‹ Œuvres philosophiques de Descartes publibées da̕près les textes originauxChapitre 38 sur 306 · DEMANDES · texte numérisé non relu

DEMANDES

Je demande premièrement que les lecteurs oon* ûtàmX combien foibles sont les raisons qui leur oDtfiiitjusquesici ajouter foi à leurs sens, et cornbien sont incertains tous les jugements qu'ils ont depuis appuyés sur eux ; et qu'ils repassent si longlenpe et si souTont cette considération en leur esprit qo'enfin ils acquièrent l'habitude de ne se l>liB lier si fort en leurs sens; car j'estime que ttia est nécessaire pour se rendre capable de confifiitre la vérité des choses métaphysiques, lesfKlks ne dépendent point des sens.

£o second lieu, je demande qu'ils considèrent l«ff propre esprit et tous ceux de ses attributs dont Oi reconnoltront ne pouvoir en aucune fa- {00 douter, encore même qu'ils supposassent que test ce qu'ils ont jamais reçu par les sens fût entiireaieDtfaux; et qu'ils ne cessent point de le nosidérer que premièrement ils n'aient acquis ^^e de le concevoir distinctement, et de croire ^'il est plus aisé à connoitre que toutes les choses fi^relles.

£a troisième lieu, qu'ils examinent diligemment ^propositions qui n'ont pas besoin de preuve {«ir être connues, et dont chacun trouve les notioos» soi-même, comme sont celles-ci : « qu'une ^ chose ne peut pas être et n'être pas tout ^Bsonble; que le néant ne peut être la cause effi- <ieDte d'aucune chose, » et autres semblables ; et P'ùnsi ils exercent cette clarté de l'entendement ^kKàèté donnée par la nature, mais que les l^nxptLons des sens ont accoutumé de troubler 'lii'oiïscurcir ; qu'ils l'exercent, dis-je, toute pure ^^iiélivrée de leurs préjugés, car parce moyen 4 vérité des axiomes suivants leur sera fort évi-

^ quatrième lieu, qu'ils examinent les idées ^oBsnatures qui contiennent en dles un assem-

blage de plusieurs attributs ensemble, comme est la nature du triangle, celle du carré ou de quelque autre figure; comme aussi la nature de l'esprit, la nature du corps, et par-dessus toutes la nature de Dieu ou d'un être souverainement parfait. Et qu'ils prennent garde qu'on peut assurer avec vérité que toutes ces choses-là sont en û\\e$ que nous concevons clairement y être contenues. Par exemple, parce que dans la nature du triangle rectiligne cette propriété se trouve contenue, que ses trois angles sont égaux à deux droits, et que dans la nature du corps ou d'une chose étendue la divisibilité y est comprise, car nous ne concevons point de chose étendue si petite que nous ne la puissions diviser, au moins par la pensée, il est vrai de dire que les trois angles de tout triangle rectiligne sont égaux à deux droits, et que tout corps est divisible.

En cinquième lieu, je demande qu'ils s'arrêtent longtemps i contempler la nature de l'être souverainement parfait ; et, entre autres choses, qu'ils considèrent que dans les idées de toutes les autres natures l'existence possible se trouve bien contenue; mais que dans l'idée de Dieu ce n'est pas seulement une existence possible qui se trouve contenue, mais une existence absolument nécessaire. Car de cela seul, et sans aucun raisonnement, ils connoitront que Dieu existe ; et il ne leur sera pas moins clair et évident, sans autre preuve, qu'il est manifeste que deux est un nombre pair et que trois est un nombre hnpair, et choses semblables. Car il y a des choses qui sont ainsi connues sans preuves par quelques-uns, que d'autres n'entendent que par un long discours et raisonnement.

En sixième lieu, que, considérant avec soin tous les exemples d'une claire et distincte perception, et tous ceux dont la penïëption est obscure et confuse desquels j'ai parlé dans mes Méditations, ils s'accoutument i distinguer les choses qui sont clairement connues de celles qui sont obscures ; car cela s'apprend mieux par des exemples que par des règles ; et je pense qu'on n'en peut donner aucun exemple dont je n'aie touché quelque chose.

En septième lieu, je demande que les lecteurs, prenant garde qu'ils n'ont jamais reconnu aucune fausseté dans les choses qu'ils ont clairement conçues, et .qu'au contraire ils n'ont jamais rencon* tré, sinon par hasard, aucune vérité dans les choses qu'ils n'ont conçues qu'avec obscurité. Ils considèrent que ce seroit une chose tout-à-fait déraisonnable si, pour quelques préjugés des sens ou pour quelques suppositions faites à plaisir et fondées sur quelque chose d'obscur et d'inconnu. Ils révoqooient en doute les choses qse l'enten-

AÉPOIlfBS DE L'AUTEUR

dament e»09oh okiranMit 6l dMUiotemeiit } an moyen de quoi ili admettront lacilement lei aiio** mai «ilvanta pour Trais et pour indubitables : bien ^e j'avoue que plusieurs d'entre eux eussent pi| Itre mieui expliqués, et eussent dû Itre plutAt proposés oomme des théorèmes que comme des axiomes, si j'eusse voulu être plus exact.

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