‹ Œuvres philosophiques de Descartes publibées da̕près les textes originauxChapitre 28 sur 306 · MÉDITATION TROISIEME · texte numérisé non relu

MÉDITATION TROISIEME

repréienter quelque diose^, s'A est rrai de dire que le froid ne soit autre chose qu*une privation de la clialeur, l'idée qui me le représente comme quelque cliose de réel et de positif ne sera pas mal à propos appelée fausse, et ainsi des autres. Mais, à dire le ?rai, il n'est pas nécessaire que je leur attribue d'autre auteur que moi-même ; car si elles sont fausses, c'est-à-dire si elles représentent des dioses qui ne sont point, la lumière naturelle ne fait connoltre qu'elles procèdent du néant, c'est-à-dire qu'elles ne sont en moi que parce qu'il manque quelque chose à ma nature, et qu'elle n'est pas toute parfaite ; et si ces idées sont vraies, néanmoins, parce qu*elles me font paroitre si peu de réalité que même Je ne saurcMs distinguer la chose représentée d'avec le non-étre, je ne vois pas pourquoi je ne pourrois point en être l'auteur.

Quant aux idées claires et distinctes que j'ai des choses corporelles, il y en a quelques-unes qu*ii semble que j'ai pu tirer de l'idée que j'ai de moi-même, comme celles que j'aide la substance, delà durée, du nombre, et d'autres choses semblables. Car loisque je pense que la pierre est une substance, ou bien une chose qui de soi est capable d'exister, et que je suis aussi moi-même une substance; quoique je conçoive bien que je suis une chose qui pense et non étendue, et que la pierre au contraire est une chose étendue et qui ne pense point, et qu'ainsi entre ces deux conceptions lise rencontre une notable différence^ toutefois elles semblent convenir en ce point qu'elles représentent toutes deux des substances. Be même, quand je pense que je suis maintenant, et que je me ressouviens outre cela d'avoir été autrefoto, et que je conçois plusieurs diverses pensées dont je connois le nombre, alors j'acquiers en moi les idées de la durée et du nomnre, lesquelles, par après, je puis transférer à toutes les autres choses que je voudrai. Pour ce qui est des autres qualités dont les idées des choses corporelles sont composées, & savoir l'étendue, la figure, la situation et le mouvement, il est vrai qu'elles ne sont point formellement en moi, puisque je ne suis qu'une chose qui pense; mais parce que ce tout seulement de certains modes de la substance, et que je suis moi-même une substance, il semble qu'elles puissent être contenues en moi éminemment.

Partant, il ne reste que la seule idée de Dieu dans laquelle il faut considérer s'il y a quelque chose qui n'ait pu venir de moi-même. Par le

(1) Tolnte da texte latlo : El quia miUœ UUœ ma languam ferrnn eue potiùni, et parce qu'il ne peut y avoir aucune idée qui ne 8Qît la représaotatton dîme cbose.

nom de Dieu j'entends une substance infinie, j «éternelle, immuable * ,» indépendante, toute oonnoissante, toute-puissante, et par laquelle nuâmême et toutes les autres choses qui sont (s'il est vrai qu'il y en ait qui existent) ont été créées et produites. Or, ces avantages sont si grands et si éminents que plus attentivement je les considère, et moins je me persuade que Fidée que j'en ai puisse tirer son origine de moi seul. Et par oon* séquent il faut nécessairement conclure de tout ce que j'ai dit auparavant que Dieu existe; car, encore que l'idée de la substance soit en moi de cela même que je suis une substance, je n'aorois pas néanmoins l'idée d'une substance infinie, moi qui suiiB un être fiihi, si elle n'avoit été mise en moi par quelque substance qui fût véritablement infinie.

Et je ne me dois pas imaginer que je ne conçois pas l'infini par une véritable idée, mais seulement par la négation de ce qui est fini, de même que je comprends le repos et les ténèbres par la négation du mouvement et de la lumière ; puisqu'au contraire je vois manifestement qu'il se rencontre plus de réalité dans la substance infinie que dans la substance finie, et partant que j'ai en quelque façon premièrement^ en moi la notion de l'infini que du fini, c'est-à-dire deDleu que de moi-même ; car comment seroit-il possible que je pusse connoitre que je doute et que je désire, c'est-à-dire qu'il me manque quelque chose et que je ne suis pas tout parfait, si je n'avois en moi aucune idée d'un être plus parfait que le mien, par la comparaison duquel je connoitrois les défauts de ma nature?

Et l'on ne peut pas dire que peut-être cette idée de Dieu est matériellement fausse, et par conséquent que je la puis tenir du néant,* c'est* à-dire qu'elle peut être en moi pource que j'ai du défaut ', *> comme j'ai tantêt dit des idées de la chaleur et du froid et d'autres choses semblables ; car au contraire cette idée étant fort claire et fort distincte, et contenant en soi plus de réalité objective qu'aucune autre, il n'y en a point qui de soi soit plus vraie, ni qui puisse être moins soupçonnée d'erreur et de fausseté.

Cette idée, dis-je, d'un être souverainement parfait et infini est très vraie; car encore que peut-être l'on puisse feindre qu'un tel êtren^existe point, on ne peut pas feindre néanmoins que son idée ne me représente rien de réel, comme j'ai tan-

(1) AddillOD au texte laUn.

(S) Au lieu de celte phrase lisez : Que fat phaôi en moi êa noUondet'infM que du fini. C'est le véritable sens de ce passage, qui o*est pas plus dair dans reditloo laUne que dans fé* ditlon françobe.

(9J AdditioD an texte laUii.

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