nombre de cèul qu'U consulta. Arnauld n'âvôlt âlôrS qde vingthalt ïïDÉ, De^cartes fut étonné de Id ptbfbndeur et de retendre flti génie qtiMl trouva dans be jeiinë hoinmë. 11 s'eii Moft de beaucotip qu'il eût p&fté le thème jtiéement dès objections de Hobbes et de èeîle^ Aè Gdssendi. 11 fit imprimer toutes ces objections» aveè les réponses, à IK tttite des MédUàtUms t et pour lèu^ donner ëlicofe plul de poids, le philosopbe dédia sdn ouvrage à la Sorbonne. Jb tetids wappuyet dé tttutùHié, dis6it-il,' puutûê la vémé est si peu de chose quand elle eH iM9. U ifdîoit point enfeoré pris assez de précautions. Ce Htffe, approuvé par lès docteurs, discuté pà^ des satants^ dédié à la Sorboiine, et dû le génie s'ëptiisc à proavot l'eii^tehce de Dieu et la sbiritoiUité db l'âihè, Att nûSf vingt-dbnx ans après, à flndet ft Rome.
iS.
oh ft été étonbé (jtie, dans èes Étéàitailônê mêiaphuiUiuei, bescartes n'ait point parlé de rimitiortaiiié de Tàme. Ses ennemis avolent beau jen , et ils n'ont pas mancjué de profiter de ce silence pou* Taccusèf de n' J pas croire. Mais il nous apprend lui-même par ùhe dé i^ lettres, qu'ayant établi claliremeni dans cet ouvragé la distinction de l'dme et de la' tballèrè, il suivolt nécessairement de celte distinction HHb Tdme par sa ndtiitë ne pouvciil i»éHr avbb le corps..:
ta GëoiHétHê dé DcscartèS parut en 1637 avec le Traité de id méthode, son Trdilé des météores et sa Dioplriqws. Ces quatre traités réunis ensemble formoient K8 Essais de philosophie. Sa Géométrie étoit si fort audessus de son siècle, qu'il n'y avoit réellement que très S eu d*hommes en étal dé rehtendcè. C'est ce qui arriva epuis à Newton ; c'est ce qyi arrive à pre£^que tous les pands hommes, tl fàtii que leur siècle coure après eux pour les aitèiiidre. Outre que sa béoméirie étoit très profonde et entièrement nouvelle,, parce qù'ilavoit commencé où les autres avaient fini, il avoue lui-même dans mie de ses lettres qu4l n'avoit pas été fâché d'être un peu obscur, afin de mortifier un peu ces hommes qui savent tout. Si on l'eût entendu trop aisément, oh n'auroit pas manqué de dire qu'il n'avoit rien écrit de nouveao, au lieu que la vanité humiliée étoit forcée de lui rendre hommage. Dans une autre lettre, on voit qu'il calcule avec pkislr les géomètres en Europe qiii sont en état* de ^éh tendre. Il en trouve trois ou quatre en France, deux èii Hollande, et deux dans lès Pays-Bas espagnols...
Presque tonte la piysîqne de Descattes est renfermée dans son livre des Principes. Cet ouvrage, qui parut en lfM4, est divisé en quatre parties. La première est toute métapliVsTqUe; et contient les principes des connolssances humaines ; te seconde est sa physique générale, et traite des premières lois de la nature, des éléments de la matière, des propriétés de l'espace et du mouvement ; ta troisième est l'explication particnlîère dû système du monde et dé Parrangement des corps céleste^ * la qdittrtâhe ctWileiit tntrt ce qnt concerna fa ter^e ..
ffdUé des météores, iinprimé en 1687, cônmie on Pa déjà dit. Ce fb't lin des ouvrages dé Descartes qui épronvi te ihoins de contradiction. Au reste, ce ne serolt pas une ih&hièfe touj^Hi-l sûre de louer un ouvrage phildsophl- 4ue,' Mi^ quçl^hbfois aussi les hommes font grâce à la vérité. C'est lé pfbmler morcban de physique que Deseârtes donna...
Traité de la diopirique, imprimé coarit Mi 16^> à la aitite da Diseomrs a tir (a méthodei
Traite de miisUtue, composé par Desbirtes en 1618i Asm te temps qu'il servoit en Hottande; il n'avoit slori que ^Mgt-dèux 9ns. Cet ouvrage de sa Jeunesse ne ftat imprimé qu'après sa mort. U tat commenté et traduit en plusieurs langues, tûàU il ne fit point de revotation...
tl s'en faiii ^c beaucoup que lé triûiàe mèiàniquê de Descartes soit complet. Descartés le composa à la hâte en 1636 , pour faire plaisir à un de scâ amis, père
![u fameux Huygens. C'étoit iin prçseht ^uc le génie ofroit a l'amitié. 11 espéroit dans la suite refondre cet ouvrage, et lui donner une juste étendue; mais il n'en eut point le temps. On le fit imprimer après sa mort, par bette curiosité naturelle qu'on a de rassembler tout ce qui est sorti dë^ inaius d'un gran() boinine. Ce petit traité parut pour te première fob en 166i.
Tout le monde connott Descartes comme métaphysicien , comme |>hysicien et comme géomètre . mais peu de gens savent qu'il fut encore un très grand anatomiste. Comme le but général de ses travaux étoit Tutiiité des hommes, au lieu de cette philosophie vainc et spécutetive qui jusqu'alors avoit régné dans les écoles, il vouioit une philosophie pratique où chaque connoissance se réalisât par un effet, et qui se rapportât tout entière au bonheur du genre humain. Les deux branches de cette philosophie dévoient étxe te médecine et la mécanique. Par l'une il vouioit afTermir te santé de l'homme , diminuer ses maux, étendre son existence , et peut-être affoiblir l'impression de la vieillesse; par l'autre, faciliter ses travaux, multiplier ses forces, et le mettre en état d'embellir son séjour. Descartes étoit surtout épouvanté dU passage rapide et presque instantané de l'iionime sur te terre. Il crut qu'il ne seroit peutêtre pas impossible d'en prolonger l'existence. Si c'est un songe, c'est du moins un beau songe , et il est doax de s'en occuper, il y a même un coin de grandeur dans cette idée, et les moyens que Descartes proposa pour l'exécution de ce projet n'étoient pas moins grands, c'étoit de saisir et d'embrasser tous les rapports qu'il y a entre tous les éléments, l'eau, l'air, le feu, et l'homme; entre toutes les productions de te terre et l'homme ; entre toutes \ts mfluences du soleil et des astres et l'bonmie; entre l'homme, enfin, et tous les points de l'univ.ers les plus rapprochés de lui ; idée vaste qui ac« cuse lafoiblesse de l'esprit humain, et ne paroit toucher à des erreurs que parce que, pour te réaliser, ou peutêtre même pour la bien concevoir, il faudroit une intelligence supérieure à là ndtre. On voit par lii dans quelle vue il étudioit la physique. On peut aussi Juger de quelle manière il pensoit sur la médecine actuelle. £a rendant justice aux travaux d'une infinité d'hommes célèbre! qui Se sont appliqués à cet art Utile et dan^e-
SUR L'ÉLOGE DE DESGARTES
mu, tl penfloU qae ce qu*OD savoit jusqu'à présent n'é- Miproque rteii en cmofiyririsoii de ce qui restolt à BTOir. Uroulôit donc que k médecine, c'est-à-dife la |feysh|Qe appliquée au corpa humain; fût la grande étude detooskipiiilofloplies.* Qu'ils te liguent teftts ensemble, éisoit-i das ta de fea «uttiges} oue les uns commençât oô les aotres auront iid $ en joignant ainsi lés viea étfiaàem bammea et les traraui de pluslèuri siècles , ofi foriiiett m Taste dé|iôt de connoissancès, et l'on aS- AjciUra ofia la nature â rhomme.^Mais le ^rèittier pds étoit de bia cdnnottre la structure du corps humain. II coBBBifi dSliS rexdCdUOd de son plan par Téttide de tt8ÊMt\ ii}eihifl6yd timt Phiter de ie29; il fcoatinuà cfttt^Se pendant plus de douze ans, obsèrtoiit tout et a^(piinttotttparlèa eausèS naturelles. Il ne liéodt pres-
L point, e«IIUDé dit VA défâ dit pltls d'ttilè fols. Cétolt ildccfr^qu'llétiidldlt IfeieorpS. HJMgfalt à èettè étsae cèHe de la chidilè^ ttissaUt tOtiJourS M lltfes et R^aoth oature. C'est d'après ces travaux qu'A conbpQBsoD TnUé de l'hmnnlB: Dès qu'il parut , on le mit au Aofflbre de ses plus beaux ouvrages. U n'y en a ftjA'èitt nOiâé doeuti ddtrt lamttrché soltaàsd hiifdie etia»iKtttè;ia mittllèfe ddht II y èlpHqtietOutlemé- OBÀBU et tadt le Jetf des ressorts dtit étbnner le Siècle Set ftaiB^ oriuOf» et des fUrHUi ifÊ»$tafUielleê. tint loi oatfivolt tétait osé asslgiiet les actions qui ëfnâtùi de Pâme et celles qui ne Sont que le résulta des motivCinèntS de la machlde. H sèteble qu'il ait mia poier les borlies entre leS deux enipIreS. Cet outn^ D'^t pohil acheté ^udnd Descartes mdUhtt ; il KlitiDprimé que dii ans après sa mort.
boc^rtrs composa sofi tràUé âèà pdsiiàni en iélè, m ^^"A^ particulier de la nf Iticèsse Elisabeth. 11 raTdteoToyé dianusci'lt S la reine de Suède sur la fiii ^16fî; il le fit Imptiraef, ft la Sonicltdtidh de séa amis, (1 1SI9. Son dessèiii, dU-i(, dans la composition de cet KTTagf, étoit d*esâdyer si la pliy^ique pourfbit lui seréï établir dès fohdcmehts certains dans là morale. Ic&in*) traite-t-il guère les passions qu'en physicien. Ctioil encore un ouvragé nouveau et tout-â-fàil orifnà. Oby Tôît presqtiè à chaque pas rame et le corps ifr et réaj^r 1*1111 su^ l'autre, et on croit pour ainsi dire icBcber les fiëns qui lèa imissëht
ftÂ.
C'est eo iS33 que Galilée fut condamné par IHnquisi- &D i|->ur aroir enseigné le iiiouvemènt de la terré. II 1 2^ oit dé^ quatre ans que Descartes travailloit en Hol- ^' L'emprUonnèinent de Galilée lit une si forte inipt^âon sdr lui qu'il fut sur le point de f)r(iler tous ses
BsttrèSsfl^ iftfè ^èscartes [irévlt touteti ics pèrsécu- ^fntattendolent. H avoit souvent résolu de ne rien fcnioprimer, et U ne cédd lamais qu'dùi piris pressantes ^ofintâioBs &t ses ftmlff. Souvent il re^etta son loisir 0 iô échappolt pour un vain fantSmè de gloire. ^m, après lui, eut le même sentiment, et au ml- ^ to qoerdles philosophiques il se reprocha plus f» f^ intoir |>ètdtt sdd tèpoS. AtnSl les hommes ^ at le plus écbiré le genre humald ont été fol-ces à ^a Tepntir. An reste , Descartes ne fht jamais plus 'w^ que lorsque ses ennemis l'étoient le moins... ^)«tei crut (^'11 Taloit mieux miner insensiblement ^Wriêreiqift les renverser avec éChit. U voulut ca- ^bféttté eonatafe on cache l'erreur. U tdcha de per- ^fiesesprhicipea étoient les mêmes que ceux
d'Aristote. Sans cesse il reeommandoit ht modération à ses disciples , mais n s'ed nOlblt blèd qdè Ses disciples Ibssetit aussi philosophes que Ittl. Ils étoient trop aenslbles à la gloire de ne pas penser comme le fëstè des hommes. La pèrséctttlcfn les animoit encdre^ et iQoutbit à Pènthousiasmè. Descartes eût consenti ft être Ignoré pour être utile, Mai^ sèS dlSèl|»leS JdUlssoiènt avec orgueil des lumières de leur maitf è , et insuhoient i hgbdrance qu'ils avoieiit k tomKdttf é. G6 flMunit pas le moyen d'avoir raison.
Gisbert Yoetius, fameux théologien protestant et mU nistre d'Ottecht . dé ed 1589 et mbrt en Mt* Il iêcut Quatre- yihgt-Se^t ans; tandis que bescartès intfulutà einqaadte-quatrè. U étolt tel qu'on Pa pèhit datiS eê discodrs... Tout ce qu'on raconte de ses persécutions contre Descartes est exactement tiré de l'hlsiolfe. tf commença Ses hostilités en f 090 1 ^ar des thèses sur Fatfaêlsme. DeSca^tesn'y étdlt t^oidt dommé, mais ok avolt eii soin d'y lifséret* toutes Ses opidiOn's toiArté celles d'un athée.En 16iO, sècdndeS et troisièmes thèseS, oû étoit febouf elée ht même CalOmhie. R^bS, disd* pte de DëSèartèS et |)r6fèsSeur de ihédecinè , soutèddft ht circtilatiob dû Sang. Autre ctimè contré DeScartes; on Joignit èette accusation h celle d'athéisme ; ordonnance des magistrats qUi défendent d'introduire des bodvèautéS dangereuses. En 1641 , ToetlUé Se fhit élire recteur de l'université d'Utrecht. N'osant tidiht encore attaquer le ttâltfe, il veut d'abord Mh condamner le disciple codime hérétique. Quatrièmes thèses publiques contre DeScartes. En 1642, décret des magistrats pouf défebdre d'enseigner la philosophie nouveUe. Cependant les libelles pleuvoient de toutes parts , et le philosophe étolt tranquille aU milieu dèS ofagcS, s'occUpant en ^ait de ses méditations. En 1648, tœtids eut recôùrS I des troupes auxiliaires. Il alla les chercher dans l'unitersité de Groningue, oâ uh nommé ^r/koocXr{tis s'associa k ses foreurs. C'étoit uh de ces méchants subalternes qui n'ont pas même Faudace do crime ; et qui , trop lâches pour attaquer par eux-mêmes , sdnt assez \\h pour nuire sons les ordres d'un autre. 11 débuta par un gros llv^e contré Descartes, dont le but étoit de prouver que la nouveUe philosophie menolt droit au scepticisme , à Ymhéismë et à la frénésie. Descartes crut ebfîU qu'il étolt temps de répondre. Il avolt déjà écrit une petite lettre sur Yoetius, et celui-ci n'a voit pas manqué de là felre condamne^ comme injurieuse et attentatoire h la fellgiob réformée, dans ht personne d'un de ses principaux pasteurs. Dans sa réponse contre le nouveau livre, Descartes se proposoit trois choses : d'abord de se Justifier lui-même, car Jusqu'alors il n'avoit rien répbndb à phis de douze libelles ; ensuite de Jiistifler ies amis et ses disciples, enfin de démasquer un homme aussi ddieUi queYoettus,* qui par une ignorahce hardie et sbus le masque de la religion , séduisolt la populace et aveugloit les magistrats. Mais les esprits étoient tropr échaulTés ; il ne réussit point. Sentence contre Deacar* tes, où ses Lettres sur Yoetiot smtt dériarées llbèllei diffamatoires. Ce fUt alors que leS magistrats travaillèrent a lui lUre son procès secrètement, et esms qu'il en fftt averti. Leur intention étoit de le condamnet comme athée et comme calomniateur ; comme athée, parce qu'il aiolt donné de nouvelles preuves de l'existence de Dieu ; comme calomniateur, parce qu'il avoiC repoussé les calomnies de t^ ennemis... Descartès apprit par une espèce de hasard qu'Un lui faisoit son procès. 11 s'adressa à l'ambassadeur de France, qui heureu sèment, par l'autorité du prtace d'Orange, fit di êlcr les procédures; déjà très avancées. Il sut alors tdlttes
NOTES
Iw noirceon de tes ennemis ; il sut toutes les Intrigues deYoetius; ce scélérat, pour faire circuler le poison, ivoit répandu dans toutes les compagnies dlJtrecht des honmies chargés de le décrier. Il vouloit qu'on ne prononçAt son nom qu'avec horreur. On le peignoit aux catholiques comme athée» aux protestants comme ami des jésuites, n yavoit dans tous les esprits une si grande fermentation que personne n'osoit plus se déclarer son ami...
Depuis que Descartes se fut établi en Hollande, il fit trois Toyages en France, en 1644, 1647 et 1648. Dans le premier il vit très peu de monde, et n*apprit qu'à se dégoûter de Paris. Ce qnil y fit de mieux fut la con- Boissance de M. de Chanut, depuis ambassadeur en Suède. Comme leurs âmes se convenoient, leur amitié fut bientôt très vive. M. de Chanut méloit à l'admiration pour un grand homme un sentiment plus tendre et plus fait pour rendre heureux. Il sollicita auprès du cardinal Hazarin, alon ministre, une pension pour Descartes. On ne sait pourquoi la pension lui fut refusée. En 1648, les historiens prétendent qu'il fut appelé en France par les ordres du roi. L'intention de la cour, disoit-on, étoit de lui faire un établissement honorable et digne de son mérite. On lui fit même expédier d'avance le brevet d'une pension, et il en reçut les lettres en parchemin. Sur cette espérance il arrive à Paris ; il se présente à la cour. Tout étoit en feu ; c'étoit le conmiencement de la guerre de la Fronde. Il trouva qu'on avoit fait payer à un de ses parenta l'expédition du brevet, et qu'il en devoit l'argent. 11 le paya en effet ; ce qui lui fit dire plaisamment que Jamais il n'avoit acheta parchemin plus cher. Voilà tout ce qu'il retira de son voyage. Ceux qui Tavoient appelé lurent curieux de le voir, non pour l'entendre et profiter de ses lumières, mais pour connottre sa figure. « Je m'aperçus, dit-il dans une de ses lettres, qu'on vouloit m'avoir en France, à peu près comme les grands seigneun veulent avoir dans leur ménagerie un éléphant, ou un lion, ou quelques animaux rares. Ce que Je pus penser de mieux sur leur compte, ce fiit de les regarder comme des gens qui auroient été bien aises de m'avoir à dîner chez eux , mais en arrivant, Je trouvai leur cuisine en désordre et leur marmite renversée. » Au reste, il ne faut point omettre ici le Juste éloge dû au chancelier Séguier, qui distingua Descartes comme il le devoit, et le traita avec le respect dû à un homme qui honoroit son siècle et sa nation.
n s'en Moit de beaucoup que toute la famille de Descartes lui rendit Justice, et sentit l'honneur que Descartet lui faisoit il est vrai que son père l'aimoit tendrement et l'appeloit toujoun son cher philosophe; mais le firère aine de Descartes avoit pour lui très peu de considération. Se$parenl$, dit l'historien de sa vie, ièmMoierU le compter pour peu de ekoêe dans sa fO' mWe, ei ne U regardani plue que souê le titre odieux de phUoêùiOie, Idehateni de Veffaeer de leur mémoire comme s'ileût été la kaiUedesarace. On lui donna une marque bien cruelle de cette indifférence à la mort de son père. Ce vieillard respectable, doyen du parlement de Bretagne, mourut en 1640, Agé de soixante et dixhuit ans; on n'mstruisit Descartes ni de sa maladie ni de sa mort II y avoit déjà près de quinse Jours que ce bon vieillard étoit enterré quand Descartes lui écrivit la lettre du monde la plus tendre, fl se Justifioit d'habiter dans un pays étranger, loin d'un père qu'il aimoit. 11 lui marquoit le désir qu'il avoit de faire un voyage
en France pour le revoir, pour l'embraSKr, pour recevoir encore une fois sa bénédiction... Quand la lettre de Descartes arriva, il y avoit déjà un mois que son père étoit mort. On se souvint alors qu'il y avoit dans les pays étrangers une autre personne de la famille, et on lui écrivit par bienséance. Descartes ne se consola point de n'avoir pas reçu les dernières paroles et les derniers embrassements de son père. U n'eut pas plus à se louer de son frère dans les arrangements qu'il fit avec lui pour ses affaires de famille et les règlements de succession. Ce frère étoit un homme intéressé H avide, et qui savoit bien que les philosophes n'aiment point à plaider ; en conséquence, il tira tout le parti qu'il put de cette douceur philosophique. Il faut convenir que les neveux de Descartes rendirent à la mémoire de leur oncle tout l'honneur qu'il méritoit, malt le nom de Descartes étoit alon le premier nom de U France.
Elisabeth de Bohême, princesse palatine, fille de ce fameux électeur pahitin qui disputa à Ferdinand U les royaumes de Hongrie et de Bohême, née en 1618. On sait qu'elle fut la première disciple de Descartes. Elle eut encore un titre plus cher; elle fut son amie, car l'amitié fait quelquefoi.s ce que la philosophie même ne &it pas, elle comble l'intervalle qui ei»t entre les rangs. Elisabeth avoit été recherchée par Ladislas IV, roi de Pologne, mais elle préféra le plaisir de cultiver son Ame dans la retraite à l'honneur d'occuper un trûne. Sa mère, dans son enfance, lui avoit appris six langues ; elle possédoit parfaitement les belles-lettres. Son génie la porta aux sciences profondes. Elle étudia la philosophie et les mathématiques , mais dès que les premiers ouvrages de Descartes lui tombèrent entre les mains, elle crut n'avoir rien appris Jusqu'alon. Elle le fit prier de la venir voir, pour qu'elle pût l'entendre lui-même. Descartes lui trouva un esprit aussi facile que profond; en peu de temps elle fut au niveau de sa géométrie et de sa métaphysique. Bientôt après Descartes lui dédia ses Principes; il la félicite d'avoir su réunir tant de connoissances dans un âge où la plupart des femmes ne savent que pUire. Cette dédicace n'est point un monument de flatterie ; l'honmie qui loue y paroit toujoun un philosophe qui pense. «Conmient, dit-il, à la tête d'un ouvrage où Je jette les fondements de la vérité, oserois- Je la trahir ?• U continua Jusqu'à la fin de sa vie un commerce de lettres avec elle. Souvent cette princesse fut malheureuse ; Descartes la consoloit alon. Blalheureux et tourmenté lui-même, il trou voit dans son propre cœur cette éloquence douce qui va chercher l'âme des autres et adoucit le sentiment de leun peines. Après avoir été longtemps errante et presque sans asile, Elisabeth se retira enfin dans une abbaye de la Westphalie, où elle fonda une espèce d'académie de philosophes à laquelle elle préâdoit. Le nom de Descartes n'y étoit Jamais prononcé qu'avec respect ; sa mémoire lui étoit trop chère pour l'oublier. Elle lui survécut près de trente ans et mourut en 1680.
C'est une chose remarquable que Descartes ait en pour disciples les deux femmes les plus célèbres de soa temps... Je ne m'étendrai point sur l'histoire de Christine, tout le monde la connoit. Ce fut M. de Chanut qui le premier engagea cette reine à lire les ouvrages de Descartes. En 1647, elle lui fit écrire pour savoir de lui en quoi consistoit le souverain Men. La plupart des princes, ou ne font pas ces questions-là, ou Jes font à des courtisans plutôt qu'à des philosophes, et alors la
sua L'ÉLOGE DE DESCARTES.
sert &cae à deTiner. GeDe de DescaHes ftit un peo difftrente; il faisoit consister ie souverain bien dans b Totooté toajoars ferme d*étre vertueux, et dans le dttnne delà conscience qui jouit de sa vertu. C'étoit me beDe leçon de morale pour une reine; Christine en fot si contente qu'eOe lui écrivit de sa main pour le RBefcier. Peu de temps après, Descartes lui envoya WD TrofUé dt$ pasHoM. En 1649 la reine lui fit faire les plus vives instances pour rengager à venir à Stockholm, et d^à elle avoit donné ordre à un de ses amiraux poor iVler prendre et le conduire en Suède. Le philosophe, afant de -quitter sa retraite, hésita longtemps ; ii est probable qu'il fut décidé par toutes les persécutions qull easayoit en Honande. Il partit enfin, et arriva au commencement d'octobre à Stockholm. La reine ie reçut avec une distinction qu'on dut remarquer dsm une cour. Elle commença par l'exempter de tous les assojeCiiasements des courtisans ; elle sentoit bien ^if^ n'étoient pas faits pour Descartes. Elle convint ensuite avec lai d'une heure où elle pourroit l'entretenir tous les joars et recevoir ses leçons. On sera assez âoofié quand on saura que ce rendez-^ ous d'un philosophe et d'une reine étoit à cinq heures du matin, dans 6B hiver trèa cruel. Christine, passionnée pour les sciences, t^^ïi fût on plan de commencer la journée par ses étoda, afin de pouvoir donner le reste au gouvemenent de ses États. Elle n'accordoit au repos que le temps fi'eUe ne pouToit loi refhser, et n'avoit d'autre délas- Kmat que la conversation de ceux qui pouvoient fiaftinire. Elle toi ù satisfaite de la philosophie de Descartes qo'dle résolut de le fixer dans ses États par t&ntcssntes de moyens. Son projet étoit de lui donner, i titre de seigneurie, des terres considérables dans les provinces les pins méridionales de la Suède, pour lui A pour ses héritiov à perpétuité. Elle espéroit ainsi PeachataMT par ses bienfaits. Malgré les bontés de la reoe, fl parolt que Descartes eut toujours un sentiment de préférence pour la princesse palatine, soit que, celleci ayaat été sa première disciple, il dût être pius flatté de cet hommage, soit que les malheurs d'une Jeune pnacesse la rendissent plus intéressante aux yeux d'un pUiosophe sensible. Ce qu'il y a de sûr, c'est qu'il employa tout son crédit auprès de Christine pour servir ' Efiabeth; mais l'intérêt même qu'il parut y prendre fenpêcha probablement de réussir , car la reine de Soède, aàsez grande pour aspirer à l'amitié de Descartes, le f étoit pas assez pour consentir à partager ce senti- ■otavec une antre.
Les qualités particulières de Descartes étoient telles <!Q'ob les indique ici. On doit lui en savoir gré ; la vertu câ peut-être plus rare que les talents, et le philosophe ipécvlatif n'est pas toujours philosophe pratique. Descartes fiit l'un et l'autre. Dès sa jeunesse il avoit raisonné SI Bsra^ En renversant ses opinions pur le doute, il rit qgTîl feiloit garder des principes pour se conduire, ^•fci qoefe étoient les siens :!<> d'obéir en tout temps aux b» et aux coutumes de son pays ; 2» de n'enchaîner jamiisa liberté pour l'avenir; 3° de se décider toujours ycor ka opinions modérées, parce que, dans le moral, tHt ce qui est extrême est presque toujours vieieux ; fée travailler à se vaincre soi-même, plutôt que la krome, parce que Ton change ses désirs plutôt que Tor-
^ia monde, et que rien n'est en notre pouvoir que
«vpcBaécs. Ce fut là pour ainsi dire la base de sa con* ^Qn voit que cethooune singulier s'étoit fait une
j pour agir comme il s'en fit une pour penser, litte bonne heure indifférent pour la fortune» qui de
son côté ne fit rien pour lui. Son bien de patrimoine n'alloit pas au-delà de six ou sept mille livres ; c'était être pauvre pour un homme accoutumé dans son en* fance à beaucoup de besoins, et qui vouloit étudier la nature ; car il y a une foule de connoissances qu'on n'a qu'à prix d'argent. Sa médiocrité ne lui coûta point un d^ir. Il avoit sur les richesses un sentiment bien honnête, et que tous les cœurs ne sentiront pas ; il estimoit plus mille fVancs de patrimoine que dix mille livres qui lui seroient venues d'aiUeurs. Jamais il ne voulut accepter de secours d'aucun particulier. Le comte d'Avaux lui envoya une somme considérable en Hollande ; il la refusa. Plusieurs personnes de marque lui firent les mêmes offres ; il les remercia, et se chargea de la recon» noissance, sans se charger du bienfait. C'est au publie, disoit-il , à payer ee que Je fais pour le publie, 11 se faisoit riche en diminuant sa dépense. Son habillement étoit très philosophique et sa table très fhigale. Du moment qu'il fut retiré en Hollande, il Ait toujours vêtu d'un simple drap noir. A table il préfSroit, comme le bon Plutarque, les légumes et les fruits à la chair des animaux. Ses après-dhiées étoient partagées entre hi conversation de ses amis et la culture de son Jardin. Occupé le matin du système do monde, il alloit le soir cultiver ses fleurs. Sa santé étoit foible; mais il en prenoit soin sans en être esclave. On sait combien les passions influent sur eUe; Descartes en étoit vivement persuadé, et il s'appliquoit sans cesse à les régler. C'est ainsi que H. de Fontenelle est parvenu à vivre près d'un siècle. 11 faut avouer que ce régime ne réussit pas kI bien à Descartes; mais, écrivoit-ilun Jour, au lieu de trouver le moyen de conserver la vie, f en ai trouvé un autre bien plus SÛT; c'est celuide ne pas craindre la mort. 11 cherchoit la solitude, autant par goût que par système. 11 avoit pris pour devise ce vers d'Ovide : Benè qui UUuU , béni vixit : y'iYTe caché, c'est vivre heureux; et ces autres de Sénèque : llli mors gravis incubât, qui nolus nimis omnibus, ignotus morilur sibi : malheureux en mourant, qui, trop connu des autres, meurt sans se connoitre lui-même. H devoit donc avoir une espèce d'indifférence pour la gloire, non pour la mériter, mais pour en Jouir... Descartes craignoitla réputation et s'y dérobolt. Il la regardoit surtout comme un obstacle à sa liberté et à son loisir, les deux plus grands biens d'un philosophe, disoit-il. On se doute bien qu'il n'étoit pas grand parleur. 11 n'eût pas brillé dans ces sociétés où Ton dit d'un ton fiscile des choses légères, et où l'on parcourt vmgt objets sans s'arrêter sur aucun... L'habitude de méditer et de vivre seul l'avoit rendu taciturne; mais ce qu'on ne croiroit peut-être pas, c'est qu'elle ne lui avoit rien ôté de son enjouement naturel. 11 avoit toujours de la galté, quoiqu'il n'eût pas toujours de la joie. La philosophie n'exempte pas des fautes, mais elle apprend à les connoitre et à s'en corriger. Descartes avouoit ses erreurs sans s'apercevoir même qu'il en ''ût plus grand. C'est avec la même franchise qu'il sentoit son mérite et qu'il en convenoit. On ne manquoit point d'appeler cela de la vanité ; mais s'il en avoit eu, il auroit pris plus de soin de la déguiser. Il n'avoii point assez d'orgueil pour tâcher d'être mode-ste. Gv sentiment, tel qu'il fût, n'étoit point à charge aux autres. Q avoit dans le coxnmerce une politesse douce» et qui étoit encore plus dans les sentiments que dans les manières. Ce n'est point toujours la politesse du monde , mais c'est sûrement celle du philosophe. U évitoit les louanges comme un honrnie qui leur est supérieur ; il les interdisoit à l'amitié , il ne les pardonnoit pas à U flatterie. Il n'eut Jamais avec ses ennemis d'autre tort que celui de les humilier par sa modératioo, et il eut ce tort très souvent. La calomnie le blessoit
ao
NOTES
|4iis Cflvine mi mU$ge Mi k}% tëritf qat amm iineinjure qui lui fût personnelle. Quand an me fait UM offensé, di^it-il, je tdehe délever mon âme ii haui, que l'offense ne parvienne pas jusqu'à moi. L'indiiPBadon étoit pouf lui un sentimeni pénible , et s'il eAi filUu, il eût plutAi ouvert son âme au méprii. Au restât ces deux sentiments lut étotent comme étrangers , et ce qui se trouvoit naturellement dans son âme , c^étoit la douceur et la bonté. Cette âme forte et profond^ étoit très sensible. Nous avons déjà Vu son tendre attachement pour sa nourrie^. 11 traitoit ses domestiques comme des amis malheureux qu'il étoit chargé de consoler. Sa maison étoit pour eux une école de mœurs, et elle devint pour plusieurs une école de mathe'matiqbes et de sciences. On rapporte qu'il les instruisoît avec la bonté d'un père , et quand ils n'avoient plus besoin de sou secours , il les rendoit à la société , 6ù ils aUoient Jouir du rang qu'ils s'étoient fait par leur mérite. Un Jour f un d'eux voulut le remercier : Que faUès-vous f lui dit-il, vous éles mon égal, el facquUie une délie. Plusieurs qu'il avbit ainsi formés ont rempli avec distinction des places honorables. Pal déjà rapporté quelques traits qui font cpnnoltre sa vive tendresse pour son père. Je ne prétends pas le louer par là , mais it est doux de s'arrêter sur les sentiments dé la nature. On lui a reproché de s^étre livré aux foiblesses de Famour, bien différent en cela de ffeivton, qui vécut plus de quatre-vingts ans dans la plus grande austérité de mœurs. Il y a apparence que Descartes, né avec une âme très sensible, ne put se défendre des charmes de la beauté. Quelque^ auteurs ont prétendu qu'il étoit marié Secrètement » mais dans un fie ces entretiens o& Fâme, abandonnée à elle -même, s'épanche librement aii sein de l'amitié, pescartes, à ce qu'on dit, avoua lui-même le contraire. Quoi qu'il en soit, tout le monde ^it qu'il eut une fille nommée Frapeine ; elle naquit en Hollande 1^ 13 juillet 1635, et fut baptisée sous son nom. Déjà il pensoit à la faire transporter jbu France , pour y fairp son éducation , mais elle mourut tout à coup entre ses bras, le 7 septembre 1640. Elle n'avoit que cinq ans. A fut ipconsol^ble de cette mort. Jamais, dit-il, il p'éprouya de plus grande douleur de sa vie. Depuis, A aimoit à s'en entretenir avec ses amis ; il prononçoit souvent le nom de sa chère Francine, il en parloit avec la douleur la plus tendre , et il écrivit lui-même l'histoire de cette enfant, à la tête d'un ouvrage quHl comptoit donner au public. Il semble que, n'ayant pu la conserver, il youlolt du moins conserver son nom... Avec cp naturel bon et tendre, Dcscarles dut avojrdes amis ; il en eut en effet un très grand npmbre ; il en eut ép France, en Hollande, en Angleterre, en Allemagne, et
Jusqu'à Rome ; il en eut dans tous les états et dans tous es rangs. 11 ne pouvoit point se faire que, de tous ces amis, il n'y en eût plusieurs qui ne lui fussent attachés
rir vanité. Ceux-là, il les payoit avec sa gloire ; mais r^ervoit aux autres cette amitié simple et pure, ces doux épanchements de l'âme, ce commerce intime qui fait les délices d'une vie obscure, et que rien ne remplace pour les âmes sensibles. La plupart des hommes veulent qu'on soit reconnoissant de leurs bienfaits. «Pour moi, disoit Descartes, je crois devoir du retour à ceux <jui m'offrent l'occasion de les servir. ■ Ce beau sentiment, qu'on a tant répété depuis, et qui est presque devenu une formule, se trouve dans plusieurs de ses lettres, i l'égard de pieu et de la religion , voici comme il pensoit. Jamais philosophe ne fut plus respectueux pour la Divinité. H prétcndoit que les vérités même qu'op appelle ctemelles et mathématiques ne sont telles que parce que pjpii l'a vqmW- * Ce sof)t <|es lois, disoit-il, qùé Dieu a établies dans la nature, comme
DO iMtociMi ilM l0îf 4«n« Ml ir»?«|iill*.vP ttemfAi ri* dîcule que Khamms osât ppfwoiiper snr ce ^a iHeii peut el ce qu'il ne peut )»•. Il n'étoit pas moins indigné que ceux qui Uaitmpnt de Pieu dans leurs où* vragp^ parlassent si «Ruvei^t de l^^/ini, comme s'^s savoient pe qpe veut fli^e ce jnqt. I^s catholiques l'accuféreqt d'être calyini^e» N c^vfni^tef d'être pehigien; fur soo doute on l'^cpus^ 4'^tre sp^tiqufs ; pli^^icure l'accusèrent d'être déiste ^ et l'ifôpfiçte Tœtius 4'étre athée. Voilà les accusaûops, yoici mi^intenant ce qu*il y a dp vrai. Il épuisa soi^ génie Vtrpuycr de nouvelles preuves de l'existence dp pieu et à les présenter iv^ toute leur force, pans tous ses ouvrages, il parla loiir jours aypc {e plus grand respect de la religion révélée, pans tous le9 pay^ qu'il habita, il fit toujours )ps fonctions de catholique. Pai)s son voyage dltaliey pouf s'acquitter d'un vœu, il fit un pèlerinage à Notre-Dame de Lorette. Dans se^ Médilalionf niélqphysiques et dans se^ Lettres, il doppa de^x explications difTérentei de |a transsubstantiation, pans son séjouf en Suède , 4 ne ][|a^qua jamais une fois au^ exercices sacrés qui se faisoipnt dans la cj^apelle de l'ambassadeur, pans s^ defoièrp maladie, il se confessa, pt communia de la main d*u4 religieux, ei) présepce d^ l'ambassadeur et de toi] te s^ famille. Est-ce là un calviniste, est-ce là up pé(§gienl... Est-ce un fi^s^ up scepti(fue| un athée?.^
Uom ph»ceroQ9 ici quelques fiit^ils curiepx snr l« personne de pescartps, sa manièrp de vivre, et la maisoii qu'il habitoit en Rollande ep Ipf 2. Npui pmprun^n^ lee premiers à la nqtipp biographique dp^. Adolp))e Qarnier^ les seconds sont tirp» d^upe le^re dp Sorbièrp. Voia d'abord U de$criptipB de 3prh)>re ; f ^e coi^rus, di^-il, i Endelgeest (Pyndegpest), j^ i}qe dpmi-lieue de Leyde, du pAtéde Warmont, dès que jefq^ en Ifollande, fg commencement dp l'an mfL J'y visitai M. Pescartes dans sa solitude avec be^upoup de plaisif, et je tâchai fie profiter de sa conyersMion pour rinte}ligence dp sa qoctrlne... ^e remarquai avep bpaucoup de joie lf| civiiit|S de ce gentilhomme. saFptrgitp pt son éconpfi|ie; il étoît dans on petit c))4teau en trè^ be||p sitùatjpn , sm portes d'une belle et grande université, à trois lieues dp la cour et à deux petitps heures de la qer. 1) i|voit un nof^fe suffisant de domestiques , toutes personnes cnoisies et bien faites ; un 99^9 beep jardin a^ bout duquel étoit un verger, e^ tout alentPMr des prajries d'où l'on vpyoit sortir quantité de clochers plus ou if^oïus é)pvé§, ju<^u*à ce qu*au bord de l'horizon il n'en paroissoit plus que quelques pointes. U alloit à une journée de là, par le canal, à Utrecht, à Delft, à Roerdam, à Dordrecht, à Harlem, et quelquefois à Rotterdam ; il pouvoitaller passer la moitié du jour à ta Haye, revenir au logis le même jour, et faire cette promenade par le plus beau chemin du monde, par des prairies et des maisons de plaisance; puis dans un grand bois qui touche ce village, comparable aux plus belles villes de l'Europe, et superbe en ce temps-là par la demeure et l'établissement des trois cours. Celle du prince d'prange, qiii étoit toute militaire, y attiroit deux mille gentilshommes en équipages guerriers; le collet de buffle, l'écharpe orangée, la grosse botte et le cimeterre en étoient les principaux Ornements. Celle des Etats-Généraux étoit composée des députés des Proyinccs-Unic9 et des bourgmestres, «qui soutenoient U dignité de l'aristocratie en habit de velours noir, avec la large fraise et la barbe carrée. La cour de la reine de Ba-> hême, veuve du roi Frédéric V, électeur' palatin, aembloit être celle des Grdces, ayant quatre filles près desquelles se rendqit tous les Jours le beau monde de La Haye, pour rendre hommage à l'esprit, à la vertu, ita
SUR L'ÉLOGE DE DESCARTES
tesM de ces prineestee, dont Patoée prenoit plaisir à entendre discourir M. Deçcartes.
« Je louai menreiDeusémeDt le choix que M. Descartes aToît fait d'une demeure ai commode, et i^ordre qu'il aroit mia à aon diTertiaaement anaai l>ien qu^à m tranquillité» et de là Je passai à l'obserr^on de ses études et de ses autres occupations. Je considérai plus p»rticolièrenient f adresse de ce philosophe, en pe qui regardoit fa méthode et le dessein qu'il avoit d*étab|ir ses raisonnements dans les académies... Je voulus entrer avec lui dans quelques déUils de ses opinions; mais il me renvoya à ses écrits, qu'il disoit avoir composés le plus clairement qu'il lui avoit été possihle; et j'ai admifé depqia ce t^mps-là qu'il n'^it p^ voulu expliquer ses pensées de divers biais, et de la véine n^anière que qnelqufBS-nns de ses disciples leç donnât ^ ^otendre. U demandoit i ses disciples, ^um bien qu'Aristote, la docilité et la p^tienç^ nécesijûres pour r.e)>^ttre nne doctrine daps l'esprit jusqu'à ce q^'qqTl'ept fpftpffent imprinaée tos se mémoire. Aussi je ne fn-étonne pas qne ceu^ qui lui ont ebéi aiept ^len^ci^^ fqrmd kur esprit è ea philosophie qu'il semble qM'ilf Tont phw h cœur qu*i) ne j'avQit lui-péipe... •
C-'est ici |e lieu, à pe flu'Ù pQi^ fiem}>lei de d^RO^' tantales particul^rii^ qnl concerpent jf P^r^RP^ de Ikscanef et s* 9m\m 4« Vivrs. tf étoff d'^np taffle aM-desepos de le Wftyjane» «t Ht WRP>^ m ^^ 4e «P» 9df pfs^ree : ffOfWnc^o. Sa té^ ^tqit (jpr^ grosse , ^n front ku^ et evappj^ ^ cheveux poir^ e^ ]râbi^ttus ju.squ'aoz sourcils, i quarante-trois yps |1 |e# remplaça par une perruque ippdelép sur I4 forme dp m c<>^eyeu^, et regardât çfiUti pqfefimUop pQgipie ftyP^ahlp a {§ f anté, il pres^ sqp afli»! ficot (|e wlïFfi c«t expfpplp. |$ps ypux étoient tn^ écar|4i|i ^(^ nez 8^)laift et large, ip^is allongé, sa bW<^lic grande ; sa lèvre fi^lèriejifp dépassôit un ppu cplle de des$^3; (a poupe du )r)sage pfoit asses ovale ; sop f^int avoit été pâle dans l^en^pe, qn ^eu cramqjsi 4^9 )a jpNipessp, et devint qUy^^cp d^s Tage mûr ; Il ^f^t ji U joue une pp^te |)|j|bp gui s'écorchoit de tempe eq t^mps et rei^issoit toujoiij^s. Ça figure expcMPeit W 194114^911 .9t 1§ sévérité ; ^ foix pto}t foible à cause d'une légère altératiop d^ BftPfflPf)? k^*^ ^^R^^ apportée en naissant Nous avons dit qu'il fut, pendant «m flnfiuce, tomnienté d^une toux sèche qu^il avoit héritée de sa mère, depuis Tige de dix-neuf ans il prit le gouvernement de sa ftanté eCse passa du secours dès médecins. $oq h^jdène étoU de mener un train de vie uniforme, ^éyitpf Tout change'mepf brusque ; s^ médecine, 19 diète, pu' exercice pioderé, pt î^ coi|0anpp dans les forces de la nature.
Ses vêtements annonçoient du soin, mais non d" ksU ; û oe couroit pas après les modes, mais il ne les bnvoit pas non plus. Le noir étoit la couleur quUl prélEroit; en Toyage il portoit une ca8a£|ûe de gris bfun. Les revej^us dopt il eut la jouissance après la mort de son père 4^^ ^^ ^^^ ^^^^^ maternel parpissent ^'étfe %rés I m flu 9PPt nriUp livres; dans Ips dprnière« apnées de en yie, U Âut y ^jouter la pension de trois mille livns qni lui ^ payée par U France. U n!étoit ni avare ai cnpUe, mais cependant il savoit défendre ses intéléts; et, à propos des afiaires de la succession de son «Dcle, fl écrivoit : « Je n'ai' donné aucune charge à' mqn frère d*a^r pour moi dans mes afiaires, et que s'il s'ingère de fiaire quelque chose en mon nom, ou conune se hisaot fort de moi, il en sera désavoué. Lorsqu'il se plaint qie cela te fait à son préjudice, il témoigne encore troir envie de se fidre mon procureur malgré moi, csame il a Uài aux partages de la succession de mon père, pour me ravir mon bien sous ce prétexte ei sur \ qall a que j'aime mieux perdre que de plai-
der. Ainsi sa plainte est semblable h celle d^m loup qn< se plaipdrpit qqe la hrebif lui lait tort de s'enftur |pf|qu'elle a peur qu'il ne la mange... •
H étftit «qbre, pt, par nn singulier pC^t de s^p leppp^lepient, \^ Uit^$m et la crainte euQnenmept s^n eppétiti il en nvpjt fait we loi gpncrale dan«|e ntenu^rit de spn trei^ Api Piwipw > m\» M corrigea pptte errpur m la récl^m^tlQu dp 1» Brinpes»e l&ljsabptl). Vprs ^ fin de sa vie il diminua h quantité des tiiipen^ qu'il prppoit le soir et dant il étoit gépé pepdapt U P|4t; il buvoit très peu de vin, 9'ep abstenpit ^puvcpt dps moiç entiers, évitoit les viapdPS trop npurrissantef et préi«roit les fruits et les racines, qM'il croyoit plu^ favorables à la Vip de l'bpmipp quP la chair des miam^- picpt prétepdqit qpp par ce régimp Pescar^pç P^BPrftlt foirp vivre |es hommes quatre ou cinq §ièicles, et que |p philosophe ap* roit fourni cette longue carrière sans la cause violente qui vint troubler son tempérament et borner sa vie à un dppii-9ièc|p: mais De^cartes étoit fort éloigné dp ces
frétentipns; par? pap^ une lettre k Cjt^pfit, dp 1$ j^in 546, il écrivit qu'au lipu <|p chercher les mqyens de prolonger lé yie, i| aybit trouvé unp recette bien plus bcile e( |)iep pj^s sôre; c'étpit denp pas craindre la poort.
|1 dqrmQit ^ix pq ^ow heqres, et travaillpit au lit le piatin. u dino^t à pijdi, et dopnoit quelques bèurps a la ponyefçaMon, 4 la culture ^p sop jardin et à des pjrpmep^de^ qu'il {aispil le ptus ^iniypp( à phevali l| reprqnoit son travail i qu^itfe beiirc'^ et Ip pqusspii ju&quc fqrt avant daqs 1^ soi^ép. Pqns }ps d^M^ ou troM dernières anpée^ dp sa vie fl se dégoûta de I^ plump.
* U ^toi^ doux^ f |TabIé cour ses donicstiqups, pt paya jpsqpià sfl ippf t j^qp pppsipq à «p qqurrjpp. Qu^qt au^ se- CjrétaUps pq pppistpg qulj employp suçcessiveçiept pour i'ajder 4an8 ^p^ recftpfp)ie^pf'sp8p>périppc«îfi, il les lr?iitp}^ compile ses ^gaux e( s'pccqppjt Je leur avsfqcpmept; la plupart dpyiqreqt gpns ^p mérite, et ppt finj par acquérir uqp honorab|p posj^ion. Villé|)rps8ieu:|[, ^eppe pnédppip dp $frPno|)le, fbvailla plusieurs ftnnep^ ayec Descarte^'pf s'est rendu depuis très célèbre par ses inventions ep pi^caniqup. 0n autre, nommé Gérard Gulschoyen, fut nommé k P^e chaire de i/iathématiqucs dans r université de Lppvain. Gillot, )p troisième, enseigna la mécanique, |es fortiûcations et la navigation aux officiers de l'armée du prince d'Oraînge, et lorsque Descartes partit pour la Suède, l'abbe Picot lui céda un Allemand nommé Schluter, qui avoit été pendant quelque temps au colléee, savoit, indépendamment de sa langue maternelle, le latin, le françois, et devint plus tard audîteqr en Suède.
Nous terpQiqprops cps pb§efyations, sur le caractère
de Descartes, par une ànpcdote asses curieuse qui peut
donner une idée de l'influence qu'exerçoient ses écrits
jusque dans |es derniers rangs de la société.
Ce fut à peu près vers la même époque qu'il reçut une
{jsite qssez stpgptière. Un paysan nommé Dick Ramrant§?, bi^it^nt d^uu village à sept lieues d'Egmond, .coirdopnipr dp ^^^ ^t4t, se présenta à la porte du pliilosophc, qu'il s'attendoit à trouver dans une solitude comme un anachorète d'autrefois, et qu'il fut fort étonné de voir garder par un concierge et des domestiques; i} vqulôit; disoit-il, entretenir Descartes de phitosophie et dé mathématiques. Les domestiques le prenant pour un mendiant le renvoyèrent sans en prévenir seulement leur maître. U revint deux ou trois mois après, et alors on avertit Descartes qu'un homme demandant l'aumône alléguoit pour prétexte le désir de parler géométrie avec le philosophe ; celui-ci sans le voir lui envoya quelque argent DiciL refusa l'aumône et s'en alla disant : • Puisque mon heure n'est pas encore arrivée, je