‹ Œuvres philosophiques de Descartes publibées da̕près les textes originauxChapitre 284 sur 306 · DE DIEU · texte numérisé non relu

DE DIEU

Les raisons dont vous vous serves pour proaver l'existence de Dieu ne me semblent pas seulement Ingénieuses, comme tout le monde l'avoue, mais aussi de vraies et de solides démonstrations, particulièrement les deux premières. Dans la troisième, 11 y a quelque diose que j'aurois bien voulu que vous eussies expliqué plus exactement.

1. Toute la Ibrce de cette démonstration consiste principalement en ce que, comme le temps présent ne dépend point de celui qui le précède Immédiatement, il ne faut pas une moindre puissance pour conserver une diose que pour la créer la première fois. Mais on peut demander Ici de quel temps vous entendez parler ; car si c'est de la durée de Tesprlt même que vous appelez du nom de ump$ , les philosophes et les théologiens disent ordinairement que la durée d'une chose permanente, et surtout d'une chose spirituelle, telle qu'est l'esprit ou l'âme de l'homme, n'est pas successive, mais permanente et toute à la fois ( ce qui est très vrai de la durée de Dieu ), et partant qu'on n'y doit point chercher des parties qui s'entre- suivent les unes les autres sans être dépendantes; ce qu'ils accordent seulement se pouvoir dire de la durée du mouvement^ qui seule est proprement ce qu'on appelle temps. Que si vous répondez que vous entendez aussi proprement parler du temps, qui est la durée du mouvement, à savoir du soleil et des autres astres, il semble que cela n'appartient en aucune façon à la conservation de notre esprit, puisque, bien que l'on supposât qu'il n'y eût aucun corps en la nature ( ainsi que vous supposez en la troisième méditation ) par le mouvement duquel le temps se pût mesurer , tout ce que vous dites de la nécessaire conservation de notre esprit ne laisseroit pas de se soutenir et avoir de la force.

C'est pourquoi, ain que oette démonstration

ait autant de force que les autres, 11 serolt besoin que vous prissiez la peine d'expliquer ce qui suit :

1. Ce que c'est que la durée, et en quoi elle diffère de la chose qui dure.

2. Si la durée d'une chose permanente et spirituelle est successive ou permanente.

3. Ce que c'est proprement que le temps, et en quoi il diffère de la succession d'une chose permanente; et si l'un et l'autre est une chose successive.

4. D'où le temps emprunte sa brièveté on sa longueur, et d'où le mouvement emprunte sa tardiveté ou sa vitesse.

Par après, au sujet même de la durée, vous établissez pour axiome que ce qui peut faire ce qui est plus grand ou plus difficile peut faire aussi ce qui est moindre. Toutefois ceû ne semble pas universellement vrai, ainsi que le requiert la nature d'un axiome. Car, par exemple, je puis bien entendre et concevoir, mais Je ne puis néanmoins faire mouvoir la terre de sa place, quoique pourtant le premier soit beaucoup plus grand que le dernier.

Enfin, il semble que ce ne soit pas une chose plus grande de me conserver moi - même que de me donner les perfections que j'aperçois qui me manquent, puisque je sens que la toute-puissance et la science de toutes choses me manquent, les* quelles toutefois je ne pourrois me donner sans me faire Dieu ; ce qui seroit beaucoup plus grand que de me conserver moi-même.

qu'une chose ÉTEiinuE h'est pas bébllement

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