DES PHILOSOPHES ET GÉOMÈTRES
A H. DBSCARTES.
Monsieur,
Quelque soin que nous prenions à examiner si l'idée que nous avons de notre esprit, c'est-à-dire si la notion ou le concept de l'esprit humain ne contient rien en soi de corporel ^ , nous n'osons pas néanmoins assurer que la pensée ne puisse en aucune façon convenir au corps agité par de secrets mouvements; car, voyant qu'il y a certains corps qui ne pensent point, et d'autres qui pensent, ne passerions-nous pas auprès de vous pour des sophistes, et ne nous accuseriez-vous pas de trop de témérité, si nonobstant cela nous voulions conclure qu'il n'y a aucun corps qui pense? Nous avons même de la peine à ne pas croire que vous auriez eu raison de vous moquer de nous, si nous eussions les premiers forgé cet argument qui parle des idées, et dont vous vous servez pour la preuve d'un Dieu, et de la distinction réelle de l'esprit d'avec le corps, et que vous l'eussiez ensuite fait passer par l'examen de votre analyse. H est vrai que vous paroissez en être si fort prévenu et préoccupé qu'il semble que vous vous soyez vous-même mis un voile au-devant de l'esprit qui vous empêche de voir que toutes les opérations et propriétés de l'âme que vous remarquez être en vous dépendent purement des mouvements du corps; ou bien défaites le nœud qui selon votre jugement tient nos esprits enchaînés,
(i) VoyemMtUtion vi, paie m
sia
«im&MP Piu)iarioiis, ura
el qui Im «Dpéobe de 8\ttovef «Ordessui i^ oorps ei de la aiatiîre. Le nœud que nous tsouyoue en oeoi eit que noue comprenons ibrt bleu que deux et trois joints ensemble font le nombre de iûnq, et que si de dioses ^ales on Ate cboses égales, les restes seront égaux ; nous sommes convaincus de pes vérités, et de mille autres, aussi bien que TOUS ; pourquoi donc ne sommes-nous pas pareillement conyaincus par le moyen de Vos Idées, ou ménie par les nôtres, que l'âme de l*bomme est réellement distincte du corps, etque Dieu existe? Vous direz peut-être que vous ne PQuyez pas nous mettre cette vérité dans Tesprit si nous ne méditons avec vous; mais nous avons à vqus fépoDdre que nous avons lu plus de sept to\^ VQ9 Méditatiqns avec uqe attention d'esprit presque semblable à celle des apges, et que néanmoins nous ne sommes pas encofe persuadés. Nous qe pouvons pas toutefois nous persuader que vous vouliez aire que, tous tant que noui; spmuies, pous avoD3 l't'sprlt stuplde et grossier comme des béies, et du tout inbabile pour les clio^ métaphysiques, auxquelles il y a trepte ans que nous uous exerçons, plutôt que de confesser que les raisons que vous avez tirées des Idées de Dieu et de l'esprit ne sont pas d'un si grand poids et d'une telle autorité que des hommes savants, qui tâchent autant qu'ils peuvent d'élever leur esprit au-dessus delà matière, s'y puissent et s'y doivent entièrement soumettre. Au contraire, nous estimons que vous coofesse- Fei le même avep nous, si vous voulez vous donner la peine de relire vos Méditi|tions avec le même esprit, et les passer par le même examen que vous ferles si elles vous avoient été propoiées par une personne ennemie. Enfin, puisque nous ne oonnoissons point jusqu'où se peut étendre la vertu des corps et de leurs mouvements, vu que vous confessez vous-même qu'il n'y a personne qui puisse savoir tout ce que Dieu a mis •u peut mettre dans un sujet sans une révélation particulière de sa part , d'oà pouvez-vous avoir appris que Dieu n'ait peint mis cette vertu et propriété dans quelques corps, que de penser, de douter, e(e. ?
Ce sont là, monsieur, nos arguments, ou, si vous aimei mieux, nos pr^ugés, auxquels, si vous apportes le remède nécessaire, nous ne saurions vous exprimer de combien de grâces nous vous serons redevables, ni quelle sera l'obligation que nous vous aurons d'avoir tellement défrli^é notre esprit que de Tavoir rendu capable de recevoir avec fruit la semence de votre doctrine. Dieu veuille que vous en puissiez venir heureusement i bout , et nous le prions qu'il lui plaise donner cette récompense à voue piété, qui Be vous per-
pset paf d9 rien entrepfw^sp que voqi pe «icrifUei fm(ièr^i9ent a sa glolror
RÉPONSES DE LÛUTBUR
4UX SIXli^llEf QBJjECTlOVe
Faites par divers Utéologteqs, pbOosopbes et g6aatlim.
< C'est une diose très assurée que persqnne ne peut être certain s'il pense et s'il Miste, si pre* mièrement il ne sait ce que c'est que la pensée et que Texistenoe, non que pour càà il soit be soin d'une science réfléchie ou acquise par une démonstration, et beaucoup moins de la science de cette science, par laquelle il oonnoisse qu'il sait, et derechef qu'il sait qu*ll sait, et ainsi jusqu'à rinfini, étant impossible qn'en en puisae jamais avoir une telle d'aucune chose que ce soit; mais II suffit qu'il sache cela par cette sorte de eonnoissance intérieure qui précède toujours l'acquise, et qui est si naturelle à tous les hommes, en ce qui regarde la pensée et l'existence, que bien que peut-être étfmt aveuglés par quelques préjugés, et plusi^ttentift au son des paroles qu^è leur véritable signification, nous puissions feindre que nous ne l'avons point, il est néanmoins impossible qu'en elist nous ne l'ayons. Ainsi donc, lorsque quelqu'un apergoit qu'il pense, et que de la il suit très évidemment qu'il existe, encore qu'il ne se soit peut-être jamais auparavant mis en peine de savoir ce que c'est que la pensée et que l'existence, il ne se peut Aire néanmoins quHl ne les connoisse assez l'une et Tautre pour être en cela pleinement satisfiiit.
* Il est aussi du tout impossible que celui qui d'un oêté sait qu'il pense, et qui d'ailleurs oonnott ce que c^est que d'être mû, puisse jamais croire qu'il se trompe et qu'en effet il ne pense point , mais qu'il est seulement mè ; car ayant une idée ou notion tout autre de la pensée que du mouvement corporel, il faut de nécessité qu'il conçoive l'un comme diittrent de l'autre , quoi* que pour s'être trop accoutumé à attribuer à un même sujet plusieurs propriétés différentes, et qui n'ont entre elles aucune affiqité, U se puisse foire qu'il révoque en doute, ou même qu'il assure que c'est en lui la même diose qui pense el qui est mue. Or, il faut remarquer que les choses dont nous avons difflfarentes idées peuvent être prises en deux façons pour une seule et même chose ; c'est i savoir, ou en unité et identité 4^ nature, ou seulement en anité de composllieD. Ainsi, par exemple, Il est bien vrai que l'idée de
(l)Vayez.Sixl6mc80l46cU0M^ page 114. (flUA
RËPONSESIIB OBSGARTfiS, btg
|i%iif« B'eil pas la mtaie qae eePe au mciiifa-
leot ; qoa l'action par laqa0Ue j'entends est «m-
pe loug oBe^aotre idée que celle par laquelle Je
leu; qw b cbair e| les os ont des idtei diffâr
m\»i 0t que ridée de la pensée est tout autra
(jH œlle de l'eiteosloii ; el Béaumolns nous oon-
tem fort bte que la même substaooe 4 qui 1^
tgsRaovjeat est aussi capable de mouvement,
da HDê qu'être figuré et être mobile n*est
90*816 loéieeeboie en unité de nature, comme
m» o'e^t qu'une n^e chose en unité de na-
pi^ tpà Tent et qui entend ; mais il n'en est pas
livide la substanœ que noiis considérons sous
lifcrBed'oa es, el de œlle que qous eonsldé-
IHssNn la forme de eiiaîr, ce qui lait que nous
npottTOBs pas les prendre pour une même ebose
Niiaiti de nature, mais seulement en unité de
DBpoHtioq, en t<^lt que c^ un mén^e animal
pi de la ciialf et des os. Maintenant la ques-
tiM ot de savoir ai iious concevons que la chose
ppeaie et celle qui estétendue soient une même
Atteo unité de nature , en sorte que noos trou-
riioi qu'entre la pensée et Textension 11 y ait
itt piKille connexion et aflBnité que nous ro-
«uqooDi eptre le mouvement et la %upe, Pae-
te de rentendement et celie de la volonté ; oq
platlt n elles nesont pas appelées une en unité de
cuBiiositioQ, ep tant qu'elles se rencontrent toutes
to dans nu même homme , oomme des os et de
bduir dans un même animal ; et pour moi c'eet
lîa(ui MoUment ; car la distinction ou diversité
f» je ranarqne entra la natnra d*une diose
^06 et celle d'une chose qui pense ne me pa-
nii|iaf moindra qae celle qni est entra des os et
^iadiair.
\ Mail poaree qu'en œt endroit on se sert d'an- ^téi pour me combattre, Je me trouve obligé, f^ empêcher qu'elles ne portent aucun préjufaàla vérité, de répondre i ce qu'on m'objecte ^ penonne n'a encore pu comprendre ma dé* ^'^B^iion, qu^enooro bien qu'il y en ait fort IMqni l'aient soigneusement examinée, il s'en ^ séanmolus quelques-runs qui se persua* htdsl*entendro, et qui 8*en tiennent aitièref^loMvaincus. Et comme on doit ajouter plus "^^SQ seul témoin qui, après avoir voyagé en ^■^w, nons dit qu*ll a vu des antipodes, qu*à ^autres qui ont nié ci*devant qu'il y en eût, ^ en avoir d'autra raison sinon qu'ils ne le ^oieBt pis, de même ceux qui pèsent comme 1^1 h valeur des raisons doivent foire plus *^ de l'autorité d'un seul homme qui dit en- ^ fort bien onedémonstratlon que de celle de *^ astres oui disent, sans raison, qu'eUe n'a pu
encore être comprise de personne ; car b(en qu'ils ne l'entendent point, cela ne foit pas que d'autres ne la puissent entendre ; et pource qu'en inférant Tun de l'autre ils font voir qu'ils ne sent pfis asiei exacts dans leurs raisonnements, il semble qoe leur autprité ne doive pas ê(re beapeoup oonsi* déi^
\ Snfia, 4 la question qu'on me propos en cet endroit, savoir, « si j'ai tellement coupé et divisé paf le moyen de mon analyse tous les mouve* ments de ma matière subtile que non-seulement je sois assuré, mais même que je puisse foire coqqoitre à des personnes très attentives et qui pensent être asses nlalrvoyaotes qu'il y a de la répugnance qqe nos pensées soient répandues daps des mouvement^ corporels, n o'est*è-dire« comme je l'estime, que nps pensées ne soieofiutre. chose qpe des mouvements corporels^ je réponds que pour mon particulier j'en suis trèi certain, niais que je ne me promets pafi pour cel^ de le pouvoir persuader aux autres, quelque attentiou qu'ils y apportent et quelque capacité qu'ils pepsent avoir» an moins tandis qu'ils n'appliqueront leur esprit qu'aux choses qui sont ^u* lemept imaginables, et non point à celles qui sont purement IntelUgibies, comme il est aisé de voir qqe cei^x-là font qui se sont imaginé qtie la distinction ou la diiïérepce qui est entre la pensée et le mouvement se doit conneltre par la dissection de quelque matière subtile; car cette diffé* rence œ peut être connue que de ce que l'idée d'une chose qui pense et celle d'une chose éten<r due ou mobile sont entièrement diverses et mu* tiiellement indépendantes l'une dei'autra,et qu'il répugne que des choses que nous concevons daimment et distinctement être diverses et indépendantes pe puissent pas être séparées, au moins par la toute-puissance de Dieu ; de sorte que tout autant de fois que nous les rencontrons ensemble dans un même siget, comme la pensée e| le mou* vement corporel dans un même homme, nous ne devons pas pour cela estimer qu'elles soient une même chose en unité de nature, mais seulement en unité de eomposilion.
a Ge qui est id rapporté des platODidens et de leurs sectateurs est aujourd'hui tellement décrié par toute l'Eglise catholique, et communément par tous les philosophes, qu'on ne doit plus s'y arrêter. P'ailleurs il est bien vrai que le concile de Latran a défini qu'on pouvojt peindra les anges, nuUs il n'a pas conclu pour cela qu'ils lussent Qorporals. Et quand en eOet on les croiroit être tels, on tt'auroit pas raison pour oda de penser que leurs esprits fussent plus inséparables de leurs
(i) v<xrei ouièmsiot»sltom i
ai4 (niud., n.3i:,
RÉPONSES DE DESCARTES
corps : que œox ûeê hommes et qaand on yoadroil anssi feindre que Time humaine viendroit de pAre à fils, on ne pourroit pas pour cela condure qu'elle ftti corporelle, mais seulement que comme nos corps prennent leur naissance de ceai de nos parents, de même nos âmes procéderoient des leurs. Pour ce qui est des chiens et des singes, quand je leur attribuerois la pensée, il ne 8*ensuiyroit pas de là que i'àme humaine n*est point distincte du corps, mais plutât que dans les autres animaux les esprits et les corps ont aussi distingués ; ce que les mêmes platoniciens, dont on nous Yantoit tout maintenant l'autorité, ont estimé avec Pythagore, comme leur métempsycose fait assez connoitre. Mais pour mol je n*ai pas seulement dit que dans les bêtes il n'y avoit point de pensée, ainsi qu'on me veut foire accroire, mais qui plus est je l'ai prouvé par des raisons qui sont si fortes que jusques à présent je n'ai vu personne qui ait rien opposé de considérable à rencontre. Et ce sont plutAt ceux qui assurent que « les chiens savent en veillant qu'ils courent, et même en dormant qu'ils aboient, » et qui en parlent comme s'ils étoient d'intelligence avec eux et qu'ils vissent tout ce qui se passe dans leurs cœurs, lesquels ne prouvent rien de ce qu'ils disent. Car bien qu'ils ajoutent « qu'ils ne peuvent pas se persuader que les opérations des bêtes puissent être suffisamment expliquées par le moyen de la mécanique, sans leur attribuer ni sens, ni ftme, ni vie «(c'est-à-dire, selon que je l'explique, sans la pensée; car je ne leur ai jamais dénié ce que vulgairement on appelle vie, ime corporelle et sens organique), « qu'au contraire ils veulent soutenir, au dédit de ce que Ton voudra, que c'est une chose tout*à-fait impossible et même ridicule, » cela néanmoins ne doit pas passer pour une preuve ; car il n'y a point de proposition si véritable dont on ne puisse dire en même Uupm qu'on ne se la sauroit persuader, et même ce n'est point la coutume d'en venir aux gageures que lorsque les preuves nous manquent. Et puisqu'on a vu autrefois de grands hommes qui se sont moqués, d'une façon presque pareille, de ceux qui soutenolent qu'il y avoit des antipodes, j'estime qu'il ne faut pas légèrement tenir pour faux tout ce qui semble ridicule à quelques autres.
Enfin, ce qu'on ly'oute ensuite, « ^ qu'il s'en trouvera plusieurs qui diront que toutes les actions de l'homme sont semblables à celles des machines, et qui ne voudront plus admettre en lui de sens ni d'entendement, s'il eqt vrai que les singes, les chiens et les éléphants agissent aussi comme des
machines en toutes leurs opérations, » n*est pas aussi une raison qui prouve rien, si ce n'est peutêtre qu'il y a des hommes qui conçoivent les choses si confusément, et qui s'attachent avec tant d'opiniâtreté aux premières opinions qu'ils ont une fois conçues, sans les avoir jamais bien examinées, que plutêt que de s'en départir ils nieront qu'ils aient en eux-mêmes les choses qu'ils expérimentent y être. Car de vrai il ne se peut pas faire que nous n'expérimentions tqps les jours en nousmêmes que nous pensons; et partant, quoiqu'on nous fasse voir qu'il n'y a point d'opérations dans les bêtes qui ne se puissent fiiire sans la pensée, personne ne pourra delà raisonnablement inférer qu'il ne pense donc point, si ce n'est celui qui, ayant toujours supposé que les bêtes pensent comme nous, et pour ce sujet s'étant persuadé qu'il n'agit point autrement qu'elles, se voudra fellement opiniâtrer à maintenir cette proposi* tien : l'homme ei la bête opirefU d'une même façon^ que lorsqu'on viendra à lui montrer que les bêtes ne pensent point, il aimera mieux se dépouiller de sa propre pensée, laquelle il ne peut toutefois ne pas connoitre en soi-même par une expérience continuelle et Infaillible, que de changer cette opinion, qu'il agit de mime façon que les bêtes. Je ne puis pas néanmoins me persuader qu'il y ait beaucoup de ces esprits; mais je m'assure qu'il s'en trouvera bien davantage qui, si on leur accorde que la pensée n'est point distinguée du mouvement corporel^ soutiendront, el certes avec plus de raison, qu'die se rencontre dans les bêtes aussi bien que dans les hommes, puisqu'ils verront en elles les mêmes mouvements corporels que dans nous; et, ajoutant à cela que la différence, qui n'est que selon le plus ou le moins, ne change point la nature des choses, bien que peut-être ils ne fassent pas les bêtes û raisonnables que les hommes, ils auront néanmoins occasion de croire qu'il y a en elles des esprits de semblable espèce que les nêtres.
^ Pour ce qui regarde la science d'un athée, il est aisé de montrer qu'il ne peut rien savoir avec certitude et assurance ; car, comme j'ai déjà dit ci-devant, d'autant moins puissant sera cdul qu'il reconnoîtra pour l'auteur de son être, d'autant plus aura-t-il occasion de douter si sa nature n'est point tdiement imparfaite qu'il se trompe, même dans les choses qui fui semblent très évidentes; et jamais il ne pourra être délivré de ce doute, si premièrement il ne reoonnolt qu'il a été créé par un Bleu, principe de toute vérité, et qui ne peut être trompeur^. Et on peut voir clairement qull est impossible que Dieu soit trompeur, pourvu
Ol|S0li0B«rPi«9MB* CS| IMd.
AUX SIXIÈMES OBJECTIONS
qo'oD Teoille ooDsîdérer que la forme ou ressence dete tromperie est un nou-4tre, vers lequel jamais fesouTerain Être ne se peut porter. Aussi tous les thUofpeDS sont-ils d'accord de cette vérité, qu'on peQtdire être la base et le fondement de la reli* |ioD chrétienne, puisque toute la certitude de sa foi eo dépend. Car comment pourrions-nous ajouter fn lui choses que Dieu nous a révélées, si DOQS pensions qu'il nous trompe quelquefois? Et bieo que la commune opinion des théologiens soit 9» les damnés sont tourmentés par le feu des enkn, Déanmoins leur sentiment n'est pas pour cela pt'Us iorU déçus par une fausse idée que Km leur a imprimée (f tin feu qui les consume, mis plutôt qu'ils sont véritablement tourmentés parlefea ; parce que comme «* l'esprit d'un homme Tirant, bien qu'il ne soit pas corporel, est néanwm natm^Ûement détenu dans le corps, ainsi BieD, par sa toute-puissance, peut aisément faire qoll souffre les atteintes du feu corporel après sa iBort,etc.i»yoyei le Maître des sentences, Itv. IV, dist. xuv. Pour ce qui est des lieux de l'Ecriture, jeoejoge pas que je sois obligé d'y répondre, si C8 n'est qu'ils semblent contraires à quelque opinion qui me soit particulière; car lorsqu'ils ne s'aitaquent pas i moi seul, mais qu'on les propose : mitre les opinions qui sont communément reçues I dHoos les chi'étiens, comme sont celles que l'on iopugne en ce lieu-ci» par exemple, que nous ; pouTons savoir quelque chose, et que l'âme de ilkxnme n'est pas semblable i celle des animaux, jeeraindrois de passer pour présomptueux si je n'iimois pas mieux me contenter des réponses qui <ttt déjà été faites par d'autres que d'en rechercher de nouvelles, tu que je n'ai jamais fait proton de l'étude de la théologie, et que je ne m'y nis appliqué qu'autant que j'ai cru qu'elle étoit B^cessaire pour ma propre instruction, et enfin ^ je ne sens point en moi d'inspiration divine ^ m fasse juger capable de l'enseigner. C'est Ponrqooi je fais ici ma déclaration que désormais je ne répondrai plus i de pareilles objections. * Néanmoins j'y répondrai encore pour cette ^ de peur que mon silence ne donnât occasion '9idques-uns de croire que je m'en abstiens ^ de pouvoir donner des explications assez '^'^BUDodes aux lieux de l'Ecriture que vous pro- P^ h dis donc, premièrement, que le passage ^ nint Paul de la première aux Corinthiens, ^' viii, vers. 3, se doit seulement entendre '^hsdenee qui n'est pas jointe avec la charité, ^^à-dire de la science des athées , parce que ^^nqae oonnoit Dieu comme il faut ne peut ^ ^n sans amour pour lui» et n'avoir point
'^ v«Tci fliiBBM obieeilaM, page ne
de charité. Ce qui se prouve tant par ces paroles qui précèdent immédiatement, « la science enfle, mais la charité édifie , » que par celles qui solyent un peu après, que « si quelqu'un aime Dieu, icelui (i savoir Dieu) est connu de lui. » Car ainsi l'ApAtre ne dit pas qu'<m ne puisse avoir aucune science, puisqu'il confesse que ceux qui aiment Dieu le connoissent, c'est-à-dire qu'ils ont de lui quelque science ; mais il dit seulement que ceux qui n'ont point de charité, et qui par conséquent n'ont pas une connoissance de Dieu suffisante, encore que peut-être ils s'estiment savants en d'autres choses, « ils ne connoissent pas néanmoins encore ce qu'ils doivent savoir, ni comment ils le doivent savoir, » d'autant qu'il faut commencer par la connoissance de Dieu, et après faire dépendre d'elle toute la connoissance que nous pouvons avoir des autres choses, ce que j'ai aussi expliqué dans mes Méditations. Et partant, ce même texte, qui étoit allégué contre moi, confirme si ouTertement mon opinion touchant cela que je ne pense pas qu'il puisse être bien expliqué par ceux qui sont d'un sentiment contraire. Car si on vouioit prétendre que le sens que j'ai donné à ces paroles, que «si quelqu'un aime Dieu , icelui , d swooir Dieu , est connu de lui, «• n'est pas celui de l'Ecriture, et que ce pronom icelui ne se réfère pas à Dieu, mais à l'homme, qui est connu et approuvé par lui, l'apôtre saint Jean, en sa première épître, chap. II, verset 2, favorise entièrement mon explication par ces paroles : « En cela nous savons que nous l'avons connu si nous observons ses commandements ; « et au chap. iv, verset 7 : «* Celui qui aime est en&nt de Dieu, et le connoit. » * Les lieux que vous allouez de l'Ecclésiaste ne sont point aussi contre moi ; car il faut remar^^ quer que Salomon, dans ce livre, ne parle pas en la personne des impies, mais en la sienne propre, en ce qu'ayant été auparavant pécheur et ennemi de Dieu, il se repent pour lors de ses fautes, et confesse que tant qu'il s'étoit seulement voulu servir pour la conduite de ses actions des lumières de la sagesse humaine, sans la référer à Dieu ni la regarder tM>mme un bieniait de sa main, jamais il n'avoit rien pu trouver qui le satisfit entièrement ou qu'il ne vît rempli de vanité. C'est pourquoi en divers lieux il exhorte et sollicite les hommes de se convertir i Dieu et de faire pénitence, et notamment au chap. xi, verset 9, par ces paroles : « Et sache, dit-il, que Dieu te fera rendre compte de toutes tes actions ; • ce qu'il continue dans les autres suivants jusqu'à la fin du livre. Et ces paroles du chap. yiii. Ter-
(f) VofK SiifènesOhlectloBi, pi^ tM.
fagt
REPON8BB DE DESCARTES
set 17 : « Et j*al raeoDBB qaa de tone les ouvra» geê de Dieu qui se font soue le eolell) Tbomme D*eii peut rendre aucune raison, etc. , » ne dol^ Tent pas 6tre entendues de toutes sortes de per* solines, mais seulement de eeltti qu*il a décrit an Térset précédent : « Il y a tel homme qui passe les jours et les nuits sans dormir ; «• comme si le prophète Youloit en oe lieu-là nous avertir que le trop grand travail, la trop grande assiduité & rétude des lettres, empêche qu'on ne parvienne à la connoissance de la vérité ; ce que je ne crois pas que ceux qui me connoissent particulièrement jugent pouvoir être appliqué à moi. Mais surtout il faut prendre garde à ces paroles, «qui se font sous le soleil, » car elles sont souvent répétées dans tout ce livre, et dénotent toujours les choses naturelles, i Texclusion de la subordination et dépendance qu'elles ont à Dieu, parce que Dieu étant élevé au-dessus de toutes choses, cm ne peut pas dire qu'il soit contenu entre celles qui ne sont que sous le soleil ; de sorte que le vrai sens de ce passage est que l'homme ne saurolt avoir une connoissance parfaite des choses naturelles tandis qu'il ne connoîtra point Dieu, en quoi je conviens aussi avec le Prophète. Enfin, au chap. tu, vers. 19, oii il est dit que « l'homme et la jument passent de même façon , *> et aussi que «l'homme n'a rien de plus que la jument, n il est maniflMte que cela ne se dit qu'à raison du corps ; ear en cetendroit il n'est fait mention que deschoses qui appartiennent au corps ; et incontinent après Il ajoute, en parlant séparément de l'àrae, « qui sait si l'esprit des enfents d'Adam monte en haut, et si l'esprit des animaux descend en bas ? » c'està-dire, qui peut connoltre par la force de la raison humaine, et à moins que de se tenir à ce que Dléu nous en a révélé, si les âmes des hommes jouiront de la béatitude éternelle? k la vérité j'ai bien tâché de prouver par raison naturelle que l'âme de l'homme n'est point loorporeile; mais de savoir si elle montera en haut, e'est-à-dire si die jouira de la gloire de Dieu, j'avoue qu'il n'y a que la seule foi qui nous le puisse apprendre.
* Quant à la liberté du fl^nc arbitre, il est certain que la raison ou l'edsénce de celle qui est en J^ïevL est bien différente de celle qui est en nous, d'autant qu'il répugne que la volonté de Dieu n'ait pas été de toute éternité indifférente à toutes les choses qui lont été faites ou qui se fei*ont jamaifti n'y ayant aucune idée qui représente le bien ou le vrai, ^ qu'il faut croire, ce qu'il font faire oii be qu'il faut omettre, qu'on puisse Mndre avoir été l'objet de l'entendement divin atant que sa datlii'é ait été constituée telle pat-la dft-
(1) VQiet Sliièmn ofcfseiioM^iMiis tM.
termination de sa volonté. Et je ne pirle pasU d'une simple priorité de temps, inâds bien dam tage, je dis qu'il a été impossible qu'une telle idfe ait précédé la détermination de ta ^olonK k Dieu par une priorité d'ordre ou de nature, on de raison raisonnée, ainsi qu^on la nomme dan l'école, en sorte que cette idée du bien altporli Dieu à élire l'un plutét que l'autre, hr exemple, ce n'est pas pour avoir vu qu'il étoit meilkor que le monde fût créé dans le teinps que dèsi'iternité qu'il a voulu le ciréer dans le temps ;e( il n'a pas voulu que les trois angles d^uo triaogie fussent égaux à deux droits parce qu*iU connu que cela ne se pouvoit faire autrement, etc. Mais, au contraire, parce qu'il a voulu créer le nnnde dans le temps, pour cela 11 est aind meilleoriiK s'il eût été créé dès l'éternité ; et d'autant quili voulu que les trois angles d'an triangle fM nécessairement égaux à deux droits, pour cA cela est maintenant vrai, et il ne peut pas an autrement, et ainsi de toutes les autres dio»; et cela n'empêche pas qu'on ne puisse dire y les mérites des saints sont la cause de leur!» titude éternelle, car ils n'en sont pas tedemeotii cause qu'ils déterminent Dieu à rien vouloir, 10 ils sont seulement la cause d'un effet dont Bien voulu de toute éternité qu'ils fussent la cause :« ainsi une entière indifférence en Dieu est 0 preuve très grande de sa toute-puissance, tt il n'en est pas ainsi de i'homme, lequel trouvai déjà la nature de la bonté et de la vérité établi déterminée de Dieu» et sa volonté étant tA qu'elle ne se peut naturellement porter qœ^ ce qui est bon, il est manifeste qu'il emi^ d'autant plus librement le bon ^ le Trai ^| les connoit plus évidemment, et que jaioaisl n'est Indifférent que lorsqu'il Ignore ce qai^ss* mieux ou de plus véritable, ou du moins ion^ cela ne lui parolt pas si clairement qui! b^ puisse aucunement douter : et ainsi rindiiïén* qui convient à la liberté de l'homme est i^ différente de celle qui convient à la liben^^ Dieu. Et il ne sert ici de rien d'alléguer q«^ essences des choses sont Indivisibles; (Xp mièrement il n'y en a point qui puisse codi^ d'une même façon à Dieu et i la créatore;^ enûn l'indifférence n'est point de ressenceéc^ liberté humaine, vu que nous ne sommes^ seulement libres quand l'ignoralice du bren^i* vrai nous rend Indifférents, mais prindpais^ aussi lorsque la claire et distinete eonnoisss^ d'une chose nous pousse et Bonft engage i^^ chercte.
« Je ne eonbeis poM la saperfiefe par hp
(1) rofot 8lxlèiiM6fe|88iiow^ nm P^
àtîi siiiÈMEë ôbJÉGTidîïs.
f estitne (fue nos âëns tont ibtichés autrement que les mathématiciens ou ied philosophé^ ëonçoivent ordinairement, ou du moins doivent concevoir celle qu'ils distinguent du corps et (}uMls supposent n'avoir point de profobdeut*. Mais le nodi de superficie se prend en deux façotis par lès mathématiciens, i savoir, ou pour le corp^, dont oh ne considère que la seule longueur et largeur, sans s'arféter du tout ft la profondeur, quoiqu'on ne nie pas qu'il y ait quelque profondeur ; ou il est pris seulement pour un mode du cëfps, et pour lors toute profondeur lui est déniée. Ceit pourquoi, pour éviter toute sorte d'ambiguïté, J'ai dit que Je pariols de Cette superficie, laquelle, étant seulement un modë^ ne peut pas être partie du corps ; cat* le corps est une substailce doht Je mode ne peut être partie. Mais Je n'ai Jamais nié qu'elle fût le terme du corps; au tontraire, je crois qu'elle peut fort propreiuent être appelée Textrémité tant du corps contenu que de celui qui contient, au sens que l'dti dit qde lek corps contigus sont eeui dont les extrémité^ sont ensemble. Car de vrai quand deux corps se tdudient mutuellement , ils n*ont ensemble t]ù'unë même extrémité qui n'est point partie die rtld bi de l'autre, mais qui est le même mode de touë les denx, et qui demeurera toujours le même , quoique ces deux corps soient êtes, pourvu seulement qu'on eb substitue d'autres en leur place qui soient précisément dé même gràbdeiir et figure. Et même ce lieu, qui est appelé par lefi péripatéticieûs la superficie du corps qui environne, ne peut être conçu être uhe autre superficie que celle qui n'est point une substance, mai^ un mode. Car on ne dit t)oint que le lieu d'ubé tour soit changé, quoique l'air qui l'etivironne le toit, oQ qu'on substitue un autre corps en la place de la toiir ; et partant la superficie, qui est Id prfee ^Ur le lieti, n'est point partie de la tour ni de l'air qui ^environne. Mais pour ré- Ihter entièremeht l'opinion de ceux qui admettent des accidents réelâ, il me semble qu'il n'est pas besoin i\ie Je produise d'autres raisons que celles qiië j'ai déjà avancées ; éar, premièrement, puisqtie nul sentiment ne se fillt sans contact, rtea né peut être sefati ^tie là superficie des corps. Or, s'il y a des accidents réels, lis dolvedt être ^uelqtie chose de dlITérent de cette superficie qui n'est autre chdse ^d'un mode \ doné, s'il y en a, il» ne peuvent être sehtis. Mais qui d Jatnaiâ pensé qu'il y en eût que tJârce liu'il A cru qU'ilô étolent sentis? De plbs, b'est une Chose entière^ ment Impossible et qui ne se peut concevoir satiS répugnance et contradlctiod qu'il y ait des accidents réels, pottrœ que tout ce qui est réel peut extsier séparémeat de tout attire èttjet. Or, ce
qui peut ainsi exister iséparément eèt une substance et non point un accident. Et il ne sert de rien de dire que les accidents réels ne peuvent pas naturellement être séparés de leurs suj®^» mais seulement par la toute-puissance de l)ieu ; car être fait naturellement n'est rien autre cholie Qu'être fait par la puissance ordinaire de Dieu, laquelle ne diffère en rien de sa puissance extraordinaire, et laquelle, ne mettant rien de nouveau dans les choses, n'en change point aussi la na ture : de sorte que si tout ce qui peut être naturellement sans sujet est une substance, tout ce qui peut aussi être sans sujet par la puissance de Bleu, tant extraordinaire qu'elle puisse être, doit aussi être appelé du nom de substance. J'avoue bien, à la vérité, qu'une substance peut être appliquée à une autre substance , mais quand celu arrivé, ce n'est pas la substance qui prend U forme d'un accident, mais seulement le mode ou la façon dont cela arrive : par exemple, quand un habit est appliqué sur un homme, ce n'est pas l'habit, mais être habillé qui est uii uccidebt. £t pôurce que U priilcipaie raison qui à mû les philosophes à établir de^ accidents rêeià à été t)U'ils ont cru que sans eux on ne puuvoit pas expliquer comment se font les percepUous de nos sens. J'ai promis d'expliquer par le menu, en écrivaiit de la physique, la façon dont chacun de nos sens est touché par ses objeté ; iioh que je veuille i^d'en cela ni eh aucune aiiiire chose on s'en rapporté ed mes paroles, mais parce que j'ai crd que ce que J 'a vois expliqué de la vue dans ma Diôptriquè pôuvoit servir de preuve suffisante de ce que Je puis dans le reste.
* Quand On considère attentivement l'Immensité de bleu, od voit manifestement qu'il est impossible qu'il y ait rien qui he dépende de lui, nonseulement de tout ce qui subsiste, mais encore qu'il n'y a ordre, ni loi, ni raison de bonté et de vérité qui n'en dépende ; autrement, comme je dlsois un peu auparavant, il n'auroit pas été toutà-fait indilTérent à créer les choses qu'il à créées. Car si quelque raison ou apparence de bonté eût précédé sa préordination, elle l'eût sans doute déterminé à faire ce qui étoit de meilleur : mais tout au contraire, parce qu'il s'est déterminé à faire les choses qtii sont au inonde, pour cette raison, comme il est dit en la Genèse," elles sont très bonnes, n c'est-à-dire que la raison de leur bonté dépend de ce qu'il les a ainsi voulu faire. Et il b'est pas besoih de demander en quel genre de causé cette bonté tli toutes les autres vérités, tant mathématiques que métiiphysiqùes, dépendent dé Bieù t car leà genres des causes ayant été établis
(I) yoiei Sixièmes t^MM» t>àdè iH
RÉPONSES DE DESGARTES
par eeui qui peat-Atre ne pensolent point à cette raison de causalité, il n*y auroît pas lieu de s*étonner quand ils ne lui auroient point donné de nom ; mais néanmons ils lui en ont donné un, car elle peut être appelée efficiente : de la même façon que la volonté du roi peut être dite la cause efficiente de la loi, "bien que la loi même ne soit pas un être naturel, mais seulement, comme ils disent en l'école, un être moral. Il est aussi inutile de demander comment Dieu eût pu faire de toute éternité que deux fois quatre n'eussent pas été huit, etc., car j'avoue bien que nous ne pouvons pas comprendre celan mais puisque d'un autre côté je comprends fort bien que rien ne peut exister, en quelque genre d'être que ce soit, qui ne dépende de Dieu, et qu'il lui a été très facile d'ordonner teHement certaines choses que les hommes ne pussent pas comprendre qu'elles eussent pu être autrement qu'elles sont, ce seroit une chose tout-4-fait contraire à la raison de douter des choses que nous comprenons fort bien, à cause de quelques autres que nous ne comprenons pas et que nous ne voyons point que nous ne devions comprendre. Ainsi donc il ne faut pas penser que les vérités étemelles dépendent de l'entendement humain ou de Vexistence des choses, mais seulement de la volonté de Dieu, qui, comme un souverain législateur, les a ordonnées et établies de toute éternité»
^ Pour bien comprendre quelle est la certitude du sens, il faut distinguer en lui trois sortes de degrés. Dans le premier on ne doit rien précisément considérer que ce que les objets extérieurs causent immédiatement dans Torgane corporel ; et cela ne peut être autre chose que le mouvement des particules de cet organe, et le changement de figure et de situation qui provient de ce mouvement. Le second contient tout ce qui résulte immédiatement en l'esprit , de ce qu'il est uni à l'organe corporel ainsi mû et disposé par ses objets; tels sont les sentiments de la douleur, du chatouillement, de la faim, de la soif, des couleurs, des sons, des saveurs, des odeurs, du chaud, du froid, et autres semblables, que nous avons dit, dans la sixième Méditation, provenir de l'union et pour ainsi dire du mélange de l'esprit avec le corps. Et enfin le troisième comprend tous les jugements que nous avons coutume de faire depuis notre jeunesse, touchant les choses qui sont autour de nous, i Toccasion des impressions ou mouvements qui se font dans les organes de nos sens. Par exemple, lorsque je vois un bâton, 11 ne faut pas s'imaginer qu'il sorte de lui de petites images voltigeantes par l'air, appelées
|l) Vivex Sixièmes Objeetloiif, pige ai«.
vulgairement des espèce Intentionaetles, qal pih sent jusques à mon ceil, mais seulement qae la rayons de la lumière réfléchis de ce bâton exciteot quelques mouvements dans le nerf optique, et^ son moyen dans le cerveau même, ainsi que j'ai amplement expliqué dans la Dioptrique. Etc'eâ en ce mouvement du cerveau, qui nous est coamun avec les bêtes, que consiste le premier depé du sentiment. De ce premier suit le second, qui s'étend seulement à la perception delacouleorei de la lumière qui est réfléchie de ce bâton, etqoi provient de ce que l'esprit est si intimemeDlooDjoint avec le cerveau qu'il se ressent mêoieetesl comme touché par les mouvements qui saint eo lui : et c'est tout ce qu'il feudroit rapporta « sens, si nous voulions le distinguer exactemat^ l'entendement. Car que de ce sentiment de la omh leur, dont je sens l'impression, je vienne à jop que ce bâton qui est hors de moi est colore, H que de l'étendue de cette couleur, de sa termlM^ son et de la relation de sa situation avec lespv* ties de mon cerveau, je détermine quelque cto touchant la grandeur, la figure et la distance^ ce même bâton, quoiqu'on ait accoutumé deFi^ tribuer au sens, et que pour ce sujet je Taie nf" porté à un troisième degré de sentiment, cii néanmoins une chose manifeste que cela ne d^ pend que de l'entendement seul ; et même j'ai^ voir dans la Dioptrique que la grandeur, la <5* tance et la figure ne s'aperçoivent que par le r»^ sonnement, en les déduisant les unes des aotr« Mais il y a seulement ici cette différence qoe»* attribuons à l'entendement les jugements kcveaux et non accoutumés que nous faisons^** chant toutes les choses qui se présentent i* sens, et que nous attribuons aux sensceui? nous avons coutume de faire depuis notre eD»»» touchant les choses sensibles, à l'occasion é&'^ pressions qu'elles font dans les organes de* sens ; dont la raison est que la coutume now* raisonner et juger si promptement de ces ok là (ou plutôt nous fait ressouvenir des jugeme* que nous en avons faits autfeiî^s), que wb^' distingaons point cette façon de juger dW simple appréhension ou perception de nos s* D'où il est manifeste que, lorsque nousdiso&s? la certitude de l'entendement est plusgraw^^' celle des sens, nos paroles ne signifient t^
chose, sinon que les jugements que nous
dans un âge plus avancé, à cause de qo^ nouvelles observations que nous avons ^^^ plus certains que ceux que nous avons formes notre enfance sans y avoir fait de réflexion ; ^^ ne peut recevoir aucun doute, car il est cod^î^, qu'il ne s'agit point ici du premier ni dnse^ degré du sentiment, d'autant qu'U ne peotjt^
AUX SIXIEMES OBJECTIONS.
«ifnaaeane imsiete. Quand doncon dit « qa*an bâton paroit rompu dans Feau à cause de la réfracUoo, » c^est de même que si i*on disoit qu'il nous paroit d'une telle façon qu'un enfant jugerait de là qu'il est rompu, et qui fait aussi que, sebo les préjugés auxquels nous sommes accoutumés dis notre enfance, nous jugeons la même chose. Biais je ne puis demeurer d'accord de ce que l'on ajoute ensuite, i savoir que « cette erreur n'est point corrigée par l'entendement, mais par le sens de Tattouchement : *> car bien que ce sens nous fasse juger qu'un bâton est droit, et cela par cette façon de juger i laquelle nous sommes accoutumés dès notre enfance, et qui par conséquent peut être appelée sentiment, néanmoins ceia ne suffit pas pour corriger Terreur de la vue, nais outre cela il est besoin que nous ayons quel- [ue raison qui nous enseigne que nous devons en ette rencontre nous fier plutAt au jugement que [oas faisons ensuite de l'attouchement qu'à celui ù semble nous porter le sens de la vue : laquelle aisoD n'ayant point été en nous dès notre enfance e peut être attribuée au sens, mais au seul en-^ tQdement ; et partant, dans cet exemple même, est Tentendement seul qui corrige l'erreur du tDs, et il est impossible d'en apporter jamais aum dans lequel l'erreur vienne pour s'être plus \ à Fopéiation de l'esprit qu'à la perception des ns.
* D'autant que les difficultés qui restent à exainer me sont plutôt proposées comme des doutes te comme des objections, je ne présume pas tant moi que j'ose me promettre d'expliquer assez flisamment des choses que je vois être encore jourd'hui le sujet des doutes de tant de savants m mes. Néanmoins, pour faire en cela tout ce e je puis, et ne pas manquer à ma propre cause, dirai ingénument de quelle façon il est arrivé e je me sois moi-même entièrement délivré de doutes. Car en ce faisant, si par hasard il ar- 0 que cela puisse servir à quelques-uns, j'ausujet de m'en réjouir, et s'il ne peut servir à 'soune» au moins aurai-je la satisfaction qu'on me pourra pas accuser de présomption ou de lériti^.
Lorsque j'eus la première fois conclu, ensuite raisons qui sont contenues dans mes Méditais, que l'esprit humain est réellement distin- ' du corps, et qu'il est même plus aisé à contre que lui , et plusieurs autres choses dont il là traité, je me sentois à la vérité obligé d'y oiescer» pource que je ne remarquois rien en s qui ne f&l bien suivi , et qui ne fût tiré de oelpes très évidents suivant les règles de la lo-
* ^oryez Slzlèmes Objecttoos, page.SIT.
DascABVis.
giqne ; toutefois je confesse que Je ne fus pas pour cela pleinement persuadé, et qu'il m'arriva presque la même chose qu'aux astronomes qui, après avoir été convaincus par de puissantes raisons que le soleil est plusieurs fois plus grand que toute la terre, nesauroient pourtant s'empêcher déjuger qu'il est plus petit lorsqu'ils viennent à le regarder. Mais après que j'eus passé plus avant, et qu'appuyé sur les mêmes principes j'eus porté ma considération sur les choses physiques ou naturelles, examinant premièrement les notions ou les idées que je trouvois en moi de chaque chose, puis les distinguant soigneusement les unes des autres pour faire que mes jugements eussent un entier rapport avec elles, je reconnus qu'il n'y avoit rien qui appartînt à la nature ou à l'essence du corps, sinon qu'il est une substance étendue en longueur, largeur et profondeur, capable de plusieurs figures et de divers mouvements, et que ces figures et ces mouvements n'étoient autre chose que des modes, qui ne peuvent jamais être sans lui ; mais que les couleurs , les odeurs, les saveurs et autres choses semblables n'étoient rien que des sentiments qui n'ont aucune existence hors de ma pensée, et qui ne sont pas moins différents des corps que la douleur diffère de la figure ou du mouvement de la flèche qui la cause ; et enfin que la pesanteur, la dureté, la vertu d'échauffer, d'attirer, de purger, et toutes les autres qualités que nous remarquons dans lescorps,consistent seulement dans le mouvement ou dans sa privation, et dans la configuration et arrangement des parties; toutes lesquelles opinions étant fort différentes de celles que j'avois eues auparavant touchant les mêmes choses, je commençai aprèscela à considérer pourquoi j'en avoiseu d'autres par ci-devant, et je trouvai que la principale raison étoit que dès ma jeunesse j'avois fait plusieurs jugements touchant les choses naturelles, comme celles qui dévoient beaucoup contribuer à la conservation de ma vie, en laquelle je ne faisois que d'entrer, et que j'avois toujours retenu depuis les mêmes opinions que j'en avois eues autrefois. Et d'autant que mon esprit ne se servoit pas bien en ce bas âge des organes du corps, et qu'y étant trop attaché il ne pensoit rien sans eux, aussi n'apercevoit-il que confusément toutes choses. Et bien qu'il eût connoissance de sa propre nature et qu'il n'eût pas moins en soi l'idée de la pensée que celle de l'étendue, néanmoins, pource qu'il ne concevoit rien de purement intellectuel, qu'il n'imaginât aussi en même temps quelque chose de corporel, il prenoit l'un et l'autre pour une même chose, et rapportoit au corps toutes les notions qu'il avoit des choses Intellectuelles. Et d'autant que je ne m'étois jamais depuis
RÈPÔHSfiS DE DESCARtES
déllyré de ces préjngis, fi n'y avolt rien que Je connusse assez distinctement et que Je ne supposasse être corporel , quoique néanmoins Je formasse sourent de telles idées de ces choses même que |e supposois être corporelles, et que j'en eusse de telles notions qu'elles représentoient plutôt des esprits que des corps. Par exemple, lorsque je concerois la pesanteur comme une qualité réelle, inhérente et attachée aux corps massifs et grostiers, encore que Je la nommasse une qualité en tant que Je la rapportois aux corps dans lesquels elle résidoit, néanmoins, parce que J*ajoutois ce mot de réelle, je pensols en effet que c'étoit une substance ; de même qu'un habit considéré an soi est une substance, quoique étant rapporté à un homme habillé il puisse être dit une qualité; et ainsi , bien que l'esprit soit une substance, il peut néanmoins être dit une qualité, eu égard au corps auquel il est uni. Et bien que Je conçusse que la pesanteur est répandue par tout le corps qui est pesant, je ne lui attribuols pas néanmoins la même sorte d'étendue qui constitue la nature du corps, car cette étendue est telle qu'elle exclut toute pénétrabilité des parties ; et je pensois qu'il y aToit autant de pesanteur dans une masse d'or, ou de quelque autre métal de la longueur d'un pied, qu'il y en avoit dans une pièce de bois longue de dix pieds, TOlre même J'estlmots que toute cette pesanteur pouvoit être contenue sous un peint mathématique. Et mdme, lorsque cette pesanteur étoit ainsi également étendue par tout le corps, Je voyois qu'elle pouvoit exercer toute sa force en chacune de ses parties, parce que, de quelque &çon que ce corps lOt suspendu à une corde, 11 la tiroit de toute sa pesanteur, comme si toute cette pesanteur eût été renfermée dans la partie qui toucholt la corde. Et certes je ne conçois point encore aujourd'hui que l'esprit soit autrement étendu dans le corps, lorsque je le conçois être tout entier dans le tout, et tout entier dans chaque partie. Mais ce qui fait mieux parottre que cette idée de la pesanteur avoit été tirée en partie d^ celle que j'avoîsde mon esprit, est que Je pensois que la pesanteur portoit les corps vers le centre de la terre comme si elle eût en sol quelque connoissance de ce centre ; car certainement il n'est pas possible, ce semble, que cela se fasse sans connoissance, et partout où il y a connoissance il faut qu'il y ait de l'esprit. Toutefois j^attribuois encore d'autres choses à cette pesanteur, qui ne peuvent pa» en même iaçon être entendues de l'esprit ; par exemple, qu'elle étoit divisible, mesurable, etc. Mais après que J*eus considéré toutes ces choses, et que j^eus soigneusement distingué l'idée de l'esprit humain des Idées 4a corps et du mouvement corporel, et
que Je me ftis aperçu que toutes les antra idta que J'avois eues auparavant, soit des quallA réelles, soit des fbrmes substantielles, en avoient été par moi composées, ou forgées par mon esprit, Je n'eus pas beaucoup de peine à medélaiR de tous les doutes qui sont ici proposés.
Car, premièrement, je ne doutai plus que je n'eusse une claire idée de mon propre esprit, duquel je ne pouvois pas nier que je n'eusse c» noissance, puisqu'il m'étoit si présent et si oi»- Joint. Je ne mis plus aussi en doute quecetteidét ne fAt entièrement diflérente de celles de (wta les autres choses , et qu'elle n'eût mu en sa de ce qui appartient au corps; pource que,iyul recherché très soigneusement les vraies idées as autres choses , et pensant même les connoîtr! toutes en général , Je ne trouvols rien en elteip ne fût en tout différent de l'idée de mou esprii Et je voyois qu'il y avoit une bien plus gmi différence entre ces choses , qui , bien qo'f^ ftissent tout à la fois en ma pensée, me pai# soient néanmoins distinctes et différentes, coisi» sont l'esprit et le corps, qu'entre celles àouim pouvons à la vérité avoir des pensées sépari& nous arrêtant à l'une sans penser â l'autre, is^ qui ne sont jamais ensemble en notre esprit T^' nous ne voyions bien qu'elles ne peutenl pass^ dster séparément; comme, par exemple, ris* mensité de Bleu peut bien être conçue as que nous pensions à sa justice , mais on ne|ii^ pas les avoir toutes deux présentes k son (nf et croire que t)ieu puisse être immense sao$ûi juste. Et l'on peut aussi fort bien connottreFei^ tence de bleu sans que l'on sache rien des ^■ sonnes de la très sainte Trinité, qu'aucun esfii ne saurolt bien entendre, s'il n'est éclairé des* mières de la foi ; mais lorsqu'elles sont une w( bien entendues, je nie qu'on puisse ooDce^À entre elles aucune distinction réelle à raison^ l'essence divine , quoique cela se puisse a rai^ des relations. Et enfin, je n'appréhendai l>> de m'être peut-être laissé surprendre et prért^ par mon analyse , lorsque voyant qu'il y & ^ corps qui ne pensent point , ou plntBt oonc^^ très clairement que certains corps peufent ^ sans la pensée, j'ai mieux aimé dire que lap^s^ n'appartient point à la nature du corps, qw conclure qu'elle en est un mode, pource qo^J' voyois d'autres, â savoir ceux des hommes^^ pensent; car, à vrai dire, je n'ai jamais^" compris ^ue les corps humains eussent àesfi sées, mais bien que ce sont les mêmes bos^ qui pensent et qui ont des corps. Et j'ai recod que cela se fait par la composition et l'assemba: de la substance qui pense avec la corporel pource que, considérant séparémem la mff^^
AtJX SIXIÈMES OMECnôNS.
h rabstance qui pense, je n'ai rien remarqué en elle qbi pAt appartenir ad corps , et que je n'ai rien trouvé dans la nature du corps, considérée toute seule, qui pût appartenir i la penséei Mais^ au contraire, examinant tous les modes tant du corps que de i*esprit , je n'en ai remarqué pas un dont le concept ne dépendit entièrement du concept même de la chose dont il est le mode. Aussi, de ce que nous voyons souvent deux choses jointes ensemble, on ne peut pas pour cela Inférer qu'elles ne sont qu^une même chose ; tnais de ce que nous voyons quelquefois l'une de ces dioses sans Pautref on peut fort bien conclure qu'elles sont diverses. Et 11 ne faut pas que la puissance de Bieu nous empêche de tirer cette conséquence ; car il n'y a pas moins de répugnance à penser que des choses que nous concevons clairement et distinetement comme deux choses diverses soient faites une même chose en essence et sans aucune composition « que de penser qu'on puisse séparer ce qal n'est aucunement distinct. Et partant, si Bleu a mis en certains Corps la faculté de penselri comme ed effet il l'a mise dans cenx des hommes, U peut quand il voudra l'en séparer, êl ainsi elle ne laisse pas d'être réellement distincte de c^ corps. Et je lie m'étonne pas d'atoir autrefois (brt bien compris, avant niêibe que je me fusse délivré ëes préjugés de mes sens, que « dent et trois joints ensemble font le nombre de cinq, et que lorsque de choses égales on Ate choses égales, les restes tont égaux, » et plusieurs choses semblables, bien que je he songeasse pas alors que i'àme de rhomme fât distincte de son corpé ; car je Tois tris bien que œ qui a iait que je n'ai point en mon eniuice donné de faux jugement touchant ces propositions qui sont reçues généralement de tout le mondé, a été parce qu'elles ne ni'étoient pas encore pour lors en usage, et que les enfants n'apprennent point à assembler deux avec trois qu'ils ne soient capables de juger slls Ibnt le nombre de cinq, etc. Tout au contraire, dès ma plus tendre jeunesse j'ai conçu l'esprit et le corps, dont je Toyois confusément que j'étois composé, eomme une seule et même choSe : et c'est le vice presque ordinaire de toutes les connoissances imparfaites, d'assembler en un plusieurs choses, et les prendre toutes pour une même ; c'est pourquoi il faut par après avoir la peine de les séparer, et par un examen plus exact les distinguer ks unes des autres.
^ Mai$ je m'étonne grandement que des personties très doctes et accoutumées depulë trente années aux spéculations métaphysiques, après avoii* la mes Méditations plus de sept folé, se persuadent
(f) voya sixièmes ObjecUonSi page tià
que « si je les relisois avec iC même esprit que je les examinerois s! elles m'tvoient été proposées par une personne ennemie, je ne ferois pas tant de oas et a'aureis pas una opilaliHi si avantageuse des raisons qu'elles contiennent, que de croire que chacun se devroit rendre à la force et au poids de leurs vérités et liaisons , » vu cependant qu'ils ne font voir eux-mêmes aucune faute dans tous mes raisonnements. Et certes ils m'attribuent beaucoup plus qu'ils ne doivent, et qu'on ne doit pas même penser d'aucun homme, s'ils croleht qâë je me serve d'une telle analyse que je puisse par son moyen renverser les démonstrations véritables^ ou donner une telle couleur aux fausses que personne n'en puisse jamais découvrir la fausseté : tu qu'an contraire je professe hautement que je n*eD ai jamais recherché d'autre que celle an moyeii de 1^ quelle on pût s^ssurer de la oertilude des raisons véritables et découvrir le vice des IhusseS et ca|^ tieuses. C'est pourquoi je ne suis pai tant élotinf de voir des personnes très doctes n'aeqniescer pas encore 4 mes conclusions que je suis joyeux de voir qu'après une si sérieuse et fréquente lecture de ines raisons Ils ne me blâment point d'avol^ HéA avancé mal à propos, ou d'avoir tiré aucune con^ cluslon autrement que dans les fbrmés. Oàf H difficulté qu'ils ont i recevoir mes condusiunli peut aisément être attribuée fc la coutume fhVé^ lérée (Qu'ils ont de juger autrëmeiit d6 ce qu'eilël contiennent, comnie II a déjà été t^emarquê dèb astrénoUes, qui ne peuvent s'Ikhaglnei* que le M^ lell soit plus grand qUë la tet're, bien Qu'île fttëut des raisbbs tt^ feertâiUes qui le dêmoutf èht \ mais je n6 voi^ pas qu'il puisse y Èio\t dlbM raison pourquoi ni ces ùiessleilré, fil pel*SOtt&i que je sache, n'ont pn jusqnesld Hêh ^epihehdM dans mes raisonnements, sinon )^tiSi ()U'ill ^fii entièrement vrais et indubitables ; vu principalement que les principes sur qtiol lis sont appuyés ne sont point obscurs, ni inconnus,. ayant tous été tirés des plus certaines et plus évidentes nOtiops qui se présentent i un esprit quMn cloute général de toutes choses a déjà délivré de toutto sortes de préjugés ; car il suit de là nécessairement qu'il ne peut y avoir, d'erreurs que tout homme d^esprit un peu médiocre n'eût pU facilement remarquer. Et ainsi je pense que je n*aurai pas mauvaise raison de conclure que les choses que j'ai écrites ne sont pas tant âlToiblies par l'autorité de ces savants hommes^ qui, après les avoir lues attentivement plusieurs fois, ne se peuvent pas encoro laisser persuader par elles, qu'elles sont fortifiées par leur autorité même, àe ce qu'après un examen si exact et des revues si générâtes, ils n'ont pourtant remarqué aucunes erreurs ou paralo- ^Ismeâ dahs ines déinobstratioos.
SEPTIEMES OBJECTIONS
SEPTIÈMES OBJECTIONS
OU DIMBITATIOHS DU »• F. BOIADIN TOUCHANT Là FHIL080PHIB PmaiElli