‹ Œuvres philosophiques de Leibniz (volume 2)Chapitre 10 sur 101 · XIV ŒUVRES DE LEIBNIZ · texte numérisé non relu

XIV ŒUVRES DE LEIBNIZ

Pour bien comprendre la doctrine de Leibniz, il ne faut pas oublier (et c'est un point auquel on n'a pas assez fait attention) que Leibniz n'a jamais abandonné ni rejeté le mécanisme cartésien. ll a toujours affirmé que tout dans la nature doit s'expliquer mécaniquement ; qu'il ne faut jamais recourir, dans l'explication des phénomènes, à des causes occultes; il a méme poussé si loin cette disposition d'esprit qu'il s'est refusé à admettre l'attraction newtonienne comme suspecte, àses yeux, d'étre une qualité occulte. Mais si Leibniz admettait comme Descartes les applications du mécanisme, il se séparait de lui sur le principe; et il répétait sans cesse que si tout dans la nature est mécanique, géométrie, mathématique, les sourcesdu mécanismesont dans la métaphysique (1). Descartes expliquait tout géométriquement et mécaniquement, c'est-à-dire, comme l'avait fait autrefois Démocrite, par l'étendue, la figure etle mouvement; mais il ne remontait pas au delà, et il voyait dans l'étendue l'essence méme de la substance corporelle. Ce fut le trait de génie de Leibniz d'avoir vu que l'étendue ne suffisait pas à expliquer les phénomènes, et qu'elle avait besoin elle-même d'être expliquée. Nourri dans la philosophie scolastique et péripatéticienne, il était naturellement disposé par là à accorder plus

membre conservateur de la Bibliothèque. Il y demeura dix ans, toujours occupé de ses travaux. 1! contribua à fonder les Acla erudilorum, sorte de journal des savants (1682). Il fit de 1687 à 1691 un voyage de recherches en Allemagne et en Italie pour écrire l'histoire de la maison de Brunswick, à l'invitation du duc Ernest-Auguste, son protecteur. L'Académie de Berlin lui doit sa fondation (1700), et il en fut le premier président. Les quinze derniéres années de sa vie furent principalement consacrées à la philosophie. C'est daus cette période qu'il faut placer les Nouveaux Essais, la Théodicée, la Monadologie, et enfiu sa Correspondance avec Clarke, qui fut interrompue par sa mort, le 1$ novembre 1716. — Voir, pour de plus amples développements, la savante et complète biographie de M. Guhrauer ; 2 vol. in-12, Breslau, 1846.

(1) Lettre à Schulembourg :Dutens, t. Ill, p. 3321: « Recte cartesiani omnia phenomena specialia corporum per mecanismos contingere censent ; sed non satis perpexere, ipsos fontes mecanismi oriri ex alliore causa. » Lettre à Rémond de Montmort (Erdmann, Opera philosophica, p. 702) : « Quand je cherchai les derniéres raisons du mécanisme et des lois du mouvement, je fus surpris de voir qu'il était impossible de les trouver dans les matbématiques, e! qu'il fallait relourner à la métaphysique. — Voyez encore : De Natura ipsa, 3. — De Origine radicali, — Animadversiones in Cartesium (Guhrauer, p. 805, etc.

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