‹ Œuvres philosophiques de Descartes publibées da̕près les textes originauxChapitre 74 sur 306 · ELISABETH · texte numérisé non relu

ELISABETH

nadÉB nuB m FutDfoc, loi m Boiriba, cohtb palatin bt nnicB faicTBui bb l'biipub.

Madame,

Mot grand avantage qoe j'aie reçu dm écrits ^ fai d-detant publiés a été qu*à leur oocasiOD Aiea ]*boooeDr d'être connu de yotre altesse, et ^ loi poQToir quelquefois parler, ce qui ni*a pro- ^le bonheur de remarquer en elle des qualités > nres et si estimables que Je crois que c*est ren- ^ttrrioe au public delesproposeràla postérité Pov exemple. J'aurois mauTaise grâce à TOuloir ^1 ou bien à écrire des choses dont je n'an- '^ point de connoissanœ certaine, principale- BRU aux premières pages de ce litre, dans lequel ^ ^idierai de mettre les principes de toutes les ^ntfa que l'esprit humain peut savoir. Et la gé- *r«» modestie que l'on voit reluira en toutes ^ actions de votre altesse m'assure que les dls- ^ simples et francs d*un homme qui n'écrit ^ce qu*il croit lui seront plus agréables que ne ^'^t des louanges ornées de termes pompeux <>ndierché8 par ceux qui ont étudié l'art des ^ments. Cest pourquoi je ne mettrai rien en ^ lettre dont l'expérience et la raison ne m'ait incertain; et J'y écrirai en philosophe ainsi ^duis le reste du livre. U y a bien de la diffé- ^ entre les vraies vertus et celles qui ne sont V*PPttentes, et il y en a aussi beaucoup entre

J^^BMncfpet de la PkUotoft/tk paranot d'abord k ^^naneDi6M,enlaiIo,aTecIadistiDctloii desdiapltres « Wi* norciiiaux tels qa*oo tes repiodoit id. L'abbé ^ft indaUt et les publia en 4647, 1651, I66S. L'édlUoo r|^i^oo5 ohoisie pour texte est odte de 1681, qui a été "^Ptt IL GteneUer. Ole a été iMmpilniée Ifrit en 17M. teaiTBi.

les vraies qui procèdent d'one exacte connolssanoe de la véritS et ceUes qui sont accompagnées d'ignorance ou d'erreur. Le» vertus que je nomme apparentes ne sont, à proprement parler, que des vices qui, n'étant pas si fréquents que d'autres vices qui leur sont contraires, ont coutume d'être plus estimés que les vertus qui consistent en la médiocrité, dont ces vices opposés sont les excès. Ainsi, à cause qu'il y a bien plus de personnes qui craignent trop les dangers qu'il n'y en a qui les craignent trop peu, on pr^nd souvent la témérité pour une vertu ; et elle éclate bien plus aux occasions que ne fait le vrai courage. Ainsi les prodigues ont coutume d'être plus loués que les libéraux ; et ceux qui sont véritablement gens de bien n'acquièrent polBt tant la réputation d'être dévots que font les superstitieux et les hypocrites. Pour ce qui est des vraies vertus, elles nevIenneA pas toutes d'une vraie connoiasance, mais 11 y en a qui naissent aussi quelquefois du défaut ou de Terreur ; ainsi la simplicité est souvent la cause de la bonté, souvent la peur donne de la dévotion et le désespoir du courage. Or les vertus qui sont ainsi accompagnées de quelque Imperfection sont différentes Mitre elles, et on leur a aussi donné divers noms. Mais celles qui sont si pures et si parfaites qu'eUes ne vlennoit que de la seule ccmnoissance du bien sont toutes de même nature, et peuvent être comprises sous Je seul nom de la sagesse. Car quiconque a une volonté ferme et constante d'user toiqours de 4» raison le mieux qu'il est en son pouvoir» et de Adre

i» vi"î**?

LES PRINCIPES D£ lA PHILOSOPHIE.

en toutes ses actions ce qa*il juge 6tre le meilleur, est véritablement sage autant que sa nature permet qu*il le soit; et par cela seul il est juste, courageux, modéré, et a toutes les autres vertus, mais tellement jointes ensemble qu*il Q*y en a aucune qui paroisse plus que les autres ; c'est pour* quoi, encore qu'elles soient beaucoup plus parfaites que celles que le mélange de quelque défaut fait éclater, toutefûis» à eaose que le commun des hommes les remarque moins, on n'a pas coutume de leur donner tant de louanges. Outre cela, de deux choses qui sont req'jises à la sagesse ainsi décrite, à savoir que l'entendement oonneiaBe %sM ce qui est bien et que la volonté soit toujours disposée à le suivre, il n'y a que celle qui consiste en la volonté que tous les-honymes paissent également avoir, d'autant que l'entendement de quelques-uns n'est pas si bon que celui des autres. Mais encore que ceux qui n'ont pas tant d'esprit puissent être aussi parfaitement sages que leur nature le permet, et se rendre très agréables à Dieu par leur vertu, si seutoment ils «it toujoufi une ferme résolution de faire tout le bien qu'ils sauront, et de n'omettre rien pour apprendre celui qu'ils Ignorait; toutefois ceux qui avec une oob* stante volonté de bien faire et uo soin très partloolier de s'Instruire ont aussi un très excellent esprit arrivent sans doute à un plus haut degré do sagesse que les autres. Et je vois que ces trois choses se trouvent très parÀlteinent en votre altesse. Car pour le soin qu'elle a eu de s'Instruire il paroit asses, de ce que ni les divertissements de la eour, ni la ûtçon dont les princesses ont cou* tome d*étre nourries, qui les détournent entièrement de la oonnoissance des lettres, n'ont pa empédier que vous n'ayez étudié avec beaucoup de soin tout oe qu'il y a de meilleur dans les sdences; et on connott l'eicdlence de votre esprit en ce que vous les aves parfoitement apprises ea fort peu de temps. Mais j'en ai encore une autre preuve qui m'est particulière, en œ qne je n'ai Jamais rencontré personne qui ait si gén&'alenient et si bien entendu tout œ qui est oontsna dans mes écrits. Car il y en a plorienrs qui les trouvent

très obscurs, même entre les mdlleurs esprits^ les plus doctes; et je remarque presque en tons que ceux qui conçoivent aisément les dioses qui appartiennent aux mathématiques ne sont nollement propres à entendre celles qui se rapportent à la métaphysique, et au contraire que ceux à qui celles-ci sont aisées ne peuvent comprendre les autres ; en sorte que je puis dire avec vérité que je n'ai jamais rencontré que le seul esprit de votre altesse auquel l'un et l'autre fAt également facile ; ce qui fait que j'ai une très juste raison de l'estimer incomparable. Mais ce qui augmente le plus m&n admiration, c'est qu'une si parfaite et si diverse connoissance de toutes les sciences n'est point en quelque vieux docteur qui ait employé beaucoup d'années à s'instruire, maison une princesse encore jeune, et dont le visage repr^nte mieux celui que les poètes attribuent aux Grices que celui qu'ils attribuent aux Muses ou à la savante Minerve. Enfin, je ne remarque pas seulement en votre altesse tout ce qui est requis de la part de l'eeprit à la plus haute et pin eieellente sagesse, mais aussi tout ce qui peut être requis de la part de la volonté ou des mœurs, dans lesquelles on voit la magnanimité et la douceur jointes ensemble avec un tel tempérament que, quoique la fortune, en vous attaquant par de oontinueÛes injures, semble avoir fait tous ses efforts pour vous faire changer d'humeur, elle n'a jamais pu tant soit peu ni vous irriter ni vous abattre. Et cette sagesse si parfaite m'obli|;e à tant de véné» ration, que non-seulement je pense lui devoir ce livre, puisqu'il traite de ki philosophie qui en est l'étude, mais aussi je n'ai pas plus de xÛe à pbilosopher, c'est-i-dire i tacher d'aoqnérir de li sagesse, que j'en ai à Aire»

Madame»

De votre altesse»

Le très humble, très obéisaDt et très dévot serviteur,

BiSCAlTEf.

Page 1