‹ Œuvres philosophiques de Descartes publibées da̕près les textes originauxChapitre 286 sur 306 · DU VIDE · texte numérisé non relu

DU VIDE

Vous assurez que non-seulement il n'y a point

de vide en la nature , mais même qu'il n^ en

peut avoir ; ce qui semble déroger à la toute-

j puissance de Dieu. Quoi donc, Dieu ne peut- 11

CORRESPONDANCE

(MI9 r<dp!r»aa ntept le vin qui ett contenu dans m tonneau, et n*y produire aucun autre corps ed sa place, ou ne pas souffrir qu*il y entre aucun autre, quoique oe dernier ne soit pas nécessaire, puisque le yin étant une fois anéanti, aucun autre corps ne pourroit rentrer en sa place qilil ne laissât une autre place vide en la nature? P*où il suit , ou que Dieu conserre nécessairement tous les corps, ou que s*il peut en réduire on au néant, fl peut aussi y avoir du vide.

Mais, dites - vous, s*il y avoit du vide, ce vide auroit toutes les propriétés du corps, comme sont la longueur, la largeur, la profondeur, la divisi-' bilité, et ainsi du reste, et par conséquent ce s^ fOit un vrai corps.

Je réponds aue ce vide qui est un néant n*a aucune propriété, mais seulement la concavité du topneau . dont les parties sont éloignées de tant de pieds l^une de l'autre ; et certes le corps contenu entre les cAtés de ce tonneau ne contrit lue rien i cela; ce qui fait que oe n'est pas mer* veille si Ce corps étant été les mêmes propriétés conviennent encore i cette concavité. Car puisque le tonneau et le vin, ou quelque autre corps que ce puisse être qui soit contenu entre les oétés du tonneau, sont deux substances tout-à-fait diverses, chacune desquelles peut être conçue sans Vautre comme une chose complète, je vous demande si, lorsque je considère le tonneau séparément, je ne puis pas mesurer saooncavité^ voir combien il y a de pieds depuis un fond jusqu a Fautre, et quel est le diamètre de sa concavité cylindrique, et ainsi du reste. Aussi je prétends eeulement que ces propriétés demeurent, le corps qui étoit contenu dedans étant anéanti, et non pas celles qui appartenoient particulièrement à ce forpsi comme par eiemple que ses parties pouv«ieBl être séparées les unes des aotrea el être Hgitées en diverses façens.

Quoi qu'U en soit, j*aimerois mieux avouer mmi ignoranee que de me persuader que Dieu conaerve BécessatreBsent toua les corps, ou du moins qu'U n'en peut anéantir aueuii qu'en même temps 11 li*en crée un autre«

YoWi, mc^sleur* oe que j'ai jugé avoir besoin 4*uiie expUeation plus exacte en ce que vous aves émit. Que si les prières d'un homme inconnu n'ont paaassei de force pour obtenir cela de voua, j'espère que le grand amour que j'ai pour la vérité, qui seule m'a donné la hardiesse de vous écrire, et qui vous fait aimer de tous ceux qui la chérissent , vous portera i m'accorder l'effet de pa prîèie^ et i satisfaire à tous mes doutes, et «Dêmek ma curiosité. Je suis, etc.

N» t88.^RliPONSE D8 M. DE8CAKTES.

(Lettre tV do tome n. TerAten.)

«ejoBMSMa^

Monaieuri

Encore que l'auteur des ohjectiona aai ma fa rent hier envoyées n'ait point voulu être conni ni de nom ni de visage , toutefois il n'a pu ai bieo se cacher qu'il ne se soit fait connoître par k partie qui est en lui la meilleure, i savoir {lar Tesprit ; et pource que je reoonnois qu'il est fort sub* til et fort savant, je n'aurai point de honte d'être vaincu et enseigné par nu homme de sa sorte; mais pource qu'il dit lui-même, qu'il ne s'est pdat adressé à moi i dessetn dccontcalar* asais seulement par un pur déatr de découvrir la vérité, Je lui répondrai Hri en peu de mota, «in de réiervar qvi^ue eheae pour mm eutreftcD* Car je oroia ^u'on peut ai^r plue aftremeiit par Icttrss avec ceux qui aiment la dispute s mais pf>w ceux qui ne Aercheul que la vérité* CentfetMf e( la vive voix est bien commode.

te confesse avec voua qu'il y a ev noua deux aortes de mémoires) mala je me persuade que l'âme d'un enfant n'a jamais eu de cçBoeptimM pures, mala seulement des sensations coAfqaaa ; et encore que ces sensations co^fipeB laiawit quelques vestigea dans le cerveau qui y itapMmfcat durant tout le reste de la vie « cet veatjpaa nêan* moins ne sufiSsent pas pour noua Mrs ^mmitn que les sensationa qui nous arrivent étant adul* tes sont semblables à celles que 9qus avons eues dans le ventre de nos mères, ni par conaéqueat pour nous en iaire ressouvenir, à eauae que cela dépend de quelque réflexion de l'entendement ou de la méiÂoIra intellectuelle, dont on i»*a pat l'usage quand on est au ventre de aa mère. Maïs il me semble qu'il est nécessaire quo l'Amo pense toHiours aetuellearon^lî pource que la peoaéc cea- Btitue son essence, ainsi que rextenslo^ coBaUtue l'essence du carpe; el la pensée n'est paa coq^o comme un attribut qui peut être joint ou séparé de la ohose qui pense, ainsi que l'on oQB|oil dans le corps la division des parties ou le mouvaaaesit.

Ce que vous pr<qposea ensuite touehanl la durée et le temps est fondé sur ropInioB do l'écelo^ de laquelle je suis fort éloigné i à savoir que la do* rée du mouvement est d'une auHe nalwo q«e la durée des choses qui no sont poînl mina , ainsi que j'ai expliqué en i'articie 57 de la premièra partie des Principes) at quoiqu'il n'jf eût poim du tout de corps au mondoi toutefois on no pourroit pas dire que la durée de l'esprit humain fàt toM à la Maioutentilvo, Biwi «a'fi le povi dire

ÈJUnSM IMI.

da k'dlBlit df BkOi iMite <ii# MOI ■MUiiiMtwMH de la inooesiidii dans Dcn M qw Tell no peiil adtuèttre daot lea peniéea de Bien ] el l*oo eonfoll etakttneot 4u*il 9b pent filtra que J'eatete ao faMmem auquel je iieoee à «M nhalteekaM, el loitleMi que Je eew d'eil»ter eu Homeot qui le aiill ImiaédiatemeQt^ auquel je pourtal peilier à quelque autre eboae , a*ll arrive que J*eilsie.

Gel ailarae, i laYelr, que ee qui peut bl#e le plue peul aum Mrs le noiat, iiie aemble dair de ■ei^ntee» lorequ'U s'a§ll des eauiaa premlèreB et non llailiee; mala lorsqu'il s'agll d'une cauie éélenBlndei quelque eflel, Vm ditordlualremeiit que oM quelque otaose de plue , peur uae telle euuee^ dé profidire ud autre eflet que de prudulre orioi auquel elle eit déterminée par m nature, auqeel eeÉa e'eet utie ehote plus grande à ub homme de dMmiFeir la terre de sa plaoe que d'entendre et de eooeef etr^ Ceel aussi une obose plus grande de ae eunsarref que de se donner quelques-unes des perfBsUoBs qiie nous apereevons^ qui nous nsanquent ^ el oela iofflt pour la inroe de BMm argument, eneere que peut-être ce eoit une diose ■Hriodre que de se donner la toote-puissaoee et tentée lee autres perfections dlTines.

Puisque le concile de Trente n*a pas vooltt elpliquer de quelle feçofl le corps de lésos-Ghrlst est en nuoharistle, et qu'il a dit qu'il y est d'une fBiçmd'$M$(0r qu'à pknê pauMU-nouâ éscpHmer pêr i»$ jMir ofea, je cralodrole d'être accusé de témérité si j'osois déterminer quelque diose là-deasuSi et j*àimeroî8 mleoi en dire mes conjeetures de flye iFOii qde par écrit.

Enfin, pour ce qui est du vide, je n'ai presque rien à dire qui ne se trou te dé)è quelque part dans mes Principes de philosophie; car ce que vous Ddmmea Ici la concavité du tonneau, à mon jugement, est un corps qui a trois dimensions, et que vous rapportes faussement aui cétés du tonneau, comme si ce n'étoit rien qui fftt diflérent d'eux.

Maie toutes ces éhoses se peuvent plus facile^ ment diécuter dans une entrevue, i laquelle je m'offre très volontiers, n'ayant que de l'amour et du resped pour tons ceux que je vols disposés à suivre el embrasser la vérité. Je sois, etc.

N* IMé— RÉPLIQUE A LA PRÉGlÎDBNTEt.

^ lettre Y du tome II. tersion.)

Monsleiir,

Je are doute peint que Fentreflen te Mt beaucoup plus commode et plus facile que les écrits

(ijl « OtHs Mie su éH H. aiaa^dt éeaads 1er le éflli por

peur értalMr M queiiMis dont nous inKofia i mais puisque oela ne se peut , et qu'étant absent du Heii oll vous êtes il ne m'est pas permis de jouir d'un entretien tant désiré , et dfert de 11 bonne grdee, je ne m*envleral point è Âol-ménie la seul toéj^an i^ul me tefUe peur tirer de toui les lostrodlona qui me sent néoeteaires pour TinteU llgenee de vos éerlts ; car votre réponse, quoique trèe edurte, m'ayant déjà beaucoup aidé à comprendre des choses très difaclies , j'ai conçu une grande espérance de pouvoir venir i bout de tout le reste, si je pouvois une fois nouer avec vous un entretien tel qu'on lé peut avec des personnes éloignées j duquel ayant banni toute contestation (que je sali vous être en horreur, et à laquelle je ne suis nullement porté) nous pussions, par ce mof en , d^un commun accord et avec une franchise vraimentphilosOpbiqoe,oupiutêtdirétletint^ travailler ensemble à la recherdie de la vérité.

le n'insiste point i ce que vous répondes à l'objection que je vous al faite, touchant les pensées d'dn enfant qui est au ventre de sa mère ; mais afin que oéla ae conçoive fnieox , H ttie semble qu'il serolt i propos que vous prissies la peine d'expliquer plus amplement «e qui suit :

1. Pourquoi l'âme d'nn enfitnt n'a point de conceptions pures, ftials seulement des sensatidtiâ confuses, le di^ai pourtant ce qui me vient maintenant en la pensée. Pendant que l'âme est unie au corps, il semble qu'elle ne puisse en adcuoe fiçon détourner sa pensée des impressions que les sens font sur elle (ce qui toutefois est héoessaire pour une conception pure), au moins lors^ qu'elle est toudhée avec beaucoup de force par leurs objets, soit extérieurs, soit Intérieurs ; d'où vient que dans une douleur piquante, ou dans un plaisir corporel très véhément, elle ne peut penser à autre chose qu'à sa douleur ou à son plaisir ; et par là il me semble qu'on peut expliquer pourquoi les frénétiques ont l'esprit troublé ; c'est à savoir, à cause que les esprits animaux qui sont dans le cerveau étant violemment agités, l'âme alors est si fort occupée des imaginations qti'elle en reçoit qu'elle ne peut porter ailleurs sa pensée ni penser à autre chose qu'à cela, le voudrols que vous prissiez la peine d'expliquer plus dal^ rement (si cela ne vous incommode point) quelle est cette conjecture, et, si elle est vraie, comment die peut s'appllqner aux enfants et aux lé^* thargiques.

S. Toutefois, encore 4u'H n'y ait aucunes conceptions purée dans un enfiint, mais seulemeot

me lettfe en père QoeBnel. BRe n*esl ps» dsiée; mab b ré^ poDae d6M. nescanes étaÉi datée du SS Jnttlet, )s pen Mot fixer ceUe-cl aa |B Ji|i|lei 1649*9 ( aot« de rexspipisire de

runottu.)

CORRESPONDANCE

des sensations oonfases, pourquoi donc ne pentril s'en ressouvenir, puisque vous demeurez d'accorid aujourd'hui qu'il en demeure des impressions dans le cerveau (ce que néanmoins vous semblies avoir nié en votre Métaphysique, page 549)? Cest, dites-vous, parce que le ressouvenir dépend de quelque réflexion de l'entendement ou de la mémoire intellectuelle, dont on n'a aucun usage quand on est au ventre de sa mère ; mais pour ce qui est de la réflexion, il semble que Tentendement ou la mémoire intellectuelle, de sa nature, soit réflexive. Il reste donc à expliquer quelle est cette réflexion en laquelle vous dites que consiste la mémoire intellectuelle, et comment ou en quoi elle diiïère de la simple réflexion qui est naturelle à toute sorte de pensée, et d'où vient qu'on n'en peut avoir aucun usage quand on est au ventre de sa mère,

3. J'approuve fort ce que vous dites que l'esprit pense toujours ; et par là le doute que je vous avois proposé touchant la durée de l'esprit est tout-à-fait Âté. Il me reste néanmoins encore quelque difficulté touchant cela.

1. Comment se peut-il faire que la pensée constitue l'essence de l'esprit, puisque l'écrit est une substance, et que la pensée semble n'en être qu'un mode? 2. Puisque nos pensées sont souventes fois différentes les unes des autres, il sembleroit que l'essence de notre esprit dût aussi souventes fois être différente. 3. Puisqu'on ne sauroit nier que je ne sois moi-même l'auteur de la pensée que j'ai maintenant, s'il est vrai que l'essence de l'esprit consiste dans la pensée, il semble que je puisse en quelque façon être considéré comme l'auteur de son essence, et partant que je puisse aussi me conserver moi-même. Je vois bien néanmoins ce que Ton peut ici répondre; c'est à savoir que Dieu est cause que nous pensons, mais que nous-mêmes, aidés par le concours de Dieu, sommes cause de ce que nous avons telles ou telles pensées. Mais il est très difflcile de comprendre comment la pensée en général peut êtreséparée dételle et de telle penséeen particuliery si ce n'est que cette abstraction se fasse par le moyen de l'entendement. C'est pourquoi si l'esprit est lui-même la cause de ce qu'il a telles ou telles pensées, il semble aussi pouvoir lui-même être la cause de ce qu'il pense simplement, et par conséquent de ce qu'il est. De plus, une chose singulière et dont l'essence est déterminée, doit être singulière et déterminée ; et partant, si l'essence de l'esprit étoit la pensée, ce ne pourroit être la pensée en général, mais bien telle ou telle pensée en particulier qui devroit constituer son essence, ce qui toutefois ne se peut dire. Et il n*en est pas de même du corps; car encore

que le corps semble prendre une grande ▼triéli

d'extensions, toutefois il retient toujours nt même quantité ; et toute la variété qui lui arrive consrie en cda seul que, s'il perd quelque choae de u longueur, il augmente en largeur ou çn profondeur; si ce n'est peut-être qu'on TeaiUe dire que la pensée de notre esprit est toujours la mfime qui regarde tantêt un objet, tantêt un autre, ce que je doute fort pouvoir être dit avec yérité.

4. Puisque la pensée est telle de sa nature, que nous en avons toujours oonnoissance, si nous pensons toujours nous devons toujours avoir oonnois^ sance de nos pensées ; ce qui semble contraire à l'expérience, comme nous l'expérimentODs tous les jours dans le sommeil. Or de là naît une autre difficulté que j'avois dessein il y a longtemps de vous proposer, mais elle ne me vint pas en l'esprit lorsque je vous écrivis la première fols. Vous dites que notre esprit a la force de conduire les espriu animaux dans les nerb, et par ce moyen de mouvoir les membres; et ailleurs vous dites qu'il n'y a rien en notre esprit dont nous n'ayons une oonnoissance, ou actuelle, ou en puissance, c'est-à-dire que nous ne oonnoissions actaeilement ou que nous ne puissions actuellement connoitre. Or est-il néanmoins que l'esprit humain semble n'avoir pas oonnoissance de cette vertu qui conduit les esprits animaux dans les nwfs, puisqu'il y en a même plusieurs qui ignorent s'ils ont des nerfs, si ce n'est peut-être de nom, et beaucoup plus s'ils ont des esprits animaux et quels ils sont. En un poot, autant que j'ai pu conjecturer de vos Principes, cela seul se lait par notre esprit, lequel de sa nature est une chose qui pense, qui se fait par nous lorsque nous y pensons et que nous nous en apercevons ; mais de quelque façon que les esprits animaux soient conduits dans les nerfs, cela se fait sans que nous y pensions et que nous nous en apercevions ; et partant, cela se fait en nous sans que notre esprit y contribue ; à quoi Ton peut encore ajouter qu'il est très difflcile de comprendre comment une chose incorporelle en peut faire mouvoir une corporelle.

Pour ce qui est de la durée, j'ai vu le. lieu que vous m'aviez marqué, et il m'a grandement plu, quoique je ne comprenne pas bien encore ce que, dans la durée successive d'une chose qui ne se meut point, 11 faut prendre pour le devant et pour l'après, qui sont des différences qui se doivent rencontrer dans toute succession.

Pour ce qui est du vide, j'avoue que je ne puis encore m'accoutumer à penser qu'il y a une telle connexion entre les choses corporelles que Dieu n'ait pu créer un monde s'il ne le créoit infini, et qu'il ne puisse encore, mainten<mt..anéai|tir

aucan corps qae par cela même il ne soit obligé d^en créer an autre de pareille grandeur; ou même que sans aucune nouvelle création il ne 8*ensuiTe que l'espace que ce corps anéanti occupoit est Téritablement et réellement un corps.

Tous m'obligerez beaucoup de mecommuniquer quelque cbose touchant la façon dont Jésus-Gbrlst est en l'Eucharistie. Adieu.

N* 140.— RÉPONSE DE M. DESCARTES

(Lettre TI du tome II. Tenion.

Ayant reçu ces jours passés des objections comme de la part d*uDe personue qui demeuroit en cette ville, j*y ai répondu fort brièvement, pource que je croyois que si j*oubllois quelque chose» Tentretien le pourroit facilement réparer; mais aujourd'hui que je sais qu'il est absent, puisqu'il prend la peine de me récrire, je ne serai pas paresseux i lui répondre ; et puisqu'il ne veut pas dire son nom, de peur de faillir dans Tinscription, je m'abstiendrai de tout prélude.

1. n me semble qu*il est très vrai de dire que, pendant que Tâme est unie au corps, Tâme ne peut en aucune façon détourner sa pensée des impressions que les sens font sur elle, lorsqu'elle est touchée avec beaucoup de force par leurs objets, soit extérieurs, soit intérieurs. J'ajoute aussi qu'elle ne s'en peut dégager, lorsqu'elle est jointe à un cerveau trop humide ou trop mou, tel qu'il est dans les enfants; ou à un cerveau dont le tempérament est autrement mal affecté, tel qu'il est dans les léthargiques, dans les apoplectiques et dans les frénétiques ; ou même tel qu'il a coutume d'être en nous lorsque nous sommes ensevelis dans un profond sommeil ; car toutes les fois que nous songeons à quelque diose dont nous nous ressouvenons par après, nous ne faisons que sommeiller.

2. Il ne suffit pas pour nous ressouvenir de quelque chose que cette chose se soit autrefois présentée à notre esprit, et qu'elle ait laissé quelques vestiges dans le cerveau, à l'occasion desquels la même chose se présente derechef à notre pensée; mais de plus il est requis que nous reoonnoissions, lorsqu'elle se présente pour la seconde fols, que cela se fait à cause que nous l'avons auparavant aperçue; ainsi, souvent lise présente à l'esprit des poètes certains vers qu'ils ne se souviennent point avoir jamais lus en d'autres auteurs, lesquels néanmoins ne se présenterolent pas à leur esprit s'ils ne les avoient lus quelque part.

D'où il paroît manifestement que, pour se ressouvenir, toutes sortes de vestiges que les pensées précédentes ont laissés dans le cerveau ne sont

pas propres, mais seulement ceux qui sont tels qu'ils peuvent donner à connoître à l'esprit qu'ils n'ont pas toujours été en nous, mais ont été autrefois nouvellement imprimés. Or, afin que l'es* prit puisse reconnoître cela, j'estime que lorsqu'ils oDt été imprimés la première fois, il a dA se servir d'une conception pure, afin d'apercevoir par ce moyen que la chose qui lui venoit alors en l'esprit étoit nouvelle, c'est-à-dire qu'elle ne lui avoit pas auparavant passé par l'esprit ; car il ne peut y avoir aucun vestige corporel de cette nouveauté ; ainsi doue, si j'ai écrit en quelque endroit que les pensées qu'ont les en&nts ne laissent d'elles aucuns vestiges dans le cerveau, j'ai entendu parler de ces vestiges qui sont nécessaires pour le souvenir, c'est-à-dire de ceux que par une conception pure nous apercevons être nouveaux, lorsqu'ils s'Impriment; en même façon que nous disons qu'il n'y a aucuns vestiges d'hommes dans une plaine sablonneuse où nous ne remarquons point la figure d'aucun pied d'homme qui y soit empreinte, encore que peut-être il s'y rencontre plusieurs inégalités faites par les pieds de quelques hommes, lesquelles par conséquent peuvent en un autre sens être appelées des vestiges d'hommes. Enfin, comme nous mettons distinction entre la vision directe et la réfléchie, en ce que celle-là dépend de la première rencontre des rayons et l'autre de la seconde, ainsi j'appelle les premières et simples pensées des enfants qui leur arrivent, par exemple, lorsqu'ils sentent de la douleur de ce que quelque vent enfermé dans leurs entrailles les fait étendre, ou du plaisir de ce que le sang dont ils sont nourris est doux et propre à leur entretien , je les appelle, dis-je, des pensées directes et non pas réfléchies ; mais lorsqu'un jeune homme sent quelque chose dç nouveau, et qu'en même temps il aperçoit qu'il n'a point encore senti auparavant la même chose» j'appelle cette seconde perception une réflexion^ et je ne la rapporte qu'à Tentendement seul, encore qu'elle soit tellement conjointe avec la sensation qu'elles se fassent ensemble et qu'elles ne semblent pas être distinguées l'une de l'autre.

3. J*ai tâché d'Ater l'ambiguïté qui est en ce mot de pensée dans l'article 63 et 64 de la première partie des Principes ; car comme l'extension qui constitue la nature du corps diffère beaucoup des diverses figures ou manières d'extension qu'elle prend, ainsi la pensée, ou la nature qui pense^ dans laquelle je crois que consiste l'essence de l'esprit humain, est bien différente d*un tel ou tel acte de penser en particulier. Et l'esprit peut bien loi-même être la cause de ce qu'il exerce tels ou tels actes de penser, mais non pas de ce qu'il est une cbose qui pense. Tout de' même qa'il dépend

TM

CORIUBWONDANCE.

de h flamme comme 4*aiie cause eCBoieiite» de ce qu'elle $'éteni d*UQ cât6 ou d'uo autre, mate non pas de ce qu'elle est une cbose étendue. Par la pensée donc je n'entends point quelque chose q'uDiyersel qui comprenne toutes les manières de penser, mais bien une nature particulière qui re- ^it eo soi tous ces modes, ainsi que l'extension est aussi une nature qui reçoit en soi toutes sortes d[a%urse«

4. C'est antre chose d^avoir connolssance de nos pens^ in moment même que noua pensons et autre chose de s'en ressouyenîr par après* Ainsi nous ne pensons rien dans nos songes, qu'à lUnstant même que nous pensons nous n'ayons eonnoissanoe de notre pensée, encore que le plus souvent nous l'oublions aiissitAt* Et il est vrai que nous n'avons pas connolssance de quelle façon notre ftme envoie les esprits anlm^iux dans les nerfs; car cette façon ne dépend pas de l'âme seule, mais de l'union qui est entre l'âme et le eorpsi néanmoins nous avons connoissanoe de toute cette action, par laquelle l'âme meut les nerfo, en tant qu'une telle action est dans l'âme, puisque oe n'est rien autre cbose en elle que l'inclination de sa volonté à un tel eu tel mouvement. Et cette inclination de la volonté est suivie du cours des esprits dans les nerfs et de tout ce qui est requis pour ce mouvement, ce qui arrive a cause de )e convenable disposition du corpa dont l'âme peut bien n'avoir point de connoissanoe, comme aussi i cause de l'union de Tâme avec le corps, de laquelle sans doute notre âme a connoîssance ; car autrement jamais elle n'incliperolt sa volonté à Touloir mouvoir les membres*

Mainlenaat que l'esprit, qui est incorporel, puisse faire mouvoir le corps, il n'y a ni raisonnement n( oomparaison tirée des autres choses qui nous le puisse apprendra; maïs néanmoins nous n'en pouvons douter, puisque des expériences trop certaines et trop évidentes nous le font oonnoltre tous les jours inanifestement. Et il faut bien prendre garde que cela est Tune des choses <|ui sont connues par elles-mêmes, et que nous obscurcissons toutes les fois que nous les voulons expliquer par d'autres. Toutefois, pour ne rien oublier de oe que je puis pour votre satisfaction, je me servirai ici d'une comparaison. La plupart des philosophes qui croient que la pesanteur d'une pierre est une qualité réelle, distincte de la pierre, eroient entendre asseï bien de quelle façon cette qualité peut mouvoir une pierre vers le centre de la terre, poorce qu'ils croient en avoir une expérience manifeste } pour moi qui me persuade qu'il li*y 1 point de telle qualité dans la nature, et par «ons^ueiit qn'U ne pent pas y avoir d'elle aucune ▼raie i4laft«ilVfBtsnd«9e«it Imv&ain, j'estime

au'Us se servent de l'idée qu'ils ont en eai-rnSonei

de la substance incorporelle pour se représenter cette pesanteur; en sorte qu'il ne nous est pas

|)lus difBcile de concevoir comment i'âtne méat e corps qu'à eux de concevoir comment ooe telle qudîté fait aller la pierre en bas. Et il nlmportB pas qu'ils disent que cette pesanteur n'est pas une substance ; car en effet ils la conçoivent camme une substance, puisqu'ils croient qu'elle est réelle, et que par quelque puissance, à savoir par la puissance divine, elle peut exister sans la pierre. Il n'importe pas aussi qu'ils disent qu'elle est corporelle ; car si par corporel nous entendons oe qui appartient au corps, encore qu'il soit d'ooe aunv nature, l'âme peut aussi être dite corporelle, en tant qu'elle est propre à s'unir au corps; mais â par corporel nous entendons ce qui participe de la nature du corps, cette pesanteur n*est pas plds corporelle que notre âme même.

5. ie ne conçois pas autrement là durée sucoesslte des choses qui sont mues, ou même celle de leur mouvement, que je fais la durée des choses non mues; car le devant et l'après de toutes les durées, qoeUes qu'elles soient, me paroît par le devant et par l'après de la durée successive que je découvre en ma pensée, avec laquelle les autres choses sont coexistantes.

6. La difficulté qu'il y a a coqnottre Timpossibilité du vide semble venir principalement de ce que nous ne considérons pas assez que le néant ne peut avoir aucunes propriétés; car, autrement, voyant que dans cet espace même que nous appelons vide il y a une véritable extension, H par conséquent toutes les propriétés qui sont requises à la nature du corps, nous ne dirions pas qu'il est tout4-fait vide, ç'est-â-dire qu'il est on pur néant. De plus, cette cette difficulté vient aussi de ce que nous avons recours à la puissance divine, et comme nous savons qu'elle est infinie, nous ne prenons pas garde que nous lui attribuons un effet qui enferme une contradiction en sa conception, c*est4-dire qni ne peut être par nous conçu.

Pour mol. Il me seipble qu'on ne doit jamais dire d'aucune chose qu'elle est impossible âBieu, car tout ce qui est vrai et bon étant dépendant de sa toute-puissance, je n'ose pas même dire qoe Dieu ne peut faire une montagne sans vallée, on qu'un et deux ne fassent pas trois; mais je dis seulement qu'il m'a donné un esprit de telle nature que je ne saurois concetoir une montagne sans vallée, ou que l'agrégé d'un et de deux ne fasse pas trois, etc. Et je dis seulement que telles choses impliquent contradiction en ma cpnception. Tout de même aussi il me semble qu'il Implique contradiction en ma conception de dire q^'up espa^ soit loyt-j^fait vMc» eii ^ue le néant

ANMSft IMS«

foit étendu, on que PuiilTen soit terminé, pource qu^db 06 sauroit feindre ou tmagloer aucunes borUJBè ail monde àù-dalâ desquelles je ne convive de retendue, et Je fie puis aussi coDcevoIr un mold tellement tlde quMl n'y ait aucune extenstnli en sa Cà? Ité, et dans lequel par conséquent Il n'y eit point de corps ; car là ou 11 y a de rextenslon, là aussi tiiceasalrement il y « «n eorps, etc.

N« Uf.^A HkUkUt iii6kutn, fmneÊHt fAutnic, etc.

(lieMNXtYlMttHMl.)

i*« ooiobre tSIS.

Madame,

J*il ad enAi le bonheur de reeevoir les trois lettres que tetre altesse m*a fait rhonneur de n'éerire, et elles n'ont point passé en de mau- ▼aliss mains; mais la première, du 30 juin, ayant été portée à Farls pendant que J'étois déjà en tliemiD peur retenir en ce pays, ceux qui Tout feçoe pour mol ont attendu des nouvelles de mon arrifée avant que de me l'envoyer, et ainsi je ne Fal pu avoir qu'aujourd'hui, que j'ai aussi reçu la dernière du 25 août, par laquelle j'apprends un procédé Injurieux que fadmire, et je veux eroirs avsc votre altesse qu'il ne vient pas de la personne I qui on l'attribue. Quoi qu'il en soit, je n'estime pas qu'on doive être fâché de ne point flaire un voyage oà, comme votre altesse remarque fort kien , les Incommodités étoient infaillibles et les avantages fort incertains. Pour moi, grâce à Bleu, j'ai achevé celui qu'on m'avoit obligé de lUre en France, et je ne suis pas marri d'y être allé, mah je suis encore plus aise d'en être reveha. h n'y Al vu personne dont il m'ait semblé que la condition fût digne d'envie, et ceux qui y parolssent avec te plus d'éclat m'ont semblé être les plus dignes de pitié. Je n'y pouvois aller en on temp^ plus, avantageux pour me faire bien reeonnoftre la iSIleifé de la vie tranquille et retirée et la richesse des plus médiocres fortunes. Si totre Siftesse eompare sa condition avec celle des reines et des autres princesses de l'Europe^ elle y troaterif te même différence qu'entre cenx qui sont énÉs le port, où ils se reposent, et ceux qui sont en pleine mer, agités par les vents d'une tempête, et bien qu'on ait été jeté dans le port par un naufrage, pourvu qu'on n'y manque pas des choses nécessaires k la vie^ on ne doit pas y être moins content que si on y étoit arrivé d'aotrs façon. Les flchenses rencontres qui arrivent aux

personnes qui sont dans l'action et dont la félicité dépend toute d^autrui pénètrent jusqu'au foi^d de leur cœur, au lieu que cette vapeur venimeuse qui est descendue des arbres sous lesquels se promenoit paisiblement votre altesse n'aura touché, comme j'espire, que l'extérieur de ja peau, laquelle si on eût lavée sur l'heure avec un peu d'eau-de-vIe , je crois qu'on en auroit été tout le mal. Je n^ai re^u aucunes lettres depuis cinq mois de l'ami dont j'avois écrit ci-devani à votre altesse, et pource qu'en sa dernière il me mandoit fort ponctuellement les raisons qui avoient empêché la personne k laquelle il avoit donné mes lettres de me faire réponse, je juge que son silence ne vient que de ce qu*U attend encore cette réponse, ou bien peut-être qu*il a quelque honte de n*en avoir point à m'envoyer, ainsi qu^il s'étoit imaginé. Je me retiens aussi de lui écrire le premier afin de ne lui sembler point reprocher cela par mes lettres; et je ne laissois pas de savoir souvent de ses nouTclles lorsque j'étois à Paris, par le moyen de ses proches qui en recevolent tous les huit jours; mais lorsqu'llslui auront mandé que je feuis ici, je ne doute point qu*il ne m'y écrive et qu*ii ne me lasse entendre ce qu'il saura du procédé qui touche votre altesse, pource qu*il sait que j'y prends beaucoup d'intérêt. Mais ceux qui n'ont point eu Tbonneur de vous voir, et qui n^ont point une connoissanoe très particulière de vos vertus, ne sauroient pas concevoir qu'on puisse être aussi parfaitement que je suis, etc.

N' 142. — LETTRE DE M. llORUS

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