ARTICLE CLXIII
Dadédaio.
Tout de même, ce que je nomme le dédain est l'inclination qu'a l'âme à mépriser une cause libre, en jugeant que, bien que de sa nature elle soit capable de faire du bien et du mal, elle est néanmoins si fort au-dessous de nous qu'elle ne nous peut faire ni l'un ni l'autre. Et le mouvement des esprits qui l'excite est composé de ceux qui excitent l'admiration et la sécurité ou la hardiesse.
t ABnCLB CLZiy.
De rusage de ces deux panlont.
Et c'est la générosité et la foiblesse de l'esprit ou la bassesse qui déterminent le bon et le mauvais usage de ces deux passions : car d'autant qu'on a l'âme plus noble et plus généreuse, d'autant a-t-on plus d'inclination à rendre à chacun
TÂOISIÈBfE PARTIE.
e0 qoi lai appurtiott ; et ainsi on n*a pat seuleiK»t une tiîs profonde humilité au regard de Neo, mais aussi on rend sans répugnance tout llionDeur et le respect qui est dû aux hommes, à diacun selon le rang et Tautorlté qu'il a dans le monde, et on ne méprise rien que les Tîces : au eaotraîre, ceux qui ont l'esprit bas et foible sont lojets à pécher par excès, quelquefois en ce qu'ils réyèrent et craignent des choses qui ne sont dignes qoe de mépris, et quelquefois en ce qu'ils dédaignent insolemment celles qui méritent le plus d'être révérées ; et ils passent souvent fort promptemeolderextréme impiété à la superstition, puis de la saperstition à l'impiété, en sorte qu'il n'y aancoD Tice ni aucun dérèglement d'esprit dont ils 06 soient capables.
AnncLE GLxy.
ne TespéraDoe et de la crainte.
L'espérance est une disposition de l'âme à se penoader que ce qu'elle désire adviendra, laqoeUe est causée par un mouvement particulier des esprits, à savoir par celui de la joie et du désir ntlés ensemble ; et la crainte est une antre dispoliUon de l'ame, qui lai persuade qu'il n'adviendra pas; et il est à remarquer que, bien que ces deux panions soient contraires, on les peut néanmoins iToJr tontes deux semblables, à savoir lorsqu'on le représente en mime temps divenes raisons, dont les unes font juger que l'accomplissement do désir est fecile, les autres le font paroître difieUe.
ABTICLB CLXYI, De la sécurilé et du désespoir.
£t jamais l'une de ces passions n'accompagne le désir qu'elle ne laisse quelque place à l'autre ; Qr lorsque l'errance est si forte qu'elle chasse «tjèrement la crainte, elle change de nature et K nomme sécurité ou assurance ; et quand on est Mré que ce qu'on désire adviendra, qu'on conliane à vouloir qu'il advienne, on cesse néan- B^ d'&re agité de la passion du désir qui en ^t rediercher l'événement avec inquiétude; loat de même lorsque la crainte est si extrême qu'elle Ate tout lieu à l'espérance, elle se couverlit en désespoir ; et ce désespoir, représentant la djose comme impossible » éteint entièrement le <l>ttr, lequel ne se porte qu'aux choses possibles.
anncLB cutvii.
Oe la Jalousie.
La iiionsie est une espèce de crainte qui se rap- DiKAms.
porte an désir qu'on a de se conserver la possession de quelque bien ; et elle ne vient pas tant de la force des raisons qui font juger qu'on le peut perdre que de la grande estime qu'on en fait, laquelle est cause qu'on examine jusques aux moindres sujets de soupçon, et qu'on les prend pour des raisons fort considérables.
ABTICLB CLXyiII.
Bo qooi cette passion peut être bonnète.
Et pource qu'on doit avoir plus de soin de OOOserver les biens qui sont fort grands que ceux qui Siont moindres, cette passion peut être juste et honnête en quelques occasions. Ainsi, par exemple, un capitaine qui garde une place de grande importance a droit d'en être jaloux, c'est-à-dire de se défier de tous les moyens par lesquels elle pourroit être surprise; et une honnête femme n'est pas blâmée d'être jalouse de son honneur, c'estrà-dire de ne se garder pas seulement de malfaire, mais aussi d'éviter jusques aux moindret sujets de médisance.
ABnCLB CLUX.
Eo qooi eOe est blâmable.
Mais on se moque d'un avaricieux lorsqu'il est jaloux de son trésor, c'est-i-dire lorsqu'il le couve des yeux et ne s'en veut jamais éloigner de peur qu'il lui soit dérobé ; car l'argent ne vaut pas la peine d'être gardé avec tant de soin. Et on méprise un homme qui est jaloux de sa femme, pource que c'est un témoignage qu'il ne l'aime pas de la bonne sorte et qu'il a mauvaise opinion de soi ou d'elle; je dis qu'il ne l'aime pas de la bonne sorte, car s'il avoit une vraie amour pour elle, il n'auroit aucune inclination à s'en défier; lâais ce n'est pas proprement elle qu'il aime, c'est seulement le bien qu'il imagine consister à en avoir seul la possession, et il ne craindroit pas de perdre ce bien s'il ne jugeoit pas qu'il en est indigne ou bien que sa femme est infidèle. Au reste cette passion ne se rapporte qu'aux soupçons et aux défiances, car ce n'est pas proprement être jaloux que de tâcher d'éviter quelque mal lorsqu'on a juste sujet de le craindre.
ABTICLB CLZZ.
De rirrésolation.
L'irrésolution est aussi une espèce de crainte qui, retenant l'âme comme en balanco entre plusieurs actions qu'elle peut faire, est cause qu'elle n'en exécute aucune, et ainsi qu'elle a du temps
au
LES PÀ9SION9 PS l^'ÀME.
pour choisir ayant que do so déterminor, ou quoi yéritablement elle a quelque asage qui est bon ; mais lorsqu'elle duro plus qu*il ne faut, et qu'elle fait employer à délil)erer le temps qui est requis pour agir, elle est fort mauvaise. Or je dis qu'elle est une espèce de oraiote, nonobstant qu*il puisse arriver, lorsqu'on a le choix de plusieurs choses dont la bonté paroit fort égale, qu'on demeure incertain et irrésolu sans qu'on ait pour cela aucune crainte; car cette sorte d'Irrésolution vieni seulement du sujet qui 10 présente, et non point d'aucune émotion des esprits ; c'est pourquoi elle n*est pas une passion, si ce n'est que la crainte qu*on a de manquer en son choix en augmente l'incertitude. Mais cette crainte est si ordinaire et si fbrte en quelques-uns que souvent, encore qu'ils n'aient point A choisir et qu*lls ne voient qu'une seule chose à prendre ou à laisser, elle les retient et fait qu'ils s'arrêtent Inutilement à en chercher d'autres; et lors c'est un excès d'irrésolutlOD qui vient d'un trop grand désir de bien faire et d'une foiblesse de l'entendement, lequel, n^ayant point de notions claires et distinctes, en a seulement beaucoup de confuses. C'est pourquoi le remède contre cet excès est de s'accoutumer à former des jugements certains et déterminés touchant toutes les choses qui se présentent, et à croire qu'on s'acquitte toujours de son devoir lorsqu'on ftilt ce qu'on juge être le meilleur, encore que peut-être on juge très mal,
AinOLB OLXXI.
nacoyraaeet ^ la (uMrdiette.
Le courage, lorsque c'est une passion et non point une habitude ou inclination naturelle, est une certaine chaleur ou agitation qui dispose l'âme à se porter puissamment à l'exécution des choses qu'elle veut faire, de quelle nature qu'elles soient ; et la hardiesse est une espèce de courage qui dispose l'âme à l'exécution des choses qui sont les plus dangereuses.
ABTICLE CLXXII.
ne rénolaUoB.
Et rémulation eu est aussi un^ eapène, mais en un antre sens; car on peut considérer le courage comme un genre qui se divise en autant d'espèces qu'il y a d'objets différents, et en autant d'autres qu'il a de causes; en la première façon la hardiesse est une espèce, en Tautre l'émulation; et cette dernière n'est autre chose qu'une chaleur qui dispose l'àtoo à entreprendre des choses qu'elle espère lui pouYpir réussir pource qu'çUç les voit
réussir k d'autrea; M aiuri eeit uaa «gioi iê courage duquel la cause externe est Texaiaplf, H dis la cause eiterne, pource qu'il doit outre ^1 y en avoir toiiyours une interne, qui oonaisU sb ce qu'on a le corps tellement disposé que le désir et l'espérance ont plus de force à (aire aller qusQ* tité de sang vers le &BaT que la crainte ou 1» désespoir i l'emp&;jier«
aariçiA clxxiii.
CoBUMDt la hardiesse dépend de respéraoM,
Car il est è remarquer que, bien que robjetdi la hardiesse soit la diflBoulté, de laquelle suit or* dinairement la crainte ou même le désespoir, m sorte que c'est dans les affaires les plus diagereo* ses et les plus désespérées qu'on emploie le plus de hardiesse et de courage, il est besoin néanmolDS qu'on espère, ou même qu'on soît assuré que la fin qu'on se propose réussira, pour s'opposer avec vigueur aux difficultés qu'on rencontre. Nais cette fin est différente de cet objet \ csr on ne sauroit être assuré et désespéré d'une mèmocboM en même temps. Alusi quand les Pé(des se jetoiest au travers des ennemis et (iQuroient è une mort certaine, i'objat de leur hardiesse étoltla diftieulté de conserver leur vie pendant cette action, peur laquelle difficulté ils n*avoient que du désespoir, car ils étpient certains de mourir ; mais leur fia étoit d'animer leurs soldats par leur eiempls, et de leur faire gagqer la victoire pour laquelle iii avolent de l'espérance \ ou bien aussi leur fin étoit d'avoir de la gloire après leur mort, dç II* quelle ils étoient assurés.
ARTICLE CLXXir.
De la lâcheté et de la peur.
La lâcheté est directement opposée au oonrage, et c'est une langueur ou froideur qui empêche l'âmo de se porter à l'exécution des ehoses qu'elle feroit si elle étoit exempte de cette passion ; et la peur ou répouvante, qui est contPairo à la har« diesse^ n'est pas seulement nno froideur, mais aussi un trouble el un étoanement de l'âme qui lui Ate le pouvoir de résister aux maux qu'elle pense être proches.
A&TICLS cuu^y.
DeniMsedeialâelieie.
Or, encore que je ne me puisse persuader que la nature ait donné aux hommes quelque passion qui soit toujours vicieuse et n'ait aucun usage bon et louable, j'ai toutefois bien de la peine à dçTiuer i quoi m 4ra( pwtwi aarrif • D (H