‹ Œuvres philosophiques de Descartes publibées da̕près les textes originauxChapitre 31 sur 306 · MÉDITATION QUATRIÈME · texte numérisé non relu

MÉDITATION QUATRIÈME

mes, i la connoissance des autres dioses delV niven.

Car premièrement je reconnois qa*il est impossible que jamais il me trompe, puisqu'en toute fraude et tromperie 11 se rencoutre quelque sorte d'imperfection; et quoiqu'il semble que pouvoir tromper soit une marque de subtilité ou de puiâsanœ, toutefois vouloir tromper témoigne sans doute de la foiblesse ou de la malice , et, partant, cela ne peut se rencontrer en Dieu. Ensuite je oonnois par ma' propre expérience qu'il y a en moi une certaine faculté de juger, «ou de discerner le vrai d'avec le faux^ » laquelle sans doute j'ai reçue de Dieu, aussi bien que tout le reste des choses qui sont en moi et que je possède ; et puisqu'il est impossible quMl veuille me tromper, il est certain aussi qu'il ne me l'a pas donnée telle que je puisse jamais faillir lorsque j'en userai comme il faut.

Et il ne resteroit aucun doute touchant cela, si l'on n'en pouvoit, ce semble, tirer cette conséquence, qu'ainsi je ne me puis jamais tromper ; car ii tout ce qui est en moi vient de Dieu, et s'il n'a mis en moi aucune faculté de faillir, il lemble que je ne me doive jamais abuser. Aussi est-il vrai que, lorsque je me regarde seulement eomme venant de Dieu, et que je me tourne tout entier vers lui, je ne découvre en moi aucune cause d'erreur ou de fausseté; mais aussitôt après, revenant à moi, l'expérience me fait connoltre que je suis néanmoins sujet à une infinité d'erreurs, desquelles venant à rechercher la cause, je remarque qu'il ne se présente pas seulement à ma pensée une réelle et positive idée de Dieu, ou bien d'un être souverainement parfait; mais aussi, pour ainsi parler, une certaine idée négative du néant, c'est-è-dire de ce qui est infiniment éloigné de toute sorte de perfection ; et que je suis comme un milieu entre Dieu et le néant, c'est-àdire placé de tel!o sorte entre le souverain Être et le non-étre qu'il ne se rencontre de vrai rien en moi qui me puisse conduire dans l'erreur, en tant qu'un souverain Être m'a produit ; mais que, si je me considère comme participant en quelque laçon du néant ou du non-être, c'est-à-dire en tant que je ne suis pas moi-même le souverain Être et qu'il me manque plusieurs choses, je me trouve exposé à une infinité de manquements ; de foçon que je ne me dois pas étonner si je me trompe: Et ainsi je connois que l'erreur, en tant que telle, n'est pas quelque chose de réel qui dé pende de Dieu, mais que c'est seulement un défaut; et partant que, pour faillir, je n'ai pas besoin d'une faculté qui m'ait été donnée de Dieu par-

CMAddition au texte latin.

ticnlièrement pour cet effet , mais qu'il arrive que je me trompe de ce que la puissance que Dieu m'a donnée pour discerner le vrai d'avec le faux n'est pas en moi infinie.

Toutefois, cela ne me satisfait pas encore touti-fait, car l'erreur n'est pas une pure négation» « c'est-à-dire n'est pas le simple déiaut ou manquement de quelque perfection qui ne m'est point due^, » mais c'est une privation de quelque connoissance qu'il semble que je devrois avoir. Or, en considérant la nature de Dieu, il ne semble pas possible qu'il ait mis en moi quelque faculté qui ne soit pas parfaite en son genre, c'est-à-dire qui manque de quelque perfection qui lui soit due; car s'il est vrai que plus l'artisan est expert, plus les ouvrages qui sortent de ses mains sont parfaits et accomplis, quelle chose peut avoir été produite par ce souverain Créateur de l'univers qui ne soit parfaite et entièrement achevée en toutes ses parties? Et certes, il n'y a point de doute que Dieu n'ait pu me créer tel que je ne me trompasse jamais; il est certain aussi qu'il veut toujours ce qui est le meilleur : est-ce donc une chose meilleiu^e que je puisse me tromper que de ne le pouvoir pas?

Considérant cela avec attention, il me vient d'abord en la pensée que je ne me dois pas étonner si je ne suis pas capable de comprendre pour* quoi Dieu fait ce qu'il fait, et qu'il ne faut pas pour cela douter de son existence, de ce que peut-être je vois par expérience beaucoup d*autres choses qui existent, bien que je ne puisse comprendre pour quelles raisons ni comment Dieu les a faites ; car, sachant déjà que ma nature est extrêmement folble et limitée, et que celle de Dieu au contraire est immense, incompréhensible et infinie, je n'ai plus de peine à reconnoitre qu'ii y a une infinité de choses en sa puissance desquelles les causes surpassent la portée de mon esprit; et cette seule raison est sufOsante pour me persuader que tout ce genre de causes qu'on a coutume de tirer de la fin n'est d'aucun usage dans les choses physiques «ou naturelles^; » car il ne me semble pas que je puisse sans témérité rechercher et entreprendre de découvrir les fins « impénétrables^ • de Dieu.

De plus, il me vient encore en l'esprit qu'on ne doit pas considérer une seule créature séparé-* ment, lorsqu'on recherche si les ouvrages de Dieu sont parfaits, mais généralement toutes les créatures ensemble; car la même chose qui pourroic peut-être avec quelque sorte de raison sembler fort imparfaite si elle étoit seule dans le monde» ne laisse pas d'être très parfaite étant considérée

(I) Addition aa texte latia. n)Id. (Qld.

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