PRÉFACE
tf MQrrbau Mtres» oo bi«a qol ont mainratM ipiDk» de li pblkMophie, à caoie que celle qu'on Inra eMeignée ne les a pas oontentés; el cela Défait croire qu*ll serait bon d'y ajouter une pr6« tee, qai leur déclarât quel est le sujet du livre, ^ desKio j'ai eu en l'écrivant, et quelle utilité 1*00 en peut tirer. Mais, encore que ce dAt être à Mi â faire cette préface, à cause que je dots sa- Toircei dioses-li mieux qu'aucun autre, je ne poil nteimoins rien obtenir de moi autre chose âBOD qae je mettrai Ici en abrégé les principaux poinis qoi me 8enri>lent y devoir être traités ; et je Itei votre discrétion d'en faire telle part au ftHk qne vous jugerex être à propos.
J'ioFoit voulu premièrement y expliquer ce que e*eii qoe philosophie, en commençant par les dMiieg JM plus valgaires, comme sont, que ce mot éifUimphiê signifie Tétude de h sagesse, el que pir k ssgesoe on n'entend pas seulement la pradcflodans les affaires, mais une parflilte cou' utetse» de toutes les choses que l'homme peut «voir, tant pour la conduite de sa vie que pour heosgenratlon de sa santé et l'invention de tous lotfU; etqu'afln qne cette connoissanoe soit telle S al Déoessaire qu'elle soit déduite des premières <ttMs; eo sorte qne, pour étudier à l'acquérir, ftqol ae nomme proprement philosopher, il faut QBBhsDcer par la recherche de ces premières WMs, e*eit4-dtre des principes ; et qne ces prin- ^ doivent avoir deux conditions, l'une, qu'ils aient II clairs et si évidents que Tesprlt humain Mpalan douter de leur vérité lorsqu'il s'applique >*K attention à les considérer; l'autre, que ce ^d'eox que dépende la oonnolssance des antres ^BM, en sorte qu'ils paissent être connus sans ck^mais non pas réciproquement elles sans eux; <t qu'après cela 11 but tftcher de déduire telleiMot de ces principes la connoissance des choses ^ es dépendent qu'il n'y ait rien en toute la Mite des déductions qu'on en fait qui ne soit très ^iiBitee. U n'y a véritablement que Bleu seul W soit parfaitement sage, c'est-à-dire qui ait ''^re connoissance de la vérité de toutes cho- ^1 mais on peut dire que les hommes ont plus ^Mïïs de sagesse à proportion qu'ils ont plus n moins de connoissance des vérités plus impor- ^- Et je crois qu'il n'y a rien en ced dont •**!« doctes ne demeurent d'accord.
'"aorois ensuite fait considérer l'utilité de cette Mnophie, et montré que, puisqu'elle s'étend à 1^ ce qae l'esprit humain peut savoir, on doit ^ qoe c'est elle seule qui nous distingue des Pt sauvages et barbares, et que chaque nation ^d'autant plus civilisée et polie que les hommes 'fUoaophent mieox; et ainsi que c'est le plus ^ Mm qai puisse être dans on EUrI que d'a«
voir de vrais pidlosophes Et outre cela que, pour chaque homme en particulier, il n'est pas seule» ment utile de vivre avec ceux qui s'appliquent à cette étude, mais qu'il est incomparablement meilleur de s'y appliquer soi-même ; comme sans doute il vaut beaucoup mieux se servir de ses propres yeux pour se conduire, et jouir par même moyen de la beauté des couleurs et de la lumière, que non pas de les avoir fermés et suivre la conduite d'un autre; mais ce dernier est encore meilleur que de les tenir fermés et n'avoir que soi pouf se conduire. Or c'est proprement avoir les yeux fermés, sans tftcher jamais de les ouvrir, que de vivre sans philosopher ; et le plaisir de voir toutes les choses que notre vue découvre n'est point comparable à la satisfaction que donne la connoissance de celles qu'on trouve par la philosophie i et enfin, cette étude est plus nécessaire pour ré-* gler nos mœurs et nous conduire en cette vie, que n'est l'usage de nos yeux pour guider nos pas. Les bêtes brutes, qui n'ont que leurs corps à conserver, s'occupent continuellement à chercher de quoi le nourrir; mais les hommes, dont la principale partie est l'esprit, devrolent employer leurs principaux soins à la recherche de la sagesse, qui en est la vraie nourriture; et je m'assure aussi qu'il y en a plusieurs qui n'y manqueroient pas, s'ils avolent espérance d'y réussir et qu'ils sussent combien ils en sont capables. H n'y a point d'âme tant soit peu noble qui demeure si fort attachée aux objets des sens qu'elle ne s'en détourne quelquefois pour souhaiter quelque autre plus grand bien, nonobstant qu'elle ignore souyent en quot il consiste. Ceux que la fortune favorise le plus, qui ont abondance de santé, d'honneurs, de richesses, ne sont pas plus exempts de ce désir que les antres ; au contraire, je me persuade que ce sont eux qui soupirent avec le plus d'ardeur après un autre bien, plus souverain que todsceux qu'ils possèdent. Or ce souverain bien, considéré par la raison naturelle sans la lumière de la foi, n'est autre chose que la connoissance de la vérité par ses premières causes, c'est-à-dire la sagesse, dont la philosophie est l'étude. Et parce que toutes ces choses sont entièrement vraies , elles ne seroieo t pas diificiles à persuader si elles étolent bien déduites. Mais d'autant qu'on est empêché de les croire à cause de l'expérience qui montre que ceux qui font profession d'être philosophes sont souvent moins sages et moins raisonnables que d'autres qui ne se sont jamais appliqués à cette étude, j'aurois ici sommairement expliqué en quoi consiste toute la science qu'on a maintenant, et quels sont les degrés de sagesse auxquels on est parvenu Le premier ne contient que des notions qui sont si claires d'elles-mêmes qu'on les peut acquérir sans
LES PRINCIPES DE LA, PHILOSOPHIE
méditatioB ; le second comprend tout ce qne Inexpérience des sens fait connoitre ; le troisième, ce que la conversation des autres hommes nous enseigne ; à quoi l'on peut ajouter, pour le quatrième, la lecture non de tous les liyres, mais particulièrement de ceux qui ont été écrits par des personnes capables de nous donner de bonnes instructions* car c'est une espèce de conversation que nous avons avec leurs auteurs. Et il me semble que toute la sagesse qu'on a coutume d'avoir n'est acquise que par ces quatre moyens ; car je ne mets point ici en rang la révélation divine, parce qu'elle ne nous conduit pas par degrés, mais nous élève tout d'un coup à une croyance infaillible.
Or il y a eu de tout temps de grands hommes qui ont tâché de trouver un cinquième degré poor parvenir à la sagesse, incomparablement plus haut et plus assuré que les quatre autres ; c'est de chercher les premières causes et les vrais principes dont on puisse déduire les raisons de tout ce qu'on est capable de savoir ; et ce sont particulièrement ceux qui ont travaillé à cela qu'on a nommés philosophes. Toutefois je ne sache point qu'il y en ait eu jusqu'à présent à qui ce dessein ait réussi. Les premiers et les principaux dont nous ayons les écrits sont Platon et Aristote, entre lesquels il n'y a eu autre diRérence sinon que le premier, sui- Tant les traces de son maître Socrate, a ingénument confessé qu'il n'avoit encore rien pu trouver de certain, et s'est contenté d'écrire les choses qui lui ont semblé être vraisemblables, imaginant à cet effet quelques principes par lesquels il tâchoit de rendre raison des autres choses ; au lieu qu' Aristote a eu moins de franchise; et bien qu'il eût été vingt ans son disciple et qu'il n'eût point d'autres principes que les siens, il a entièrement changé la façon de les débiter et les a proposés comme vrais et assurés, quoiqu'il n'y ait aucune apparence qu'il les ait jamais estimés tels. Or ces deux hommes avoient beaucoup d'esprit et beaucoup de la sagesse qui s'acquiert par les quatre moyens précédents, ce qui leur donnoit beaucoup d'autorité ; en sorte que ceux qui vinrent après eux s'arrêtèrent plus i suivre leurs opinions qu'à diercher quelque chose de meilleur ; et la principale dispute que leurs disciples eurent entre eux fut pour savoir si on devoit mettre toutes choses en doute, ou bien s'il y en avoit quelques-unes qui fussent certaines; ce qui les porta de part et d'autre à des erreurs extravagantes; car quelques-uns de ceux qui étoient pour le doute l'étendoient même jusques aux actions de la vie, en sorte qu'ils négligeoient d'user de prudence peur se conduire ; et ceux qui maintenoient la certitude, supposant qu'elle devoit dépendre des sens, se Soient en-
tièrement à eux, Jusque-là qa*on dit qu'EpIcure i osoit assurer, contre tous les raisonnements des a astronomes, que le soleil n'est pas plus grand qu'il w paroît. f
C'est un défaut qu'on peut remarquer en la s plupart des disputes, que la vérité étant moyenne 2 entre les deux opinions qu'on soutient, chacun j s'en éloigne d'autant plus qu'il a plus d'affection 1 àcontredire. Mais l'erreur de ceux qui pencfaoient ^\ trop du cdté du doute ne fut pas longtemps soi- s vie, et cdle des autres a été quelque peu corrigée, j en ce qu'on a reconnu que les sens nous trom- 1 pent en beaucoup de dioses. Toutefois je ne sache i point qu'on l'ait entièrement Atée en faisant voir 1 que la certitude n'est pas dans le sens, mais dans s l'entendement seul lorsqu'il a des perceptions évi- ^ dentés; et que, pendant qu'on n'a que les oon- , noissances qui s'acquièrent par les quatre premiers | degrés de sagesse, on ne doit pas douter des cheses . qui semblent vraies en ce qui regarde la conduite de vie , mais qu'on ne doit pas aussi les estimer si certaines qu'on ne puisse changer d'avis lorsqu'on y est obligé par l'évidence de quelque raison. ,
Faute d'avoir connu cette vérité, ou bien, s'il , y en a qui l'ont connue, faute de s'en être servis, la plupart de ceux de ces derniers siècles qui ont voulu être philosophes ont suivi aveuglément Aristote ; en sorte qu'ils ont souvent corrompu le sens de ses écrits, en lui attribuant diverses opinions qu'il ne reconnoltrolt pas être siennes s'il revenoit en ce monde; et ceux qui ne l'ont pas suivi, du nombre desquels ont été plusieurs des meilleurs esprits, n'ont pas laissé d'avoir été imbus de ses opinions en leur jeunesse, parce que ce sont les seules qu'on enseigne dans les éoK les, ce qui les a tellement préoccupés qu'ils n'ont pu parvenir à laconnoissance des vrais principes. Et bien que je les estime tous, et que je ne veuille pas me rendre odieux en les reprenant, je puis donner une preuve de mon dire, que je ne crois pas qu'aucun d'eux désavoue, qui est qu'ils ont tous supposé pour principe quelque chose quHls n'ont point parfaitement connue. Par exemple, je n'en sache aucun qui n'ait supposé la pesanteur dans les corps terrestres ; mais, encore que Texpérience nous montre bien clairemeot que les corpi qu'on nomme pesants descendent vers le centri de la terre, nous ne connoissons polot pour cek quelle est la nature de ce qu'on nomme pesanteur c'est-à-dire de la cause ou du principe qui les fai ainsi descendre, et nous le devons apprendr d'ailleurs. On peut dire le même du Tide et de atomes, comme aussi du chaud et du froid, d sec et de l'humide, et du sel, du soufre et du mei cure, et de toutes les choses semUablea, que quel ques-uns ont supposées pour leurs principes. C