‹ Œuvres philosophiques de Descartes publibées da̕près les textes originauxChapitre 258 sur 306 · RÈGLE IX · texte numérisé non relu

RÈGLE IX

Il foat tourner toutes les forces de son esprit vers les cfioscs les plus facHes et de la moindre Iroporiance, et s'y arrêter longtemps, Jusqu'à ce que nous nous soyons aocoutumés A voir disUuctemeni et dairement la vérité.

Après avoir exposé les deux opératkms de notre intelllgeiice, l'intuition et la déduction, dont i

OàCrlAS

«VOUS dit qa'^es sont l6« seules dont II faille se servir dans l'étude des sciences, contiDuons d'expliquer, dans cetto rè^le et dans la suivante, par queto moyens nous ponvonç devenir plus aptes i faire ces opération», et en môme temps à développer les deux principales facultés de notre esprit, W^Qlr ; Id perspicacité, en considérant distinctement chaque chose ; et la sagacité, en déduisant li^bilement l^s choses l'nne de Tautre,

Et d'abord, la manière dont nous nons servons de nos yeux nous apprend l'usage de rintuitiop ; car cçlui qui veut embrasser du même coup d'çBïl W grand nombre d'objets à la fois n*en voit aucun distinctement; et pareillement celui qui» par un seul acte de la pensée, a coutume de s'appliquer à un grand nombre d'objets à la fois a l'esprit confus; mais les ourriem qui s'occupent d'ouvrages délicats, et qui sont aocoutum& a diriger leur regard sur chaque point, acquièrent par l'usage la faculté de distinguer parfaitement les choses même les plus petites et le$ plus fines; de même ceux (|ul jamais w partagent au même instant leur pensée entre des objets divers, mais qui toujours rnopupent tout entière a oonsidérer les choses les jplus simples et lea plus iacilas« daviennent très pertplcoiias.

C'est un vice commun parmi les mortels de re^

garder les choses 4iffiei)e9 eamme les plus belles, et le plupart croient ne rien savoir quand Us trou^ yent au^ choses une ceus^ très claire et très simple, cependant qu'ils admirent certaines raisons eubUmes et profondes des philosophes, quoique le plus souvent elles reposent sur des fondements que personne n'a jamais suffisamment vérifiés; Admiration insensée qui préfi&re les ténèbres à la lumière* Or il faut remarquer que ceux qui savent TéritobleBQ^nt fegonnoissent aussi facilement la Vérité lorsqu'ils ta tirent d'un sujet 0\>icw que Innqu'ils )a tirent d'un siyet simple. En effet, c'est par «n acte semblable» un et distinct, qu'Us fpmprennent choque vérité, une fois qu'ils y sont parvenus; toute ja difTérence est dans la rpute, qui certainaneat doit être plus longue si die conduit è une vérité plus éloignée des prinpipes primitifii et absolus.

Il fiat done s'aopoutnmer k embrasser par la pensée si peu d'objets à la fois, et des objets si simples, que jamais ou ne croie savoir ce dont on n'a pas une intuition aussi claire que de la chose dont on a la connoissance la plus distincte. Quelques-uns, il est iFral, naissent beaucoup plus propres k cela que les autres ; mais l'art et l'exerdco y peuvent rendre Jbnr esprit encore beaucoup plus propre. Et il est un point sur lequel je dois insister M plue que sur tous les autres ; c'est que

^Aiew le ^eraede f^mei^efit qm ^ ffmi m

des choses grandes et obscures, mais senlemeût des choses les plus simples et les plus faciles quil faut déduire les sciences même les plus cachées.

Par exemple, je veux examiner s'il est quelque puissance naturelle qui puisse, dans le même instant, passer dans un autre lien et traverser tout le milieu qui Ten sépare ; je ne tournerai pas aussitôt mon esprit vers l'action magnétique ou vers l'influence des astres, ou même vers la rapidité de la lumière, pour chercher si de tels mouvements sont Instantanés, car cela seroft plus difficile à prouver que ce que je cherche ; mais plutôt je réfléchirai au mouvement local des corps, parce que r|en dans ce genre ne peut être plus sensible, et je remarquerai qu'une pierre ne peut dans le même instant parvenir d'un lieu ft un autre, parce que c'est un corps; mais qu'une puissance semblable à celle qui meut cette pierre ne peut se communiquer que dans le même instant, si elle parvient seule d'un sujet à un autre. Ainsi , quand je remue l'extrémité d'un bâton, quelque long qu'il soit, je conçois facilement que la puissance qui la meut mette nécessairement en mouvement dans le même instant toutes les autres parties de ee bâton, parce qu'elle se communique seule et qu'elle ne se trouve pas renfermée dans quelque eorps, dans une pierre, par exemple, qui l'emporte avec elle.

Be même, si je veux connoltre comment une seule et même cause peut produire à la fois des effets contraires, je n'emprunterai pas aux médecins les remèdes qui chassent certaines humeurs et en retiennent d'autres; je ne dirai pas follement de la lune qu'elle échauffe par sa lumière et refroidit par sa qualité occulte ; mais plutôt je considérerai une balance ou les mêmes poids dans un seul et même instant élèvent un bassin et abaissent l'autre, et autres exemples semblables.

Pour que resprjl acquière de la sagadté, Il faut rexeroerà trouver les choies qui ont été déjà décoaveries, et à pv- ADurir rm QéUiode le» art« même ios moi|i8 imporuolh 0C4X aurMMit qui expliquent rordre oo le eupposepu

Je suis pé, je l'avoue, avec un esprit tel que le plus grand plaisir de Tétude a toujours été pour moi, non pas d'éoouter les raisons des autres, mais de les découvrir moi-même ; ce|a seul m'ayant attiré jeune f»ncore vers l'étude des sciences, chaque bis que quelque livre promettolt par son titre une nouvelle découvertOi avant d'aller plus loin j'essayoid si, par ma sagacité naturelle, je ne ppurrois pas atteindre à quelque chose de scmbiable, et je me gardois bien de m'enlever cet in- Ofwe^l ^l||sir j^ tt0e )(Bç(ure prédptt^ Cela me

POUR LA DIRECTION DE L'ESPRIT

rëonit tant de fois que je in*aperço8 enfin qoe j'arrlYOis à la yérité, non plas, comme les autres hommes, par des recherches vagues et ateugles, et plutAt avec le secours de la fortune qu'avec le secours de Tart, mais que j'avois trouvé par une longue expérience des règles fixes qui ne sont pas d'une médiocre utilité pour cette étude, et dont je me suis servi dans la suite pour découvrir d'autres règles. Et ainsi j*ai cultivé toute cette méthode avec soin, et je me suis persuadé que dès le principe j*avois 9ulvi la meilleure manière d'étudier.

Mais comme tous les esprits no sont pas également aptes à découvrir avec leurs seules forces la vérité, cette règle nous apprend qu'il ne faut pas nous occuper aujSsItAt de choses difficiles et ardues, mais commencer par l'examen des arts les moins Importants et les plus simples, ceux principalement où l'ordre règne davantage, comme sont les métiers du tisserand, du tapissier et des femmes qui brodent ou font de la dentelle ; comme sont encore toutes les combinaisons des nombres, toutes les opérations qui appartiennent à l'arithmétique, et autres arts semblables, qui tous exercent l'esprit d'une manière étonnante, pourvu que nous les découvrions noQ par les autres, mais par nous-mêmes. En effet, comme il n'y a rien d'obscur en eux, et qu'ils sont tout-à-fait à la portée do l'intelligence humaine, Ils nous font voir très distinctement des systèmes Innombrables, tous différents entre çux, et néanpoios réguliers; et c'est à en observer l'enchatuement eomme il convient que consiste presque toute la sagadté humaine.

C'est pour cela que nous avons averti qu'il liiut examiner ces choses avec méthode ; or la méthode, pour ces arts de peu d'importance, n'est rien autre chose que l'observation constante de l'ordre qui existe dans la chose elle-même, ou do l'ordre qu'une ingénieuse invention a mis dans cette même chose. Comme, par exemple, si nous voulons lire des caractères Inconnus, nous n'apercevons sans doute aucun ordre dans ces caractères; cependant nous en Imaginons un, non-seulement pour vérifier toutes les conjectures que nous pouvons former sur chaque signe, sur chaqup mot ou sur chaque phrase, mais encore pour disposer chaque signe, chaque mot et chaque phrase de manière à connoftre par la vole do l'énumération ce qu'on peut en déduire. Souvent il faut se garder de perdre son temps à vouloir deviner de pareilles choses par hasard et sans méthode; en effet, quand bien même on le pourroit souvent sans le secours de Tart, et quelquefois, avec du bonheur, plus promptement que par la méthode, cependant on émousseroit de la sorte son esprit, et ou l'accoutume-

rolt tellement aux choses puériles et vaines qu'il ne s^attacheroit plus désormais qu*è la superficie des choses, sans pouvoir pénétrer plus avant. Mais n'allons pas tomber dans Terreur de ceux qui n'occupent leur pensée que ie choses sérieuses et élevées, sur lesquelles, après de longs travaux, ils n'acquièrent qu'une science confuse, gu Uev de la science profonde qu'ils désirant. Il faut donc commencer, mais avec méthode, par l'examen des questions faciles dont II est parlé dans le présent chapitre, et nous accoutumer ainsi à pénétrer par des voies ouvertes et connues, et comme en nous jouant, jusqu'à la vérité intime des dioses; car par ce moyen nous sentirons peu à peu, et en moins de temps que nous n'aurions jamais pu l'espérer, que nous pouvons déduire avec une égale facilité, de principes évidentis, plusieurs pro^ positions qui parpissent très difficiles et très embarrassées.

Quelques personnes s'étonneront peut-^treque, traitant ici des moyens de noqs rendre plus apt^ à déduire des vérités les unes des autres, noun omettiops tous les préceptes par lesquels les dialecticiens croient régir la raison humaine , en lui prescrivant certaines formes de raisonnements fi concluantes que la raison qui s'y confie, bien que demeurant oisive et n'examinant pas la déduction elle-même pour en yérlfler l'évidence, peut cependant quelquefois, par la vertu de la forme seule, conclure quelque chose de certain. Nous remarquons, en effet, que la vérité échappe souvent à ces liens, tandis que ceux-là mêmes qui s'en servent y demeurent engagés, ce qui n'arrive pas si fréquemment aux autres; et l'expérience nous prouve que d'ordinaire les sophismes les plus subtils ne trompent que les sophistes euxmêmes, et presque jamais Thomme qui se sert de sa seule raison.

C^est pourquoi, craignant purtout que notre raison ne demeure oisive, tandis que nous examinerons quelque vérité, nous rejetons ces formes comme contraires à notre bu t , et nous préférons rechercher tous les secours qui peuvent retenir notre pensée attentive, ainsi que nous le montreroqs par la suite. Pour qu'il soit encore plus évident que cet art de disserter n'est utile en rien pour la connoissance de la vérité, remarquons que les dialecticiens ne peuvent combiner aucun syllogisme qui conclue le vrai, s'ils n'en ont déjà la ma tière, c'est-à-dire s'ils neconnoissent déjà la vérité qu'ils déduisent par ce moyen. On voit çlairemept par là que Tétude de cette forme ne leur apporte à eux-mêmes rien de nouveau, et que d^ lors la dialectique vulgaire est entièrement inutile à ceux qui veulent découvrir la vérité , mais que seulement elle peut servir parfois à mieux ea;poser aux

RÈGLES

antres des nbons déji ooUMiM, et qoe par oon- •éqaent il faut ht transporter de la pbiloaopbie dans la riiétorique.

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