‹ Œuvres philosophiques de Leibniz (volume 2)Chapitre 11 sur 101 · INTRODUCTION XV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XV

de réalité à la substance corporelle; et ses réflexions personnelles le poussèrent bientôt plus avant dans cette voie.

Il est aussi digne de remarque, comme le dit M. Guhrauer dans sa Vie de Leibniz, que ce fut un problème théologique qui mit Leibniz sur la voie de la réforme de la notion de substance. Il s'agissait du probléme de la présence réelle et de la transsubstantiation. Ce probléme paraissait insoluble dans l'hypothèse cartésienne; car, si le corps consiste essentiellement dans l'étendue, il est contradictoire qu'un méme corps puisse se trouver dans plusieurs lieux à la fois. Leibniz, écrivant à Arnault en 1671, lui apprenait qu'il croyait avoir trouvé la solution de ce grand probléme, depuis qu'il avait découvert «que l'essence du corps ne consiste pas dans l'étendue, que méme la substance corporelle prise en soi n'est pas étendue, et n'est pas assujettie aux conditions de l'étendue, ce qui eût été évident, si l'on eüt découvert plus tôt en quoi consiste proprement la substance. »

Quoi qu'il en soit de ce point, voici lesdiverses considérations qui ont conduit Leibniz à admettre au delà du mécanisme corporel, des principes non mécaniques, et à réduire l'idée de corps à l'idée de substances actives indivisibles, enléléchies ou monades, ayant en elles-mêmes la raison innée de toutes leurs déterminations.

|* La première et principale raison que Leibniz invoqua contre Descartes, c'est que, « s'il n'y avait dans les corps que l'étendue et la situation des parties, deux corps en mouvement qui se rencontreraient et iraient toujours de compagnie après le concours, celui qui est en mouvement emporterait avec lui celui qui est en repos, sans recevoir aucune diminution de sa vitesse, et sans que la différence de grandeur entre les deux corps püt rien changer » ; or c'est ce qui est contraire à l'expérience. Un corps en mouvement qui en rencontre un autre en repos perd quelque chose de sa vitesse, et est modifié dans sa direction: ce qui n'aurait pas lieu si Je corps était purement passif. « Il faut done joindre à l'étendue quelques notions supérieures, savoir celles de la subs-

Page 1