‹ Œuvres philosophiques de Leibniz (volume 2)Chapitre 6 sur 101 · X OEUVRES DE LEIBNIZ · texte numérisé non relu

X OEUVRES DE LEIBNIZ

est propre, entièrement distincte de la matière. Quand un corps change d'état, il n'y a pas de changement dans les parties, il y a une forme chassée par une autre forme (1) ». Ainsi, lorsque l'eau devient glace, les péripatéticiens soutenaient qu'une forme nouvelle se substituait à la forme précédente, pour constituer un nouveau corps. Non seulement ils admettaient ainsi des entités premiéres ou formes substantielles pour expliquer la différence des substances; mais ils en admettaient aussi pour les moindres changements et pour toutes les qualités sensibles, qu'ils appelaient formes accidenlelles ; ainsi, la dureté, la chaleur, la luiniére, seraient des étres tout différents des corps dans lesquels ils se trouvent.

Pour éviter les difficultés inhérentes à cette théorie, les scolastiques avaient été amenés à établir des divisions à l'infini entre les formes substantielles. C'est ainsi que les jésuites de Coimbre en admettaient de trois espèces : 1» l'étre qui ne recoit point l'existence d'une cause supérieure, et n'est point recu dans un sujet inférieur, c'est-à-dire Dieu ; 2» les forces qui recoivent l'étre d'ailleurs sans étre ellesmêmes reçues dans la matière, c'est-à-dire les formes dégagées de toute concrétion corporelle ; 3» enfin, les formes dépendantes de toutes parts, qui tiennent l'etre d'une cause supérieure, et sont recues dans un sujet : tels sont les acci- “dents et formes substantielles déterminant la matière. D'autres scolastiques descendaient à des divisions encore plus minutieuses, et reconnaissaient six classes de formes substantielles : 1° celle de la matière premiere ou des éléments; 2% celles des composés inférieurs, à savoir, les pierres ; 3° celles des composés plus élevés, des drogues, par exemple ; 4 celles des êtres vivants, les plantes ; 5» celle des êtres sensibles, les animaux ; 6? enfin, au-dessus de toutes les autres, la forme substantielle raisonnable (rationalis), qui ressemble aux autres en tant que forme d'un corps, mais qui ne

(1) L. -P. Lagrange, /es Principes de la philosophie contre les nouveaux philosophes. — Voyez Bouillier, Histoire de la philosophie cartésienne, t. I. ch. xxvi.

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