A MESSIEURS LES DOYENS ET DOCTEURS
DE LA SACRÉE rACCLTÈ DE THÉOLOGIE DE PARIS.
IbssiBims,
^mson qui me porte à vous présenter cet
r*«t»i juate, et, quand vous en connottrex
^1 je m'assure que vous en aurai aussi
une si juste de le prendre en votre protection, que je pense ne pouvoir mieux faire peur vous le rendre en quelque sorte recommandable, que de vous dire en peu de mots ce que fe m'y suis pro posé, é'ai toujours estimé que les d<Mix qtiestions
MÉDITATIONS
vérité dans les sciences, Don pas à dessein d^en traiter alors à fond , mais seulement comme en passant, afin d'apprendre par le jugement qu'on en (proit de quelle sorte j'en devrois traiter par après; car elles m'ont toujours semblé être d'une telle importance que je jûgeoîs qu'il étoit à propos d'en parler plus d'une fois; et le chemin que je tiens pour les expliquer est si peu battu et si éloigné de la route ordinaire que je n'ai pas cru qu'il fât utile de le montrer en françois et dans un discours qui pût être lu de tout le monde , de peur que les fotbles esprits ne crussent qu'il leur fût permis de tenter cette voie.
Or, ayant prié dans ce Discours de la Miihode tous ceux qui auroient trouvé dans mes écrits quelque chose digne de ceqsure de me faire la faveur de m'en avertir, on ne m'a rien objecté de remarquable que deux choses sur ce que j'avois dit touchant ces deux questions, auxquelles je veux répondre ici en peu de mots avant que d*entreprendre leur explication plus exacte.
La première est qu'il ne s'ensuit pas de ce que Tesprit humain, faisant réflexion sur soi-même, ne se connott être autre chose qu'une chose qui pense, que sa nature ou son essence ne soit seulement que de penser; en telle sorte que ce mot seulemetit exclue toutes les autres choses qu'on pourroit peut-être aussi dire appartenir à la nature de l'âme.
A laquelle objection je réponds que ce n'a point aussi été en ce lieu-là mon intention de les exclure selon l'ordre de la vérité de la chose (de laquelle je netraitois pas alors), mais seulement selon l'ordre de ma pensée; si bien que mon sens étoit que je ne connoissois rien que je susse appartenir à mon essence, sinon que j'étois une chose qui pense, ou une chose qui a en soi la faculté de penser. Or je ferai voir ci-après comment, de ce que je ne connois rien autre choso qui appartienne à mop essence, il s'ensuit qu'il n'y a aussi rien autre chose qui en elTet lui appartienne.
La seconde est qu'il ne s'ensuit pas, de ce que j'ai en moi l'idée d'une chose plus parfaite que je ne suis, que cette idée soit plus parfaite que mol, et beaucoup moins que ce qui est représenté par cette idée existe.
Mais je réponds que dans ce mot d'idée il y a ici de l'équivoque ; car, ou il peut être pris matériellement pour une opération de mon entendement, et en ce sens on ne peut pas dire qu'elle soit plus parfaite que moi ; ou il peut être pris objectivement pour la chose qui est représentée par <)eUe opération , laquelle , quoiqu'on ne suppose point qu'elle existe hors de mon entendement , peut néanmoins être plus parAiite que moi, à raison de son essence. Or dans la suite de ce traité je ferai
voir plus amplement eomment, de cela seeleoiênl que j'ai en moi l'idée d*une chose pins parfaite que moi , il s'ensuit que cette chose existe véritablement^.
Pe plus , j'ai vu aussi deux autres écriu asaei amples sur oette matière , mais qui ne combattoient pas tant mes raisons que mes oonclusiODS » et ce par des arguments tirés des lieax communs des athées. Mais parce que ces sortes d'arguments ne peuvent faire aucune impression dans l'esprit de eeux qui entendront bien mes raisons , et que les jugements de plusieurs sont si foibies et si peu raisonnables qu'ils se laissent bien plus souvent persuader par les premières cpinioof qu'ils auront eues d*une chose , pour fausses 6| éloignées de la raison qu'elles puissent être , que par une solide et véritable, mais pestérieuremeni entendue, réfutation de leurs opinions, je qe veux point ici y répondre, de peur d'être premièrement obligé de les rapporter.
Je dirai seulement en général que toutes qm disent les athées pour combattre IVxistence de Dieu dépend toujours , on de oe que l'on feint dans Dieu des affections humaines, ou de oe qu'oD attribue k nos esprits tant de foroe et de sagesse que nous avons bien la présomption de vouloir déterminer et comprendre ce que Dieu peut et doit faire ) de sorte que tout ee qu'llp disent ne nous donnera aucune difficulté, pourvu seulemeal que nous nous ressouvenions que nous devons considérer nos esprits comme des oboses fipies el limitées , et Dieu oomme un êtr0 infini et inoom-» préhensible.
Maintenant, après avoir suffisamment reeonna les sentiments des hommes , j'entreprends dere* chef de traiter de Dieu et de l'âme humaine, et ensemble de jeter les fondements de la philoeo* phie première, mais sans en attendre aucune louange du vulgaire ni espérer que mon livre soit vu de plusieurs. Au contraire, je ne eonseiileral jamais à personne de le lire , sinon à ceux qai voudront avec moi méditer sérieusement, et qui pourront détacher leur esprit du commerce des ' sens et le délivrer entièrement de toutes sortes de préjugés , lesquels je ne sais que trop être en fort petit nombre. Mais pour ceux qui, sans se souoier beaucoup de l'ordre et de Li liaison de mes raisons , s'amuseront à épiloguer sur chaoaoe des parties , comme font plusieurs , ceux-là, disje , ne feront pas grand profit de la lecture de oe traité ; et bien que peut-être ils trouvent occasion de pointiller en plusieurs lieux , i grand'pelne pourront-ils objecter rien de pressant ou qui soil digne de réponse.
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El d*totâDt que Je ne promets pas am autres de les ntriliure de prime abord , et que Je ne prfsame pas tant de moi que de croire pouvoir prévoir tout ce qui pourra faire de la difficulté à un diaeQB , j'eiposerai premièrement dans oes MUitatioDS les mêmes pensées par lesquelles je me persuade être parvenu à une certaine et évidente oonooissance de la vérité , afin fle voir si , par les fflémes raisons qui m'ont persuadé , je pourrai aussi en persuader d'autres; et après eela je répondrai aux (éjections qui m'ont été foites par des personnes d'esprit et de doctrine ,
à qui j*avols envoyé mes Méditations pour être examinées avant que de les mettre sous la presse ; car ils m'en ont fiait un si grand nombre et de si différentes que J'ose bien me promettre quM| sera difficile & un autre d'en proposer aucunes qui soient de conséquence qui n'aient point été touchées.
C'est pourquoi Je supplie ceux qui désireront lire ces Méditations de n'en former aucun jugement que premièrement ils ne se soient donné la peine de lire toutes ces objections et 1^ réppnses que j'y al faites.