INTRODUCTION XVII
extraire, elle suppose la substance : « Outre l'étendue, il faut avoir un sujet qui soit étendu, c'est-à-dire une substance à laquelle il appartienne d’être continuée. Car l'étendue ne sguilie qu'une répétition ou multiplication continuée de ce quies répandu, une pluralité, continuité ou coexistence des prties, et par conséquent elle ne suffit pas à expliquer la miure méme de la substance répandue ou répétée dont la notion est antérieure à celle de sa répétition (1). »
** Une autre raison donnée par Leibniz, c'est que la notion de substance implique nécessairement l'idée d'unité. Si l'on suppose deux pierres séparées l'une de l'autre par un grand intervalle, personne ne supposera qu'elles forment une méme substance ; si on les suppose jointes et soudées entre elles, cette juxtaposition changera-t-elle la nature des choses ? Non, sans doute ; il y aura toujours là deux pierres et non pas une seule, Si enfin on les suppose attachées l’une à l'autre par une force insurmontable, l'impossibilité de les séparer n'empêchera pas que l'esprit ne les distingue l'une de l’autre, et qu'elles ne restent deux, et non pas une. En un mot, tout composé n'est pas plus une seule substance qu'un tas de sable ou un sac de blé. Autant dire que les employés de la Compagnie des Indes forment une seule substance 121. On reconnaitra donc qu'un composé n'est jamais une substance, et que pour découvrir la substance vraie il faut parvenir jusqu'à l'unité, jusqu à l'indivisible. Affirmer qu'il
;] Extrait d'une lettre :Erdmann, XXVIII, p. 115;. — Examen des principes du P. Malebranche 'Erdmann, p. 692.
+ . Si les parties qui conspirent à un méme dessein sont plus propres à composer une substance que celles qui se touchent, tous les officiers de la Com pazuie des Indes feront une substance réelle bien mieux qu'un tas de pierres ; mais le dessein commun, qu'est-il autre chose qu'une ressemblance. ou bien un ordre d'actions et de passions que notre esprit remarque dans des choses dilerentes? Que si l'on veut préférer l'unité d'attouchement, on trouvera d'autres difficultés. Les corps fermes n'ont peut-être leurs parties unies que par la pression des corps environnants, et d'eux-mêmes et en leur substance. ils n'ont pas plus d'union qu'un monceau de sable. arena sine vale. Plusieurs anneaux entrelaces pour faire une chaine. pourquoi composeront-ils plutôt une substance véritable que s'ils avaient des ouvertures pour se pouvoir quitter l'un et l'autre... Fictions de l'esprit partout... : Lellres à .Arnaubl : — voi: not. e edition .
Pain JaxET — 705 | -^.
Xvul OEUYRES DE LEIBNIZ
n'y a point de pareilles unités, c'est dire que la matiére n'a point d'éléments, en d'autres termes qu'elle ne se compose pas de substances, en un mot qu'elle est un pur phénoméne, comme l'arc-en-ciel. Enfin, ou la matière n'a aucune réalité substantielle, ou il faut admettre qu'elle se réduit à des éléments simples et par conséquent inétendus, appelés monades.
9" Leibniz fait encore valoir un autre argument en faveur de sa théorie des monades : c'est que l'essence de toute substance est dans la force, et cela est vrai de l'àme en méme temps que du corps. On peut le démontrer à priori. N'est-il pas évident, en effet, qu'un étre n'existe véritablement qu'autant qu'il agit? Un étre absolument passif serait le pur néant et impliquerait contradiction : car, recevant tout du dehors, par hypothése, et n'ayant rien par soi-méme, il n'aurait aucune détermination, aucun attribut, et par conséquent serait un pur rien. Le simple fait d'exister suppose donc déjà une certaine force, une certaine énergie.
Leibniz pousse si loin cette pensée de l'activité des substances qu'il n'admet méme à aucun degré la passivité. Aucune substance, suivant lui, n'est passive à proprement parler ; la passion n'est autre chose dans une substance qu'une action considérée comme liée à une autre action d'une autre substance. Chaque substance n'agit qu'en soiméme et ne peut agir sur aucune autre. Les monades n'ont pas de fenétres pour rien recevoir du dehors. Elles ne subissent donc aucune action, et par conséquent ne sont jamais passives. Tout ce qui se passe en elles est un développement spontané de leur essence propre. Seulement, les états de chacune correspondent aux états de toutes les autres: lorsque l'on considére dans une monade l'un de ees états comme correspondant à tel autre état dans une autre monade, de telle sorte que celui-ci soit la condition de celui-là, on appelle le premier une passion, et le second une action. Il y a ainsi entre toutes les substances monades une Aarmonie préétablie, suivant laquelle chacune représente ou exprime,