Quelle est la nature du dufflMD
Au reste, on mêle du charbon avec le salpêtre et le souft-e ; et de ces trois choses ensemble, humectées de quelque liqueur afin qu'elles se puissent mieux joindre, on compose de petites boules ott de petits grains qui, étant parfaitement ^ebés en sorte qu'il n'y reste tien de la liqueur, font la poudre. Et en considérant que le charbon est ordinairement fait de bois duquel on a éteint le feu ayant qu'il fût entièrement brâlé, on voit qu'il doit y avoir en lui plusieurs pores qui sont fort grands; premièrement à cause qu'il y en a eu beaucoup dans le bois ou autre matière dont il est fait, puis aussi à cause qu'il est sorti beaucoup de parties terrestres hors de ce bols pendant qu'il a brûlé, lesquelles se sont changées en fumée. On volt aussi qu'il n'est composé que de deux sortes de parties, dont les Unes sont si grosses qu'elles ne saurolent être converties en fumée par l'action du feu, mais serolent demeurées pour les cendres si le charbon avoit achevé de brûler ; et les autres sont plus petites, à savoir celles qui en seroient sorties ; et celles-ci, ayant déjà été ébranlées par l'action du feu, sont déliées et molles, et aisées à embraser derechef, et avec cela elles ont des figures assez embarrassantes, en sorte qu'elles ne se dégageât pas aisément des lieux où elles sont ; comme II parott de ce que beaucoup d'autres en étant déjà sorties et changées en fumée, elles y sont demeurées les dernières.
lls^ Pourquoi on srène la poudK, et m quotpriodpaleiBent ooDsiste sa force.
Ainsi les parcelles du salpêtre et du soufre entrent aisément dans les pores du diarbon , parce
LES PRINCIPES DE U PHlIX)SOPfflE:
qu'ils sont grands, et elles y sont enveloppées et Hôes ensemble par celles de ses parties qui sont molles et embarrassantes ; principalement lorsque le tout ensemble, après avoir été humecté et formé en grains, est desséché. Et la raison pourquoi on grène la poudre est afin que les parties du salpêtre ne s'embrasent pas seulement l'une après l'autre, œ qui leur donneroit moins de force, mais qu'il y en ait plusieurs qui prennent feu toutes ensemble ; car chaque grain de poudre ne s'allume pas au^méme instant qu'il est touché de quelque flamme, mais cette flamme doit premièrement passer de la superficie de ce grain jusques au dedans, et y embraser les parties du soufre par l'entremise desquelles celles du salpêtre sont agitées et décrivent au commencement de fort petits cercles; puis, tendant i en décrire de plus grands, elles font effort toutes' ensemble pour rompre les parties du charbon qui les retiennent , au moyen de quoi tout le grain s*enflamme. Et bien que le temps qui est requis pour toutes ces choses soit extrêmement court si on le compare avec des heures ou des journées, en sorte qu'il ne nous est presque point sensible, il ne laisse pas d'être assez long lorsqu'on le compare avec l'extrême vitesse dont la flamme qui sort ainsi d'un grain de poudre s'étend de tous cAtés en l'air qui l'environne. Ce qui est cause par exemple que, lorsqu'un canon est chargé, la flamme de l'amorce ou des premiers grains de poudre qui prennent feu a loisir de s*étendre en tout l'air qui est autour des autres grains, et de les toucher tous avant qu'il y en ait aucun qui s'enflamme ; puis incontinent après, bien que les plus proches de la lumière soient les premiers disposés à s'enflammer, toutefois, i Giuse qu'en se dilatant ils ébranlent les autres et leur aident à se rompre, cela fait qu'ils s'enflamment et se dilatent tous en un même instant , au moyen de quoi toutes leurs forces, jointes ensemble, chassent la balle avec très grande vitesse. A quoi la résistance que font les parties du charbon sert beaucoup à cause qu'elle retarde au commencement la dilatation des parties du salpêtre, ce qui augmente incontinent après la vitesse dont elles se dilatent. Il sert aussi que la poudre soit composée de grains, et même que la grosseur de ces grains et la quantité du charbon soit proportionnée à la grandeur du canon, afin que les intervalles que ces grains laissent entre eux soient assez larges pour donner passage i la flamme de Tamorce, et faire qu'elle ait loisir de s'étendre par toute la poudre, et de parvenir jusques aux grains les plus éloignés avant qu'elle ait embrasé les plus proches.
lis. ce qu*on peut Juger des lampes qa*oo dit avoir oonaerT^ leur flamme dorant plusieurs siècles.
Après le feu de la poudre, qui est l'un de ceux qui durent le moins, considérons si, tout au oon* traire , il peut y. avoir quelque feu qui dure fort longtemps sans avoir besoin de nouvelle matière pour s'entretenir, comme on raconte de certaines lampes qu'on a trouvées ardentes en des tombeaux lorsqu'on les a ouverts après qu'ils avoient été fermés plusieurs siècles. Je ne veux point être garant de la vérité de telles histoires ; mais il me semble qu'en un lieu souterrain, qui est si exactement clos de tous cAtés que l'air n'y est jamais agité par aucun vent qui vienne du dedans ou du dehors de la terre , les parties de l'huile qui se changent en fumée et de fumée en suie , lorsqu'elles s'arrêtent et s'attachent les unes aux autres, se peuvent arrêter tout autour de la flamme d'une lampe et y composer comme une petite voûte qui soit suffisante pour empêcher que Tair d'alentour ne vienne suffoquer cette flamme ; et aussi pour la rendre si foible et si débile qu'elle n'ait pas la force d'enflammer aucune des parties de l'huile ni de la mèche, si tant est qu'il en reste encore qui n'aient point été brûlées ; au moyen de quoi le premier élément demeurant seul en cette flamme, à cause que les parties de l'huile qu'elle contenoit se sont toutes peu à peu attadiées à la petite voûte de suie qui l'environne, et tournant en rond là-dedans en forme d'une petite étoile , a la force de repousser de toutes parts le second élément qui seul tend encore à venir vers la flamme par les pores qu'il s'est réservés en cette voûte, et ainsi d'envoyer de la lumière en l'air d'alentour ; laquelle ne peut être que fort foible pendant que le lieu demeure fermé ; mais à l'instant qu*il est ouvert , et que Pair qui vient de dehors dissipe la petite voûte de fomée qui l'environnoit , elle peut reprendre sa vigueur et faire paroitre la lampe assez ardente, bien que peut-être elle s'éteigne bien têt après, à cause qu'il est vraisemblable que cette flamme n'a pu ainsi se conserver sans aliment qu'après avoir consumé toute son huile.