‹ Œuvres philosophiques de Descartes publibées da̕près les textes originauxChapitre 22 sur 306 · ABRÉGÉ DES SIX MÉDITATIONS SUIVANTES · texte numérisé non relu

ABRÉGÉ DES SIX MÉDITATIONS SUIVANTES

Bans la preml^, je mets en avant les raisons poor lesquelles nous pouvons douter généralement de toutes choses, et particulièrement de choses matérielles, au moins tapt que nous n'aurons point d'autres fondements dans les sciences que ceux que nous avons eus jusqu'à présent. Or, biep qoe l'utilité d'un doute si général ne p{(roôse pas d'abord, elle est toutefois en cela (rèç grande, qu'il nous délivre de toutes sortes de préjuge, et nous prépare un chemin très facile poar accoutumer notre esprit à se détacher des sens, et epfin en ce qu'il fait qu'il n'est pas possible que nous puissions jamais plus douter des dioses que nous découvrirons par après être véritables.

Bans la seconde, l'esprit qui, usant de sa propre liberté, suppose que toutes les choses ne sont point, de l'existence desquelles il a le moindre ^Qte, reconnolt qu'il est absolument impossible que cependant il n'existe pas lui-même. Ce qui est aussi d'une très grande utilité , d'autant que par ce moyen il fait aisément distinction des <teses qui lui appartiennent , c'est-à-dire à la aature intellectuelle, et de celles qui appartiennent an corps.

Mais parce qu'il peut arriver que quelques- Qui attendront de moi en ce lieu-là des raisons pour prouver l'Immortalité de l'âme, j'estime lef âwoir id avertir qu'ayant tâché de ne rien ierire dans tout ce traité dont je n'eusse des dé- Qoostrations très exactes, Je me suis vu obligé ^ suivre un ordre semblable à celui dont se ser^ ^t les géomètres, qui est d'avancer premier '^neot toutes les choses desquelles dépend la proposition que l'on cherche, avant que d'en rien coadure.

Or la preiQière çt priMpato çboae qui es| requise pouf biei) çonpoftre l'immortalité df l'àme est d'eq forn^er une conception claire ^t nette, et entièremept distiQCte de tout^ |^ CiU)-> ceptîons que l'on peut avoir du corps, c^ qpi ^ été fait en ce lieu-là. 11 est requis, outre cela, de savoir que toutes les choses que nous concevons dairement et distinctement sont vrajes, de la fi^- (on que nous les concevons, ce qui n'a pu être prouvé avant la quatrième Méditation. De plqsi 11 faqt avoir une conception distincte de la na* tare corporelle, laquelle se forme partie dans cette seoonde, et partie dans la cinquième et la sixième Méditation. Et enfin l'on doit conclure de tout cela que les choses que l'on conçoit clairement et distinctement être des substances diverses, ainsi que l'on conçoit l'esprit et le corps, sont en effet des substances réellement distinctes les unes des autres, et c'est ce que l'on conclut dans la sixième Méditation ; ce qui se confirme encore dans cette même Méditation de ce que nous ne concevons aucun corps que comme divisible, au lieu que l'esprit ou i'ame de l'homme ne se peut concevoir que comme indivisible ; car en effet nous ne saurions concevoir la moitié d'aucune ftme, comme nous pouvons faire du plus petit de tous les corps, en sorte que l'on reconnolt que leurs natures ne sont pas seulement diverses, mais même en quelque façon contraires. Or je n'ai pas traité plus avant de cette matière dans cet écrit , tant parce que cela suffit pour montrer asses clairement que de la corruption du corps la mort de l'âme ne s'ensuit pas , et ainsi pour donner aux hommes l'espérance d'une seconde vie après la mort, comme aussi parce que les prémisses desquelles on peut coucluie l'immortalité de rame dépendent de l'explication de

MÉDITATIONS

toute la physique : premièrement, pour savoir qae généralement toutes les substances, c*est-à-dire toutes les choses qui ne peuvent exister sans être créées de Dieu, sont de leur nature incorruptibles, et qu'elles ne peuvent jamais cesser d*étre si Dieu m&ne, en leur déniant son concours, ne les réduit au néant , et ensuite pour remarquer que le corps pris en général est une substance, c'est pourquoi aussi il ne périt point ; mais que le corps humain , en tant qu'il diffère des autres corps, n'est composé que d'une certaine configuration de membres et d'autres semblables accidents là où l'âmehumaine n'est point ainsi composée d'aucuns accidents, mais est une pure substance. Car encore que tous ses accidents se changent, par exemple encore qu'elle conçoive de certaines choses, qu'elle en veuille d'autres et qu'elle en sente d'autres, etc., l'âme pourtant ne devient point autre, au lieu que le corps humain devient une antre chose , de cela seul que la figure de quelques-unes de ses parties se trouve changée; d'où il s'ensuit que le corps humain peut bien facilement périr, mais qae l'esprit ou l'âme de l'homme ( ce que je ne distingue point ) est immortelle de sa nature.

Dans la troisième Méditation, j'ai, ce me semble, expliqué assez au long le principal argument dont je me sers pour prouver l'existence de Dieu. Mais néanmoins , parce que je n'ai point voulu me servir en ce lieu-là d'aucunes comparaisons tirées des choses corporelles, afin d'éloigner autant que je pourrois les esprits des lecteurs de l'usage et du commerce des sens, peut-être y est-il resté beaucoup d'obscurités (lesquelles, comme j'espère, seront entièrement éclaircies dans les réponses que j'ai faites aux objections qui m'ont depuis été proposées) , comme entre autres celle-ci : Comment l'idée d'un être souverainement parfait, laquelle se trouve en nous, contient tant de réalité objective, c'est-àdire participe par représentation à tant de degrés d'être et de perfection qu'elle doit venir d'une cause souverainement parfaite ; ce que j'ai éclairci dans ces réponses par la comparaison d'une machine fort ingénieuse et artificielle dont l'idée se rencontre dans l'esprit de quelque ouvrier ; car, comme l*artiflce objectif de cette idée doit avoir quelque cause, savoir on est la science de cet ouvrier, ou celle de quelque autre de qui il ait reçu cette idée, de même il est impossible que l'idée de Dieu, qui est en nous , n'ait pas Dieu même pour sa cause.

Dans la quatrième, tl est prouvé que toutes les choses que nous concevons fort clairement et fort distinctement sont toutes vraies, et ensemble est expliqué en quoi consiste la nature de l'erreur ou fausseté ; ce qui doit nécessairement êtr» su, tant pour confirmer les vérités précédent» que pour mieux entendre celles qui suivent. Mais cependant il est à remarquer que je ne traite nullement en ce lieu-là du péché, c'est-àdire de l'erreur qui se commet dans la poursuite du bien et du mal, mais seulement de celle qui arrive dans le jugement et le.discernement du vrai et du faux, et que je n'entends point y parler des choses qui appartiennent à la foi ou à la conduite de la vie, mais seulement de celles qui r^rdent les vérités spéculatives^ et qui peuvent être connues par l'aide de la seule lumière naturelle.

Dans la cinquième Méditation , outre que la nature corporelle prise en général y est expliquée, l'essence de Dieu y est encore démontrée par une nouvelle raison , dans laquelle néanmoins peut-être s'en rencontrera-t-ll aussi quelques difficultés, mais on en verra la solution dans les réponses aux objections qui m'ont été faites, et de plus je lais voir de quelle façon il est véritable que de la certitude même des démonstrations géométriques dépend la connoissanoe de Dieu.

Enfin dans la sixième, je distingue l'action de l'entendement d'avec celle de l'imagination ; les marques de cette distinction y sont décrites; j'y montre que l'âme de l'homme est réellement distincte du corps, et toutefois qu'elle lui est si étroitement conjointe et unie qu'elle ne compose que comme une même chose avec lui. Toutes les erreurs qui procèdent des sens y sont exposées, avec les moyens de les éviter; et enfin j'y apporte toutes les raTsons desquelles on peut conclure l'existence des choses matérielles : non que je les juge fort utiles pour prouver ce qu'elles prouvent, à savoir, qu'il y a un monde, que les hommes ont des corps, et autres choses semblables qui nlont jamais été mises en doute par aucun homme de bon seas ; mais parce qu'en les considérant de près Ton vient à connoître qu'elles ne sont pas si îérmes ni si évidentes que celles qui nous conduisent à la connoissanoe de Dieu et de notre âme; en sorte que celles-ci sont les plus certaines et les plus évidentes qui puissent tomber en la connoissance de l'esprit humain, et c'est tout ce que j'ai eu desseia de prouver dans ces six Méditations; ce qui lait que j'omets ici beaucoup d'autres questions dont j'si aussi parlé par occasion dans ce traité.

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