‹ Œuvres philosophiques de Descartes publibées da̕près les textes originauxChapitre 257 sur 306 · RÈGLE VIII · texte numérisé non relu

RÈGLE VIII

■ dan It titkt dit ciMMet à êXMBloer U s^tn reacontra quel- 4a'BM que ooira ioleUigsoce ne poUws u»u bien oompreodre, U Cupt s'arrêter là, et ne pas examiner ceUcs qui siveot, mais s'alMteoIr d'un travaU superflu.

les trois règles précédentes prescrivent l'ordre et l'eipliquent; celle-ci montre quand il est absolument nécessaire et quand 11 est seulement utile ;

car tout qe qui constitue uq degré entier itm 1%

série qui mène du relatif à l'absolu, ou de l'abfplu a» ^^latif , doit nécessairement Atre e^^aipiul avaut les cboses qui sulyent, Maia si , comnie il arrive souvient, beaucoup de choses appartiea* uent au même degré, il est toujours utile de )ea parcourir toutes par ordre. Cependant nous ne sommes pas forcés de suivre cette règle strictement et rigoureusement, et le plus souvent, biea que nous ne connoissions pas à fond toutes cet dioses, mais seulement un petit noml>re ou io4me une seule, nous pouvons néanmoips passer outre.

Cette règle découle nécessairement des rMoui (apportées pour la seconde ; cependapt il ne faut pas croire qu'elle ne contient rien de npuvean pour faire avancer la science, quoiqu'elle paroisse seulement nous dissuader d'appliquer à certaine» choses rénumération méthodique et n'exposer aucune vérité, puisqu'elle n'enseigne aux étudiant! qu'à ne pas perdre leurs soins, et qu'elle emplpia à peu près les mêmes raisops que la règle deu^|èRie« Elle montre à peux oui connoissent parfaitement les sept règles précédeptes, par quel pK^en \Uk peuvent , danç l'étude 4*upis science que{conqiie« satisfaire eux-mêjpes leur esprit ap point de p'fiyoir plus rien à désirer. Car tout homnae qui dans la solution de quelque dllficulté aura rigoureusement observé |es premières règles, et quelque part cependant recevra de cette dernière Tordre de s'arrêter, eonnoltra alors 4vec certitude qu'il ne peut priver par aucpn moyen à I4 iciepm» qu'il cherche, et cel^ non par la f^uta d9 sop esprit , mais parce que la nature même de la difficulté ou la condition humaine s'y oppose* Or cette connoissance n'est pas une science moipdrp que celle qui nous montre la nature même dei choses, et l'on ne paroitroit pas d'un esprjt sepaé si l'on poussoit plus loin la curiosité.

Eclaircissons topt cela pi^r un ou deuf exem«* pies. Si un homme qui ne s'pccppe que de fpa* thématiques cherche cette ligne qu'en dioptriqpe on appelle anaclastique, ligpe dans laquelle les rayons parallèles se réfractent de manière ^ue tous après la réfraction s'iutersectent en un seql point, il s'apercevra facilement d'après les rcwlee cinquième et sixième que la détermination 4e cette ligne dépend du rapport qui existe entre les angles de réfraction et lee engles d'ineidennei mais comme il ne sera pas eepable de faire cette recherche, qui regarde la physique et ppp les pia* thématiques, il devra s'arrêter sur le seuil, et rien ne lui servira de demander aux philosophise oq 4 l'expérience la solution de cette difficulté \ car il pécherait contre la troisième règle. De plus cette proposition est composée et relative \ or ce p'eet qpe liir |^ çfyim 9ippi9l«tibwl|K« 4V'flB Deul

RÈGLES

CB croire rexpérieooe» oomme no» le démontrerons en son lieu. En vain encore snpposera-t-il entre les angles dont il s*agit quelque rapport qa*il soupçonnera être le yéritable ; car alors ce ne seroit plos Tanaclastique qu*il diercheroit, mais seulement la ligne qui pourroit rendre compte de sa supposition.

Hais si un homme qui ne s*oocupe pas seulement de mathématiques, et qui désire connoitre, d'après la première lîgle, la vérité sur tout ce qu*il rencontre, Tient à tomber sor la même difficulté, U ira plus loin et trouvera que le rapport entre les angles d'incidence et les angles de réfraction dépend du changement apporté dans la grandeur lespective de ces angles par la dinërence des milieux ; que ce diangement i son tour dépend du milieu parce que le rayon traverse la totalité du corps diaphane ; que la connoissance de la propriété de pénétrer un corps suppose connue la nature de Tactlon de la lumière, et qu'enfin, pour comprendre Tactlon de la lumière , il faut savoir ce que c'est en général qu'une puissance naturelle, dernier terme et le plus absolu dans toute eette série de questions. Lors donc que par l'intuition il aufa clairement vu ces propositions, il repassera par les mêmes degrés , selon la r^le cinquième, et si au second degré il ne peut découvrir tout d'abord la nature de l'action de la lumière, il énumérera par la règle septième toutes les autres puissances naturelles, afin que de la connoissance de quelqu'une d'entre elles il puisse au moins déduire par analogie la connoissance de celle qu'il ignore. Cela fait , il cherchera de quelle manière le rayon traverse la totalité du eorps diaphane, et il poursuivra ainsi par ordre l'examen des autres propositions jusqu'à ce qu'il arrive enfin à l'anaclastique même cherchée en vain jusqu'à ce jour par beaucoup de philosophes ; et cependant je ne vois rien qui puisse empêcher celui qui se serviroit parfaitement de notre méthode de découvrir cette ligne.

Mais donnons l'exemple le plus noble de tous. Si quelqu'un se propose cette question, d'examiner toutes les vérités à la connoissance desquelles la raison humaine suffit , examen que doivent faire, ce me semble, une fois dans leur vie, tous ceux qui veulent sérieusement arriver à la sagesse, il trouvera certainement, à l'aide des règles que j'ai données, qu'on ne peut rien connoitre avant de connoitre l'intelligence, puisque la connoissance de toutes les choses dépend d'elle, et non pas elle do cette connoissance ; puis, après avoir examiné tout ce qui vient immédiatement après la connoissance de l'intelligence pure , il énumérera tous les autres moyens de connoitre que nous possédons outre rinteUigenoe ; et il

trouvera qnll n*y en a que deux, l'imaginatioD et les sens, n emploiera donc tous ses soîds à distinguer et à examiner ces trois moyens de oonnoUre , et voyant que la vérité et l'erreur, à proprement parler, ne peuvent être que dans rintelIlgeDoe, mais que souvent elles ne tirent leur origine que de llmagination des sens, il s'appliquera soigneusement à connoitre toutes les choses qui peuvent l'égarer afin de s'en garder, et il comptera exactement toutes les voies qui sont ouvertes i l'homme vers la vérité afin de suivre la bonne. Car elles ne sont pas si nombreuses qu'il ne les trouve facilement toutes pas une énumération suffisante ; et ce qui paroîtra étonnant et incroyable à ceux qui n'en ont par fait l'expérience, aussitôt qu'il aura distingué les connoissaoces qui ne font que remplir ou orner la mémoire d'ayec celle qui constitue le vrai savant , distinction facile à faire (il y a ici une lacune).., il restera pleinement convaincu, que s'il ignore quelque chose, ce n'est faute ni d'esprit ni de capacité, et qu'un autre ne peut rien savoir qu'il ne soit luimême capable de connoitre, pourvu qu'il y applique convenablement son intelligence. Et bien que souvent on puisse lui proposer beaucoup de questions dont notre règle lui interdise de cherdier la solution , cependant il comprendra clairement qu'elles dépassent la portée de l'esprit humain ; il ne se croira pas pour cela plus ignorant , mais la certitude même qu'il aura que nul ne peut rien savoir de la question proposée satisfera largement sa curiosité, s'il est raisonnable.

Or, pour ne pas être toujours incertain sur ce que peut notre esprit, et de peur qu'il ne se fatigue mal à propos et inutilement , Il faut une fois dans sa vie, avant d'aborder l'étude de chaque chose en particulier, avoir cherché soigneusement quelles sont les connoissances que peut atteindre la raison humaine. Pour mieux réussir dans cette recherche, il faut toujours, entre deux choses également aisées , commencer par ia plus utile.

Cette méthode est semblable à ces arts mécaniques qui se suffisent à eux-mêmes, c'est-à-dire qui donnent à celui qui les exerce les moyens de fa« briquer les instruments dont il a besoin. Eneiïeti si quelqu'un vouloit exercer Tun de ces arts, l'art du forgeron, par exemple, et qu'il fût privé do tout Instrument, il s^oit d'abord forcé de prendre pour enclume une pierre dure, ou quelque masse de fer, pour marteau un caillou, de disposer deux morceaux de bois en forme de pinces, et de recourir selon le besoin à d'autres matériaux semblables. Ces préparatifs achevés, il n'iroit pas se mettre aussitôt à forger, pour l'usage des autres, des épécft ou des casques, ou tout autre instrument

POUR LTOIRÉCnON DEJL'ESPRIT.

de fer ; mais ayant tout il se fabriqueroit des marteaux , une eDclume, des pinces , et tous les au* 1res outils qui lui seroient utiles à lui-mdme.

Cet exemple nous apprend que ce n'est pas i ootre début, lorsque nous n*ayons encore pu dé* oouTrir que des règles peu éclaircies, et qui semblent plutAt nées dans notre esprit que le fruit de rétode, que nous devons tâcher avec leur aide de terminer les débats des philosophes et de résoudre les problèmes des mathématiciens, mais qu'il ftut 8*eD servir pour chercher avec le plus grand loin tout ce qui est nécessaire à l'examen de la firité, d'autant plus qu'il n*y a aucune raison poar que cela soit plus difficile à trouver que la solution d'aucune des questions qu'on a coutume d*a$Iler en géométrie , en physique ou dans les itttres sciences.

Or ici aucune question n'est plus importante i résoudre que celle de savoir ce que c'est que la cooDoissance humaine, et jusqu'où elle s'étend ; c*est pourquoi nous réunissons cette double étude daos une seule question que nous pensons devoir eiaminer la première d'après les règles posées plus liaut; c'est ce que doit faire une fois dans sa vie quiconque aime tant soit peu la vérité, parce que cette recherche contient les vrais moyens de savoir el toute la méthode. Mais rien ne me semble plus absurde que de disputer audacieusement sur les mystères de la nature, sur l'influence des astres, sur les secrets de l'avenir, et autres choses semblables, comme font beaucoup de gens, et de n'avoir jamais cherché si la raison humaine peut approfondir ces matières. Et il ne doit pas nous sembler difficile de déterminer les limites de l'esprit qae> nous sentons en nous-mêmes , puisque soQTent nous n'hésitons pas à porter un jugement sur des choses qui sont hors de nous et qui nous sont totalement étrangères. Ce n'est pas non plus un travail immense que de vouloir embrasser par b pensée tout ce qui est contenu dans l'univers, pour reconnoître comment chaque objet est sou- JDis i l'examen de notre esprit ; car il n'y a rien de si multiple ou de si épars que l'on ne puisse ao moyen de l'énumération dont nous avons parlé circonscrire dans des limites fixes et tbt loraer à un certain nombre de chefs. Pour en faire l'expérience dans la question posée plus haut, dÎTisoDs en deux parties tout ce qui s'y rattache; 00 effet, on doit la rapporter soit à nous, qui sommes capables deconnoitre, soit aux choses mêmes <lQi peuvent être connues. Discutons séparément tts deux points. Et d'abord nous remarquons ^D qu'en nous l'intelligence seule est capable de connoître, mais qu'elle peut être aidée ou empêchée par trois autres facultés qui sont : l'I- B«Sination , les sens et la mémoire, U faut donc

voir par ordre en quoi chacune de ces facultés peut nous nuire pour nous en garder, ou nous être utile pour en employer toutes les ressources ; ce premier point sera donc complètement traité au moyen d'une énumératiou suffisante, comme la règle suivante le démontre.

Il faut ensuite passer aux choses taiêmes et ne les envisager qu'autant qu'elles sont à la portée de notre intelligence; sous ce rapport, nous les divisons en simples et en complexes ou composées. Les simples ne peuvent être que spirituelles ou corporelles, ou spirituelles et corporelles à la fols ; les composées sont de deux sortes : l'intelligence apprend de l'expérience que les unes sont telles» avant de pouvoir porter sur elles aucun jugement positif; elle compose elle-même les autres, opération qui sera plus amplement exposée dans la règle douzième, ou l'on démontrera que l'erreur ne peut se trouver que dans les choses composées par l'intelligence; c'est pourquoi nous divisons encore ces deux dernières en deux espèces : celles qui se déduisent des choses les plus simples et connues par elles-mêmes, nous en traiterons dans le livre suivant; et celles qui en présupposent d'autres que l'expérience nous apprend être composées» nous leur consacrerons tout le troisième livre.

Dans tout ce traité nous tidierons de rediercher avec tant de soin et de rendre si faciles toutes les voies ouvertes i l'homme vers la connc^s-' sance de la vérité que quiconque se sera profondément pénétré de cette méthode. Quelle que soit d'ailleurs la médiocrité de son esprit, vole qu'aucune étude ne lui est plus Interdite qu'aux autres, et que s'il ignore quelque chose, ce n'est faute ni d'esprit ni de capacité. Mais toutes les fols qu'il appliquera son esprit i la cunnoissance de quelque chose, ou il y atteindra pleinement, ou U découvrira que la réussite dépend d'une expérience qu'il n'est pas en son pouvoir de faire, et alors il n^accusera pas son esprit , bien qu'il soit forcé de s'arrêter là ; ou enfin il démontrera que la chose cherchée surpasse tous les efforts de l'esprit humain, et partant 11 ne s'en croira pas plos ignorant, parce que ce dernier résultat est une science qui n'est Inférieure à aucune autre.

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