‹ Œuvres philosophiques de Leibniz (volume 3)Chapitre 10 sur 67 · La première difficulté est, comment l'âme a pu être · texte numérisé non relu

La première difficulté est, comment l'âme a pu être

(1) Clément VIII ou Philippe Aldobrandini , élu pape en 1592, mort en'1605. P. J.

infectée du péché originel, qui est la racine des péchés actuels, sans qu'il y ait eu de l'injustice en Dieu à l'y exposer. Cette difficulté a fait naitre trois opinions sur l'origine de Tàme même : celle de la préexistence des âmes humaines dans un autre monde, ou dans une autre vie, où elles avaient péché, et avaient été condamnées pour cela à cette prison du corps humain; opinion des platoniciens qui est attribuée à Origène, et qui trouve encore aujourd'hui des sectateurs. Henri Morus, docteur anglais, a soutenu quelque chose de ce dogme dans un livre exprès. Quelques-uns de ceux qui soutiennent cette préexistence, sont allés jusqu'à la métempsycose. M. van Helmont. le fils, était de ce sentiment, et l'auteur ingénieux de quelques méditations métaphysiques publiées en 1678 sous le nom de Guillaume Wander(l), y parait avoir du penchant. La seconde opinion est celle de la traduction, comme si l'àme des enfants était engendrée [per traducem) de l'âme ou des âmes de ceux dont le corps est engendré. Saint Augustin y était porté pour mieux sauver le péché originel. Cette doctrine est enseignée aussi par la plus grande partie des théologiens de la confession d'Àusbourg. Cependant elle n'est pas établie entièrement parmi eux, puisque les universités de iéna, de Helstadt, et autres y ont été contraires depuis longtemps. La troisième opinion et la plus reçue aujourd'hui est celle de la création : elle est enseignée dans la plus grande partie des écoles chrétiennes, mais elle reçoit le plus de difficulté par rapport au péché originel.

87. Dans cette controverse des théologiens sur l'origine de l'âme humaine, est entrée la dispute philosophique de l'origine des formes. Aristote et l'école après lui ont appelé forme, ce qui est un principe de l'action, et se trouve dans celui qui agit. Ce principe interne est, ou substantiel, qui est appelé àme, quand il est dans un corps organique ; ou acei-

(1) Guillaume Wander. Nous n'avons pas pu retrouver le nom véritable de cet auteur. Barbier (Dict. des Anonymes et des Pseudonymes) n'en parle pas. Jocher le mentionne sous son nom supposé et ne nous en apprend rien. P. .T.

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dentel, qu'on a coutume d'appeler qualité. Le même philosophe a donné à l'âme le nom générique d'entéléchie ou d'acte. Ce mot, entéléchie, tire apparemment son origine du mot grec qui signifie parfait, et c'est pour cela que le célèbre Hermolaus Barbarus (4) l'exprima en latin mot à mot par perfectikabta, car l'acte est an accomplissement de la puissance : et il n'avait point besoin de consulter le diable, comme il a fait, à ce qu'on dit, pour n'apprendre que cela. Or le philosophe Stagirite conçoit qu'il y a deux espèces d'actes, l'acte permanent et l'acte successif. L'acte permanent ou durable n'est autre chose que la forme, substantielle ou accidentelle : la forme substantielle (comme l'âme par exemple) est permanente tout à fait, au moins selon moi, et l'accidentelle ne l'est que pour un tçmps. Mais l'acte entièrement passager dont la nature est transitoire, consiste dans l'action même. J'ai montré ailleurs que la notion de l'entéléchie n'est pas entièrement à mépriser, et qu'étant permanente, elle porte avec elle non-seulement une simple faculté active, mais aussi ce qu'on peut appeler force, effort, conatus, dont l'action même doit suivre, si rien ne l'empêche. La faculté n'est qu'un attribut, ou bien un mode quelquefois ; mais la force, quand elle n'est pas un ingrédient de la substance même (c'est-à-dire la force qui n'est point primitive, mais dérivative), est une qualité, qui est distincte et séparable de la substance. J'ai montre aussi comment on peut concevoir que l'àme est une force primitive, qui est modifiée et variée par les forces dérivatives ou qualités, et exercée dans les actions.

88. Or les philosophes se sont fort tourmentés au sujet de l'origine des formes substantielles. Car de dire que le composé de forme et de matière est produit, et que la forme n'est que comproduite, ce n'était rien dire. L'opinion commune a

(1) Hermolaus Barbarus ou Ermotoo Barbaro, savant illustre du xvi* siècle, né à Venise en 1454, mort à Rome en 1493. On a de lui les livres suivants : Comperidium Ethicorum librorum (in-8°, Venise, 1544) ; — Compendium scientiw naluralis iv Aristolele (in-8°, Venise, 1545); — Themistii paraphrasis in Aristolelis posleriora analylica latine versa (Paris, 1511).

été, que les formes étaient tirées de la puissance de la matière, ce qu'on appelle éduction : ce n'était encore rien dire en effet, mais on l'éclaircissait en quelque façon par la comparaison des figures ; car celle d'une statue n'est produite qu'en étant le marbre superflu. Celte comparaison pourrait avoir lieu, si la forme consistait dans une simple limitation comme la figure. Quelques-uns ont cru que les formes étaient envoyées du ciel, et même créées après, lorsque les corps sont produits. Jules Scaliger a insinué qu'il ?e pouvait que les formes fussent plutôt tirées de la puissance active de la cause efficiente (c'est-à-dire, ou de celle de Dieu en cas de création, ou de celle des autres formes en cas de génération), que de la puissance passive de la matière ; et c'était revenir à la traduction, lorsqu'une génération se fait. Daniel Senncrt, médecin et physicien à Wittemberg, a cultivé ce sentiment, surtout par rapport aux corps animés, qui sont multipliés par les semences. Un certain Jules César délia Galla, Italien, demeurant aux Pays-Bas, et un médecin de Groningue nommé Jean Freitag(l), ont écrit contre lui d'une manière fort violente ; et Jean Sperling (2), professeur à Wittemberg, a fait l'apologie de son maître, et a été enfin aux prises avec Jean Zeisold (3), professeur à Iéna, qui défendait la création de l'âme humaine.

89. Mais la traduction et réduction sont également inexplicables, lorsqu'il s'agit de trouver l'origine de l'âme. Il n'en est pas de même des formes accidentelles, puisque ce ne sont

(J) Freitag (Jean), médecin, né à Niederwesel, dans le grand-duché de Clèves en 1581, mort en 1641, a écrit un traité De Formarum origine.

(2) Sperling (Jean), né à Leuchfeld en Thuringe, eu 1603, mort en 1658, recteur de l'Université de Wurtemberg, a écrit De Origine formarum ; — De Morbis totius substantiœ pro D. Sennerto contra Joan. Freilagium ; — Defensionem tr. De Origine formarum pro D. Sennerto contra /. Freilagium ; — De Calido innato pro D. Sennerto contra J. Freilagium. P. J.

(3/ Zeisold, né près d'Altenbourg en 1599, fut professeur de physique à Iéna, mourut en 1607, a écrit : Disserl. de animx humanx propagatione; —Anthropologiam physicam; — Responsionem ad Zo. Sperlingii programma 1650 aditum; — De Creatione animx rationalisa etc. P. J4

que des modifications de la substance, et leur origine se peut expliquer par réduction, c'est-à-dire par la variation des limitations, tout comme l'origine des figures. Mais c'est tout autre chose, quand il s'agit del'origine d'une substance, dont le commencement et la destruction sont également difficiles à expliquer. Sennert et Sperling n'ont point osé admettre la substance et l'indestructibilité des âmes des bêtes oud'autres formes primitives, quoiqu'ils les reconnussent pour indivisibles et immatérielles. Mais c'est qu'ils confondaient Tindestructibilité avec l'immortalité, par laquelle on entend dans l'homme, non-seulement que l'âme, mais encore la personnalité subsiste : c'est-à-dire, en disant que l'âme de l'homme est immortelle, on fait subsister ce qui fait que c'est la même personne, laquelle garde ses qualités morales, en conservant la conscience ou le sentimeht réflexif interne de ce qu'elle est : ce qui la rend capable de châtiment et de récompense. Mais cette conservation de la personnalité n'a point lieu dans l'âme des bêtes : c'est pourquoi j'aime mieux dire qu'elles sont impérissables, que de les appeler immortelles. Cependant ce malentendu paraît avoir été cause d'une grande inconséquence dans la doctrine des thomistes, et d'autres bons philosophes, qui ont reconnu l'immatérialité ou l'indivisibilité de toutes les âmes, sans en vouloir avouer l'indestructibilité, au grand préjudice de l'immortalité de l'âme humaine. Jean Scot (1), c'est-à-dire l'Écossais (ce qui signifiait autrefois l'Hibernais ou l'Erigène), auteur célèbre du temps de Louis le Débonnaire et de ses fils, était pour la conservation de toutes les âmes ; et je ne vois point pourquoi il y aurait moins d'inconvénient à faire durer les atomes d'JÉpicure (2) ou de Gas-

(1) Scot (Jean), appelé aussi Scot Erigène, philosophe illustre du ix« siècle, tout imprégné des idées alexandrines, vécut en France sous Charles le Chauve. Son principal ouvrage est le iTepi cpuaio; p.o?tap.cv (De Divisione naturœ), publié à OxforJ en 1681 par Th. Gaie, in-fol. — M. Schister en a donné en Allemagne une nouvelle édition. P. J.

(Vj Épicure, philosophe illustre de l'antiquité, né à Athènes en 341, mort en 270. — La plupart de ses ouvrages sont perdus; on en a retrouvé quelques fragments dans les fouilles d'Herculanum {HercuUtnensium volumi-

sendi, que de faire subsister toutes les substances véritablement simples et indivisibles, qui sont les seuls et vrais atomes de la nature. Et Pylhagore avait raison de dire en général chez Ovide :

Morte carent animas.

90. Or, comme j'aime des maximes qui se soutiennent et où il y a le moins d'exceptions qu'il est possible, voici ce qui m'a paru le plus raisonnable en tout sens sur cette importante question. Je tiens que les âmes, et généralement les substances simples, ne sauraient commencer que par la création, ni finir que par l'annihilation : et comme la formation des corps organiques animés ne paraît explicable dans l'ordre de la nature que lorsqu'on suppose une préformation déjà organique, j'en ai inféré que ce que nous appelons génération d'un animal, n'est qu'une transformation et augmentation : ainsi, puisque le même corps était déjà animé, et qu'il avait la même âme, de même je juge vice versa de la conservation de l'âme, lorsqu'elle est créée une fois, l'animal est conservé aussi, et que la mort apparente n'est qu'un enveloppement ; n'y ayant point d'apparence que dans l'ordre de la nature il y ait des âmes entièrement séparées de tout corps, ni que ce qui ne commence point naturellement, puisse cesser par les forces de la nature.

91. Après avoir établi un si bel ordre, et des règles si générales à l'égard des animaux, il ne paraît pas raisonnable que l'homme en soit exclu entièrement, et que tout se fasse en lui par miracle par rapport à son âme. Aussi ai-je fait remarquer plus d'une fois, qu'il est de la sagesse de Dieu que tout soit harmonique dans ses ouvrages, et que la nature soit parallèle à la grâce. Ainsi, je croirais que les âmes qui seront un jour âmes humaines, comme celles des autres

num qxix supersunt, t. II, Nap. 1809; t. X, Nap. 1850). — On consultera surtout, sur Épicure : Gassendi, Ite Vitâ, inoribus et doctrind Epicuri (in-4°, Lyon 1667), et Syntagma philosophie Epicuri (in-4°, La Haye, 1655).

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espèces, ont été dans les semences, et dans les ancêtres jusqu'à Adam, et ont existé par conséquent depuis le commencement des choses, toujours dans une manière de corps organisé : en quoi il semble que M. Swammerdam, le R. P. Malebranche (1), M. Bayle, M. Pitcarne (2), M. Hartsoeker (3), et quantité d'autres personnes très-habiles, soient de mon sentiment. Et cette doctrine est assez confirmée par les observations microscopiques de M. Leeuwenhoek, et d'au- Ixcs bons observateurs. Mais il me paraît encore convenable pour plusieurs raisons, qu'elles n'existaient alors qu'en âmes sensitives ou animales, douées de perception et de sentiment, et destituées de raison; et qu'elles sont demeurées dans cet état jusqu'au temps de la génération de l'homme à qui elles devaient appartenir, mais qu'alors elles ont reçu la raison ; soit qu'il y ait un moyen naturel d'élever une âme sensitive au degré d'âme raisonnable (ce que j'ai de la peine à concevoir), soit que Dieu ait donné la raison à cette âme par une opération particulière, ou (si vous voulez) par une espèce de transcréation. Ce qui est d'autant plus aisé à admettre, que la révélation enseigne beaucoup d'autres opérations immédiates de Dieu sur nos âmes. Cette explication paraît lever les embarras qui se présentent ici en philosophie ou en théolo-

(1) Malebranche (Nicolas), philosophe illustre du xviie siècle, ne" à Paris en 1638, mort en 1715. Il était oratorien, s'attacha à la philosophie de Descartes, mais fut lui-môme l'auteur d'une philosophie originale. Ses ouvrages sont: La Recherche de la vérité (in-12, Paris, 1674); — Conversations métaphysiques et chrétiennes (in- 12, Paris, 1677); — Traité de la nature et de la grâce (Amst., in-12, 1683) ; — Méditations métaphysiques et chrétiennes (in-12, Col. 1683) ; — Traité de morale (in-12, 1684) ; — Entretiens sur la métaphysique (in-12, 1688). P. J.

(2) Pitcarne (Archibald), médecin écossais, professeur à Leyde en 1692, a écrit des Opuscula medica. P. J.

(3) Harlsoeker, mathématicien hollandais, né en Hollande en 1656, fut nommé membre de l'Académie des sciences en 1699, mort en 1725. Ses nombreux ouvrages sont consacrés à des questions do mathématique et de physique, et nous ne savons dans lequel il aurait pu traiter la question dont parle ici Leibniz, à moins que ce ne soit dans sa Lettre sur les serres, qui recroissent aux icrevisses quand on les a rompues (Biblioth. ancienne et moderne). P. J.

gie ; puisque la difficulté de l'origine des formes cesse entièrement ; et puisqu'il est bien plus convenable à la justice divine de donner à l'âme, déjà corrompue physiquement ou aoimalement par le péché d'Adam, une nouvelle perfection qui est la raison, que de mettre une âme raisonnable par création ou autrement, dans un corps où elle doive être corrompue moralement.

92. Or l'âme étant une fois sous la domination du péché, et prête à en commettre actuellement, aussitôt que l'homme sera en état d'exercer la raison ; c'est une nouvelle question, si cette disposition d'un homme qui n'a pas été régénéré par le baptême, suffit pour le damner, quand même il ne viendrait jamais au péché actuel, comme il peut arriver, et arrive souvent, soit qu'il meure avant l'âge de raison, soit qu'il devienne hébété avant que d'en faire usage. On soutient que saint Grégoire de Naziance (4) le nie (Orat. de Baptismo) : mais saint Augustin est pour l'affirmative, et prétend que le seul péché originel suffit pour faire mériter les flammes de l'enfer ; quoique ce sentiment soit bien dur, pour ne rien dire de plus. Quand je parle ici de la damnation et de l'enfer, j'entends des douleurs, et non pas une simple privation de la félicité suprême ; j'entends pœnam sensus, non damni. Grégoire de Rimini, général des Augustins, avec peu d'autres, a suivi saint Augustin contre l'opinion reçue des écoles de >on temps, et pour cela il était appelé le bourreau des enfants, tortor infantum. Les scolastiques, au lieu de les envoyer dans les flammes de l'enfer, leur ont assigné un limbe exprès, où ils ne souffrent point, et ne sont punis que par la privation de la vision béatifique. Les révélations de sainte Bri-

(1) Saint Grégoire (de Naziance), l'un des plus illustres pères de l'Église irrecque, né à Aziance, près de Naziance en Gappadoce en 328, fut évôqne îe Gonstantinople, et mourut vers- 389. — On a de lui un grand nombre de fermons, de Lettres et de Poésies, et des Discours contre l'empereur Julien. - Ses œuvres complètes ont été publiées à Bàle en 1550. Les Bénédictins (le Saint-Maur en ont commencé une édition grecque-latine dont le premier volume seulement a paru. P. J*

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gitte(l) (comme on les appelle), fort estimées à Rome, sont aussi pour ce dogme. Salmeron(2) et Molina, après Ambroise Catharin (3) et autres, leur accordent une certaine béatitude naturelle ; et le cardinal Sfondrate, homme de savoir et de piété, qui l'approuve, est allé dernièrement jusqu'à préférer en quelque façon leur état, qui est l'état d'une heureuse innocence, à celui d'un pécheur sauvé ; comme l'on voit dan* son Nodus prœdestijiationis solutus : mais il paraît que c'es' un peu trop. 11 est vrai qu'une âme éclairée comme il faut n«* voudrait point pécher, quand elle pourrait obtenir par eo moyen tous les plaisirs imaginables : mais le cas de choisir entre le péché et la véritable béatitude, est un cas chimérique, et il vaut mieux obtenir la béatitude (quoiqu'après In pénitence) que d'en être privé pour toujours.

93. Beaucoup de prélats et de théologiens de France qui sont bien aises de s'éloigner de Molina, et de s'attacher a saint Augustin, semblent pencher vers l'opinion de ce grand docteur, qui condamne aux flammes éternelles les enfant morts dans l'âge d'innocence avant que d'avoir reçu le baptême. C'est ce qui parait par la lettre citée ci-dessus, que cinq insignes prélats de France écrivirent au pape Innocent XII, contre ce livre posthume du cardinal Sfondrat ; mais dans laquelle ils n'osèrent condamner la doctrine de la peine purement privative des enfants morts sans baptême, la voyant approuvée par le vénérable Thomas d'Aquin, et par

(1) Sainte Brigitte, née en Suède, de famille royale, en 1302, morte àRorar au retour d'un pèlerinage en terre sainte en 1373. — Ses Révélations, par le moiue Pierre, prieur d'Alvactre, et par Mathias, chanoine de Linkopintr. ont été vivement attaquées par Gerson. — Le cardinal Turre-Crcmata les !U approuver par le concile de Baie. Elles furent imprimées à Rome en W. et 1488 et traduites en français en 1536. P. J.

(2) Salmeron, né en 1516, jésuite de Tolèdo, l'un des premiers compagnons d'Ignace de Loyola, assista au concile de Trente, et mourut ( r: 1585. Ses écrits ont été publiés en seize volumes. P. J.

(3) Catharin, d'abord jurisconsulte sous le nom de Lancelot Politus, pui théologien, est né à Sienne en 1487, mort à Rome eu 1553. Il passe pou un théologien indépendant et assez hardi dans ses opinions. Son Traité d> la grâce avoisine le luthéranisme. P. J.

d'autres grands hommes. Je ne parle point de ceux qu'on appelle d'un côté jansénistes, et de l'autre côté disciples de saint Augustin, car ils se déclarent entièrement et fortement pour le sentiment de ce Père. Mais il faut avouer que ce sentiment n'a point de fondement suffisant ni dans la raison, ni dans l'Écriture, et qu'il est d'une dureté des plus choquantes. M. Nicole l'excuse assez mal dans son livre de r Unité de C Église opposé à M. Jurieu, quoique M. Bayle prenne son parti, chap. clxxvih de la Réponse aux questions du Provincial, tom. III. M. Nicole se sert de ce prétexte, qu'il y a encore d'autres dogmes dans la religion chrétienne qui paraissent durs. Mais outre que ce n'est pas une conséquence qu'il doit être permis de multiplier ces duretés sans preuve, il faut considérer que les autres dogmes que M. Nicole allègue, qui sont le péché originel et l'éternité des peines, ne sont durs et injustes qu'en apparence ; au lieu que la damnation des enfants morts sans péché actuel et sans régénération le serait véritablement, et que ce serait damner en effet des innocents. Et cela me fait croire que le parti qui soutient cette opinion, n'aura jamais entièrement le dessus dans l'Église romaine même. Les théologiens évangéliques ont coutume de parler avec assez de modération sur ce sujet, et d'abandonner ces âmes au jugement et à la clémence de leur créateur. Et nous ne savons pas toutes les voies extraordinaires, dont Dieu se peut servir pour éclairer les âmes.

94. L'on peut dire que ceux qui damnent pour le seul péché originel, et qui damnent par conséquent les enfants morts sans baptême, ou hors de l'alliance, tombent sans y penser dans un certain usage de la disposition de l'homme et de la prescience de Dieu, qu'ils désapprouvent en d'autres : ils ne veulent pas que Dieu refuse ses grâces à ceux qu'il prévoit y devoir résister, ni que cette prévision et cette disposition soit cause de la damnation de ces personnes ; et cependant ils prétendent que la disposition qui fait le péché originel, et dans laquelle Dieu prévoit que l'enfant péchera aussitôt qu'il sera en âge de raison, suffise pour damner cet enfant par avance. Ceux qui soutiennent l'un et rejettent

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l'autre, ne gardent pas assez d'uniformité et de liaison dans leurs dogmes.

95. Il n'y a guère moins de difficulté sur ceux qui parviennent à l'âge de discrétion, et se plongent dans le péché, en suivant l'inclination de la nature corrompue, s'ils ne reçoivent point le secours de la grâce nécessaire pour s'arrêter sur le penchant du précipice, ou pour se tirer de l'abîme où ils sont tombés. Car il paraît dur de les damner éternellement , pour avoir fait ce qu'ils n'avaient point le pouvoir de s'empêcher de faire. Ceux qui damnent jusqu'aux enfants incapables de discrétion, se soucient encore moins des adultes , et l'on dirait qu'ils se sont endurcis à force de penser voir souffrir les gens. Mais il n'en est pas de même des autres, et je serais assez pour ceux qui accordent à tous les hommes une grâce suffisante à les tirer du mal, pourvu qu'ils aient assez de disposition pour profiter de ce secours, et pour ne le point rejeter volontairement. L'on objecte qu'il y a eu , et qu'il y a encore une infinité d'hommes parmi les peuples civilisés et parmi les barbares, qui n'ont jamais eu cette connaissance de Dieu et de Jésus- Christ, dont on a besoin pour être sauvé par les voies ordinaires. Mais sans les excuser par la prétention d'un péché purement philosophique, et sans s'arrêter à une simple peine de privation, choses qu'il n'y a pas lieu de discuter ici; on peut douter du fait : car que savons-nous, s'ils ne reçoivent point de secours ordinaires ou extraordinaires qui nous sont inconnus? Cette maxime, Quod facienti quod in se est, non denegatur gratia necessaria, me paraît d'une vérité éternelle. Thomas d'Aquin, l'archevêque Bradwardin et d'autres, ont insinué qu'il se passait là dedans quelque chose que nous ne savons pas (Thom. quaest. 14, De Veritate, art. H ad i et alibi. Bradwardin, De causa Dei> non procul ab initio). Et plusieurs théologiens fort autorisés dans l'Église romaine même, ont enseigné qu'un acte sincère de l'amour de Dieu sur toutes choses suffit pour le salut, lorsque la grâce do Jésus-Christ le fait exciter. Le Père François-Xavier (1) ré-

(1) Xavier (saint François), côlôbre missionnaire, l'un dos premiers dis-

pondit aux Japonais, que si leurs ancêtres avaient bien usé de leurs lumières naturelles, Dieu leur aurait donné les grâces nécessaires pour être sauvés; et Tévéquode Genève, François de Sales (1), approuve fort cette réponse. (Liv. IV, De T Amour de Dieu, chap. v.)

96. C'est ce que j'ai remontré autrefois à l'excellent H. Pélisson, pour lui faire voir que l'Église romaine allant plus loin que les protestants, ne damne point absolument ceux qui sont hors de sa communion, et même hors du christianisme, en ne les mesurant que par la foi explicite: et il ne Ta point réfuté à proprement parler dans la réponse très-obligeante qu'il m'a faite, et qu'il a mise dans la quatrième partie de ses Réflexions, à laquelle il m'a fait l'honneur de joindre mon écrit. Je lui donnai alors à considérer ce qu'un célèbre théologien portugais, nommé Jacques Payva Àndradius, envoyé au concile de Trente, en a écrit contre Ghemnice pendant ce même concile. Et maintenant, sans alléguer beaucoup d'autres auteurs, je me contenterai de nommer le Père Frédéric Spee, jésuite, un des plus excellents hommes de sa société, qui a aussi été de ce sentiment commun de l'efficace de l'amour de Dieu, comme il paraît par la préface du beau livre qu'il a fait en allemand sur les vertus chrétiennes. II parle de cette observation comme d'un secret de piété fort important, et s'étend fort distinctement sur la force de l'amour divin d'effacer le péché sans même l'intervention des sacrements de l'Église catholique, pourvu qu'on ne les méprise pas , ce qui ne serait point compatible aveo cet amour. Et un très-grand personnage, dont le caractère était un des plus relevés qu'on puisse avoir dans l'Église romaine, m'en donna la première connaissance. LePèreSpcc

ciples d'Ignace de Loyola, né en Navarre en 1500, fut surnommé l'Apôtre des Indes, mourut en 1552. On a de lui : Cinq livres d'Épilrcs (Paris, 1631, in-8°) ; — Un Catéchisme ; — Des Opuscules. P. J.

(1) De Sales (saint François), évoque de Genève, né au château do Sales en Savoie en 1567, mort à Lyon en 1622. — On a de lui : Introduction à la vie dévole (1608, in-8')- — Traité de ï amour de Dùu (Lyon, 1616, in-8°j; — Entretiens spirituels, etc. Oô29, in-8°.) P. J.

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était d'une famille noble de Westphalie (pour le dire en passant), et il est mort en odeur de sainteté, suivant le témoignage de celui qui a publié ce livre à Cologne avec l'approbation des supérieurs.

97. La mémoire de cet excellent homme doit encore être précieuse aux personnes de savoir et de bon sens, parce qu'il est l'auteur du livre intitulé : Caatio criminalis circa processus contra sagas, qui a fait beaucoup de bruit, et qui a été traduit en plusieurs langues. J'ai appris du grand éleo teur de Mayence, Jean-Philippe de Schonborn, oncle de S. A. E. d'à présent, laquelle marche glorieusement sur les traces de ce digne prédécesseur, que ce Père s'étant trouvé en Franconie, lorsqu'on y faisait rage pour brûler des sorciers prétendus, et en ayant accompagné plusieurs jusqu'au bûcher, qu'il avait reconnus tous innocents par les confessions et par les recherches qu'il en avait faites , en fut si touché, que malgré le danger qu'il y avait alors de dire la vérité, il se résolut à composer cet ouvrage (sans s'y nommer pourtant ) qui a fait un grand fruit, et qui a converti sur ce chapitre cet électeur, encore simple chanoine alors, et depuis évêque de Wurzbourg, et enfin aussi archevêque de Mayence; lequel fit cesser ces brûleries aussitôt qu'il parvint à la régence. En quoi il a été suivi par les ducs de Brunswick, et enfin par la plupart des autres princes et États d'Allemagne.

98. Cette digression m'a paru de saison, parce que cet auteur mérite d'être plus connu, et je reviens au sujet, où j'ajouterai qu'en supposant qu'aujourd'hui une connaissance de Jésus-Christ selon la chair est nécessaire au salut, comme en effet c'est le plus sûr de l'enseigner, l'on pourra dire que Dieu la donnera à tous ceux qui font ce qui dépend humainement d'eux , quand môme il faudrait le faire par miracle. Aussi ne pouvons-nous savoir ce qui se passe dans les âmes à l'article de la mort : et si plusieurs théologiens savants et graves soutiennent que les enfants reçoivent une espèce de foi dans le baptême, quoiqu'ils ne s'en souviennent point depuis, quand on les interroge là-dessus; pour-

quoi prétendrait-on que rien de semblable, ou même de plus exprès, ne se pût faire dans les mourants, que nous ne pouvons pas interroger après leur mort? De sorte qu'il y a une infinité de chemins ouverts à Dieu, qui lui donnent moyen de satisfaire à sa bonté : et tout ce qu'on peut objecter, c'est que nous ne savons pas de quelle voie il se sert; ce qui n'est rien moins qu'une objection valable.

99. Venons à ceux qui ne manquent pas du pouvoir de se corriger, mais de bonne intention : ils sont inexcusables sans doute; mais il y reste toujours une grande difficulté par rapport à Dieu , puisqu'il dépendait de lui de leur donner cette bonne volonté même. Il est le maître des volontés, les cœurs des rois et ceux des autres hommes sont dans sa main. La sainte Écriture va jusqu'à dire qu'il endurcit quelquefois les méchants, pour montrer sa puissance en les punissant. Cet endurcissement ne doit pas être entendu, comme si Dieu y imprimait extraordinairement une espèce d'antigràce, c'est-à-dire une répugnance au bien, ou même une inclination au'mal, comme la grâce qu'il donne est une inclination au^bien : mais c'est que Dieu ayant considéré la suite des choses qu'il a établies, a trouvé à propos pour des raisons supérieures, de permettre que Pharaon, par exemple, fut dans des circonstances qui augmentassent sa méchanceté; et que la divine Sagesse a voulu tirer un bien de ce mal.

400. Ainsi le tout revient souvent aux circonstances, qui font une partie de l'enchaînement des choses. Il y a une infinité d'exemples des petites circonstances qui servent à convertir ou à pervertir. Rien n'est plus connu que le toile, lege (prends et lis) que saint Augustin entendit crier dans une maison voisine, lorsqu'il délibérait sur le parti qu'il devait prendre parmi les chrétiens divisés en sectes, et se disant :

Quod vite sectabor iter !

ce qui le porta à ouvrir au hasard les livres des divines Écritures qu'il avait devant lui, et d'y lire ce qui tomba sous

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ses yeux ; et ce fiirent des paroles qui achevèrent de le déterminer à quitter le manichéisme. Le bon M. Stenonis Danois, évêque titulaire de Titianopolis, et vicaire apostolique (comme on parle) à Hanover, et aux environs, lorsqu'il y avait un duc régent de sa religion, nous disait qu'il lui était arrivé quelque chose de semblable. II était grand anatomiste, et fort versé dans la connaissance de la nature; mais il en abandonna malheureusement la recherche, et d'un grand physicien il devint un théologien médiocre. Il ne voulait presque plus entendre parler des merveilles de la nature, et il aurait fallu un commandement exprès du pape In virtute sanctœ obedientiœ, pour tirer de lui les observations que M. Thévenot lui demandait. Il nous racontait donc que ce qui avait contribué beaucoup à le déterminer à se mettre dans le parti de l'Église romaine , avait été la voix d'une dame à Florence, qui lui avait crié d'une fenêtre : N'allez pas du côté où vous voulez aller, Monsieur, allez de l'autre côté. Cette voix me frappa, nous dit -il, parce que j'étais en méditation alors Sur la religion. Cette dame savait qu'il cherchait un homme dans la maison où elle était, et le voyant prendre un chemin pour l'autre, lui voulait enseigner la chambre de son ami.

101 . Le Père Jean Davidius (1), jésuite, a fait un livre intitulé : Veridicus Christianus, qui est comme une espèce de bibliomance, où Ton prend les passages à l'aventure, à l'exemple du Toile, lege, de, saint Augustin, et c'est comme un jeu de dévotion. Mais les hasards où nous nous trouvons malgré nous, ne contribuent que trop à ce qui donne ou ôte le salut aux hommes. Figurons-nous deux enfants jumeaux polonais, l'un pris par les Tartares, vendu aux Turcs, porté à l'apostasie, plongé dans l'impiété, mourant dans le désespoir ; l'autre sauvé par quelque hasard, tombé depuis

(t) Davidius (le P.), jésuite de Courtray, mort à Anvers en 1613. — Auteur d'un très-grand nombre d'ouvrages théologiques, de titres mystiques : Hercticum araneum ; — Horologium passionis.; —Fuga spirilualis ; — Alphabetum spirituaU ; — Viridarium rituum ; — Hortulus deliciarum animœ. P. J.

en bonnes mains pour être instruit comme il faut, pénétré des plus solides vérités de la religion, exercé dans les vertus qu'elle nous recommande, mourant avec tous les sentiments d'un bon chrétien : on plaindra le malheur du premier, qu'une petite circonstance peut-être a empêché de se sauver aussi bien que son frère ; et l'on s'étonnera que ce petit hasard ait dû décider de son sort par rapport à l'éternité.

102. Quelqu'un dira peut-être, que Dieu a prévu par la science moyenne que le premier aurait aussi été méchant et damné, s'il était demeuré en Pologne. Il y a peut-être des rencontres dans lesquelles quelque chose de tel a lieu. Mais dira-t-on donc que c'est une règle générale, et que pas un de ceux qui ont été damnés parmi les païens n'aurait été sauvé, s'il avait été parmi les chrétiens? Ne serait-ce. pas contredire à Notre-Seigneur, qui dit que Tyr et Sidon auraient mieux profité de ses prédications que Capernaûm, s'ils avaient eu le bonheur de les entendre?

103. Mais (Juand on accorderait même ici cet usage de la science moyenne, contre toutes les apparences ; elle suppose toujours que Dieu considère ce que l'homme ferait en telles ou telles circonstances, où il demeure toujours vrai que Dieu aurait pu le mettre dans d'autres plus salutaires, et lui donner des secours internes ou externes, capables de vaincre le plus grand fonds de malice, qui pourrait se trouver dans une âme. On me dira que Dieu n'y est point obligé, mais cela ne suffit pas; il faut ajouter que de plus grandes raisons l'empêchent de faire sentir toute sa bonté à tous.* Ainsi il faut qu'il y ait du choix, mais je ne pense point qu'on en doive chercher la raison absolument dans le bon ou dans le mauvais naturel des hommes : car si l'on suppose avec quelques-uns, que Dieu choisissant le plan qui produit le plus de bien, mais qui enveloppe le péché et la damnation, a été porté par sa sagesse à choisir les meilleurs naturels pour en faire des objets de sa grâce ; il semble que la grâce de Dieu ne sera point assez gratuite, et que l'homme se distinguera lui-même par une espèce de mérite inné ; ce qui

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parait éloigné des principes de saint Paul, et même de ceux de la souveraine raison.

104. Il est vrai qu'il y a des raisons du choix de Dieu, et il faut que la considération de l'objet, c'est-à-dire du naturel de l'homme, y entre ; mais il ne paraît point que ce choix puisse être assujetti à une règle que nous soyons capables de concevoir, et qui puisse flatter l'orgueil des hommes. Quelques théologiens célèbres croient que Dieu offre plus de grâces, ou d'une manière plus favorable, à ceux qu'il prévoit devoir moins résister, et qu'il abandonne les autres à leur opiniâtreté : il y a lieu de croire qu'il en est souvent ainsi, et cet expédient entre ceux qui font que l'homme se distingue lui-même par ce qu'il y a de favorable dans son naturel, s'éloigne le plus du pélagianisme. Cependant je n'oserais pas non plus en faire une règle universelle. Et afin que nous n'ayons point sujet de nous glorifier, il faut que nous ignorions les raisons du choix de Dieu : aussi sontr elles trop variées pour tomber sous notre connaissance, et il se peut que Dieu montre quelquefois la puissance de sa grâce en surmontant la plus opiniâtre résistance , afin que personne n'ait sujet de se désespérer, comme personne n'en doit avoir de se flatter. Et il semble que saint Paul a eu cette pensée , se proposant à cet égard en exemple : Dieu, dit-il, m'a fait miséricorde, pour donner un grand exemple de patience.

105. Peut-être que dans le fond tous les hommes sont également mauvais, et par conséquent hors d'état de se distinguer ^ux-mémes par leurs bonnes ou moins mauvaises qualités naturelles: mais ils ne sont point mauvais d'une manière semblable : car il y a une différence individuelle originaire entre les âmes , comme l'harmonie préétablie le montre. Les uns sont'plus ou moins portés vers un tel bien ou vers un tel mal, ou vers leur contraire, le tout selon leurs dispositions naturelles : mais le plan général de l'univers que Dieu a choisi pour des raisons supérieures, faisant que les hommes se trouvent dans de différentes circonstances, ceux qui en rencontrent de plus favorables à leur naturel,

deviendront plus aisément les moins méchants, les plus vertueux, les plus heureux ; mais toujours par l'assistance des impressions de la grâce interne que Dieu y joint. Il arrive même quelquefois encore dans le train de la vie humaine, qu'un naturel plus excellent réussit moins, faute de culture ou d'occasions. On peut dire que les hommes sont choisis et rangés non pas tant suivant leur excellence, que suivant la convenance qu'ils ont avec le plan de Dieu; comme il se peut qu'on emploie une pierre moins bonne dans un bâtiment ou dans un assortiment, parce qu'il se trouve que c'est celle qui remplit un certain vide.

106. Mais enfin toutes ces tentatives de raisons, où l'on n'a point besoin de se fixer entièrement sur de certaines hypothèses, ne servent qu'à faire concevoir qu'il y a mille moyens de justifier la conduite de Dieu ; et que tous les inconvénients que nous voyons, toutes les difficultés qu'on se peut faire, n'empêchent pas qu'on ne doive croire raisonnablement, quand on ne le saurait pas d'ailleurs démonstrativement, comme nous l'avons déjà montré , et comme il paraîtra davantage dans la suite, qu'il n'y a rien de si élevé que la sagesse de Dieu, rien de si juste que ses jugements, rien de si pur que sa sainteté, et rien de plus immense que sa bonté.

ESSAIS

SUR

LA BONTÉ DE DIEU, LA LIBERTÉ DE L'HOMME ET L'ORIGINE DU MAL

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