AVEC LES REMARQUES DE DESCARTES
Mondenr,
(a) Les demandes que voos me faites touchant Yotre nouvelle méthode de chercher la yérité dans les sciences sont en grand nombre et importantes; et quoique, pour tirer réponse de moi, TOUS n*uslez pas de simples prières, mais de conjurations fort pressantes, (b ) je me tairai pourtant, et ne satisferai point à votre désir, si premièrement vous ne me promettez que, dans tout ce discours, nous n'aurons égard en aucune façon à pas un de ceux qui ont ci-devant écrit ou enseigné quelque chose touchant cette matière, et que vous réglerez tellement vos demandes qu'on ne pourra pas croire que vous ayez dessein de savoir ce qu'ils ont pensé, là-dessus et avec quel succès ils ont écrit, mais, comme si jamais personne avant vous n*avoit ni pensé, ni dit, ni écrit aucune chose sur ce sujet, que vous me proposerez seulement les difRcultés qui se pourront rencontrer dans la recherche que vous faites d'une nouvelle méthode de phiiosopher, afin que parce moyen non -seulement nous cherchions la vérité^ mais que nous la cherchions aussi de telle sorte que nous ne blessions point les lois de l'amitié et du respect qui se doit garder entre les savants. Palsque vous en êtes d'accord et que vous me le promettez, je vous promets aussi de répondre i toutes VO0, demandes.,
REMARQUES Dl BESCARTES.
(a) « Les demandes que vous me faites, etc. n Ayant reçu cette dissertation parles mains de son auteur après l'instante prière que je lui avois faite de donner au public ou du moins de m'envoyer les objections qu'il avoit faites contre les Méditations que j'ai écrites touchant la première philosophie, pour les joindre i celles que j'avois reçues d'ailleurs sur le même sujet, je n'ai pu me défendre de la mettre ici, ni douter aussi que je ne sols celui à qui il s'adresse, encore que je ne sache point lui avoir jamais demandé son sentiment touchant la méthode dont je me sers pour rechercher la vérité. Car, au contraire, ayant vu depuis un an et demi lavélitation qu'il avoit écrite contre moi, dans laquelle je voyois qu'il s'éloignoit de la vérité» m'attribuant plusieurs choses que je n'ai
jamais ni écrites ni pensées, je ne d!ssio»de|ioiiil que dès lors je jugeai que tout ce qoi poomit venir de lui seul ne vaudroit pas la peine çu'(» perdît beaucoup de temps à y répondre. Mas pource qu'il est du corps d'une société tris 08^ bre pour sa piété et pour sa doctrine, etàeqol tous les membres sont ordinairement sibienioffl qu'il arrive rarement que rien ne sefasseparquéqu'un d'eux qui ne soit approuvé de tous lésatrès, j'avoue que non-seulement j'ai prié,ii» même que j'ai pressé très instamment qaeJqo» uns d'entre eux de vouloir prendre la peioed'eominer mes écrits, et, s'ils y trouvoieot qoeliji chose de contraire à la vérité, d'avoir la boDt(^ m'en avertir. A quoi j'ai même ajouté plos!^ raisons qui me faisoient espérer qu'ils ne m r^ fuseroient pas cette grâce; et, dans cette espé rance, je me suis avancé d'écrire à l'un i«f « que désormais je ferois beaucoup d'état de titf ce qui viendroit tant de la part de cet antearf de quelque autre de la compagnie, et que p douterois point que ce qui me seroit ainsi eoff de leur part ne fût la censure, l'examen etiaarrection, non pas de celui-là seul de qui l'^^ pourroit porterie nom, mais de plusieurs des p^ doctes et des plus sages de la société ; et, par^ séquent, qu'il ne contiendroit aucunes ca^^ tiens, aucuns sophismes, aucunes invedl^^ aucun discours inutile, mais seulement de boEi' et solides raisons, et qu'on n'y auroit omis in^ des arguments qui se peuvent avec raison all^ contre moi ; en sorte que j'aurois sujet d'espi^ de pouvoir être entièrement délivré de toutes >J erreurs par ce seul écrit, et que, s'il arrlToii'?' y eût quelque chose dans mes ouvrages qui éckf pat à sa censure, je croirois qu'il ne pourroii^ réfuté par personne, et partant qu'il seroit Bl certain et très véritable. » C'est pourquoi j«j'!' rois maintenant la même chose de cette disB* tion, et je croirois qu'elle auroit été kn^f l'avis de toute la société, si j'étois assuré qs'
ne contînt aucunes caviilations, aucuns so| ni aucun discours inutile; mais, s'il est trai* cet écrit en soit plein, je croirois oommetw j crime de soupçonner qu'un si grand nomb»^ pieux personnages y aient mis la main. Et f^
(1) Lettre «a P.
vmio.
ou DISSERTATIONS DU R. P. ROURDIN,
qu'en oed Je ne m*en veux pas fier à mon jugement, je dirai ingénument et franchement ce qu'il m'en semble, non pas afin que le lecteur ajoute foi à mes paroles, mais seulement pour lui donner occasion d'examiner de plus près la vérité. (b) «Je me tairai pourtant, etc.» Ici notre auteur promet de n'impugner les opinions de personne, mais seulement de répondre aux questions que je lui ai fiiites, bien que je ne sache point lui en avoir jamais fait aucune, et que même je ne l'aie jamais ni tu ni entretenu d'aucune chose; mais cependant les questions qu'il feint que je lui propose étant composées pour la plupart des paroles qui sont couchées dans mes Méditations, ce seroit s'aveugler soi-même que de ne pas voir que ce sont elies seules qu'il a dessein de combattre par cet écrit. Toutefois il se peut faire que les raisons qui l'obligent à feindre le contraire soient pieuses et honnêtes ; mais pour moi je n'en puis soupçonner d'autres, sinon qu'f a cru que par ce moyen il lui seroit plus libre de m'imposer tout ce que bon lui sembleroit, pource qu'il ne pourroît pas être convaincu du contraire par mes écrits, ayant déclaré tout d'abord qu'il n'en vouloit à personne, comme aussi afin de ne pas donner occasion à ceux qui viendront à lire son écrit d'examiner mes Méditations, ce qu'il feroit peutêtre si seulement il en avoit parlé ; et qu'il aime mieux me faire passer pour malhabile et pour ignorant, afin de les détourner de lire jamais aucune chose qui puisse venir de moi. Et ainsi, après avoir < un masque de quelques pièces de mes Méditations mal cousues, il tâche non pas de cacher» mais de défigurer mon visage. C'est pourquoi je lève ici le masque et me montre à découvert, tant parce que je ne suis pas accoutumé à jouer de semblables personnages que parce qu'il me semble qu'il ne me seroit pas Ici bienséant d'en user, ayant i traiter avec une personne religieuse d'an svijet si sérieux et si important.