‹ Œuvres philosophiques de Descartes publibées da̕près les textes originauxChapitre 277 sur 306 · N* 120.— A M. DESCARTES · texte numérisé non relu

N* 120.— A M. DESCARTES

(Lettre XX du tome IL Yenion.)

Monsieur,

Puisque , dans le mémo temps que vous aves bien voulu exposer les sujets de vos plaintes à MM. les curateurs de l'académie, et à MM. les consuls de la ville de Leyde, vous m'aveï aussi fait l'honneur de m'écrire, j^aicru que, pour répondre à votre attente , il étoit de mon devoir d'accompagner leurs lettres publiques des miennes; et je me suis acquitté d'autant plus volontiers de cette partie de mon devoir, que j'ai reconnu que vous aviez quelque confiance en moi et en ma recommandation ; non que pour cela je veuille me vanter que le soin que j'ai apporté en cetle affaire vous ait en aucune façon été utile; car ce n'est qu'à vous seul , et à l'équité de MM. les curateurs et de MM. les consuls, que vous devez attribuer ce dont votre courtoisie ma vouloit aussi être redevable. Mais pourcc que je vois par là que je pou avoir quelque espérance de pouvoir vous rendre service quand l'occasion s'en présentera, c'est pourquoi je prie Dieu qu'il vous conserve toujours en bonne santé A La Haye, le 13 des calendes de juin 1647.

M* 1S1.--AHES8IBURSLBS CURATEURS

DE If*ACADBIIU BT DB I.A TILLS DB LETDE.

(Lettre XXI du tome IL YenioB.)

Comme je tiens à très grand honneur la faveur que TOUS m'avez faite d'avoir eu quelque égard à mes lettrée^ et d*y avoir répondu avec tant d*lion- •léteté ; de nrfme aussi je m'étonne fort de ce que je ne pals comprendre votre pensée, ou plutôt de ce que je n'ai pu exposer la mienne asseï clairement pour vous donner à entendre ce que je dé* sirois de vous; car je vois que vous me priez que je m'abstienne de parler et d'agiter davantage cette question que j'ai dit avoir 6lé impugnée par deux de vos théologiens. Mais permettes-moi de TOUS dire que je ne sache point avoir jamais dit qo'iis aîcfnt impugné aucune de mes opinions» ou, du moins, aucune dont j'aie fait bruit et dont je me sols vanté; mais je me suis plaint de ce que, par une calomnie noire et tout4-fait inexcusable^ ils m'ont attiibué à dessein dans leurs thèses des choses que je n'ai jamais écrites ni pensées. Par exemple, j'ai écrit que Dieu est très grand , et plus grand sans oomparaison que toutes les créa** tures; et votre régent, au contraire, feint que j'aie écrit que l'idée de notre libre arbitre est plus grande que l'idée de Dieu, ou bien que notre li* bre arbitre est plus grand que Dieu même; et par cette médisance puérile, il m'attribue plus que le pélagianisme. De plus, j'ai écrit que Dieu n*est point trompeur, et même qu'il répugne entièrement qu'il puisse être trompeur; et votre principal régent de théologie assure que je tiens Dieu pour un imposteur et pour un trompeur, et ainsi 11 me fait passer pour un blasphémateur : voilà de quoi je me suis plaint. Ce n'est pas que je ne veuille bien que mes opinions soient examinées par vos professeurs , ou par toute autre sorte de personnes ; car au contraire, lorsque je les al données au public, j'ai supplié toutes les personnes de lettres de se donner la peine de les examiner, afin que, si j'étols tombé dans quelque erreur, elles me fissent la faveur de me les montrer, ou, si j'avois rencontré la vérité en quelque chose, qu'elles n'en eussent point de jalousie. Or, voyant que vos deux théologiens n'Impugnoient aucune de mes opinions , mais seulement qu'ils m'en attribuoient quelques-unes qui sont fort éloignées de ma pensée , j'ai bien cru qu'il m'étoit permis de leur répondre par un écrit public , et par ce moyen de faire connoître i tout le monde leur malice et leur calomnie. Car je ne

pense pas xpiUls sokmi venne i oe point d'or*

gueil que de croire qu'il leur soit permis, ou même qu'il leur ait été permis de nous attaquer par des écrits publics et de nous charger d'injures outrageuses, sans qu'à nous autres, chétifs et misérables , il nous soit presque permis d'ouvrir la bouche pour la juste et légitime défense de notre honneur ; cela seroit contre tout droit des gens , et l'on n'a même jamais vu , dans pas un siècle, ni parmi aucune nation du moins qui se vantât d'être libre, qu'il filt permis à des personnes d'en calomnier d'autres publiquement sans qu'il leur fût aussi permis de les accuser publiquement de leurs calomnies. Mais d'autant que j'aurols pu négliger de si lâches et de si ridicules calomniateurs, n'étoit qu'ils sont parmi vous dans des emplois qui leur donnent quelque autorité ; et par conséquent , quand j'aurois voulu mépriser leurs propres noms (que je ne rendrai jamais plus célèbres en les attaquant à découvert, de peur que l'amour d'un pareil châtiment n'en pprtât d'autres à une semblable médisance) , il me les eût toujours fallu désigner par ceux qui leur donnent chez vous cette autorité , j'ai cru que cela ne pou^ voit être honorable à votre académie ; c'est pourquoi j'ai mieux aimé vous donner avis de oe qui se passoit , non que cela me fAt avantageux, car je pouvois bien toujours me venger de telles iur jures par d'autres voies très faciles et très justes ^ mais pour ne rien faire qui vous pût déplaire, et pour vous témoigner qu'après de si grandes injures reçues, je me contenterois d'une médiocre satisfaction, pourvu seulement qu'elle fût telle qu'elle réparât le tort qui a été fait à mon hon* neur. Mais pardoonez-moi si jadis que je ne puis reconooître la moindre ombre de satisfisictlon dans vos lettres ; car vous me mandez avoir eipressé* ment défendu à tous , et à chacun de vos profa»* seurs en particulier, de faire le moins du monde mention de moi ou de mes opinions dans leurs exercices académiques. Je ne pense pas avoir rien fait qui mérite cela de vous, et je n'ai jamais cru qu'aucune de mes opinions fût si abominable et, qui plus est, si infâme , et je n'ai jamais aussi oui dire que les autres les aient tenues pour telles qu'il ne fût pas même permis d'en parler. Il n'y a que les personnes détestables et les scélérats de la terre qu'on tienne pour des infâmes , c'est-àdire pour des personnes dont il n'est pas même permis de proférer le nom. Croyez-vous donc qui. désormais je doive être estimé pour tel parmi tous vos professeurs : cela même ne me peut encore tomber en la pensée ; mais plu têt je me persuade que je ne comprends pas bien le sens de vos lettres. De même aussi , lorsque vous demandes que je m'abstienne de parler et d'agiter davantage

œRRESPONDANCE.

cette qaeitioii que vods dites avoir été impognée par les vétres, je ne puis encore comprendre votre demande. Tondriez- tous donc que je ne crusse pas que Dieu est plus grand que toutes les créatures ensemble, et qu'il ne peut être trompeur? car ç*a toujours été mon opinion , et je n*en ai jamais parlé autrement; ou bien voudriez- tous que je ne me défendisse point de ces monstres d'opinion qui m'ont été faussement attribués par les vôtres? car comme j'en ai toujours été très éloigné, on ne sauroit désirer de moi que je m'abstienne d'en parler davantage et de les publier. C'est pourquoi je vous conjure autant que je puis que, si je ne conçois pas bien encore le sens de vos paroles, vous ne vous rebutiez point, en me l'expliquant, de soulager la tardiveté de mon esprit. Et si par ci-devant je ne me suis pas assez expliqué sur ce que je désirois de vous, je vous prie maintenant de le bien comprendre, et de ne pas croire que, pour m'étre plaint à vous des injures que l'on m'a faites, il soit juste que {'en reçoive encore de plus grandes. Or ce que je demande de votre justice et de votre clémence est que vos deux théologiens soient obligés de se dédire, et de me décharger des calomnies atroces et tout-à-&it inexcusables que j'ai ici marquées, et qu'ils m'en fassent une satisfaction qui soit égale à leur crime et à leur médisance. Et remar* quez, je vous prie, qu'il n'est ici nullement question de la doctrine, mais seulement d'un fait, qui est de savoir si ce qu'ils feignent que j'ai écrit se trouve ou non dans mes écrits, ce que toute personne qui entend tant soit peu la langue latine peut très aisément reconnoitre.yous saurez aussi que je me soucie fort peu que l'on fasse désormais mention de moi dans votre académie, ou que l'on n'en fesse point ; mais comme je ne m'étudie qu*i avoir des opinions très vraies, et que je compte même entre mes opinions toute sorte de vérités connues , je n'estime pas qu'on les puisse bannir d'aucun lieu si l'on ne veut en même temps que la vérité en soit bannie, ni aussi qu'on puisse défendre à personne de bien parler de celui dont il a bonne estime, à moins que ceux qui font cette défense le tiennent pour un scélérat et pour un infâme, ou qu'ils le veuillent eux-mêmes charger d'injures et d'ignominie. Enfin, pource que je sais assurément n'fivoir point mérité cela de vous, j'attendrai, s'il vous plaît, de votre courtoisie une autre explication de vos lettres, et de la part de mes adversaires une autre satisfaction des Injures qu'ils m'ont faites. Et cela étant, je ferai toute ma vie, etc.

N* 122- —A M- WEVELICHOVEN.

( Lettre XXH da tome II. Teniim.)

Monsieur,

Je vous suis bien obligé de ce qœ vous a^eseo la bonté de joindre vos lettres à celles de AIM. te curateurs ; et l'offre que vous me laites de nonveau de votre service, si jamais l'occasion se présente que j'en aie besoin, est une faveur qui décroît de beaucoup mes premières obligatiODs; et, pour ne vous rien dissimnier» je vous dirai qnll s'en présente déjà une où vous me pouvez beaucoup servir ; car vous verrez par la réponie qn j'ai faite à MM. les curateurs que je ne oonprends pas bien le sens de leui lettre, i caosB que, sachant la bonté, la justice et la pradeDoe qu'ils observent en toutes choses, je ne paismlmaginer que, pour m'étre plaint à eux des iojares que j'ai reçues, et dont je pouvois très aisément et avec justice me venger par une autre voie, ils aient eu dessein de m'en faire de plus grandes ; c'est pourquoi je les supplie de me vouloir expliquer plus ouvertement leur pensée; et d'autant que la dextérité que vous apportez daos les affaires, et le crédit que vous avez aaprbde MM. les consuls, me lait croire que vous aura la meilleure part à tout ce qu'ils résoudroot, je vous aurai aussi' le plus d'obligation de (ont « qui sera résolu par eux à mon avantage, et en attribuerai la plus grande partie à l'affection q» vous avez pour moi. Je suis, etc.

N* 128- —A ir*.

({Lettre CXIV du twie IL}

il mai i6l7.

Monsieur,

La générosité, la franchise, l'amour de la vérité et de la justice, que j'ai éprouvées être ea vous, et que j'y estime d'autant plus queje vo« que ce sont des qualités inconnues i plusieun autres, sont cause que j'ai derechef recours i too* à l'occasion d'une lettre que j'ai reçue ce mauo de MM. les curateurs de l'université de Leyde. Vous en trouverez ici la copie avec celle de la réponse que j'y ai faite à l'heure même, par ob vous verrez de quelle façon je suis traité, et froment, après avoir été calomnié parleurs théciO' giens, et leur en avoir demandé justice, au um de me la faire, ils me mettent au nombre oa Érostrates et des plus infâmes qui aient jamais eic au monde, en défendant qu'on ne parle de m ni en bien ni en mal. Jo n'avois pas attew

d*eax une telle riponse, et Taffaire est maioteoant eD tel point qu'il est nécessaire qu'on me fasse raison, ou bien qu'on déclare publiquement que messieurs vos théologiens ont droit de mentir et de calomnier, sans que les personnes de ma sorte en puissent aucunement aroir justice en œ pays. Et je tous prie de remarquer ces mots en la lettre de MM. les curateurs, ab opiniane ^uam d professofibus aeademiœ ei régente €:oUeg%i theologis impugnatam reiuUêti; car le mot opmio, mis en telie sorte, semble signiâer quelque hérésie; et en parlant en pluriel, de professofibus theologis, bien que je ne me fusse plaint que d'un seul qui soit professeur, ils semblent insinuer que toute la faculté théologique de Leyde a souscrit aux calomnies dont je me suis plaint. Si cela est, et que la chose demeure en ce point, c'est principalement m'ayertirque j*ai TOB théologiens en corps pour ennemis, et ainsi que je dois dorénavant étudier les controverses et &ire trois pas en arrière, a&n de me mettre en mesure pour me défendre. C'est à quoi je serois très marri d'Atre contraint, bien qu'il me seroit peut-être plus avantageux que la complaisance dont j'ai usé jusqu'à présent. Au reste, ee n^est point que je désire qu'on parle de moi en leur académie; je voudrois qu'il n'y eût aucun pédant en toute la terre qui sût mon nom ; et si entre leurs professeurs il se trouve des chats- huants qui n'en puissent supporter la lumière, je veux bien que, pour favoriser leur folbiesse, Ils mettent ordre en particulier que ceux qui jugent bien de moi ne le témoignent point en public par des louanges excessives; je n'en al jamais recherché ni désiré de telles ; au contraire, je les ai toujours évitées ou empêchées autant qu'il a été en mon pouvoir; mais de défendre publiquement qu'on ne parle de moi ni en bien ni en mal, et, qui plus est, de m'écrire qu'on a fait cette défense, et vouloir que je cesse de maintenir les opinions que j'ai, comme si elles avoient été bien et légitimement impugnées par leurs professeurs, c*est vouloir que je me rétracte après avoir écrit la vérité, au lieu que j'attendois qu'on fit rétracter ceux qui ont menti en me calomniant; et, au lieu de me rendre la justice que j'ai demandée, ordonner contre moi tout le pis qui puisse être imaginé. Yoilà, monsieur, les sentiments que j'ai touchant la lettre qu'on m'a envoyée, et je les déclare ici en confidence, à cause Vie je sais que vous m'aimez et que vous aimez aussi la raison et la justice. J'ajoute que je vous demande conseil et assistance, comme ayant toujours éprouvé votre secours très prompt, très utile et très efficace. Le chemin que j'estime le plus court pour sortir que bien que mal de cette

affaire, si tant est que MM. les curateurs aient tant soit peu d'envie de ne me pas entièrement désobliger, c'est que, sur ce que je leur mandai que je n'entends pas le sens de leur lettre, Ils pourroient répondre que leur Intention n'est point de condamner mes opinions ni de bannir mon nom de leur académie, mais que, pour maintenir la paix et l'amitié entre leurs professeurs, ils ont trouvé bon de leur défendre de disputer dorénavant dans leurs thèses, ou autres exerci* ces, touchant ce qui est ou ce qui n'est pas en mes écrits, afin qu'ils s'occupent seulement à examiner ce qui est ou ce qui n'est pas vrai, plutôt que ce qu'un tel a dit ou n'a pas dit ; et que, pour les deux théologiens dont je me suis plaint, ils ont eu tort de m'attribner des opinions directement contraires à celles que j'ai écrites, et qu'ils leur en ont fait une telle réprimande qu'ils jugent que j*en dois être content. C'est, selon mon avis, toute la moindre satisfection que je doive avoir d'eux pour y pouvoir acquiescer ; et s'ils m*en veulent donner un grain de moins, j'aime ndeux n'en recevoir point du tout ; car ma cause sera d'autant meilleure que le tort qu'on m'aura fait sera plus grand. Si donc vous approuvez en cela mon opinion, je vous prie de vouloir prendre la peine de communiquer le tout 1 M. Brasset, auquel je n'aurai loisir d'écrire que trois lignes, et d'agir avec lui envers MM. les curateurs ou autres, afin que les choses aillent comme elles doivent. Je n'ajoute point Ici de compliments, car je n'en sais point qui ne soient fort au-dessous de ce que je vous dois, et je suis déjà plus que je ne dois exprimer, etc.

PaiNCESSB PALATINE, OtC.

(LettreXIXdutomeL)

ismaliSCf.

Encore que je pourrai trouver des occasions qui me convieront à demeurer en France, lorsque j'y serai, il n'y en aura toutefois aucune qui ait la force de m'empAcher que je ne revienne avant l'hiver, pourvu que la vie et la santé me demeurent, puisque la lettre que j'ai eu l'honneur de recevoir de votre altesse me fait espérer que vous retournerez à La Haye vers la fin de l'été. Mais je puis dire que c'est la princii>ale raison qui me fait préférer la demeure de ce pays i celle des autres; car, pour le repos que j'y étois ci-devant venu dierdier, je prévois que dorénavant je ne

CORBESPONDANCE.

l'y pourrai ayolr il entier que Je d^irerols* 1 cause que, n'ayant pas encore tiré toute la latls* factiou que je devois avoir des injures que j'ai reçues â Uirecht, Je vois qu'elles en attirent d'au* très, et qu'il y a une troupe de théologiens, gens d'école, qui semblent avoir fait une ligue ensem* ble pour tâcher à m'opprimer par calomnies; en sorte que, pendant qu'ils machinent tout ce qu'ils peuvent pour tâcher de me nuire, si Je ne veillois aussi pour me défendre, il leur seroit aisé de me faire quelques affronts. La preuve de ceci est que, depuis trois ou quatre mois, un certain régent du collège des théologiens de Leyde, nommé Regius, a fait disputer quatre diverses thèses contre moi pour pervertir le sens de mes Médita^ tiens, et faire croire que j'y ai mis des choses fort absurdes et contraires à la gloire de Bien, comme, qu'il faut douter qu'il y ait un Dieu, et même que je veux qu'on nie absolument pour quelque temps qu'il y en ait un, et choses semblables. Mais pource que cet homme n'est pas habile, et que même la plupart de ses écoliers se moquoient de ses médisances, les amis que j'ai à Leyde ne daignoient pas seulement m'avertir de ce qu'il falsoit, jusques à ce que d'autres thèses ont aussi été faites par TrigU, leur premier professeur en théologie, où il a mis ces mots f-ff . Sur quoi mes amis ont jugé, même ceux qui sont aussi théologiens, que Tintention de ces gens-là, en m'accusant d'un si grand crime comme est le blasphème, n'étoit pas moindre que de tacher à faire condamner mes opinions comme très pemiclepses, premièrement par quelque synode on ils seroient lés plus forts, et ensuite de tâcher aussi à me faire faire des affronts par les magistrats qui oroiant en eux; et que, pour obvier à cela, il étoit besoin que je m'opposasse à leurs desseins : ce qui est cause que depuis huit jours j'ai écrit une longue lettre aux curateurs de l'académie de Leyde pour demander justice contre les calomnies de ces deux théologiens. Je ne sais point encore la réponse que j'en aurai ; mais, selon que je connois l'humeur des personnes de ce pays, et combien ils révèrent, non pas la probité et la vertu, mais la barbe, la voix et le sourcil des théologiens, en sorte que ceux qui sont les plus effrontés et qui savent crier le plus haut ont ici le plus de pouvoir (comme ordinairement en tous les états populaires), encore qu'ils aient le moins de raison, je n'en attends que quelques emplâtres qui, n'étant point la cause du mal, ne serviront qu'à le rendre plus long et pins importun ; au lien que de mon cAté je pense être obligé de faire mon mieux pour tirer une entière satisftic-

(D «TrigHanâtai.»

tion de ces Injures, et aussi par de celles d'Utrecht; et en cas que je ne pttia» obtenir justice (comme je prévois qu'il sera tni malaisé que je l'obtienne), de me retirer tottt4fait de ces provinces. Mais ponroe qne toiiei choses se font ici fort lentement, je m'ssiore qu'il se passera plus d'un an avant que cela arriu. U ne prendrois pas la liberté d'entretenir votre il* tesse de ces petites choses, si la faveur qa^ellem fait de vouloir lire lea livres de M. HogelaDdeel de Regius, à cause de ce qu'ils ont mis qui Q» regarde^ ne me faisoit croire que vous n'aum pas désagréable de lavoir de vaoi-même ce qui m touche, outre que l'obéissanœ et le respect qiu)]^ vous dois m'obligent à vous rendre compte de m actions, Je loue Dieu de œ que oe docteur, iqid votre altesse a prêté le livr^ de mes Principe», i été longtemps sans vous retourner voir» poisqot c'est nne marque qu'il n'y a point du tout de pi* lades à la cour de madame l'électrioe ( et ilseœbk qu'on a un degré de santé plus parfait qoao^d^ est générale au lieu où l'on demeure que Ionqu'on est environné de malades. Ce médeciDun eu d'autant plus -de loisir de lire le livre qu'il i plu à votre altesse de lui prêter, et voue en iiin pu mieux dire depuis son jugement. Pendaetqvi j'écris ceci, je reçois des lettrée de La Haye et df Leyde, qui m'apprennent que Taiflemblée d« curateurs a été différée, en sorte qu'on oe ieiirt point encore donné mes lettrée ; et je TOii qu'<w fait d'une broulllerie une grande affaire, Oo dit que les tiiéologiens en veulent être juges, c*t)t(^ dire me mettre ici en une inquisition pive s^vèri que ne fut jamais celle d'Espagne, et m f^^^ l'adversaire de leur religion ; sur quoi (m 'ou* droit que j'employasse le crédit de M, l'amlMfia* deur de France et l'autorité de M. le prioced'O* range, non pas pour obtenir jmUWi ww> pw Intercéder et empêcher que mea enveviil ^f^^ sent outre. Je crois pourtant que je ne etfivm' point cet avis, je demanderai eeulemeat jafti<» et si je ne la puis obtenir, il me semble que le meilleur sera que je me prépare tout doucemeol à la retraite ; mais, quoi que je pense oq qQ#> fasse, et en quelque lieu du mondo que j'eiU^i > n'y aura Jamais rien qui me «ojt plu» cber qw d'obéir à vos commandements, et <to \Mi^ avec combien de sèle je mis, M

N« 126. — A M, CHAMDT.

(Lettre XXXYIdu tome 1.)

Monsieur,

Comme Je passois par id poar aller m Pwfl«J» J'ai appHs de M.. Brasse! qulU «i^witteBW* *

ANNÉB 1647.

mz

▼os leitreg i EgmoDd, et bien qae mon voyage soit assez pressé, je me proposois de les attendre; mais ayant été reçues en mon logis trois heures après que j'en étois parti, on me les a incontinent renvoyées. Je les ai lues avec avidité. J'y ai trouvé de grandes preuves de votre amitié et de votre adresse. J*ai eu peur en lisant les premières pages, où vous m'apprenez que M. Durier avoit parlé à la reine d'une de mes lettres, et qu'elle demandoit de la voir. Par après je me suis rassuré, étant à Tendroit où vous écrivez qu'elle en a ouï la lecture avec quelque satisfaction ; et je doute si j*al été touché de plus d'admiration de ce qu'elle a si facilement entendu des choses que les plus doctes estiment très obscures, ou de joie de ce qu'elles ne lui ont pas déplu. Mais mon adml« ration s'est redoublée lorsque j'ai vu la force et le poids des objections que sa majesté a remarquées touchant la grandeur que j'ai attribuée i l'univers. Et je souhaiterois que votre Jettre oi*eAt trouvé en mon séjour ordinaire, pource que, y pouvant mieui recueillir mon esprit que dans la chambre d'une batellerie, j'aurois peutêtre pu me démêler un peu mieux d'une question si difficile et si judicieusement proposée. Je ne prétends pas toutefois que cela me serve d'excuse ; et pourvu qu'il me soit permis de penser que c'est à vous seul que j'écris, afin que la vénéra* tioQ et le respect ne rendent point mon imagina* tien trop confuse, je m'efforcerai ici de mettre tout-ce que je puis dire touchant cette matière.

£q premier lieu, je me souviens que le cardinal de Cusa et plusieurs autres docteurs ont supposé le monde infini, sans qu'ils aient jamais été repris de TÉgiise pour ce sujet ; au contraire, on croit que c'est honorer Dieu que de faire concevoir ses œuvres fort grands ; et mon opinion est moins difficile à recevoir que la leur, pource que je ne dis pas que le monde soit infini, mais indéfini seulement. En quoi il y a une différence assez remarquable : car pour dire qu'une chose est infinie, on doit avoir quelque raison qui la fasse connoître telle, ce qu'on ne peut avoir que de Bleu seul ; mais pour dire qu'elle est Indéfinie, il suffit de n'avoir point de raison par laquelle on puisse prouver qu'elle ait des bornes. Ainsi il me semble qu'on ne peut prouver, ni même concevoir qu'il y ait des bornes en la matière dont le monde est composé ; car en examinant la nature de cette matière, je trouve qu'elle ne consiste en ûutre chose qu'en ce qu'elle a de l'étendue en longueur, largeur et profondeur, de façon que tout ce qui a ces trois dimensions est une partie de cette matière, et il ne peut y avoir aucun espace entièrement vide, c'est-à-dire qui ne contienne aucune matière » à cause que oous no

saurions eoncevolr an tel espace que nous ne concevions en lui ces trois dimensions, et par conséquent de la matière. Or, en supposant le monde fini, on imagine au-delà de ses bornes quelques espaces qui ont leurs trois dimensions, et ainsi qui ne sont pas purement imaginaires, comme les philosophes les nomment, mais qui contiennent en soi de la matière, laquelle, ne pou^ vaut être ailleurs que dans le monde, fait voir que le monde s'étend au-delà des bornes qu'on avoit voulu lui attribuer. N'ayant donc aucune raison pour prouver et même ne pouvant concevoir que le monde ait des bornes, je le nomme indéfini; mais je ne puis nier pour cela qu'il n'en ait peut^ étre quelques-unes qui sont connues de Dieu^ bien qu'elles me soient incompréhensibles : c'est pourquoi je ne dis pas absolument qu'il est infini.

Lorsque son étendue est considérée en cette sorte, si on la compare avec sa durée, il me sem-» ble qu'elle donne seulement occasion de penser qu'il n'y a point de temps imaginable avant la créa** tion du monde auquel Dieu n'eût pu le créer, s'il eût voulu ; et qu'on n'a point sujet pour cela dé conclure qu'il l'a véritablement créé avant un temps indéfini, à cause que l'existence actuelle ou' véritable que le monde a eue depuis cinq ou six mille ans n'est pas nécessairement jointe avec l'existence possible ou imaginaire qu'il a pu avoirauparavant ; ainsi que l'existence actuelle des espaces qu'on conçoit autour d'un globe (c'est-à-dire* du monde supposé comme fini ) est jointe avec l'existence actuelle de ce même globe. Outre cela,' si de l'étendue indéfinie du monde on pouvoit infé-* rer l'éternité de la durée au regard do temps passé, ' on la pourroit encore mieux inférer de l'éternité' de la durée de l'avenir. Car la fol nous enseigne • que bien que la terre et les deux périront, c'est- ' à-dire changeront de face, toutefois le monde, * c'est-à-dire la matière dont Ils sont composés, ne périra jamais; comme il paroît de ce qu'elle pro- ' met une vie éternelle à nos corps après la résurrection, et par conséquent aussi au monde dans lequel ils seront ; mais de cette durée Infinie que le monde doit avoir à l'avenir, on n'infère point ' qu'il ait été ci-devant de toute éternité, à cause que tous les moments de sa durée sont Indépendants les uns des autres.

Pour les prérogatives que la religion attribue à l'homme, et qui semblent difficiles à croire,' si rétendue de l'univers est supposée indéfinie, elles méritent quelque explication : car bien que nous ^ puissions dire que toutes les choses créées sont ' faites pour nous, en tant que nous en pouvons tf- ' rer quelque usage, je ne sache point néanmoins ' que nous soyons obligés de croire que l'homme ' soit la fin de II créfttk», Biais il dd que $wmim ^

correspoîïdance:

fripier ipium (Deom) faeia iunt, que c'est Dieu leal qui est la cause finale, aussi bien que la cause efficiente de l'univers; et pour les créatures, d*autant qu'elles serrent réciproquement les unes aux autres, chacune se peut attribuer cet avantage, que toutes celles qui lui servent sont faites pour elle. Il est vrai que les six jours de la création sont tellement décrits en la Genèse qu'il semble que rhomme en soit le principal sujet; mais on peut dire que cette histoire de la Genèse ayant été écrite pour l'homme , ce sont principalement les choses qui le regardent que le Saint-Esprit y a voulu spécifier, et qu'il n'y est parlé d'aucunes qu'en tant qu'elles se rapportent à l'homme. Et i cause que les prédicateurs, ayant soin de nous inciter à l'amour de Dieu, ont coutume de nous représenter les divers usages que nous tirons des autres créatures et disent que Dieu les a faites pour nous, et qu'il ne nous faut point considérer les autres fins pour lesquelles on peut aussi dire qu'il les a faites, & cause que cela ne sert point à leur sujet, nous sommes fort enclins à croire qu'il ne les a faites que pour nous. Mais les prédicateurs passent plus outre , car ils disent que chaque homme en particulier est redevable à Jésus- C&rlst de tout le sang qu'il a répandu en la croix, tout de même que s'il n'étoit mort que pour un seul ; en quoi ils disent bien la vérité ; mais comme cela n'empêche pas qu'il n'ait racheté de ce même sangun très grand nombre d'autres hommes, ainsi je ne vois point que le mystère de rincarnation et les autres avantages que Dieu a faits à l'homme empêchent qu'il n'en puisse avoir fait une Infinité d'autres très grands à une Infinité d'autres créatures. Et bien que je n'Infère point pour cela qu'il y ait des créatures Intelligentes dans les étoiles ou ailleurs, je ne vois pas aussi qu'il y ait aucune raison par laquelle on puisse prouver qu'il n'y en a point; mais je laisse toujours indécises les questions qui sont de cette sorte, plutôt que d'en rien nier ou assurer. Il me semble qu'il ne reste plus ici autre difficulté, sinon qu'après avoir cru longtemps que l'homme a de grands avantages pardessus les autres créatures, il semble qu'on les perd tous lorsqu'on vient i changer d'opinion. Mais je distingue entre ceux de nos biens qui peuvent devenir moindres de ce que d'autres en possèdent de semblables, et ceux que cela ne peut rendre moindres. Ainsi un homme qui n'a que mille pistoles seroit fort riche s'il n'y avoit point d'autres personnes au monde qui en eussent tant, et le même seroit fort pauvres'il n'y avoit personne qui n'en eût beaucoup davantage; et ainsi toutes les qualités louables donnent d'autant plus de gloire à ceux qui les ont qu'elles se rencontrent en moins de personnes ; c'est pourquoi on a coutume

de porter envie à la gloire et aux richesses d*aatnL Mais la vertu, la science, la santé, et généralement tous les autres biens, étant considérés eo eux-mêmes sans être rapportés & la gloire , ne sont aucunement moindres en nous dece qu'ils se trouveaf aussi en beaucoup d'autres ; c'est pourquoi nooi n'avons aucun sujet d'être fâchés qu'ils soient ea plusieurs. Or les biens qui peuvent être en toutes les créatures intelligentes d'un monde indéfini sont de ce nombre; ils ne rendent point moindres ceux que nous possédons : au contraire lorsque nous aimons Dieu, et que par lui nous nous joignons de volonté avec toutes les choses qu^il a créées, d'autant que nous les concevons pins grandes, plus nobles, plus parfaites, d'autant nous estimons-nous aussi davantage , à cause qae nous sommes des parties d'un tout plus accompli ; ei d'autant avons-nous plus de sujet de louer Dieu, à cause de l'immensité de ses œuvres. Lorsque l'Écriture sainte parle en divers endroits de la multitude innombrable des anges, elle confirme entièrement cette opinion : car nous jugeons que les moindres anges sont incomparablement plus parfaits que les hommes. Et les astronomes, qui en mesurant la grandeur des étoiles les trouvent beaucoup plus grandes que la terre, la confirment aussi : car si de l'étendue Indéfinie du monde on infère qu'il doit y avoir des habitants ailleun qu'en la terre, on le peut inférer aussi de l'étendue que tous les astronomes lui attribuent, i cause qu'il n'y en a aucun qui ne juge que la terre est plus petite au regard de tout le ciel que n'est un grain de sable au regard d'une montagne.

Je passe maintenant à votre question touchant les causes qui nous incitent souvent k aimer une {lersonne plutôt qu'une autre , avant que nous en connoissions le mérite ; et j'en remarque deux, qui sont l'une dans l'esprit, et l'autre dans le corps. Mais pour celle qui n'est que dans l'esprit, elle présuppose tant de choses touchant la nature de nos âmes que je n'oserols entreprendre de les déduire dans une lettre; je parlerai seulement de celle du corps. Elle consiste dans la disposition des parties de notre cerveau, soit que cette dis* position ait été mise en lui par les objets des sens, soit par quelque autre cause : car les objets qui touchent nos sens meuvent par l'entremise des nerfs quelques parties de notre cerveau, et y font comme certains plis qui se défont lorsque l'objet cesse d'agir ; mais la partie où ils ont été faits demeure par après disposée à être pliêe derechef en la même façon par un autre objet qui ressemble en quelque chose au précédent, encore qu'il ne lui ressemble pas en tout. Par exemple, lorsque j'étois enfant, j'aimois une fille de mon âge,

qa! étoit dd peu louche ; an moyen de quoi Timpression qui se faieoit par la Tue en mon ceryeau, quand je regardoîs ses yeux égarés, se joignolt tellement à celle qui s*y faisoit aussi pour émouvoir en moi la passion de Tamour que longtemps apr&Sy en voyant des personnes louches, je me sentois plus enclin à les aimer qu'a en aimer d'autres, pour cela seul qu'elles avoient ce défaut ; et je ne savois pas néanmoins que ce fût pour cela ; au contraire, depuis que j*y ai fait réflexion, et que j'ai reconnu que c*étoit un défaut, je n'en ai plus été ému. Ainsi lorsque nous sommes portés à aimer quelqu'un sans que nous en sachions la cause, nous pouvons croire que cela vient de ce qu'il y a quelque chose en lui de semblable à ce qui a été dans un autre objet que nous avons aimé auparavant , encore que nous ne sachions pas ce que c*est ; et bien que ce soit plus ordinairement une perfection qu*un défaut qui nous attire ainsi à Tamour, toutefois à cause que ce peut être quelquefois un défaut, comme en l'exemple que j'ai apporté, un homme sage ne se doit pas laisser entièrement aller à cette passion avant que d'avoir considéré le mérite de la personne pour laquelle nous nous sentons émus. Mais i cause que nous ne pouvons pas aimer également tous ceux en qui nous remarquons des mérites égaux, je crois que nous sommes seulement obligés de les estimer également ; et que le principal bien de la vie étant d'avoir de l'amitié pour quelques-uns, nous avons raison de préférer ceux à qui nos inclinations secrètes nous joignent, pourvu que nous remarquions aussi en eux du mérite. Outre que lorsque ces inclinations secrètes ont leur cause en l'esprit, et non dans le corps, je crois qu'elles doivent toujours être suivies ; et la marque principale qui les fait connoître est que celles qui viennent de l'esprit sont réciproques, ce qui n'arrive pas souvent aux autres. Mais les preuves que j'ai de votre affection m'assurent si fort que l'inclination que j'ai pour vous est réciproque qu'il faudroit que je fusse entièrement ingrat, et que je manquasse à toutes les règles que je crois devoir être observées en l'amitié, si je n'étois pas avec beaucoup de zèle, etc.

A La Haye, le 6 Joia 1647.

FBIMGBSSE PALATIMB, OtC.

(Lettre XX du tome L.

7 Join 1647.

Madame, Passant par La Haye pour aller en France,

DiS€AfiTIS«

puisque je ne puis y avoir l'honneur de recevoir vos commandements et vous faire la révérence, il me semble que je suis obligé de tracer ces lignes, afin d'assurer votre altesse que mon zèle et ma dévotion ne changeront point, encore que je change de terre. J'ai reçu depuis deux jours une lettre de Suède, de monsieur le résident de France qui est là, où il me propose une question de la part de la reine, i laquelle il m'a fait connoître en lui montrant ma réponse à une autre lettre qu'il m'avoit ci - devant envoyée ; et la façon dont il décrit cette reine, avec les discours qu'il rapporte d'elle, me la font tellement estimer qu'il me semble que vous seriez dignes de la conversation l'une de l'autre ; et qu'il y en a si peu au reste du monde qui en soient dignes qu'il ne seroit pas malaisé à votre altesse de lier une fort étroite amitié avec elle ; et qu'outre le contentement d'esprit que vous en auriez, cela pourroit être à désirer pour diverses considérations. J'avois écrit ci -devant i ce mien ami, résident en Suède, en répondant à une lettre où il parloit d'elle, que je ne trouvois pas incroyable ce qu'il m'en disoit, à cause que l'honneur que j'avois de connoUre votre altesse m'avoit appris combien les personnes de grande naissance pouvoient surpasser les autres, etc. Mais je ne me souviens' pas si c'est en la lettre qu'il lui a fait voir, ou bien en une autre précédente; et pource qu'il est vraisemblable qu'il lui fera voir dorénavant les lettres qu'il recevra de moi, je tâcherai toujours d'y mettre quelque chose qui lui donne sujet de souhaiter l'amitié de votre altesse, si ce n'est que vous me le défendiez. On a fait tairo les théologiens qui me vouloient nuire, mais en les flattant et en se gardant de les offenser le plus qu'on a pu , ce qu'on attribue maintenant au temps; mais j'ai peur que ce temps durera toujours, et qu'on leur lairra prendre tant de pouvoir qu'ils seront insupportables. On achève l'impression de mes Principes en françois, et pource que c'est i'Epître qu'on imprimera la dernière, j'en envoie ici la copie à votre altesse, afin que s'il y a quelque chose qui ne lui agrée pas, et qu'elle juge devoir être mis autrement, il lui plaise me faire la faveur d'en avertir celui qui sera toute sa vie, etc.

7Ae

CORRESPONDANCE

N^ tn. — A MADAME lîlISABETH,

milICBSSB PALATINE, OtC.

(LettfeXXidutomel.)

10 JaUIet 1617.

Madame,

MoD voyage ne ponvolt ttre aocompagoé d'au* caa malheur , puisque j'ai été si heureux eu le faisan! que d*étre en Ja souyenaDce de votre altesse ; la très favorable lettre qui m'en donne des marques est la chose la plus précieuse que Je pusse recevoir en ce pays. Elle m'auroit entièrement rendu heureux, si elle ne m'avoit appris que la maladie qu'avoit votre altesse auparavant que Je parusse de La Haye lui a encore laissé quelques restes d'indisposition en l'estomac. Les remèdes qu'elle a choisis, à savoir la diète et Texercice, sont à mon avis les meilleurs de tous, après toutefois ceux de l'âme, qui a sans doute beaucoup de force sur le corps, ainsi que montrent les grands changements que la colère, la crainte et les autres passions excitent en lui. Mais ce n'est pas directement par sa volonté qu'elle conduit les esprits dans les lieux où ils peuvent être utiles ou nuisibles, c'est seulement en voulant ou pensant à quelque autre chose ; car la construc* tion de notre corps est telle que certains mouvements suivent en lui naturellement de certaines pensées ; comme on voit que la rougeur du visage suit de la honte, les larmes de la compas^ sion et les ris de la joie. Et je ne sache point de pensée plus propre pour la conservation de la santé, que celle qui consiste en une forte persuasion et ferme créance que l'architecture de nos corps est si bonne que, lorsqu'on est une fois sain , on ne peut pas aisément tomber malade, si ce n'est qu'on fasse quelque excès notable, ou bien que l'air ou les autres causes extérieures nous nuisent; et qu'ayant une maladie, on peut aisément se remettre par la seule force de la nature, principalement lorsqu'on est encore jeune. Cette persuasion est sans doute beaucoup plus irraie et plus raisonnable que celle de certaines gens qui, sur le rapport d'un astrologue ou d'un médecin, se font accroire qu'ils doivent mourir en certain temps, et par cela seul deviennent malades et même en meurent assez souvent, ainsi que j'ai vu arriver à diverses personnes. Mais je ne pourrois manquer d'être extrêmement triste si je pensois que l'indisposition de votre altesse durât encore ; j'aime mieux espérer qu'elle est toute passée ; et toutefois le désir d'en être certain me fait avoir des passions extrêmes do

retourner en Hollande. Je me propose de partir d'ici dans quatre ou cinq jours pour passer eo Poitou et en Bretagne , où sont les afiaires qat m'ont amené ; mais sitôt que je les aurai pa mettre un peu en ordre, je ne souhaite rien tant que de retourner vers les lieux où j'ai été si heureux que d'avoir Thonneur de parler quelquefois k votre altesse ; car bien qu'il y ait ici beaucoup de personnes que j'honore et estime, je n'y ai toutefois encore rien vu qui me puisse arrêter. Et je suis au-delà de tout ce que je puis dire, etc.

N* 128.— A LA REINE DE SHtfilL Lettre I** du tome m.)

Madame,

l'ai appris de M. Chanut qu*tl plaît i votre majesté que j'aie l'honneur de lui exposer Topi' nion que j'ai touchant le souverain bien, considéré au sens que les philosophes anciens en ont parlé; et je tiens ce commandement pour ane si grande faveur que le désir que j'ai d'y obéir me détourne de toute autre pensée, et fait que, sans excuser mon' insuffisance, je mettrai ici en peu de mots tout ce que je pourrai savoir sur cette matière. On peut considérer la bonté de diaque chose en elle-même sans la rapporter à autrui, auquel sens 11 est évident que c'est Dieu qui est le souverain bien, pource qu'il est incomparablement plus parfait que les créatures; mais où peut aussi la rapporter à nous, et en ce sens je ne vois rien que nous devions estimer bien, sinon ce qui nous appartient en quelque façon, et qui est tel que c'est perfection pour nous de l'avoir. Ainsi les philosophes anciens qui, n'étant point éclairés de la lumière de la foi, ne savoient rien de la béatitude surnaturelle , ne considéroient que les biens que nous pouvons posséder en cette vie, et c'étolt entre ceux-là qu'ils chercholent lequel étolt le souverain, c'est-à-dire le principal et ie plus grand. Mais afin que je le puisse déterminer, je considère que nous ne devons estimer biens à notre égard que ceux que nous possédons ou bien que nous avons pouvoir d'acquérir ; et cela posé, il me semble que le souverain blende tous les hommes ensemble est un amas oo un assemblage de tous les biens, tant de rime que du corps et de la fortune, qui peuvent être en quelques hommes ; mais que celui d'un chacun en particulier est tout autre chose, et qu'il ne consiste qu'en une ferme volonté de bien faire et au contentement qu'elle produit : dont la raison est que je ne remarque aucun autre bien qui me semble si grand, ni qui soit entière-

oMiii ao pouvoir d'an châeun. Car poor les biens du oorpe et de la fortune, Us ne dépendent poiDt absolument de nous ; et ceux de Tâme se rapportent tous à deux chefs , qui sont, Tun de GonDéttre et l'autre de Toulofr ce qui est boii ; mais la connoissance est souvent au-delà de nos forces; c'est pourquoi il ne reste que notre volontë dont nous puissions absolument disposer. Et je ne vois point qu'il soit possible d'en disposer mieux que si l'on a toujours une ferme et constante résolution de faire exactement toutes les choses que Ton jugera être les meilleures, et d'employer toutes les forces de son esprit à les bien eonnoitre; c'est en cela seul que consistent toutes les vertus ; c'est cela seul qui, à proprement parler, mérite de la louange et de la gloire; enfin, c'est de cela seul que résulte toujours le plus grand et le plus solide contentement de la vie; ainsi j'estime que c'est en cela que consiste le souverain bien. Et par ce moyen je pense ac^ ONTder les deux plus contraires et plus célèbres opinions des anciens , à savoir celle de Zenon qui Ta mis en la vertu ou eu rhonneur, et celle d'EpIcure qui Ta mis au contentement auquel il a donné le nom de volupté* Car comme tous les vices ne viennent que de l'iDcertitùde et de la foiblesso qui suit Tlgnorance et qui fait naître les repentirs « ainsi la vertu ne consiste qu'en la ré« solution et la vigueur avec laquelle on se porte à faire les ohoses qn'on croit être bonnes* pourvu que cette vigueur ne vienne pas d'opinifitreté , mais de oe qu*0D sait les avoir autant examinées qu'on en a moralement de pouvoir; et bien que C8 qu'on fait alors puisia être mauvais, on est assuré néanmoins qu'on ùHî son devoir ; au lieu que si on exécute quelque action de vertu et que cependant on pense mal faire, ou bien qu'on néglige de savoir ce qui en est, on n'agit pas en homme vertueux* Pour œ qui est de l'honneur et de la louange, on les attribue souvent aux autres biens de la fortune; mais pource que je m'assure que votre majesté fait plus d'état de sa vertu que de sa couronne, je ne oraindrai point ici de dire qu'il ne me semble pas qu'il y ait rien que cette vertu qu'on ait juste raison de louer. Tous les autres biebs méritent seulement d'être estimés, et non point d'être honorés on loués, si ce n'est en tant qu'on présuppose qu'Us sont aoquis ou obtenus de Dieu par le bon usage du libre arbitre; ear l'honneur et la louange est une espèce de récompense, et 11 n'y a rien que ce qui dépend de la volonté qu'on ait sujet de récompenser on de puDir« 11 me reste encore Ici à prouver que c'est de ce bon usage du libre arbitre que vient le plus grand et le plus solide coniememoit éete vie, o» qui ib« semble n'être pis

difficile, pource que oonsMérant avec sein en quoi consiste la volupté ou le plaisir et généralement toutes les sortes de contentements qu'on peut avoir, je remarque en premier lieu qu'il n'y en a aucun qui ne soit entièrement en râme« bien que plusieurs dépendent du corps ; de même que c'est au«l rftme qui volt, bien que ce soit par l'enttemise des yeux» Puis je remarque qu'il n'y a rien qui puisse dooner du contentement à l'ftme^ sioon ropinion qu'elle a de posséder quelque bien, et que souvent cette opinion n'en est qu'une représentation fort confuse, et même que ion union avec le corps est cause quelle se repré* sente ordinairement certains biens incompara* blement plus grands qu'ils ne sont ; mais que al elle connoissolt distinctement leur juste valeuri son contentement seroit toujours proportionné i la grandeur du bien dont il prooéderolt. Je remarque aussi que la grandeur d'un bien à notre ^'gard ne doit pas seulemeût être mesurée par la valeur de la chose en quoi il consiste, mais prin* cipalement aussi par la façon dont il se rapporte à nous ; et qu'outre que le libre arbitre est de sol la chose la plus noble qui puisse être en nous^ d'autant qu'il nous rend en quelque fagon parelif à Dieu et semble nous exempter de lui être su^ jets, et que par conséquent son bon usage est le plus grand de tous nos biens , il est aussi oèlul qui est le plus proprement nôtre et qui nous im^ porte le plus ; d'où 11 suit que ce n'est que de Itaf que nos plus grands contentements peuvent pro^ céder ; aussi voit - on, par exemple, que le repoe d'esprit et la satisfaction intérieure qlie leotent en eux - mêmes ceux qui savent qu'ils ne, mau'* quent jamais à faire leur mieux, tant |Mr o9ii» noitre le bleu que pour l'acquérir, ait itu pMsie sans comparaison plusdoux* plus durable et ^ui solide que tous ceux qui viennent d'ailleurs. J'»^ mets encore ici beaucoup d'autres choses, pourtfs que, me représentant le nombre desallalres qui se rencontrent en la conduite d'un grand royaumef et dont votre mi^esté prend elle-même les solus^ je n'ose lui demander plus longue audience ; maie j'envoie à M. Ghanut quelques écrits où j'ai mib mes sentiments plus au long touchant la même matière, afin que s'il plait à votre majesté de lea voir, il m'oblige de 1^ lui présenter, et que cela aide i témoigner avec combien de sèle al do dé* votion je suis, etc.

G0R1ŒSPONDANCE.

N*l».— AM.CHANDT.

(Lettre n du tome n.)

Hontlenr,

H est trai que j'ai oootome de refuser d'écrire nés pensées touchant la morale, et cela pour deux raisons : l'une, qu'il n*y a point de matière d*oà les malins puissent plus aisément tirer des [[prétextes pour calomnier ; l'autre, que Je crois qu'il n'appartient qu'aux souverains, ou i ceux qui sont autorisés par eux, de se mêler de régler les mœurs des autres. Mais ces deux raisons cessent en l'occasion que vous m'avez fait l'honneur de me donner en m'écrivant , de la part de l'incomparable reine auprès de laquelle vous êtes, qu*il lui plaît que je lui écrive mon opinion tondiant le souverain bien ; car ce commandement m'autorise assez , et j'espère que ce que j'écris ne sera vu que d'elle et de vous ; c'est pourquoi Je souhaite avec tant de passion de lui obéir que, tant s'en fout que je me réserve, je voudrois pouvoir entasser en une lettre tout ce que j'ai jamais pensé sur ce sujet. En effet , j'ai voulu mettre tant de choses en celle que je me suis hasardé de lui écrire que j'ai peur de n'y avoir rien assez expliqué ; nôais pour suppléer à ce défaut, je vous envoie un recueil de quelques autres lettres, où J'ai déduit plus au long les mêmes choses ; et j'y al Joint un petit Traité des Passions, qui n'en est pas la moindre partie ; car ce sont principalement «Iles qu'il fout tidier de connoître pour obtenir le souverain bien que j'ai décrit. SI j'avois aussi M y joindre les réponses que j'ai eu l'honneur de recevoir de la princesse à qui ces lettres sont adressées, ce recueil auroit été plus accompli ; et J'en eusse encore pu ajouter deux ou trois des miennes, qui ne sont pas intelligibles sans cela; mais j'aurois dû lui en demander permission , et elle est maintenant bien loin d'ici. Au reste, je ne vous prie point de présenter d'abord ce recueil à la reine, car j'aurois peur de ne pas garder assez le respect et la vénération que je dois à sa majesté, si Je lui envoyois des lettres que j'ai faites pour une autre personne plutôt que de lui écrire i ellemême ce que je pourrai juger lui être agréable ; mais si vous trouvez bon de lui en parler, disant que c'est à vous que je lésai envoyée, et qu'après cela die désire de les avoir, je serai libre dîe ce sempule; et je me suis persuadé qu'il lui sera peut-être plus agréable de voir ce que j'ai ainsi écrit i une autre que s'il lui avoit été adressé, pource qu'elle pourra s'assurer davantage que je n'ai rien changé ou déguisé en sa considération. . Hais je vous prie que ces écrits ne tombent potait.

s'il est possible, en d'antres mains, et de vous assurer que je suis autant que je puis être, etc. l)*E«inood, oe SD oonabn l6ir.

te 180.— A MADAME ELISABETH*

PBINCESSE PALATINE, CtC.

(Lettre XXXI du tome L)

10 Doveobn ifir.

Madame,

Puisque j'ai déjà pris la liberté d'avertir fotn altesse de la correspondance que j'ai oommenoi d'avoir en Suède, je pense être obligé de continuer, et de lui dire que j'ai reçu depuis pea dei lettres de l'ami que j'ai en ce pays-là, par 1» quelles II m'apprend que la reine ayant été iUpsal , où est l'académie du pays , elle avoit touIq entendre une harangue du professeur en Téloquenœ qu'il estime pour le plus liabiie et le ploi raisonnable de cette acadénde, et qu'elle lui avoit donné pour son sujet à discourir du soaTerain bien de cette vie ; mais qu'après avoir col cette harangue , elle avoit dit que ces gens-là oe itisoient qu'effleurer les matières, et qu'il eo ftodroit savoir mon opinion ; à quoi il lui aToitré» pondu qu'il savoit que j'étois fort retenu à écrire de telles matières; mais que, s'il plaisoltifl miyesté qu'il me la demandât de sa part, il ne croyoit pas que je manquasse à tâcher de loi sa* tisfaire; sur quoi elle lui avoit très expreseémat donné charge de me la demander, et lui avoit fait promettre qu'il m'en écriroit au prodiaio ordinaire ; en sorte qu'il me conseille d'y répondre, et d'adresser ma lettre à la reine, à laquelic il la présentera, et dit qu'il est caution qu'elle tara bien reçue. J'ai cru ne devoir pas négliger cette occasion; et considérant que, lorsqu'il m'a écrit cela. Il ne pouvoit encore avoir reçu la lettre oà je parlois de celles que j'ai eu l'honnear d'écrtre à votre altesse touchant la même matière» fal pensé que le dessein que j'avois en cela étoit faillit et qu'il le falloit prendre d'un autre biais; c^est pourquoi j'ai écrit une lettre à la reine, où, aprèi avoir mis brièvement mon opinion, j'ajoute qo^ j'omets beaucoup de choses, parce que, me représentant le nombre des affaires qui se reocootrent en la conduite d'un grand royaume, et doot sa majesté prend elle-même les soins, je n'ose loi demander plus longue audience; mais que j'eO' voie à M. Chanut quelques écrits où j*ai mis mei sentiments plus au long touchant la même ni' tière, afin que, s'il lui plaît de les voir, il poi^ les lui présenter. Ces écrits que j'envoie à M^Cha* littt sont les lettres que J'ai eu l'hoBOeor d'écrtr*

é rotT% altesse to'udiant le livre de Sénéque : De Vitd beatây Jusqoes à la moitié de la sixiime, où » après avoir défini les passions en général, je mets qoe je trouve de la difficulté à les dénombrer; en suite de quoi je lui envoie aussi le petit Traité des Passions, lequel j'ai eu assez de peine à dire transcrire sur un brouillon fort confus que j*en avois gardé ; et je lui mande que je ne le prie point de présenter d'abord ces écrits à la reine, pource que j*aurois peur de ne pas garder asses le respect que je dois à sa majesté si je lui envoyois des lettres que j'ai faites pour une autre, plutét que de lui écrire à elle-même ce que je pourrois juger lui être agréable ; mais que s'il trouve bon de lui en parler, disant que c'est à lui que je les ai envoyées, et qu'après cela elle désire de les voir, je serai libre de ce scrupule ; et que je me suis persuadé qu'il lui sera peut -être plus agréable de voir ce qui a été ainsi écrit à une autre que sMl lui étoit adressé, pource qu'elle pourra s'assurer davantage que je n'ai rien changé ou déguisé en sa considération. Je n'ai pas jugé à propos d'y mettre rien de plus de votre altesse, ni même d'en exprimer le nom , lequel toutefois il ne pourra Ignorer i cause de mes lettres précédentes ; mais considérant que, nonobstant qu'il iolt liomme très vertueux et grand estimateur des personnes de mérite, en sorte que je ne doute point qu'il n'honore votre altesse autant qu'il doit, il ne m'en a toutefois parlé que rarement en ses lettres, bien que je lui en aie écrit quelque chose en toutes les miennes , j'ai pensé qu'il faisoit peut-être scrupule d'en parler à la reine , pource qu'il ne sait pas si cela plairoit ou déplairoit à ceux qui l'ont envoyé. Mais si j'ai dorénavant occasion de lui écrire à elle-même, je n'aurai pas besoin d'interprète; et le but que j'ai eu cette fois en lui envoyant ces écrits est de tâcher k ikire qu'elle s'occupe davantage à ces pensées , et que si elles lui plaisent , ainsi qu'on me fait espérer, elle ait occasion d'en conférer avec votre altesse, de laquelle je serai toute ma vie, etc.

( Lettre XCIX du tome I.)

Monsieur,

Sans user aujourd'hui de l'autorité que vous avei sut moi, qui seroit capable (si vous me le commandiez) de me faire supprimer des choses que j'aorois estimées les plus justes et les plus raisonnables, je vous prie de ne faire intervenir que votre raison an jugement que je vous demande sur la réponse que j'ai faite à un certain placard

qui contient one vingtaine d'assertions tooduiil Vâme raisonnable. Mon écrit que je vous envole vous fera connoltre les raisons qui m'ont porté k y faire réponse ; et quoique leur auteur ait supprimé son nom, je ne doute point que vous ne le reconnoissiez par le style, ou même que vous ne l'appreniez du bruit commun , ainsi que je l'ai appris et reconnu moi-même ; mais puisqu'il a tâché de se mettre à couvert , je ne vous le décèlerai point. Seulement je vous demande un pea de patience pour cette lecture et i>eaucoup d'attention ; car j'attends votre jugement pour me déterminer si je le dois donner an public, et pour cela je vous l'envoie tel que je me propoae de le faire paroltre, si vous ne l'improuvéz point.

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