‹ Œuvres philosophiques de Descartes publibées da̕près les textes originauxChapitre 73 sur 306 · OX3 DISSERTATIONS DU R. P. BOURDIN · texte numérisé non relu

OX3 DISSERTATIONS DU R. P. BOURDIN

pas seulement ce qu'elle prétend^ mais u'elle appréhende le plus.

»E X. Cette méthode pèche par commis- {ue, contre ce qu'elle avoit expressément ellcment défendu , elle retourne à ses i opinions, et que, contre les lois de son Q , elle reprend ce qu'elle avoit rejeté : [ue vous vous ne souvenez assez.

SE XI. Cette méthode pèche par omis- , après avoir établi pour un de ses prinoudements ^ qu'il faut très soigneuse- 3Ddre garde de ne rien admettre pour ^ nous ne puissions prouver être tel , *» oublie souvent , admettant inconsidéréir vrai et pour très certain tout ceci sans er : « Les sens nous trompent quelqueas rêvons tous , il y a des fous, » et cent hoses de cette nature.

NSE XII. Cette méthode pèche en ce qu elle : de bon ou rien de nouveau, et qu'elle a ip de superflu.

premièrement , si par cette abdication de qui est douteux on entend seulement une tien qu'ils appellent métaphysique, qui e Ton ne considère les choses douteuses mme douteuses, et qui pour cela nous d'en détourner notre esprit lorsque nous s chercher quelque chose de certain , sans attacher davantage qu'aux choses qui sont îment fausses ; si cela est, dis-je, elle dit te chose de bon , mais elle ne dit rien de au; et cette abstraction n'aura rien de par- T, et qui ne soit commun à tous les philoi, sans en excepter pas un seul, ondement, si par cette abdication elle veut rejette tellement les choses douteuses qu'on ppose et qu'on les tienne pour fausses , et ur ce pied elle s'en serve comme de choses s, ou de leurs opposés comme de choses s, elle dira à la vérité quelque chose de nou- , mais elle ne dira rien de bon, et cette abion sera à la vérité nouvelle, mais elle ne pas légitime.

Si elle dit que par la force et le poids doses )Ds elle prouve certainement et évidemment *. h suis une chose qui pense, et, en tant que ) je ne suis ni uû esprit, ni une âme, ni un is, mais une chose tellement séparée de tout que je puis être conçu sans que Ton conçoive i d'eux; de même que Ton conçoit Tanimal , uno chose qui sent, sans que l'on conçoive ore celle qui hennit, ou qui rugit, etc. ; elle ^ quelque chose de bon, mais elle ne dira rien nouveau , puisque les chaires des philosophes ^mm, autre diose, et que cela est pseigné r autant d'hommes qu'il y en a qui croient

que les bêtes pensent, ou mSme (posé que la pensée embrasse aussi le sentiment, en soite qu'une chose pense, qui sent, qui voit, ou qui oit ) par autant qu'il y en a qui croient que les bétes sentent , c'est-à-dire en un mot par tous les hommes.

4. Si Ton dit qu'il a été prouvé, par de bonnes raisons et mûrement considérées, que celui qui pense existe en effet , et qu'il est une chose ou une substance qui pense ; et que pendant qu'il existe il ne s'ensuit pas pour cela qu*il y ait ni esprit, ni corps , ni âme qui existe véritablement dans le monde , on dira quelque chose de nouveau , mais on ne dira rien de bon , ni plus ni moins que si l'on dîsoit qu'un animal existe , et qu'il n'y a pourtant ni lion , ni renard , ni autre animal qui existe.

5. Si celui qui se sert de cette méthode dit qu'il pense , c'est-à-dire qu'il entend , qu'il veut, qu'il imagine et qu'il sent ; et qu'il pense de telle sorte que par une acTion réfléchie il envisage sa pensée et la considère, ce qui fait qu'il pense, ou bien qu'il sait et considère qu'il pense (ce que proprement Ton appelle apercevoir , ott avoir une connoissance intérieure) ; et s'il dit que cela est le propre d'une faculté ou d'une chose qui est au* dessus de la matière qui est spirituelle , et partant qu'il est un esprit, il dira ce qu'il n'a point encore dit, ce qu'il devoit dire, ce que je m'attendois qu'il diroit, et ce que je lui ai même voulu souvent suggérer, lorsque je l'ai vu s'efforçant en vain pour nous dire ce qu'il étoît ; il dira, dis-je , quelque chose de bon , mais il ne dira rien de nouveau , n'y ayant personne qui ne l'ait autrefois appris de ses précepteurs , et ceux-ci do leurs maîtres , jusques à Adam.

Certainement s'il dit cela , combien y aura-t-Il de choses superflues dans cette méthode! combien d'exorbitantes! quelle battologîel combien de machines qui ne servent qu'à la pompe, ou qu*à nous décevoir ! A quoi bon nous objecter les trom* peries des sens, les illusions de ceux qui dorment et les extravagances des fous? Quelle est la ifln de cette abdication , si austère qu'elle ne nous laisse que le néant de reste? Pourquoi des pérégrinations si longues , et qui durent si longtemps dans des pays étrangers, d'où les sens n'approchent point , parmi des ombres et des spectres? Que servent toutes ces choses pour la conviction et la preuve de l'existence de Dieu? comme si elle ne se pou voit prouver si l'on ne renverse tout? Mais i quoi bon ce mélange et ce changement de tant d'opinions? Pourquoi tantdt rejeter les anciennes pour se revêtir de nouvelles , et tantôt rejeter ces nouvelles pour reprendre les anciennes ? Ne seroit • ce point peut - être que , comme autrefois chaque

SEPTIEMES OBJECTIONS

drine machine que je dresse pour un temps pour oonstruire la base de la colonne de la science tt en élever rédiûce, ainsi que font ordinairement les architectes, qui ont coutume de bâtir des machines qui ne leur servent que pour un temps, afin d*éleyer leurs colonnes et les placer en leur lieu, et, après en avoir tiré le service qu*lls en veulent, ils les défont et ne s'en servent plus : pourquoi ne Toudriez-vouspas que je fisse comme eux ? Faitesle, à la bonne heure ; mais prenez garde que votre colonne, son piédestal et tout votre édifice ne soient tellement appuyés et soutenus sur cette machine qu'ils ne tombent par terre quand vous la voudrez retirer ; et c*est ce que je trouve principalement à redire en cette méthode : elle pose ou établit de mauvais fondements, et s'y appuie dételle sorte que ces fondemements étant détruits ou retirés, elle-même se détruit ou ne paroît plus.

RifponsE ly. Cette méthode pèche par excès , c'est'-à-dire qu'elle en fait plus que ne demandent d*elle les lois de la prudence et que jamais personne n'a désiré. J'avoue , à la vérité, qu'il y a des hommes qui veulent qu'on leur démontre Texlstence de Dieu et l'immortalité de Tàme; mais 11 ne s*est encore trouvé personne jusques ici qui n'ait pas été satisfait de connoître avec autant de certitude qu'il y a un Dieu qui gouverne toutes choses, et que l'âme de l'homme est spirituelle et immortelle , comme il sait certainement que deux et trois font cinq, ou que les hommes ont des œrps ; en sorte qu'il est tout-à-fait iQutile et superflu de rechercher en cela une plus grande certitude. De plus, comme dans les choses qui regardent Tusage de la vie il y a certaines bornes de certitude qui nous suffisent pour nous conduire sûrement et prudemment dans nos actions, de même pour les choses spéculatives il y a aussi des Ix^rnes auxquelles, quand on est parvenu, on est en assurance; si bien que , sans faire cas de tout ce qu'on voudroit tenter, ou rechercher au-delà , on peut avec prudence et sûreté s'en tenir où l'on est, de peur d'aller trop loin et d'en ISiire trop. Mais, me direz-vous, ce n'est pas une petite louange d'aller plus loin que les autres, et de traverser un gué qui n'a jamais été tenté de personne. Je l'avoue, la louange est grande, mais c'est pourvu qu'on le puisse passer sans se mettre en danger du naufrage. C'est pourquoi ,

Pour Y« RÉPONSE, je dis que cette méthode pèdie par défaut, c'est-à-dire que, voulant embrasser plus de choses qu'elle ne peut, elle ne tient rfen. Je n'en veux que vous pour témoin et pour juge; qu'avez -vous fait jusques ici avec tout ce magnifique appareil? Que vous a produit cette abdication si solennelle, et même si générale et si

généreuse que vous ne vous êtes pas épai^gné vous-même, ne vous étant réservé pour vous que cette commune notion : je pense, je suis, je suis une chose qui pense? si commune, dis-je, et si familière au moindre des hommes qu'il ne s'est jamais trouvé personne, depuis que le monde est» qui en ait tant soit peu douté, et qui ait jamais sérieusement demandé qu'on lui prouvât qu'il est, qu'il existe , qu'il pense, qu'il est une chose qui pense ; si bien que vous ne devez pas vous attendre à recevoir de grands rtmerciments de personne, si ce n'est peut-être que quelqu'un porté, comme moi, d'une singulière affection pour vous» vous remercie de la bonne volonté que vous avez pour tout le genre humain, et loue vos généreux et extraordinaires desseins.

RÉPONSE Yi. Cette méthode pèche, et tombe dans la faute qu'elle reprend dans les autres; car elle admire que tous les hommes, sans exception, croient et disent avec tant de confiance : J'ai un corps , une tête , des yeux, etc. ; et elle ne s'admire pas elle-même quand elle dit avec une pareille confiance : Je n'ai point de corps, point de tête, point d'yeux, etc.

RÉPONSE vu. Cette méthode pèche, et commet une faute qui lui est particulière ; car ce que le reste des hommes tient en quelque façon pour certain, et même pour suffisamment certain, par exemple : J'ai une tête , il y a des corps, des esprits , etc., cette méthode, par un dessein qui lui est particulier, le révoque en doute, et tient pour certain son opposé , à savoir : Je n'ai point de tête, il n'y a point de corps, point d'esprits ; et le tient même pour si certain qu'elle prétend qu'il peut servir de fondement à une métaphysique fort exacte et fort accomplie , et s'y appuie elie-mêoQie de telle sorte que, si vous lui êtez cet appui, elle donnera du nez en terre.

RÉPONSE VIII. Cette méthode pèche par imprudence; car elle ne prend pas garde qu'un glaive à deux tranchants est à craindre partout, et pen« saut en éviter l'un, elle so voit blessée par l'autre ; par exemple, elle ne sait s'il y a un corps qui existe véritablement dans le monde; et, parce qu'elle en doute, elle le rejette et admet son opposé : Il n'y a point de corps au monde ; et prenant cet opposé, qui est pour le moins aussi douteux que son contraire, pour une chose très certaine, et s'appuyant sur lui sans aucune considération, elle pèche et s'offense»

RÉPONSE IX. Cette méthode pèche avec oonnolsK sance; car le sachant et le voulant , et après en être avertie, elle s'aveugle elle-même ; et faisant une abdication volontaire de toutes les choses qui sont nécessaires pour découvrir la vérité , elle se laisse tromper elle-même par son analyse, en ne

ou DISSERTATIONS DU R. P. BOURDIN.

prMTaDt pas seulement ce qu'elle prétend^ mais tttssl 06 qu'elle appréhende le plus.

RÉPONSE X. Cette méthode pèche par commisâOD, lorsque, contre ce qu'elle avoit expressément (t sdlennellement défendu , elle retourne à ses anciennes opinions, et que, contre les lois de son ab(iïcalioQ , elle feprend ce qu'elle avoit rejeté : je crois que vous tous ne souvenez assez.

BÉFONSE XI. Cette méthode pèche par omission; car, après avoir établi pour un de ses prindpaax fondements « qu'il faut très soigneusement prendre garde de ne rien admettre pour Tral que nous ne puissions prouver être tel , *» de s'en oublie souvent , admettant inconsidérénent pour vrai et pour très certain tout ceci sans le prouver : « Les sens nous trompent quelquefois, nous rêvons tous , il y a des fous, » et cent antres dioses de cette nature.

EÉPONSE XII. Cette méthode pèche en ce qu elle ovarien de bon ou rien de nouveau, et qu'elle a beaucoup de superflu.

Car, premièrement , si par cette abdication de tout ce qui est douteux on entend seulement une abstraction qu'ils appellent métaphysique, qui ait que l'on ne considère les choses douteuses qoe comme douteuses, et qui pour cela nous obUge d^en détourner notre esprit lorsque nous îooloos chercher quelque chose de certain , sans nous y attacher davantage qu'aux choses qui sont entièrement fausses; si cela est, dis-je, elle dit quelque chose de bon , mais elle ne dit rien de moTean; et cette abstraction n'aura rien de particolier, et qui ne soit commun à tous les philosophes, sans en excepter pas un seul.

Secondement, si par cette abdication elle veut qn'oa rejette tellement les choses douteuses qu'on lesiuppose et qu'on les tienne pour fausses , et qoe sur ce pied elle s'en serve comme de choses bosses, ou de leurs opposés comme de choses ^aies, elle dira à la vérité quelque chose de nouveau, mais elle ne dira rien de bon, et cette ablation sera à la vérité nouvelle, mais elle ne Kra pas légitime.

3. Si elle dit que par la force et le poids de ses ^ns elle prouve certainement et évidemment ^ : Je suis une chose qui pense, et, en tant que ^e» je ne suis ni un esprit, ni une âme, ni un ^ps, mais une chose tellement séparée de tout ^i que je puis être conçu sans que l'on conçoive ^n d'eux; de même que l'on conçoit l'animal , ^ une chose qui sent, sans que l'on conçoive Œcore celle qui hennit, ou qui rugit, etc. ; elle ^ quelque chose de bon, mais elle ne dira rien ^nouveau, puisque les chaires des philosophes Bedianteat autre chose, et que cela est ^nseigné Pv autant d'hommes qu'il y en a qui croient

que les bêtes pensent, ou même (posé que la pensée embrasse aussi le sentiment, en soite qu'une chose pense, qui sent, qui voit, ou qui oit ) par autant qu'il y en a qui croient que les bêtes sentent , c'est-à-dire en un mot par tous les hommes.

4. Si Ton dit qu'il a été prouvé, par de bonnet raisons et mûrement considérées, que celui qui pense existe en effet , et qu'il est une chose ou une substance qui pense; et que pendant qu'il existe il ne s'ensuit pas pour cela qu'il y ait ni esprit, ni corps , ni âme qui existe véritablement dans le monde , on dira quelque chose de nouveau , mais on ne dira rien de bon , ni plus ni moins que si l'on disoit qu'un animal existe , et qu'il n'y a pourtant ni lion , ni renard , ni autre animal qui existe.

5. Si celui qui se sert de cette méthode dit qu'il pense , c'est-à-dire qu'il entend , qu'il veut, qu'il imagine et qu'il sent ; et qu'il pense de telle sorte que par une acTion réfléchie il envisage sa pensée et la considère , ce qui fait qu'il pense, ou bien qu'il sait et considère qu'il pense (ce que proprement l'on appelle apercevoir , ott avoir une connoîssance intérieure) ; et s'il dit que cela est le propre d*une faculté ou d'une chose qui est au* dessus de la matière qui est spirituelle , et partant qu'il est un esprit, il dira ce qu'il n'a point encore dit, ce qu'il devoit dire, ce que Je m'attendois qu'il diroit, et ce que je lui ai même voulu souvent suggérer, lorsque je l'ai vu s'efforçant en vain pour nous dire ce qu'il étoit ; il dira , dis-je , quelque chose de bon , mais il ne dira rien de nouveau , n'y ayant personne qui ne l'ait autrefois appris de ses précepteurs , et ceux-ci de leurs maîtres , jusques à Adam.

Certainement s'il dit cela , combien y aura-t-ll de choses superflues dans cette méthode! combien d'exorbitantes! quelle battologie! combien de machines qui ne servent qu'à la pompe, ou qu'à nous décevoir ! A quoi bon nous objecter les tromperies des sens, les illusions de ceux qui dorment et les extravagances des fous? Quelle est la fin de cette abdication , si austère qu'elle ne nous laisse que le néant de reste? Pourquoi des pérégrinations si longues , et qui durent si longtemps dans des pays étrangers, d'où les sens n'approchent point , parmi des ombres et des spectres? Que servent toutes ces choses pour la conviction et la preuve de l'existence de Dieu? comme si elle ne se pouvoit prouver si l'on ne renverse tout? Mais à quoi bon ce mélange et ce changement de tant d'opinions? Pourquoi tan têt rejeter les anciennes pour se revêtir de nouvelles , et tantôt rejeter ces nouvelles pour reprendre les anciennes ? Ne seroit* ce point peut - être que , comme autrefois chaque

SEPTIÈMES OBJECTIONS

à]p\i ayoit ses cérémonies partjcultires , de même a ces nouveaux mystères il faut aussi de nouvelles cérémonies? Mais pourquoi, sans s*amuser àtant ^'embarras, n'a-t-U point plutôt ainsi clairement, nettement et brièvement exposé la vérité : Je pense , j*ai connoissance de ma pensée ; donc je ■luis i^p esprit?

6. Enûn s'il dit qu'entendre, vouloir, imaginer, sentir, c'est-i|-dire penser, §ont tellement le propre deTesprit que pas un animal, bormisThomme, i^e pense , n'imagine , ne sent, ne voit , etc. , il 4ira quelque chose de nouveau, mais il ne dira rien 4e fton ; et wcore le dira-t-il sans preuve et sans aveu , si ce n'est peut-être qu'il nous carde et nous cache quelque chose (qui est le seul refuge qui lui r^ste) pour pous la montrer avec étonnement et admîration en son temps. Mais il y a si longtemps

3 {l'on attend cela de lui qu'il n'y a plus du tout eu de Tespérçr.

^£PONSE oEftiaÈBB. Youscfalgnez ici sans doute (et je vous le pardonne) pour votre Méthode , laquelle TOUS chérissez et que vous caressez et embrassez comipe votre propre production; vous avez peur que, l'ayant rendue coupable de tant de péchés , et que la voyant maintenant qui fait eau partout , je ne la condamne au rebut. Ne craignez {Kimr^nt point , je vous suis ami plus que vous ne

Îensez. Je vaincrai votre attente, ou du moins je i tropipprai ; je me tairai , et aurai patience. Je $ais qui vous êtes, et je cot^nois la force et la vivacité de votre esprit. Quand vous aurez pris du (emps sufQsamment pour méditer, et principalement quand vous aurez consulté en secret votre analyse qui ne vous abandonne jamais , vous secoqerez toute la poussière de votre Méthode, vous en laverez toutes les taches , et vous nous ferez voir pour lors une Méthode bien propre et bien pettei, et exempte de tout défaut. Cependant confentez-vous de ceci, et continuez de me prêter ^otre attèuUon , pendaat que je continuerai de satisfaire ^ vps demandes. J'af compris beaucoup {Iç choses en peu de paroles, pour n'être pas long, et n'en ai touché la plupart que légèrement, comme sont celles qui regardent l'esprit et celles ^ui concernent la conception claire et distincte , la vraie et la fausse , et autres semblables ; mats vous saurez bien ramasser ce que nous aurons laissé tomber tout exprès. C'est pourquoi je viens ^ votre^ troisième question :

|i l'on peut inventer une nouvelle méthode.

Vous demandfiz en troisième lieu^

(0 Voilà tout ce que le n. p. m'a cuvotô, et ayant été supj^iié d'eoioyer lo re^te, U fit réponse qu'il n'avoit pas alors ie

REMARQUES DE PESCARTES.

Je croirois que ce seroit assez d'avoir rapporté le beau jugement que vous venez d'entendre touchant la méthode dont je me sers pour rechercher la vérité , pour faire connoître le peu de raison et de vérité qu'il contient , s'il avoit été rendu par une personne inconnue ; mais d'autant que l'auteur de ce jugement tient un rai^g dans le monde, qui est tel que difficilement se pourroit-on persuader qu'il eût manqué d'esprit et de toutes les autres qualités qui sont requises en un bon juge, de peur que la trop grande autorité de son ministère ne porte préjudice à la vérité , je supplie ici les lecteurs de se souvenir qu'auparavant qu'il en soit venu à ses douze réponses qu'il vient de Caire, il n'a rien impugné de tout ce que j'ai dit, mais qu'il a seulement employé des vaines et inutiles cavillatlons pour prendre de là occasion de m'attribuer des opinions si peu croyables qu'elles ne méritoient pas d'être réfutées ; et que maintenant dans ces douze réponses , au lieu de prouver rien contre moi , il se contente de supposer vainement qu'il a déjà prouvé auparavant les choses qu*ll m'avoit attribuées; et que pour faire paroitre diavantage l'équité de son jugement , il s'est seu> lement voulu jouer lorsqu'il a rapporté les causes de ses accusations ; mais qu'ici , où il est question de juger, il fait le grave , le sérieux et le sévère ; et que dans les onze premières réponses , U prononce hardiment et déûnitivement contre moi une sentence de condamnation; et qu'enfin dans la douzième il commence à délibérer et distinguer en cette sorte : « S'il entend ceci , il ne dit rîea de nouveau ; si cela, il ne dit rien de bon, etc. , » quoique néanmoins il ne s'agisse là que d'une seule et même chose considérée diversement , savoir est de sa propre fiction , de laquelle je veux vous faire voir ici l'absurdité par cette comparaison.

J'ai déclaré, en plusieurs endroits de mes écrits» que je tachois partout d'imiter les arcl^itectes, qui, pour élever de grands édifices aux lieux où le roc , l'argile, et la terre ferme est couverte do sable et de gravier, creusent premièrement de profondes fosses, et rejettent de là non-seulement le gravier, mais tout ce qui se trouve appuyé sur luf, ou qui est mêlé ou confondu ensemble, afla de poser par après leurs fondements sur le roc et la terre ferme : car de la même façon j'ai premièrement rejeté comme du sable et du gravier tout ce que j'ai reconnue être douteux et incertain; et après ce^, ayant considéré qu*oa ne pouvoit pas douter c^iie là substance qui doute

loisir d'en bire davaaUigc. liais pour moi faurots cra comip&iixti un crime d'omeilrc ici ia moindre sjUabe de soo écriu

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M de toot, ou qui pease, ne fût pendant qu'elle doate, je me suis servi de cela comme d*uQe terre ienne sur laquelle j'ai posé les fondements de ma philosophie.

Or notre auteur est semblable à un certain ma- (OD, lequel, pour paraître plus habile homme qulin^étoit, jaloux de la réputation d'un maître irciûtecie q\i\ faisoit construire uqe belle église dam sa Tille, ^ chercha avec grand sQin toutes leiomoDs de contrôler son art et ^ manière deliâtir; mais parce qu'il étoit si grossier et si peu Terséeocet art qu'il ne pouvoit rien comprendre de toa( ce que ce maître architecte fi^i^it, il oe s*6st Ole prepdre qu'aux premiers rudiments de œt art et aux choses qui se présentent cj'ellesfûkm. Par exem pie, il a fait remarquer qu'il corniDeD$oit par creuser la terre, et rejeter non-seuleoie&t le sable et la tef re mobile, mais aussi les bois, les pierres et tout ce qui se trouvoit mêlé Vtt le sable, afin de parvenir i la terre ferme et poser |à-(Iessii« les fondements de spn éditée \ et de plus, qu'il avoit ouï dire que, pouf rendra nisoo a ceux qui lui demandolent d'où yeqoit qu'il creusoit ^insi la terre, il leur i^voit répondu queia superficie delà terre sur laquelle nous mardiOQS s'est pas toujours assez ferme pouf soutenir de grands édifices, et principalement le sable, i cause que non-seulement il s'affaisse qu^nd il «beaucoup chargé, mais aussi ^ cause que les eau et les ravines l'entraînent souvent avec elles, d*où s'eusuit la ruine infaillible et inespérée de toatrédifice; etenfin que, lorsque de pareiHes nioes arrivent dans les fondements qu*op a creq- ^, les fossoyeurs, pour trouver des excuses à hirslantes, attribuent cela à des esprits follets ou Bialins, qu'on dit habiter les souterrains. D'où notre naçon avoit pris occasion de faire croire que a maître architecte n'avoit point d'autre secret pottr biiit sa chapelle que de bien creuser ; ou ^ moins qu'il prenoit la fosse ou la pierre qo'oo avoit découverte au fond, ou bien ce ¥ étoit tellement élevé sur cette fosse que opeodaDt elle demeuroit vide pour la construc- ^ de sa chapelle ou de son bâtiment ; et que Qtarcbitecteétpit $i sot que de craindre que la ^oe s'abîmât sous ses pieds, ou qu'elle ne fût bôQleversée par des esprits malins. Ce qu'ayant bt croire a des enfants, ou à d'autres gens si peu ^^ dans l'i^rchitecture qu'ils prenoient pour Ue dMse nauvelle et merveilleuse de voir creu- ^ des fondements pour élever des. édifices, et fii d'ailleurs, donnant facilement créance à cet boQoe qu'ils connoissoiept, et qu'ils tenoient Nr homme de bien et pour assez expérimenté ^ son art, se défioient de la suffisance de cet ^rtUtecte qui leur étoit inconnu, et qu'on leur

disoit n'avoir encore rien )>ftt!, mais avoir reniement creusé do grands fondements, il en devint si joyeux et si plein de présomption , qu'il cru t le pouvoir aussi persuader au reste des hommes. Et qup{que cet architecte eût déjà rempli de bonnes pierr res toutes les fosses qu'il avoit faites, et que la il. eût bâti et construit sa chapelle d'une inafière trèe solide et très ferme, et qu'elle parût mx yeux de tout le monde, ce pauvre homme ne laissoit pas néanmoins de demeurer dans la même espérance et dans le mime dessein de persua^^r h. tous les hommes ses coi^tes et ses imaginatipp? ; et pour cela il ne manquoit pas tous les joqrs d$ les débiter dans les places publiques à toit9 \&f passants et de faire devant tout le monde dei comédies de notre architecte, dont le sujet étqit tel.

Premièrement , il le iaisoit paroître coipmaD* dant qu'on creqsât bien avapt, et qu'on (ft df( grandes fosses , et qu'on n'en û^ât pas seqlem^t tout le sable et tout le gravier, mais aussi tout » qui se trouvoit mêlé avec lui , jusques aux moellons et aux pierres de taille, en un mot qu'on en. Atât tout et qu'on n'y laissât rien. Et il preppit pli^isir d'appuyer principalement sur ces mots, rien, tout jusques aux moellqps et au^ pierres de taille ; et en même temps faisoit semblant de vouloir apprendre de lui l'art 4e bien bâtir, et de vouloir descendre avec lui dans ces fosses. « Serves-moi de guide, lui disoit-il ; commandez, parles , je suis tout prêt i vous suivrje, ou comme compagnon, ou comme disciple. Que vous plaît- il que je fosse? je veux bien m'exposer dans cechemin, quoiqu'il soit nouveau et qu'il me fasse peur à cause de son obscurité. Je vous entends , vous voulez que je fasse ce qup je vqus verrai faire, que je mette le pied où vous mettrez le vôtre. Voilà sans doute une façon de commander et de conduire tout-à fait admira)>le, et comn^e vous me plaisez en cela , je vous obéis. »

Puis après, faisant semblant d'avqir peur des lutins dans cette fosse, il tâchoit fie foire rire ses spectateurs en leur disant ces paroles : « Et de vrai pourrez-vous bien faire en sorte que je ^is sans crainte et sans frayeur à présent , et que je n'aie point de peur de ce mauvais génie? En vérité, quoique vous fassiez votre possible pour m'assurer, soit de la main, soit de la voix, ce n'est pourtant pas sans beaucoup de frayeur que je descends dan^ ces lieux obscurs et remplis de ténèbres, f» Et, poursuivant son discours, il leur diaoit : « Mais hélas ! que j'oublie aisément la résolution que j'ai prise ! Qu'ai-je fait ? je m'étois abandonné au* commencement tout entier à vous et à votre cottdpite , je m'éiois 4onné à vqus pour compagnon et pour disciple, et voici que fbésite dès

SEPTIÈMES OBJECTIONS

rentrée, tout effraya et irrésolu! Pardonnez-moi, je vous conjure; i*ai péché, je Favoue, et péché largement; et n'ai fait en cela paroitre que 11mbéciliité de mon esprit. Je deyois sans aucune appréhension me jeter hardiment dans l*obscurité de cette fosse , et tout au contraire j*ai hésité et résisté. »

Dans le troisième acte, il représentoit cet ardiitecte qui lui montroit dans le fond de cette fosse une pierre ou un gros rocher, sur lequel il vouloit appuyer tout son édifice; et lui en se moquant, lui disoit : « Voilà qui va bien ; vous avez trouvé ce point fixe d'Archimëde ; sans doute que vous déplacerez la machine du monde, si vous Tentreprenez ; toutes choses branlent déjà. Mais je vous prie ( car vous voulez , comme je crois , couper toutes choses jusques au vif, afin qu*ii n'y ait rien dans votre art que de propre, de bien suivi et de nécessaire), pourquoi retenez- vous ici cette pierre? n*avez«vous pas vous-même commandé qu'on jetât et qu'on mit dehors et les pierres et le sable? Mais peut-être l'avez-vous oubliée; tant il est malaisé, même aux plus expérimentés, de chasser tout-à-fait de leur mémoire le souvenir des choses auxquelles ils se sont accoutumés dés leur jeunesse; en sorte qu'il ne fiiudra pas perdre espérance s'il arrive que j'y manque, moi qui ne suis pas encore bien versé dans cet art. » Outre cela ce maître architecte ramassoit quelques pierres et quelques moellons qu'on avoit auparavant jetés avec le sable , afin de s'en servir et de les employer dans son bâtiment , de quoi l'autre se riant lui disoit : « Oserai-je bien, monsieur, avant que vous passiez plus outre, vous demander pourquoi, après avoir rejeté solennellement, comme vous avez fait , tous ces gravois et tous ces moellons, comme ne les ayant pas jugés assez fermes, vous voulez encore repasser les yeux dessus et les reprendre, comme s'il y avoit espérance de rien bâtir de ferme de ces lopins de pierre , etc. Bien plus, puisque toutes les choses que vous avez rejetées un peu auparavant n'étoient pas fermes , mais chancelantes ( car autrement pourquoi les auriez- vous rejetées?), comment se pourra-t-il faire que les mêmes choses ne soient plus à présent foibles et chancelantes, etc. ?» Et un peu après : « SoufTrez aussi que j'admire ici votre artifice, de vous servir de choses foibles pour en établir de fermes, et de nous plonger dans les ténèbres pour nous faire voir la lumière, etc. »» Après quoi il disoit mille choses impertinentes du nom et de l*office d'architecte et de maçon, qui ne servoient de rien à l'affaire, sinon que, confondant la signification de ces mots et les devoirs de ces deux arts, il faisoit qu'il étoit plus difficile de distinguer l'un d'ftvec l'autre.

Au quatrième acte ,' on les voyoit tous deux dans le fond de cette fosse ; et là cet architecte tâchoit de commencer la construction de sa chapelle; mais en vain; car, premièrement, sitOt qu'il pensoit mettre la première pierre à son bâtiment, tout aussitôt le maçon l'avertissoit qu'il avoit lui-même commandé qu*on jetât dehors toutes les pierres, et ainsi que cela étoit contre les règles de son art; ce qu'entendant ce pauvre architecte, vaincu qu'il étoit par la force de cette raison , il étoit contraint de quitter là son ouvrage ; et quand après cela il pensoit prendre des moellons, de la brique, du mortier ou quelque autre chose pour recommencer, ce maçon ne manquoit pas de lui souffler continuellement aux oreilles : « Vous avez commandé qu'on rejetât tout ; vous n'avez rien retenu ; » et par ces paroles seules de rien et de iout^ comme par quelques enchantements, il détruisoit tout son ouvrage; et enfin, tout ce qu'il disoit étoit si conforme à tout ce qui est ici depuis le paragraphe cinquième jusques au neuvième * qu'il n'est pas besoin que je le répète.

Enfin, dans le cinquième acte, voyant un assez grand nombre de peuple autour de soi, il chaagea tout d'un coup, et d'une façon toute nouvelle, la gaité de sa comédie en une tragique sévérité ; et après avoir été de dessus son visage les marques de chaux et de plâtre qui le faisoient paroitre pour ce qu'il étoit, d'un ton grave et d'un vi* sage sérieux, il se mit à raconter et à condamner tout ensemble toutes les fautes de cet architecte» qu'il disoit avoir fait remarquer auparavant daas les actes précédents. Et pour vous faire voir le rapport qu'il y a entre notre auteur et ce maître maçon, je veux vous rapporter ici tout au long le jugement qu'il fit la dernière fois qu'il divertit lo peuple par de semblables spectacles. Il feignoit avoir été prié par cet architecte de lui dire son avis touchant Fart qu'il a de bâtir, et voici ce qu'il lui répondit :

« Premièrement, cet art pèche dans les fondements ; car il n'-en a point, et en a une infinité. Et de vrai tous les autres arts qui prescrivent des règles pour bâtir se servent de fondements très fermes, comme de pierres de taille, de briques, de moellons et de mille autres choses semblables, sur lesquelles ils appuient leurs édifices et les élèvent fort haut. Celui-ci, tout au contraire, pour faire un bâtiment, non de quelque matière, mais de rien, renverse, creuse et rejette tons les anciens fondements sans eu réserver quoi que ce soit; et prenant de propos délibéré une méthode

(I) voyei les paragraphes qui commçnceni par

lOlBSiS

ou DISSERTATIONS DU R. P. BOURDIN.

' Me contraire, pour ne pas manquer tout-à-fait demoyeDs, il en invente lui-même qui lui servent I d'ailes, mais d^ailes de cire, et établit des fondements nouveaux, directement opposés à ceux des anciens; et par ce moyen, pensant éviter ilQstabilité de ceux-ci , il tombe dans une nou- Telle; il renverse ce qui est ferme, pour s'appoyersar cequi ne Test pas ; il invente lui-même i des moyens, mais des moyens ruineux ; il prend ' des iHes, mais des ailes de cire ; il élève bien haut sQoMtiment, mais c*est pour tomber ; enfin, de rjeii jlveut faire quelque chose, mais en effet il De fait rien. »

Orquivit jamais rien de plus foible que tout ce discours, que la seule chapelle bâtie auparavant par cet architecte faisoit voir manifestement être &QX? Car il étoit aisé de voir que les fondements en étoient très fermes , qu'il n'avoit rien détruit et renversé que ce qui le devoit être, qu'il ne s'é- I toit écarté en quoi que ce soit de la façon ordi* naîreqae lorsqu'il avoit eu quelque chose de meilleur, et que son bâtiment étoit de telle hauteur 9d1I ne menaçoit point de chute ni de ruine ; et enfin, qu'il s'étoit servi d'une matière très solide, et non pas de rien, pour élever et construire en l1»nneQr de Dieu, non pas un édifice vain et âimérique, mais une grande et forte chapelle , ràDieu pourroit être longtemps honoré. Je pourrais répondre les mêmes choses à notre auteur pov renverser tout ce qu'il a dit contre moi, poisqoe les seules Méditations que f ai écrites font 2SKZ voir la subtilité de ses objections. Et il ne to pas ici accuser l'historien de n'avoir pas fait 10 rapport fidèle des paroles du maçon , de ce 91'il l'introduit donnant des ailes i l'architecture, ^ piosieurs autres choses qui lui conviennent ^ peu; car peut-être l'a-t-il fait tout exprès poor feire voir le trouble où étoit son esprit ; et je ne vois pas que ces choses -là conviennent lieux à la méthode de rechercher la vérité, à lafttile pourtant notre auteur les applique.

Mlrépondoît : « Cette manière d'architecture P^ dans les moyens; car elle n'en a point, (ôsqu'elle retranche les anciens sans en proposer ^QOQveaux. Les autres manières ont uneéquerre, ^ règle, un plomb, par la conduite desquels, A pins ni moins que par un fil d'Ariane, elles ^>tat aisément de leurs labyrinthes, et disposent *^^ Justesse et facilité les pierres les plus Infor- ®«. Mais celle-ci, tout au contraire, corrompt ^^ toute la forme ancienne , lorsqu'elle pâlit ^crainte à la seule pensée des lutins et des loups-. P^OQx, lorsqu'elle craint que la terre ne lui man- ^eine s'affaisse, lorsqu'elle appréhende quelo ^ ne s'échappe et ne s'emporte. Proposez-lui. ^'&ver une colonne, elle pâlira de crainte à la

seule position delà base, de quelque forme qu'elle puisse être ; peut-être dira-t-elle que les lutins la renverseront. Mais que fera-t-elle quand il fau* dra dresser son corps? elle tremblera, et dira qu'il est trop foible , qu'il n'est peut-être que da plâtre, et non pas de marbre ; et que souvent on en a vu qu'on croyoit bien durs et bien fermes, que l'expérience a fait connoitre être très fragi* les. Enfin qu'espérez-vous qu'elle fera quand il sera question de planter le chapiteau à cette colonne ? elle se défiera de tout, comme si c'étoit des fers qu'on lui voulût mettre aux pieds. N'a-ton pas vu, dira-t-elle, de mauvais architectes qui en ont dressé plusieurs qu'ils pensoient bien fermes et qui n'ont pas lais^ de tomber d'eux-mêmes? Que sais-je s'il n'arrivera point la même chose à celui-ci, et si les lutins n'ébranleront point la terre? Ils sont mauvais, et Je ne sais pas encore si la base est si bien appuyée que ces ma« lins esprits ne puissent rien contre elle. Que direz- vous à cela? Et que pourriez- vous faire, quand son auteur vous dira avec une opiniâtreté invincible que vous ne sauriez répondre de la fermeté du chapiteau si vous ne savez auparavant que le corps de la colonne n'est pas d'une matière fragile ; qu'il n'est pas appuyé sur le sable, mais sur la pierre, et même sur la pierre si ferma qu'il n'y ait point de malins esprits qui la puissent ébranler? Que faire quand il vous dira que la matière ni la forme de cette colonne ne vaut rien (ici, par une audace plaisante et bouffonne, il montroit à tout le monde le portrait d'une des colonnes que cet architecte avoit employées dans le bâtiment de sa chapelle)? et cent autres choses semblables, sur lesquelles si vous pensez le presser , il vous dira tout aussitôt : Attendez que je sache si elle est bâtie sur le roc, et s'il n'y a point d'esprits malins en ce lieu-là. Mais au moins, me direz-vous, cette manière d'architecture a-t-elle cela de commode que, ne voulant point du tout de colonnes, elle empêche Infailliblement qu'on n'en dresse de mauvaises ? La commodité est belle sans doute, et n'est-ce pas comme qui arracheroit le nez à un enfant, etc. ?» car cela ne vaut pas la peine d'être redit ; et je prie ici les lecteurs de vouloir prendre la peine de comparer chacune de ces réponses à celles de notre auteur.

Or cette réponse, aussi bien que la précédente, étoit manifestement convaincue de faux par la seule inspection de cette chapelle, puisqu'on y voyoit quantité de colonnes très solides, et entre autres celle-là même dont il avoit fait voir le portrait comme d'une chose qui avoit été rejetée par cet architecte. Et de la même façon mes seuls écrits font assez voir que je nlmprouve point les syllogismes, et même que je n'en change ni n'en corromps

26fii

SEFriÈM£S OBJECTIONS

polot les formes, puisque je m'en suis servi moimême toutes les fois quMl en a été besoin. Et entre autres celui-là même qu'il rapporte, et dont il dit que je condamne la matière et la forme, est tiré de mes écrits ; et on le peut voir sur la fin de la réponse que j*ai faite aux secondes objections, dans la proposition première, où je démontre Teiistence deBieu.Etjenepuisdevinerà quel dessein il feint cela, si ce n'est peut-être pour montrer que toutes les choses que j*ai proposées comme vraies et certaines répugnent entièrement à cette abdication générale de tout ce qui est douteux, laquelle il veut faire passer pour la seule méthode que j'aie de rechercher la vérité ; ce qui ressemble tout-àfait, et qui n'est pas moins puéril et inepte que la pensée impertinente de ce maçon qui faisoit consister tout Tart de Tarchitecture à creuser des fondements, et qui reprenoit tout ce que faisoit ensuite cet architecte comme contraire à cela.

S. Il répondoit : « Cette manière pèche contre la fin, ne pouvant rien construire de ferme et de durable. Mais comment le pourroit-elle puisqu'elle 8*dte elle-même tous les moyens pour cela? Tous l'avez vu vous-même et expérimenté avec moi dans ces détours, ou plutôt ces erreurs semblables à celles d'Ulysse, que vous m'avez fait prendre, et qui nous ont tous deux grandement fatigués ; vous souteniez que vous étiez un archiiecte, ou que vous en saviez l'art, mais vous ne l'avez jamais su prouver, et vous êtes demeuré en chemin, embarrassé de mille difficultés, et cela tant de fois que j'ai de la peine à m'en souvenir. Et néanmoins il sera bon de s'en souvenir à présent, afin que la réponse que j'ai à vous feire ne perde rien de sjbl fqrce. Voici donc les principaux chefs de cette nouvelle manière d'architecture, par lesquels elle se coupe elle-même les nerfs, et s'ôte toute espérance de pouvoir jamais rien avancer dans cet art. 1^ Vous ne savez si audessous de la superficie de la terre vous trouverez le roc; et partant, vous ne devez non plus vous fier à cette roche ou cette pierre (si toutefois vous pouvez jamais vous appuyer sur la roche) qu'à du sable même. De là vient que tout est Incertain et chancelant, et que l'on ne peut rien bâtir de ferme. Je ne vous en apporterai point d'exemple; pensez-y vous-même, et parcourez tous les magasins de votre mémoire, et voyez si vous y trouverez aucune chose oui ne soit infectée de cette tache ; vous me ferez plaisir de m'en montrer quelqu'une. 2^ Auparavant quej'aie trouvé la terre ferme, au-dessus de laquelle je sache qu'il n'y a point de sable, ni d'esprits malins qui puissent l'ébranler, je dois rejeter toutes choses, et avoir pour suspecte toute sorte de matière ; ou

pour le moins, selon la commune et andenDs façon de bâtir, je dois avant toutes choses déuDir s'il peut y avoir quelque matière qu'on ne doive point rejeter, et quelle est cette matière, et avertir en même temps les fossoyeurs de la retenir dans leur fosse. D'où il s'ensuitcomme auparavant qu'il n'y a rien de ferme ; mais que tout est trop foible , et partant inutile, pour la construction d'un édifice. 3"* S'il y a aucune chose qui puisse être tant soit peu ébranlée, tenez déjà pour certain et faites é^tat qu'elle est déjà renversée; ne songez qu'à creuser, et servez-vous de cette fosse ' vide comme d'un fondement. De là il s'ensuit que tous les moyens pour bâtir lui sont retranchés : car que pourroit faire cet architecte? il n'a plus ni terre, ni sable, ni pierre, ni aucune autre chose. Et ne me dites point qu'on ne creusera pas toujours, que ce n'est que pour un temps, et jusques à une certaine profondeur, selon qu'il y aura plus ou moins de sable. Car je veux que ce ne soit que pour un temps ; mais toujours est-ce pour le temps que vous voulez bâtir, et pendant lequel vous usez et abusez de la vacuité de cette fosse, I comme si toute l'édification en dépendoit et * qu'elle s'appuyât sur elle comme sur son véritable fondement. Mais, me direz-vous, je m'en sen pour établir et assurer la patte et la base de ma colonne, comme font ordinairement les autres nrcbitectes. N'est-ce pas leur coutume de fabrl- j quer certaines machines qui ne leur servent que pour un temps, afin d'élever leurs colonnes et les placer en leur lieu? etc. *>

Or, si en tout cela ce maçon vous a semblé ri- ^ dicule, je trouve que notre auteur ne l'est guère . moins. Car, comme cet architecte, pour avoir commencé à creuser ^t à rejeter de ces fondements tout ce qui n'étoit appuyé que sur le sable, n'a pas laissé de bâtir et d'élever une belle et grande chapelle, de même on ne trouvera point que VabdicatiOQ que j'ai faite au commencen^ent de tout ce qui peut être douteux m'ait fermé \^ routes qui peuvent conduire à la connoissance de la vérité, comme l'on peut voir par ce que j'ai démontré dans mes Méditations; ou du moins il devroit me faire voir que je me suis trompé, en m'y faisant remarquer quelque chose de faux ou d'incertain ; ce que ne faisant point, et même ce que ne pouvant faire, il faut confesser qu'il ne peut s'excuser de s'être grandement mépris. Et je n'ai jamais non plus songé à prouver que moi (c'està-dire une chose qui pense) étois un esprit, que l'autre à prouver qu'il étoit un architecte. Mais, à dire vrai, notre auteur, avec toute la peine qu'il s*est ici donnée, n'a rien prouvé autre chose sinon que, s'il avoit de l'esprit, il n'en avoit pas beaucoup. Et encore qu'en poussant son doute

ou DISSERTATIONS DU R. P. BOURDIN.

miUpbysique jusques au bout, ou en vienoe jusqa*à ce poinl que de supposer qu'on ne sait si 1*00 dort ou si Ton Teille, il ne s'ensuit pas mieux qae pour cela on ne puisse rien trouver de cerbûo et d'assuré, qu'il s'eiu^uit de ce qu'un architecte qui commonoe k creuser les fondements, ne uÀ\ pas s*il trouvera sou« le sable, ou de la pierre, ou de Targile, ou quelque autre chose ; qu'il s'ensuit, dis-je, qu'il ne pourra jamais en ce lieu-ii rencontrer la terre ferme, ou que, l'ayant trouvée, a ne deyra point s'y assurer. Et il l'ensuit aussi peu que toutes choses sQient inutiles pour la recherdie de la vérité, de ce qu'auparavant que de avoir qu'il y a un Dieu chacun a oocasion de douter de toutes choses, à «avoir de toutes celles dont on n'a pas la claire perception présente i resprît» ainsi que j'ai dit plusieun fois , que de ce que oet architecte avoit commandé de rejeter lootes choses de la fosse qu'il faisoit pour creuser aea fondements, auparavant et jusques a ce qu'il eAt trouvé la terre ferme, il s'ens^ivoit qu'il n'y «voiieu ni moellon ni pierre dans cette fosse, qu'il pût par après employer à bâtir et élever ses fondeinents. Et ce macon n'erroit pas moins impertioemment en disant que, selon la commune et antiienoe architecture, on ne devoit pas rejeter toutes oea pierres et tous ces moellons de la fosse §ye l'oQ creusa, et qu*on devoit avertir les fossoyeurs de les retenir et coiiserver, que fait aujûuj-d'liui notre auteur eu disant « qu*U faut araal toutes choses définir s'il p^ut y avoir des çropoiitions exemptes de d^ute, et quelles sont ces propositions.» Car comment pourroient-elles être défioies par celui que nous supposons n'en c&nooiu-Q encore pas une, çoit en proposant cela eoaune uo des préceptes de la commune et anoenne ptiiloaophie, en laquelle il ne se trouve lieo de semblable ? Et ce maçon ne feignoit pas Boîtts sottement que cet architecte se vouloit servir pour fondement de cette fosse vide, et que tout sou art en dépendoit, que notre auteur se trompe Tisibleipent en disant que <* je prends pour principe le coptraire de ce qui est douteui, et que 1 dibuse des choses que j'ai uûe fois rejetées, comme li la vérité en étoit dépendante et qu'elle y fât ippnyée comme sur son véritable fondement ; » Be se ressouvenant pas do ce qu'il avoit dit un peu teparaTaat, et qu'il avoit rapporté comme venant éi moi . c*est à savoir : « Vous n'assurerez ni l'un û l'autre, ni vous ne le nierez aussi ; vous ne vous KTf irez ni de l'un ni de l'autre, et vous tiendrez • im ei l'autre pour faux. » Et enfin ce maçon ne ■âstroit pas mieux son ignorance en comparant ia fasse que l'on creuse pour jeter les fondements s Bse Hi^Ghine que l'on ne fait que pour un temps, ?6w aenrir seulement à dresser et mettre sur

pied une colonne, que fait notre auteur en corn* parant i cette machine l'abdication générale de tout ce qui est douteux.

4. Il répondoit : « Cette manière pèche par excès, c'est-à-dire qu'elle en fait plus que ne demandent d'elle les lois de la prudence, et que jamais personne n'a désiré. Il est bien vrai qu'il s'en trouve assez qui veulent qu'on leur bâtisse de bons et solides édifices, mais il ne s'est encore trouvé personne jusques Ici qui n'ait cru que c'ait été assez que la maison où il habifolt fÂt aussi ferme que la terre même qui nous soutient, en sorte qu'il est toutrà-fait inutile et superflu de rechercher en cela une plus grande fermeté. De plus, comme pour se promener il y a certaines * bornes de fermeté et de stabilité de la terre qui sont plus que suffisantes pour pouvoir se promener dessus avec assurance, de même, pour la construction des maisons, il y a oertaines bornes de fermeté, lesquelles, quand on les a atteintes, on est assuré, etc. »

Or, quoique ce maçon eût tort de reprendre aipsi cet architecte, notre auteur me semble avoir eu encore moins de raison de me reprendre comme il a Ihit en un sujet presque pareil ; car 11 est bien vrai qu'en matière de bâtiment il y a certaines bornes de fermeté au-dessous de la plus grande, au-delà desquelles il est inutile de passer; et ces bornes sont diverses, selon la diversité et la grandeur des bâtiments qu'on veut élever ; car les ca* banes et les cases des bergers se peuvent même sûrement appuyer sur le sable, et il n'est pas moins propre et moins ferme pour les soutenir, que le roc l'est pour soutenir les grandes tours. Mais il n'en va pas de même quand il est question d'établir les fondements de la philosophie ; car on ne peut pas dire qu'il y ait oertaines bornes de douter au-dessous de la plus grande certitude, au-delà desquelles 11 est inutile de passer, et sur qui même nous pouvons avec raison et assurance nous appuyer ; car la vérité consistant dans un indivisible, il peut arriver que ce que nous ne voyons pas être tout-à-fait certain, pour probable qu'il nous paroisse, soit néanmoins absolument faux ; et sans doute que celui-là philosopheroit fort mal qui n'aurolt point d'autres fondements en sa philosophie que des choses qu'il reconnoitroit pouvoir être fausses. Mais que répondra-t-il aux sceptiques, qui vont au-delà de toutes les limites de douter? Comment les réfutera-t-il? Sans doute qu'il les mettra au nombre des désespérés et des incurables. Cela est fort bien ; mais cependant en quel rang pensez-vous que ces gens-là le mettrontB Et ne me dites point que cette secte est à présent abolie : elle est en vigueur autant qu'elle fut jamais; et la plupart de ceux qui pensent avoir un

SEPTIÈMES OBJECTIONS

peu plas d'esprit qae les antres, ne trouvant rien dans la philosophie ordinaire qui les satisfasse, et n'en voyant point de meilleure, se Jettent aussitôt dans celle des sceptiques ; et ce sont principalement ceux qui veulent qu*on leur démontre Texistence de Dieu et Timmortalité de leur âme; de sorte que ce qui est dit ici par KOtre auteur sonne mal et est de fort mauvais exemple, vu principalement qu*il passe pour habile homme; car cela montre quMl croit qu*on ne sauroit réfuter les erreurs des sceptiques, qui sont athées ; et ainsi il les soutient et les confirme autant qu*il est en lui. Car tous ceux qui sont aujourd'hui sceptiques ne doutent point, quant à la pratique, qu'ils n'aient une tête, et que deux joints avec trois ne fassent cinq, et choses semblables; mais ils disent seulement qu'ils s'en servent comme de choses vraies, pource qu'elles leur semblent telles, mais qu'ils ne les croient pas certainement vraies, pource qu'ils n'en sont pas pleinement persuadés et convaincus par des raisons certaines et invincibles. Et d'autant qu'il ne leur semble pas de même que Dieu existe et que leur âme est immortelle, de là vient qu'ils n'estiment pas qu'ils s'en doivent servir comme de choses vraies, même quant à la pratique, si premièrement on ne leur prouve ces deux choses par des raisons plus certaines qu'aucune de celles qui leur font embrasser celles qui leur paroissent. Or, les ayant ainsi prouvées toutes deux dans mes Méditations, ce que personne que Je sache avant moi n'avoit fait, il me semble qu'on ne sauroit rien controuver de plus déraisonnable que de m'imputer, comme fait notre auteur en cent endroits de sa dissertation, une affectation trop grande de douter, qui est Tunique erreur en quoi consiste toute la secte des sceptiques. Et certainement il est tout-à-fait libéral à faire le dénombrement de mes fautes; car bien qu'en ce lleu-là il dise que <« ce n'est pas une petite louange d'aller plus loin que les autres, et de traverser un gué qui n'a jamais été tenté de personne, » et qu'il n*ait aucune raison de croire que je ne l'aie pas Aiit au sujet dont il s'agit, comme je ferai voir tout maintenant, néanmoins il met cela au nombr# de mes fautes ; parce, dit-il, que « la louange n'est grande que lorsqu'on peut le traverser sans se mettre en danger de périr ; » où il semble vouloir persuader aux jecteurs que j'ai fait ici naufrage, et que j'ai commis quelque faute insigne ; et néanmoins, ni il ne lé croit pas lui-même, ni il n'a aucune raison de le soupçonner ; car s'il en avoit pu trouver quelqu'une, tant légère qu'elle eût été, pour faire voir que je me suis écarté du droit chemin dans tout le cours que j'ai pris pour conduire notre esprit de la connoissance de sa propre oxlslence à celle de Texlstenoe de Dieu, et de la

distinction de soi-même d'avec le corps, sans difficulté qu'il ne l'auroit pas omise dans une dissertation si longue, si pleine de paroles et si vide de raisons; et il auroit sans doute beaucoup mieux aimé la produire que de changer toujours de qoestion comme 11 a &it, lorsque le sujet demandoit qu'il en parlât, et de m'introduire disputant sottement si la chose qui pense est esprit. Il n'a donc eu aucune raison de croire ni même de soupçonner que j'aie commis la moindre faute en tout ce que j'ai dit et avancé, et par quoi j'ai renversé tout le premier ce doute énorme des sceptiques; il confesse que cela est digne d'une grande louange, et néanmoins il ne feint point de me reprendre comme coupable de cette &ute, et de m'attribuer ce doute des sceptiques, qui pourroit à plus juste raison être attribué à tout autre qu'à moi.

5. Ce maçon répondoit : « Cette manière de bâtir pèche par défaut; c'est-à-dire que, voulant entreprendre plus qu'elle ne peut, elle ne vient à bout de rien. Je ne veux point pour cela d'autre témoin ni d'autre juge que vous. Qu'avez-vous fait jusques ici avec tout ce magnifique appareil? Que vous a servi de tant creuser? et à quoi bon cette fosse si grande et si universelle, que vous n'avez pas même retenu les pierres les plus dures et les plus solides, et qui ne vous a rien appris autre chose quecequechacun sait déjà, savoir estqoe la pierre ou le roc qui est au-dessous du sable et de la terre mouvante est ferme et solide? etc. •

Je pensois que ce maçon dût ici prouver quel' que chose, eomme aussi notre auteur en pareille occasion ; mais comme celui-là reprochoi^ a cet architecte de n'avoir fait autre chose en creusant que de découvrir le roc, ne faisant pas semblant de savoir que sur ce roc il avoit bâti sa chapelle, . ainsi notre auteur semble me reprocher que je n*ai fait autre chose, en rejetant tout ce qui est douteux, que de découvrir la vérité de ce vieux dictum : je pense, donc je suis; à cause peut-être qu'il ne compte comme pour rien que par son moyen j'ai prouvé l'existence de Dieu, et piu* sieurs autres choses qui sont démontrées dans mes Méditations ; et a bien l'assurance de me prendre seul ici à témoin de la liberté qu'il se donne de dire ce que bon lui semble; comme en d'autres endroits, sur des sujets aussi peu croyables, il ne laisse pas de dire « que tout le monde le croit comme il le dit; que les pupitres ne chantent autre chose; que nous avons tous appris la même chose de nos maîtres, depuis le dernier jusques i Adam, etc. n A quoi l'on ne doit pas ajouter plus de foi qu'aux serments de certaines personnes, qui s'emportent d'autant plus à jurer que ce qu'ils tâchent de persuader aux autres est moins croyable et plus éloigné de la vérité.

ou DISSERTATIONS DU R. P. BOURDIN.

6. Il répoDdoit : « Cet architecte, par sa ma* nière de bâtir, tombe dans la faute qu*il reprend dans les autres. Car il s*étonne de voir que tous les hommes sans exception disent tous unanimement et croient que le sable ou la poussière qui nous soutient est assez ferme; que la terre sur laquelle nous sommes ne branle point, etc.; et il ne s*étonne point de voir qu*ayec une assurance pareille ou plus grande il dit hardiment qu'il faut rejeter le sable, et tout ce qui est mêlé avec lui, etc. »

Ce qui étoit aussi peu raisonnable que tout ce que dit notre auteur en pareille occasion.

7. Il répondoit : « Cet art pèche, et nous jette dans une faute qui lui est particulière. Car ce que le reste des hommes tient pour aucunement ferme, a savoir la terre où nous sommes, du sable, des pierres; cet art, par un dessein qui lui est particulier, prend tout le contraire, savoir est la fosse d*où Ton a tiré et rejeté le sable, les pierres, et tout ce qui s*est rencontré dedans, non-seulement pour une chose ferme, mais même pour une chose si ferme que Ton peut y fonder et bâtir une chapelle très solide, et s'y appuie de telle sorte que si vous lui Atoz ce soutien il donnera du nez en terre. »

Où ce pauvre maçon ne se trompe pas moins que notre auteur, lorsque ne se ressouvenant plus de ces mots qu'il avoit dits un peu auparavant, savoir est : « Vous ne l'assurerez ni ne le nierez t etc. »

8. n répondoit : « Cet art pèche par imprudence ; car, ne prenant pas garde que l'instabilité de la terre est comme un glaive à deux trandiants , pensant éviter l'un , il se voit blessé par l'autre. Le sable n'est pas pour lui un sol assez ferme et stable, car il le rejette, et se sert de son opposé, savoir de la fosse d'où on l'a rejeté ; et , s'appuyant un peu trop imprudemment sur cette fosse comme sur quelque chose de ferme , il se trouve accablé. *»

Où derechef il ne faut que se ressouvenir de ces mots : « Vous ne l'assurerez ni ne le nierez. *» Et ce qui est dit ici d'un glaive à deux tranchants est plus digne de la sagesse de ce maçon que de celle de notre auteur.

9. n répondoit : • Cet art et cet architecte pèchent avec connoissance. Car le sachant et le voulant, et après en être averti, il s'aveugle luimfime; et rejetant volontairementt outes les choses qui sont nécessaires pour bâtir, il se laisse tromper soi-même par sa propre règle, en faisant non-seulement ce qu'il prétend, mais aussi ce qu'il ne prétend point et qu'il appréhende le plus, n

Or comme ce qui est dît Ici de cet architecte est

suffisamment convaincu de faux par la seule inspection de la chapelle qu'il a bâtie, de même les choses que j'ai démontrées prouvent assez que ce que l'on a dit de moi en pareille occasion est aussi peu véritable.

10. Il répondoit : « Il pèche par commissioui lorsque, contre ce qu'il avoit expressément et solennellement défendu, il retourne aux choses anciennes et s'en sert ; et que, contre les lois qu'il avoit observées en creusant, il reprend ce qu'il avoit rejeté. Vous vous en souvenez bien, n

Be même notre auteur ne se ressouvient pu de ces paroles : a Vous ne l'assurerez ni ne le nierez , etc. ; n car autrement comment oseroit-il dire ici qu'une chose a été solennellement défendue qu'un peu auparavant il a dit qu'il ne falloit pas même nier?

11. Il répondoit : « Il pèche par omission ; car, après avoir établi pour un de ses principaux fondements qu'il faut très soigneusement prendre garde de ne rien admettre pour vrai que nous ne puissions prouver être tel , il s'en oublie souvent, admettant Inconsidérément pour vrai et pour très certain tout ceci sans le prouver : la terre sablonneuse n'est pas assez ferme pour soutenir des édifices, et plusieurs autres semblables maximes, •

En quoi ce maçon ne se trompoit pas moins que notre auteur, celui-là appliquant au fossoiement, et celui-ci à Tabdication des doutes, ce qui n'appartient proprement qu'à la construction tant des bâtiments que de la philosophie ; car il est très certain qu'il ne faut rien admettre pour vrai que nous ne puissions prouver être tel quand il s'agit d'assurer ou d'établir ce qui est vrai ; mais quand il est seulement question de creuser ou de rejeter, le moindre soupçon d'instabilité ou de doute suffit pour cela.

12. Il répondoit : « Cet art pèche en ce qu'il n'a rien de bon , ou rien de nouveau , et qu'il a beaucoup do superflu , car : 1® si par le rebut et le rejet qu'il fait du sable il entend seulement ce fossoiement dont se servent tous les autres ar« chitectes, qui ne rejettent le sable qu'en tant qu'il n'est pas assez ferme pour soutenir le faix d'un grand édifice, il dira quelque chose de bon , mais il ne dira rien de nouveau ; et cette façon de creuser ne sera pas nouvelle, mais très ancienne, et commune à tous les architectes, sans en excepter un seul.

• 20 Si , par cette façon de creuser, il veut qu'on rejette tellement le sable qu'on l'enlève tout-à-fait, qu*on n'en retienne rien, et qu'on se serve de son néant , c'est-à-dire de la vacuité du lieu qu'il remplissoit auparavant , comme d'une chose ferme et solide, H dira quelque cbose de nouveau, mais il ne dira rien de bon ; et cette fa-

SÊPIÏÈlîilES OBJECTIONS.

çoD de creuser sera à la ^értté nouTelle, mais. elle ne sera pas légitime.

« 3^ S'il dit que, par la force et le poids de ses raisons , il prou've certainement et évidemment qu*il est expérimenté dans Tarchitecture, et qu'il Texerce, et que néanmoins, en tant que tel , il n'est ni architecte, ni maçon, ni manœuvre, mais qu'il est d'une condition tellement différente ou séparée delà leur qu'on peut concevoir quel il est sans qu'on ait connoissance des autres, de même que l'on peut concevoir l'animal ou une chose qui sent sans que Ton conçoive encore celle qui hennit, ou qui rugit, etc. , il dira quelque chose de bon,mais il ne dira rien de nouveau, puisque l'on ne chante autre chose partout dans les carrefours, et que cela est enseigné par autant d'hommes qu'il y en a qui sont tant soit peu versés dans l'architecture, ou même (posé que Tarchitecture embrasse aussi la construction des murs, en sorte que ceux-là soient dits être versés dans l'architecture qui mêlent le sable avec la chaux, qui taillent les pierres , ou qui portent le mortier ) par autant d'hommes qu'il y en a qui croient que ce que je viens de dire est le métier des artisans et des manœuvres, c'est-à-dire, en un mot, par tous les hommes.

« 4^ S'il dit avoir prouvé par de bonnes raisons et mûrement considérées qu'il existe véritablement , et qu'il est versé dans l'art de l'architecture, et que, pendant qu'il existe, il ne s'ensuit pas pour cela qu'il y ait ni architecte, ni maçon, ni manœuvre qui existe véritablement, il dira quelque chose de nouveau, mais il ne dira rien de bon ; ni plus ni moins que s'il disoit qu'un animal existe, et qu'il n'y a pourtant ni lion, ni renard y ni aucun autre animal qui existe.

« 6"" S'il dit qu'il bâtit, c'est-à-dire qu'il se sert de l'art d'architecture dans la construction de ses bâtiments , et qu'il bâtit de telle sorte que , par une action réfléchie, il envisage et considère ce qu'il fait, et qu'ainsi il sache et voie qu'il bâtit (ee qui proprement s'appelle avoir connoissance^ s'apercevoir de ce que l'on fait) , et s'il dit que cela est le propre de l'architecture, ou de cet art de biLiiT qui est au-dessus de l'expérience des maçons et des manœuvres, et partant qu'il est véritablement architecte « il dira ce qu'il n'a point encore dit, ce qu'il devoit dire, ce que je m'attondois qu'il diroit , et ce que je lui ai même voulu souvent suggérer, lorsque je l'ai vu s'efforçant en vain pour nous dire ce qu'il étoit; il dira, dis-je^ quelque chose de bon , mais il ne dira rien de nouveau, n'y ayant personne qui ne l'ait autrefois appris de ses précepteurs^ et œux-ei de leurs maîtres jusques à Adam.

« Certainement, s'il dit cetoi combien y aura-t-il

de choses superflues dans cet art ! combien d'exorbitantes! quelle battologie! combien de machioei qui ne servent qu'à la pompe ou qu'à nous décevoir! A quoi bon nous faire peur de l'instabilité de la terre, des tremblements, des lutins, et d'autres vaines frayeurs? Quelle est la fin d'une fosse si profonde qu'elle ne nous laisse, ce semble, que le néant de reste? Pourquoi des pérégrinations si longues, et de tant de durée, dans des pays étrangers où les sens n'approchent point , parmi âeà ombres et des spectres ? Que servent toutes ces choses pour la construction d'une chapelle, comme si l'on no pouvoit pas en bâtir une sans renverser tout sens dessus dessous ? Mais à quoi bon ce mélange et ce changement de tant de diverses matières ; pourquoi tantêt rejeter les anciennes et en employer de nouvelles, et tantât rejeter les nouvelles pour reprendre les anciennes? Ne serott-ce point peut-être que comme nous devons nous comporter autrement dans le temple , ou en la présence des personnes de mérite, que dans une hôtellerie ou une taverne , de même à ces nouveaux mystères il faut de nouvelles cérémonies ? Mais pourquoi, sans e'amuser à tant d'embarras, n'a-t-il point plutêt ain^i clairement , nettement et brièvement exposé la vérité: Je bâtis, j'ai connoissance du bâtiment qne je fais, donc je suis un architecte?

« 6o Enfin, s'il dit que de bâtir des maisons, de disposer et d'ordonner de leurs chambres, cabinets, portiques, portes, fenêtres, colonnes et autres ornements, et de commander à tous les ouvriers qui y mettent la main, comme charpentiers, tailleurs de pierres, maçons, couvreurs, manœuvres et autres, et de conduire tous leurs ouvrages, c'est tellement le propre (f un architecte qu'il n'y a pas un autre artisan et ouvrier qui le puisse faire, il dira quelque chose de nouveau, mais il ne dira rien de bon, et encore le dira-t-il sane preuve et sans aveu, si ce n'est peut-être qu'il nous garde et nous cache quelque chose (qui est le seul refuge qui lui reste) pour nous le montra avec étonnement et admiration en son temps ; mais il y a si longtemps qu'on attend cela de lui qu'il n'y a plus du tout lieu de l'espérer. »

En dernier lieu il répondoit : « Vous craignez ici sans doute (et je vous le pardonne) pour votre art et manière de bâtir, laquelle vous cbërissesj et que vous caressez et embraësez comtne votre propre production ; vous aTet peur que, l'ayant rendue coupable de tant de péchés, et la yoyant maintenant qui fait eau partout, je ne la condamne au rebut. Ne craignez pourtant point, je suis votre ami plus que vous ne pensez ; je vaincrai votre attente, ou ;du moins je la tromperai ; je me tairai et aurai patience. Je sais qui vous êtes,

ou liiSSERTATlONé DU R. P. fiOURDIN.

et je coDDOÎs la force et vivacité de votre esprit; Quand vous aurez pris du . temps suffisamment pour méditer, mais principaleiiient quand vous aorez consulté en secret votre règle qui ne vous il)andoniie jamais, vous secouerez toute la poussière, vous laverez toutes les taches, et vous bous ferez voir pour lors une architecture bien propre et bien nette, et eiempte de tout défaut. Cependant contentez- vous de ceci, et continuez de me prêter votre attention, pendant que je continuerai de satisfaire à vos demandes. J*ai compris beaucoup de choses en peu de paroles, pour n'être pas ioDg, et n*eD ai touché la plupart que légèrement, comme sont celles qui concernent les voûtes, Touverture des fenêtres, les colonnes, les portiques, et autres semblables. Mais voici les desseins d'une Douvelle comédie. »

SI l'on peut IICTBKTEB une lioUTELLE AECHITECTUBE.

•Tims demandez, en troisième lien, si Ton peoi iOTenfer, etc. »

Gomme il demandolt cela, quelques-uns de seé amb, voyant que son extrême jalousie et la haine dont fl éloit emporté étoient passées en maladie, fie iai permirent pas de déclamer ainsi davantage ffaos les places publiques, mais le firent aussitêt ûuidDire chez le médecin.

Pour moi je n'oscrois pas, à la vérité, soupçon- »r rien de pareil de notre auteur; mais je con- 'innerai seulement de faire voir ici avec quel soin il ^mble qu'il ait tâché de Timiter en toutes chom. Il se comporte entièrement comme lui en juge 3^ sévère, et qui prend soigneusement et scrupuleusement garde de ne rien prononcer témérairvcient; car, après m'avoir onze fois condamné l'-'Ur cela seul que j'ai rejeté tout ce qui est doui-'si pour fonder et établir tout ce qui est certain, > siême que si j'avois creusé profondément pour .'*^ les fondements de quelque grand édifice; 2^, i la douzième fois, il commence à examiner i chose, et dit : !<> que si je Tai entendue de la ^=^aiiière qull sait que je l'ai entendue, ainsi qu'il -aroft par ces paroles: « Vous ne l'assurerez ni j< ie nierez , » et qu'il m'a lui-même attribuées, fa^â la vérité j*ai dit quelque chose de bon, mais ?K |e n^ai rien dit de nouveau.

t^ Que si je l'ai entendue de cette antre façon, ' w 2 a pris sujet de me rendre coupable de ces rose péchés précédenis, et qu'il sait néanmoins ^e « Soignée du véritable sens que j'y ai donné :V«i peu auparavant dans le paragraphe m de a première question, il m'introduit lui-même ari^at d'elle avec risée et admiration en cette ^ • «Kicomment cela pourroit-il venir en l'es- !

prit d'un homme dé bëti séfis ? » que pôilr lors j*ai bien dit quelque chose de noutèaù, mais que ji n'ai rien dit de bon. Qui a jamais été, je ne dirai pas si insolent en parole^ et si peu soucieux de U vérité, ou même dé ce qui en a l'apparence, mail si imprudent et si oublieux que dé reprocher^ comme fait notre auteur, plus de cent fbis à lut autre, dans une dissertation étudiée, une opinloo qu'il a confessée, tout au commencement de cette dissertation même, être si éloignée de la peniéi de celui à qui il en fl^it le reproche qu'il ne pe&Mt pas qu'elle puisse jamais venir en i'eiprit d'un liomtoedelion sens?

Pour ce qui est des questions qui sont oontenuel dans les nombres 3, 4 et 5, soii'dailB les réponse! de notre auteur, soit dails celles d0C»tnaçon, ellet ne font rien du tout au sujet, et n'ont jamais éti mues ni par moi ni par cet architecte; mais H est vraisemblable qu'elles ont premièrement été inventées par ce maçon, afin que, comme 11 n'ô^ soit pas toucher aux choses qui avolent été faites par cet architecte, de peur de découvrir trop ma<nifestement son ignorance. Ton crût néannlolns qu'il reprenoit quelque chose de plus que otttà seule façon de creuser ; en qiioi notre auteur i'ft aussi parfaitement bien imité.

3" €ar, quand il dit qu'on peut concevoir unt chose qui pense sans concevoir une chose qui pense, sans concevoir ni un esprit, nluneftme» ni un corps , il ne philosophe pas mieut que (hiC ce maçon quand il dit qu'un homme qui est et* périmenté dans l'architecture n'est pas pour cela plutôt architecte que maçon ou manœuvre, et que l'un se peut fort bien concevoir sans pas un des autres.

4** Comme aussi c'est une chose aussi peu rai* sonnable de dire qu'une chose qui pense existe sans qu'un esprit existe, que de dire qu'un homme versé dans l'architecture existe sans qu'un architecte existe, au moins quand on prend le nom d'esprit, ainsi que du consentement de tout le monde j'ai dit qu'il le falloit prendre. Et il y a aussi peu de répugnance qtl'Une chdse ^ul pense existe, sans qu'aucun corps existe, qu'il y en a qu'un homme versé dans l'architecture existe, sans qu'aucun maçon ou manœuvre existe.

5"* De même quand notre auteur dit qu'il ne suffit pas qu'une chose soit tine substance qui pense pour être tout-â-fait spirituelle et au*des« sus de la matière, laquelle seule il veut pouvoir être proprement appelée du nom d'esprit , mais qu'outre cela il est requis que , par un acte ré* fléchi sur sa pensée , elle pense qu'elle pense, ou qu'elle ait une connoissance intérieure de sa peu* sée, il se trompe en cela comme fait ce maçon, quand li dit qu'un homme expérimenté dans Tar-

SEPTIÈMES OBJECTIONS, etc.

chitectore doit, par un acte réBécbi, considérer qu'il en a Texpérience avant que de pouTOtr être ardiitecte : car bien qu*il n'y ait point d'arctiilecte qui n'ait souvent considéré, ou du moins ' qui n'ait pu souvent considérer qu'il savoit l'art de bâtir , c'est pourtant une chose manifeste que cette considération n'est point nécessaire pour ttre véritablement architecte; et une pareille considération ou réflexion est aussi peu requise , afin qu'une substance qui pense soit au-dessus de la matière. Car la première pensée, quelle qu'elle toit, par laquelle nous apercevons quelque chose, ne diffère pas davantage de la seconde par laquelle nous apercevons que nous l'avons déjà auparavant aperçue, que celle-ci diffère de la troitième par laquelle nous apercevons que nous avons déjà aperçu avoir aperçu auparavant cette chose : et l'on ne sauroit apporter la moindre raison pourquoi la seconde de ces pensées ne viendra pas d'un sujet corporel , si Ton accorde que la première en peut venir. Cest pourquoi notre auteur pèche en ceci bien plus dangereusement que ce maçon ; car en ôtant la véritable et très Intelligible différence qui est entre les choses corporelles et les incorporelles, à savoir que celles-ci pensent et que les autres ne pensent pas; et en substituant une autre en sa place, qui ne peut avoir le caractère d'une différence essentielle, à savoir que celles-ci considèrent qu'elles pensent et que les autres ne le considèrent point, il empécheautant qu'il peut qu'on nepuisseentendre la réelle distinction qui est entre l'âme et le corps.

G*» Il est encore moins excusable de favoriser le parti des bétes brutes, en leur accordant la pensée aussi bien qu'aux hommes, que l'est ce maçon de s'être voulu attribuer à soi et à ses semblables la connoissance de l'architecture aussi bien qu'aux architectes.

Et enfin il paroit bien que l'un et Tautre n ont point eu égard à ce qui étoit vrai ou même vraisemblable^ mais seulement à ce qui pouvoit être le plus propre pour décrier son adversaire, et le bire passer pour un homme de peu de sens auprès de ceux qui ne le connoîssoient point, et qui ne se mettroient pas beaucoup en peine de le connoître. Et pour cela celui qui a fait le rapport de foute cette histoire a fort bien remarqué, pour exprimer la furieuse envie et jalousie de ce maçon, qu'il avoit vanté comme un magnifique ap*

pareil la fosse qu'avoit fait creuser cet architecte , mais que pour le roc que l'on avoit découvert par son moyen, et pour la chapelle que l'on avoit bâtie dessus, il l'avoit négligée et méprisée comme une chose de peu d'importance , et que néanmoins, pour satisfaire à l'amitié qu'il lui portoit et à la bonne volonté qu'il avoit pour lui, il n'avoit pas laissé de lui rendre grâce et de le remercier, etc. ; comme aussi dans la conclusion il rintroduit avec ces belles acclamations en la bouche : « Enfin , s'il dit cela, combien y aura-* t-il de choses superflues! combien d'exorbitantes! quelle battologie ! combien de machines qui ne servent qu'à la pompe ou à nous décevoir ! » Et un peu après : « Vous craignez ici sans doute, et je vous le pardonne, pour votre art et manière de bâtir, laquelle vous chérissez, et que vous caressez et embrassez comme votre propre production , etc. , ne craignez pourtant point, je suis votre ami plus que vous ne pensez , etc. » Car tout cela représente si naïvement toute la maladie de ce maçon, que je doute qu'aucun poète eût pu la mieux dépeindre. Mais je m'étonne que notre auteur l'ait si bien imité en toutes choses, qu'il semble ne prendre pas garde à ce qu'il fait, et avoir oublié de se servir de cet acte réfléchi de la pensée, qu'il disoit tout à l'heure faire la différence de l'homme d'avec la bête. Car certainement il ne diroit pas qu'il y a un trop grand appareil de paroles dans mes écrits, 8*il considéroit que celui dont il s'est servi, je ne dirai pas pour impugner, car il n'apporte aucune raison pour le faire, mais pour aboyer ( qu'il me soit ici permis d'user de ce mot un peu rude, car je n'en sais point de plus propre pour exprimer la chose) après ce seul doute métaphysique dont j'ai parlé dans ma première Méditation, est beaucoup plus grand que celui dont je me suis servi pour le proposer. Ëtilseseroitbien empêché d'accuser mon discours de battologie, s'il avoit pris garde de quelle longue, superflue et inutile loquacité il s'est servi dans toute sa dissertation, à la fin dé laquelle il assure pourtant n'avoir pas voulu être long. Mais parce qu'en cet endroit-là même il dit qu'il est mon ami , pour le traiter aussi le plus amiablement qu'il m'est possible, de même que ce maçon fut conduit par ses amis clie2 le médecin, de même aussi j'aurai soin de le recommander à son supérieur.

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