‹ Œuvres philosophiques de Descartes publibées da̕près les textes originauxChapitre 20 sur 306 · LE LIBRAIRE AU LECTEUR · texte numérisé non relu

LE LIBRAIRE AU LECTEUR

La satlshetion que je puis promettre à (datas les personnes d'esprit dans U leetnro de ce livre, poor ce qui regarde i*aoteur et les traduoteurs , m'oblige à prendre garde plus soigneosemeot à contenter aussi ie lecteur de ma part , de peur que toute sa disgrâce ne tombe sur moi seul. Je tédie donc à le satlsMre et par mon soin dans cette impression et par ce petit éclaircissement, dans lequel je ie dois ici avertir do trois choses qui sont de ma connoissance particulière , et qui serviront à la leur (c'est-à-dire à la connoissance des personnes d'esprit). La première est quel a été le dessein de l'auteur lorsqu'il a publié cet ouvrage en latin ; la seconde, comment il parolt aujourd'hui traduit en françois, et la troisième, quelle est la qualité de cette version.

10 Lorsque l'auteur, après avoir conçu ces Méditations dans son esprit , résolut d'en faire part au public , ce fut autant par la crainte d'étouffer la vérité qu'à dessein de la soumettre à tous les doctes. A cet eifet il leur voulut parler

(1) cet ouvrage, écrit en latin par Descartes, fut publié à Paris en 1641 soas ce titre: MedUatUmeê de prima philoiophlà, uMdê Dei eaOsietttià et anbnœ immortatiiau. En lGft7 le duc de Luynes en donna une traduction françoise, revue et corrigée par Descartes, qui flt au texte latin piusicurs diangemenis et additions. Nous publions cette traduction adoptée par Descartes et qui a pris rang d'original. Tous les changemenu foiu a rédiUon laUDO sont indiqués aa bas de nom

dans leur langue et à leur mode, et renferma toutes ses pensées dans le latin et les termes de récole. Son intention n'a point été frustrée , et son lif re a été mis à la question dans tous les tribunaux de la philosophie ; les objections jointes à ces Méditations le témoignent assez , et montrent bien que les savants du siècle se sont donné la peine d'examiner ses propositions avec rigueur. Ce n'est pas à moi de juger avec quel succès , puisque c'est moi qui les présente aux autres pour les en faire juges. Il me sulïit de croire pour moi et d'assurer les autres que tant de grands hommes n^ont pu se choquer sans produire beaucoup de lumière.

20 Cependant ce livre passe des universités dans les palais des grands , et tombe entre les mains d'une personne très éminente (M. le duc de Luynes ). Après en avoir lu les Méditations et les avoir jugées dignes de sa mémoire , il prit la peine de les traduire en françois , soit que par ce moyen il se voulAt rendre plus propres et plus familières ces notions assez nouvelles, soit qu'il n'eût d'autre dessein que d'honorer Fauteur par une si bonne marque de son estime Depuis, une autre personne (Clerselier), aussi de mérite , n'a pas voulu laisser imparfait cet ouvrage si parfait , et , marchant sur les traces de ce seigneur, a mis en notre langue les objections qui suivent les Méditations, avec les réponses qui les accompagnent , jugeant bien que pour plusieurs personnes, le françois ne rendroit pas ces Méditations plus intdiigibles que le la*

ÂYËRTIfiSEMfiNT.

tio, sieDef D*étoient acoompaguées des objections et de leurs réponses, qui en soot comme les com- DeDiaires. L'auteur, ayant été averti de la bonae fortune des ûoes et des autres, a non-seulemeut coDSEotJ, mais aussi désiré et prié ces messieurs detroerer bon queces versions russent imprimées, parce qu'il avoit remarqué que ses Méditations avoientiti accueillies et reçues avec quelque satisfactin par un plus grand nombre de ceux qui De ra/ipliqBent pas à la philosophie de recelé que deffoiquiiY appliquent. Ainsi, comme llavoU tfoDoisapiemière impression latine au désir de <r(KiTtf des contredisants » Il a cru devoir cette seooQdeiraoçoise au favorable accueil de tant de penoones qei, goûtant déjà ses nouvelles peusb, sembloient désirer qu'on leur Atât la langue & le goût de Técole pour les accommoder au leur.

i' Od trouvera partout cette version asseï jiBte.et si religieuse que jamais elle ne s^est icartée du sens de l'auteur. Je le pourrois assurer sur lawiieoennoissance que J'ai de la lumière <ie l'esprit des traducteurs qui bcilement n*au* root pas pris le changOf mais j*en ai encore une tttreGertitadeplusaulhentlquei qui est quilsont» <:(»UDe il étoit juste, réservé à l'auteur le droit derefueetdecorrection. lien a usé ; maispodr soorr^plQtét qu'eux et pour éclaircir seukne&t ses propres pensées s je veux dire que « inaTaot quelques endroits où il lui a sembft fi'ilQelesaToitpas rendues asses claires dans le latiQ pour toutes sortes de personnes, il lésa tobIs ici éclaircir par quelque petit changement 9» I OD reoonnoitra bientAt en conférant le fiiin«> ^avec le latin. Ge qui a donné le plus de peine ttUradocteurs dans tout cet ouvrage a été la rsuntre de quantité de mots de l'art, qui, étant ^ et barbares dans le latin même, le sont |eaiu»Dp piB8 dans le françois, qui est moins ^ moios liardi et moins accoutumé à ces ter- ^liel'éeoie. Ik n'ont osé pourtant les Ater ^^li paroe qu'U leur eAt fallu alors changer

le sens » ce que leur défendoit k qualité d'interprètes qu'ils avoîent prise. D'autre part , lorsque cette version a passé sous les yeux de l'auteur, il l'a trouvée si bonne qu'il n'en a jamaia voulu changer le style, et s'en est toiyours d4 fendd par sa modestie et l'estime qu'il fait de ses traducteurs; de sorte que, par une déférence réciproque, les uns et les autres les ayant quelquefois laissés, il en est resté quelques-uns dans cet ouvrage.

J'igouterois maintenant I s'il m'étoit permis, que ce livre contenant des Méditations fort lï* bres, et qui peuvent même sembler extravagantea a oeux qui ne sont pas accoutumés aux spécula* tions de la mj&tapbysique , il ne sera ni utile ni agréable aux lecteurs qui ne pourront appliquer leur esprit avec beaucoup d'attention à œ qu'ils Usent, ni s'abstenir d'en juger avant que de l'avoir assez examiné. Mais j'ai peur qu'on ne me reproche que je passe les bornes de mon métier, ou plutét que je ne le sais guère, de mettre un Si grand obstacle au débit de mon livre par celte large exception de tant de personnes à qui je ne l'estime pas propre. Je me tais donc , et n'ef*' farouche plus le monde ; mais auparavant je me sens encore obligé d'avertir les lecteurs d'apporter beaucoup d'équité et de docilité à la lecture de ce livre ; car s'ils viennent avec cette mauvaise humeur et cet esprit contrariant de quantité de personnes qui ne lisent que pour disputeri et qui, faisant profession de chercher la vérité, semblent avoir peur de la trouver^ puisqu'un mâme moment qu'il leur en paroit quelque ombre ils tâchent de la combattre et de la détruire, ils n'en feront jamais ni profit ni jugement raisonnable* Il le faut lire sans prévention i sans précipitation, et à dessein de s'instruire, donnant d'abord à son auteur l'esprit d'éoolier pour prendre peu «près celui de censeur. Cette méthode est si néces* saire pour cette lecture que je la puis nommer la clef du livre, sans laquelle personne ne le 8au« roit bien entendre.

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