‹ Œuvres philosophiques de Leibniz (volume 2)Chapitre 7 sur 101 · INTRODUCTION XI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XI

tient pas du corps son opération propre qui est la pensée. On croit peut-être que Molière, Nicole, Malebranche, et tous ceux qui. au xvir? siècle, se sont moqués des formes substantielles, ont calomnié le péripatétisme scolastique, et lui ont inputé de gratuites absurdités. Mais que l'on lise dans Toletus l'explication suivante de la production du feu : « La forme substantielle du feu, dit Toletus, est un principe actif, par lequel le feu. avec la chaleur pour instrument, produit le feu. » Cette réponse n'est-elle pas plus absurde encore que la virlus dormiliva ? L'auteur se fait une objection : « Mais le feu, dit-il, ne provient pas toujours du feu. » Pourquoi cela ? « Je réponds, dit l'auteur : il y a la plus grande difference entre les formes accidentelles et les formes substantielles ; car les formes accidentelles ont non seulement une répugnance, mais une répugnance déterminée, comme le blanc avec le noir ; tandis qu'entre les formes substantielles, il y a une certaine répugnance, mais non déterminée, parce que la forme substantielle répugne également à quoi que ce soit. De là, il suit que le blanc, forme accidentelle, ne résulte que du blanc et non du noir, mais que le feu peut résulter de toutes les formes substantielles capables de le produire dans l'air, dans l'eau, dans toute autre chose. » Non seulement la théorie des formes substantielles ou accidentelles conduisait à des non-sens de cette espèce, mais encore elle entrainait à des erreurs qui éloignaient de toute recherche éclairée des vraies causes. Par exemple, comme parmi les corps les uns tombent vers la terre, les autres s'élévent dans l'air, on disait que la forme substantielle des uns étaitla gravité, et la forme substantielle des autres la légéreté: on distinguait donc les corps graves etles corps légers, comme deux classes de corps ayant des propriétés essentiellement différentes; et, par là, on était détourné de chercher si ces phénomènes, divers en apparence, n'avaient pas une méme cause, et ne se ramenaient pas à la méme loi. C'est ainsi encore que, voyant l'eau s'élever dans un tube vide, au lieu de chercher à quel fait

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