AVEC LA RAISON
1. Je commence par la question préliminaire de la conformité de la foi avec la raison, et de l'usage de la philosophie dans la théologie, parce qu'elle a beaucoup d'influence sur la matière principale que nous allons traiter, et parce que M. Bayle l'y fait entrer partout. Je suppose, que deux vérités ne sauraient se contredire ; que l'objet de la foi est la vérité que Dieu a révélée d'une manière extraordinaire, et que la raison est l'enchaînement des vérités, mais particulièrement (lorsqu'elle est comparée avec la foi) de celles oîi l'esprit humain peut atteindre naturellement, sans être aidé des lumières de la foi. Cette définition de la raison (c'est-à-dire de la droite et véritable raison) a surpris quelques personnes, accoutumées à déclamer contre la raison prise dans un sens vague. Us m'ont répondu qu'ils n'avaient jamais entendu qu'on lui eût donné cette signification : c'est qu'ils n'avaient jamais conféré avec des gens qui s'expliquaient distinctement sur ces matières. Ils m'ont avoué cependant qu'on ne pouvait point blâmer la raison, prise dans le sens que je lui donnais. C'est dans le même sens qu'on oppose quelquefois la raison à l'expérience. La raison consistant dans l'enchaînement des vérités, a droit de lier encore celles que l'expérience lui a fournies, pour en tirer des conclusions mixtes : mais la raison pure et nue, distinguée de l'expérience, n'a à faire qu'à des vérités indépendantes des sens. Et Ton peut comparer la foi avec l'expérience, puisque la foi (quant aux motifs qui lavé-
rifient) dépend de l'expérience de ceux qui ont vu les miracles, sur lesquels la révélation est fondée, et de la tradition digne de croyance, qui les a fait passer jusqu'à nous, soit par les Écritures,soit par le rapport de ceux qui les ont conservées : à peu près comme nous nous fondons sur l'expérience de ceux qui ont vu la Chine, et sur la crédibilité de leur rapport, lorsque nous ajoutons foi aux merveilles qu'on nous raconte de ce pays éloigné. Sauf à parler ailleurs du mouvement intérieur du Saint-Esprit, qui s'empare des âmes, et les persuade et les porte au bien, c'est-à-dire à la foi et à la charité, sans avoir toujours besoin de motifs.
2. Or les vérités de la raison sont de deux sortes. Les unes sont ce qu'on appelle les vérités éternelles, qui sont absolument nécessaires, en sorte que l'opposé implique contradiction; et telles sont les vérités, dont la nécessité est logique, métaphysique ou géométrique, qu'on ne saurait nier sans pouvoir être mené à des absurdités. Il y en a d'autres qu'on peut appeler positives, parce qu'elles sont les lois qu'il a plu à Dieu de donner à la nature, ou parce qu'elles en dépendent. Nous les apprenons, ou par l'expérience, c'est-à-dire à posteriori; ou par la raison, et à priori, c'est-à-dire par des considérations de la convenance qui les ont fait choisir. Cette <5onvenance a aussi ses règles et raisons; mais c'est le choix libre de Dieu, et non pas une nécessité géométrique, qui fait préférer le convenable, et le porte à l'existence. Ainsi on peut dire, que la nécessité physique est fondée sur la nécessité morale, c'est-à-dire sur le choix du sage, digne de sa sagesse; et que l'une aussi bien que l'autre doit être distinguée de la nécessité géométrique. Cette nécessité physique est ce qui fcit Tordre de la nature, et consiste dans les règles du mouvement, et dans quelques autres lois générales, qu'il a plu à Dieu de donner aux choses en leur donnant l'être. Il est donc vrai que ce n'est pas sans raison que Dieu les a données; car il ne choisit rien par caprice, et comme au sort, ou par une indifférence toute pure : mais les raisons générales du bien et de l'ordre, qui l'y ont porté, peuvent être vaincues dans quelques cas, par des raisons plus grandes d'un ordre supérieur» u. 3
34 THÉ0D1GÊE.
3* Gela fait voir que Dieu peut dispenser les créatures des lois qu'il leur a prescrites, et y produire ce que leur nature ne porte pas, en faisant un miracle; et lorsqu'elles sont élevées à des perfections et à des facultés plus nobles que celles où elles peuvent arriver par leur nature, les scholastiques appellent cette faculté une puissance obédient telle, c'est-à-dire, que la chose acquiert en obéissant au commandement de ce* lui qui peut donner ce qu'elle n'a pas : quoique ces scholastiques donnent ordinairement des exemples de cette puissance, que je tiens impossibles, comme lorsqu'ils prétendent que Dieu peut donner à la créature la faculté de créer. Il se peut qu'il y ait des miracles que Dieu fait par le ministère des anges, où les lois de la nature ne sont point violées, non plus que lorsque les hommes aident la nature par l'art, l'artifice des anges ne différant du nôtre que par le degré de perfection; cependant il demeure toujours vrai que les lois de la nature sont sujettes à la dispensation du législateur; au lieu que les vérités éternelles, comme celles de la géométrie, sont tout à fait indispensables, et la foi n'y saurait être contraire. C'est pourquoi il ne se peut faire qu'il y ait une objection invincible contre la vérité. Car si c'est une démonstration fondée sur des principes ou sur des faits incontestables , formée par un enchaînement des vérités éternelles, la conclusion est certaine et indispensable, et ce qui y est opposé doit être faux; autrement deux contradictoires pourraient être vraies en même temps. Que si l'objection n'est point démonstrative, elle ne peut former qu'un argument vraisemblable, qui n'a point de force contre la foi , puisqu'on convient que les mystères de la religion sont contraires aux apparences. Or M. Bayle déclare, dans sa réponse posthume à M. Le Clerc, qu'il ne prétend point qu'il y ait des démonstrations contre les vérités de la foi ; et par conséquent toutes ces difficultés invincibles, ces combats prétendus de la raison contre la foi s'évanouissent.
Hi motus animorum atque hœc discrimina tenta Pulveris exigui jactu compressa quiescunt.
4. Les théologiens protestants , aussi bien que ceux du parti de Rome, conviennent des maximes que je viens de poser, lorsqu'ils traitent la matière avec soin ; et tout ce qu'on dit contre la raison, ne porte coup que contre une prétendue raison, corrompue et abusée par de fausses apparences. Il en est de même des notions de la justice et de la bonté de Dieu. On en parle quelquefois, comme si nous n'en avions aucune idée ni aucune définition. Mais en ce cas nous n'aurions point de fondement de lui attribuer ces attributs, ou dei'en louer. Sa bonté et sa justice, aussi bien que sa sagesse, ne diffèrent | des nôtres, que parce qu'elles sont infiniment plus parfai- ' tes. Ainsi les notions simples, les vérités nécessaires , et les conséquences démonstratives de la philosophie, ne sauraient être contraires à la révélation. Et lorsque quelques maximes philosophiques sont rejetées en théologie, c'est qu'on tient qu'elles ne sont que d'une nécessité physique ou morale, qui ne parle que de ce qui a lieu ordinairement, et se fonde par conséquent sur les apparences , mais qui peut manquer, si Dieu le trouve bon.
5. Il paraît par ce que je viens de dire, qu'il y a souvent un peu de confusion dans les expressions de ceux qui commettent ensemble la philosophie et la théologie, ou la foi et la raison : ils confondent expliquer, comprendre, prouver, soutenir. Et je trouve que M. Bayle, tout pénétrant qu'il est, n'est pas toujours exempt de cette confusion. Les mystères se peuvent expliquer autant qu'il faut pour les croire ; mais on ne les saurait comprendre, ni faire entendre comment ils arrivent: c'est ainsi que môme en physique nous expliquons jusqu'à un certain point plusieurs qualités sensibles , mais d'une manière imparfaite, car nous ne les comprenons pas. Il ne nous est pas possible non plus de prouver les mystères par la raison : car tout ce qui se peut prouver à priori, ou par la raison pure, se peut comprendre. Tout ce qui nous reste donc, après avoir ajouté foi aux mystères sur les preuves de la vérité de la religion (qu'on appelle motifs de crédibilité), c'est de les pouvoir soutenir contre les objections ; sans quoi nous ne serions point fondés à les croire» tout ce qui peut
être réfuté d'une manière solide et démonstrative, ne pouvant manquer d'être faux ; et les preuves de la Mérité de la religion,qui ne peuvent donner qu'une certitude morale, seraient balancées et même surmontées par des objections qui donneraient une certitude absolue, si elles étaient convaincantes et tout à fait démonstratives. Ce peu nous pourrait suffire pour lever les difficultés sur l'usage de la raison et de la philosophie par rapport à la religion, si on n'avait pas à faire bien souvent à des personnes prévenues. Mais comme la matière est importante, et qu'elle a été fort embrouillée, il sera à propos d'entrer dans un plus grand détail.
6. La question de la conformité de la foi avec la raison a toujours été un grand problème. Dans la primitive Église , les plus habiles auteurs chrétiens s'accommodaient des pensées des platoniciens, qui leur revenaient le plus, et qui étaient le plus en vogue alors. Peu à peu Aristote prit la place de Platon (1), lorsque le goût des systèmes commença à ré-
(1) Aristote et Platon , philosophes illustres de l'antiquité que nous n'avons pas encore nommés. Platon, le plus ancien des deux, né dans l'île d'Égine, 427 av. J.-C, mort en 347. Il fut disciple de Socrate, fonda Y Académie, dont il laissa la direction à son neveu, Speusippb. Tous ses ouvrages nous sont parvenus. Ce sont les Dialogues, dont le principal personnage est toujours Socrate. Les plus célèbres sont le PJtédon, le Phèdre, le Banquet, le Gorgias, le Timée et la République. Nous avons aussi sous son nom des Lettres que la plupart des critiques regardent comme apocryphes. Il y a eu un nombre considérable d'éditions de Platon, dont les plus célèbres sont celles d'Henri Etienne, en 1578, et parmi les modernes celles de Becker, d'Ast, de Stallbaum, et tout récemment de Steinbart. Parmi les traductions, nous citerons la traduction latine de Marcile Ficin, allemande de Schleiermacher, et française de M. Victor Cousin. Quant aux Commentaires sur Platon, ils sont innombrables. Un ouvrage important sur Platon vient d'être publié à Londres par M. Grote, l'historien de la Grèce, 3 vol. in-8°, Londres, 1864.
Aristote, disciple de Platon et fondateur de l'école péripatéticienne, ou du Lycée, né à Stagyre en 384, mort à Chalcis dans l'Eubée en 322. II fut le précepteur d'Alexandre. C'est le plus illustre encyclopédiste de l'antiquité : il n'est guère de scienoes auxquelles il n'ait travaillé. Ses principaux ouvrages sont YOrganon (composé de six ouvrages), ou Logique, la Physique, le Traité de Vâme, la Métaphysique, la Morale à Nicomaque, la Politique, Y Histoire des animaux. — La première édition complète de ses œuvres est celle de Venise, 5 vol. in-fol., 1495-1498. On estime aussi celle de Du-
gner, et lorsque la théologie même devint plus systématique par les décisions des conciles généraux, qui fournissaient des formulaires précis et positifs. Saint Augustin, Boêce et Cassiodore (4) dans l'Occident, et Saint Jean de Damas (2) dans l'Orient, ont contribué le plus à réduire la théologie en forme de science; sans parler de Bède (3), Alcuin (4), St Anselme, et quelques autres théologiens versés dans la philosophie ; jusqu'à ce qu'enfin les scholastiques survinrent, et que le loisir des cloîtres donnant carrière aux spéculations, aidées par la philosophie d'Aristote traduite de l'arabe , on acheva de faire un composé de théologie et de philosophie, dans lequel la plupart des questions venaient du soin qu'on prenait de concilier la foi avec la raison. Mais ce n'était pas avec tout le succès qui aurait été à souhaiter , parce que la théologie avait été fort corrompue par le malheur des temps, par l'ignorance et par l'entêtement ; et parce que la philosophie, outre ses propres défauts, qui étaient très-grands, se trouvai, Paris, 1 619-1 654r4 vol. in-fol. avec une traduction latine. La plus complète et la plus récente est celle de M. Boeck (4 vol. in-4p). M. Barthélémy Saint-Hilaire a entrepris une traduction complète d'Aristote en français, qui est presque achevée. P. J.
(1) Cassiodore, écrivain latin de la décadence, ministre de Théo donc, né à Squillau en 470, mort vers 570. On a de lui un Traité de VAme> et des ouvrages d'histoire, de grammaire et de théologie. Ses œuvres complètes ont été publiées à Rouen, 1679 (2 vol. in-fol.). P. J.
(2) Jean de Damas ou Damascène, né à Damas en 676, sous le règne des Khalifes, dont il fut ministre, mort en 754 ou 780. On a de lui un grand nombre d'ouvrages théologiques, dont le plus curieux est la Dispute contre un Sarrasin, dans lequel il discute le3 objections des Musulmans contre le christianisme; ses œuvres complètes (grec-latin) ont été publiées par le P. Lequien, Paris, 1 71 1, 2 vol. in-fol. v P. J.
(3) Bède, surnommé le Vénérable, né en 672 en Angleterre, dans le diocèse de Durham, mort en 735. Son principal ouvrage est son Histoire ecclésiastique, ouvrage étonnant pour le temps. Il écrivit aussi sur beaucoup de matières philosophiques et religieuses. — On a plusieurs éditions de ses œuvres complètes, entre autres celles de Paris, 1544, 3 vol. in-fol.; celle de Cologne, 1612-1688. P. J.
(4) Alcuin, savant du vxn« siècle, né en Yorkshire, attaché par Charlemagne à son palais, et fondateur de l'École palatine, mort en 804. 8es œuvres complètes ont été publiées à Paris par Duchesne, 1617, in-fol. P. J.
vait chargée de ceux de la théologie, qui se ressentait à son tour de l'association d'une philosophie très-obscure et trèsimparfaite. Cependant il faut avouer avec l'incomparable Grotius, qu'il y a quelquefois de l'or caché sous les ordures du latin barbare des moines : ce qui m'a fait souhaiter plus d'une fois, qu'un habile homme, que sa fonction eût obligé d'apprendre le langage de l'École, eût voulu en tirer ce qu'il y a de meilleur, et qu'un autre Petave (1) ou Thomassin (2) eussent fait à l'égard des scholastiques, ce que ces deux savants hommes ont fait à l'égard des Pères. Ce serait un ouvrage très-curieux et très-important pour l'histoire ecclésiastique, et qui continuerait celle des dogmes jusqu'au temps du rétablissement des belles-lettrés (par le moyen desquelles les choses ont changé de face) et même au delà. Car plusieurs dogmes, comme ceux de la prédétermination physique, de la science moyenne, du péché philosophique, des précisions objectives, et beaucoup d'autres dans la théologie spéculative, et même dans la théologie pratique des cas de conscience, ont été mis en vogue, même après le concile de Trente.
7. Un peu avant ces changements, et avant la grande scission de l'Occident qui dure encore, il y avait en Italie une secte de philosophes qui combattait cette conformité de la foi avec la raison, que nous soutenons. On les nommait Averroïstes (3), parce qu'ils s'attachaient à un auteur arabe célè-
(1) Petave (Petavius) ou Petau (le P.), célèbre jésuite du xvn# siècle, né à Orléans en 1583, mort à Paris en 1652. C'est un érudit et un théologien. Ses principaux ouvrages sont : Doctrina temporum, Paris, 1627, 2 vol. in-fol., ouvrage de chronologie; et ses Theologica dogmata, iWd., 1644- 1650, 2 vol. in-fol. P. J.
(2) Tlwmassin (le Père), célèbre oratorien, né à Aix en 1619, mort en 1695. Son ouvrage le plus considérable est l'Ancienne et nouvelle discipline de V Église y 3 vol. in-fol., 1678-1679. — On cite encore ses Dogmes théologiques, 3 vol. in-fol. , 1 680-89, pour faire suite à ceux du P. Pétau. P. J.
(3) Averroïstes. Secte philosophique ainsi nommée de son chef Averroès (Ibn-Rosch), célèbre philosophe arabe, né à Gordoue dans le xne siècle, mort en 1198. Son Commentaire sur Aristote, où il l'interprète dans un sens panthéiste et naturaliste, a paru à Venise en 1495, in-fol., et a été
bre, qu'on appelait le Commentateur par excellence, et qui paraissait être le mieux entré dans le sçns d'Aristote, parmi ceux de sa nation. Ce commentateur poussant ce que des interprètes grecs avaient déjà enseigné, prétendait que suivant Aristote, et même suivant la raison (ce qu'on prenait presque alors pour la même chose), l'imînortalité de l'âme ne pouvait subsister. Voici son raisonnement. Le genre humain est éternel, selon Aristote ; donc si les âmes particulières ne périssent pas, il faut venir à la métempsychose rejetée par ce philosophe ; ou, s'il y a toujours des âmes nouvelles, il faut admettre l'infinité de ces âmes conservées de toute éternité : mais l'infinité actuelle est impossible, selon la doctrine du même Aristote: donc il faut conclure que les âmes, c'est-à dire les formes des corps organiques, doivent périr avec ces corps ; ou du moins l'entendement passif appartenant en propre à un chacun. De sorte qu'il ne restera que l'entendement actif, commun à tous les hommes, qu' Aristote disait venir de dehors, et qui doit travailler partout où les organes y sont disposés; comme le vent produit une espèce de musique, lorsqu'il est poussé dans des tuyaux d'orgue bien ajustés.
8. Il n'y avait rien de plus faible que cette prétendue démonstration ; il ne se trouve point qu' Aristote ait bien réfuté la métempsychose, ni qu'il ait prouvé l'éternité du genre humain; et après tout, il est très-faux qu'un infini actuel soit impossible. Cependant cette démonstration passait pour invincible chez les aristotéliciens, et leur faisait croire qu'il y avait une certaine intelligence sublunaire, dont la participation faisait notre entendement actif. Mais d'autres moins attachés à Aristote allaient jusqu'à une âme universelle qui fût l'océan de toutes les âmes particulières, et croyaient cette âme universelle seule capable de subsister, pendant que les âmes particulières naissent et périssent. Suivant ce sentiment, lésâmes des animaux naissent en se détachant comme
réimprimé plusieurs fois. M. Renan lui a consacré un savant et intéressant ouvrage. P. J.
des gouttes de leur océan, lorsqu'elles trouvent un corps qu elles peuvent animer; et elles périssent en se rejoignant à l'océan des âmes quand le corps est défait, comme les, ruisseaux se perdent dans la mer. Et plusieurs allaient à croire que Dieu est cette âme universelle, quoique d'autres aient cru qu'elle était subordonnée et créée. Cette mauvaise doctrine est fort ancienne, et fort capable d'éblouir le vulgaire. Elle est exprimée dans ces beaux vers de Virgile (Én.,\i, v. 724).
Piincipio cœlum ac terram camposque liquenles, Lucentemque globum Lunae, Titaniaque astra, Spiritus in tus alit, totamque infusa per artus Mens agitât molem, et magno se corpore miscet.
Et encore ailleurs (Géorg. iv. v. 221) :
Deum namque ire per omnes Terrasque tractusque maris cœlumque profundum : Hinc pecudes, armenta, viros, genus omne ferarum, Quemque sibi tenues nascentem arcessere vitas; Scilicet hue reddi deinde hac resoluta referri.
9. L'âme du monde de Platon a été prise dans ce sens par quelques-uns; mais il y a plus d'apparence que les stoïciens donnaient dans cette âme commune qui absorbe toutesles autres. Ceux qui sont de ce sentiment, pourraient être appelés monopsychites, puisque selon eux il n'y a véritablement qu'une seule âme qui subsiste. M. Bernier(l) remarque que c'est une opinion presque universellement reçue chez les savants, dans la Perse et dans les États du Grand-Mogol ; il paraît même qu'elle a trouvé entrée chez les cabbalistes (2) et chez les mystiques, Un certain Allemand natif de la Suabe,
(1) Bernier, philosophe et voyageur célèbre du xvn« siècle, né à Angers,, on ne sait pas en quelle annexe ; mort à Paris en 1688. Outre ses Voyages (Àmsterd., 1699-1720-1724), on a de lui un Abrégé de la philosophie de Gassendi, Lyon, 1678, 8 vol. in-12. P. J.
(2) Cabbalistes, secte hébraïque, très-ancienne, dont les doctrines mystiques sont exposées daas deux livres curieux : le Zohar et le Sepher ietzirah. Voir, sur cette école, le savant ouvrage de M. Franck, la Cabbale, Paris, 1843, un vol. in-12. P. J.
devenu juif il y a quelques années, et dogmatisant sous le nom de Moses Germanus, s'étant attaché aux dogmes de Spinosa, a cru que Spinosa renouvelle l'ancienne Kabbala des Hébreux; et un savant homme (1), qui a réfuté ce prosélyte juif, paraît être du même sentiment. L'on sait que Spinosa pe reconnaît qu'une seule substance dans le monde, dont les âmes individuelles ne sont que des modifications passagères. Valentin Weigel(2), pasteur de Tschopa en Misnie, homme d'esprit, et qui en avait môme trop, quoiqu'on l'ait voulu faire passer pour un enthousiaste , en tenait peut-être quelque chose; aussi bien que celui qui se nomme Jean Angélus (3), Silésien, auteur de certains petits vers de dévotion allemands assez jolis, en forme d'épigrammes, qu'on vient de réimprimer. Et généralement, la déification des mystiques pouvait recevoir ce mauvais sens. Gerson (4) a déjà écrit contre Rusbrock (5), auteur mystique, dont l'intention était bonne apparemment, et dont les expressions sont excusables ; mais il vaut mieux écrire d'une manière qui n'ait point besoin d'être excusée. Quoique j'avoue aussi que souvent les expressions outrées,
(t) Ce savant homme est Wachter (Georges), théologien protestant, auteur du livre intitulé : Le Spinosisme dans le judaïsme (Amsterd., 1699r in- 12 AH.), et d'un autre : Concardiarationis et fidei (Amsterd., 1682,in-8°). — Quant à Moses germanus, son vrai nom est Jean-Pierre Speeth. P. J.
(2) Weigel (Valentin) , théologien du xvi* siècle, né en 1531 , mort en ^1588. On a de lui un grand nombre d'ouvrages théologiques, entre autres:
dialogus de chrislianismo ; De vitd beatd ; De vitâ œlernâ ; Theologia astrotogizata, etc. P. J.
(3) Ce Jean Angélus nous est inconnu. P. J-
(4) Gerson (Jean de), chancelier de l'Université de Paris, et illustre théologien du xv* siècle, né à Gerson, près de Rhétel, en 1363, mort à Lyon en 1429. Il est surtout célèbre par sa participation au concile de Constance. 8es œuvres complètes ont été publiées & Cologne, 1843-44, 4 vol. in-fol. Plus tard, Richer en donna une édition plus complète en 1606. On y remarque sa Theologia mystica, sa lettre contre Russbroeck, et toute l'affaire relative au cordelier Jean Petit. P. J.
(5) Rusbrock (Jean), célèbre mystique, né près de Bruxelles en 1294, mort en 1381. — Ses ouvrages, écrits en flamand, ont été traduits en latin par Surius (Cologne, 1552, 1609; 1692). On cite le Liber de vitd contemplativâj critiqué par Gerson, et le de Nuptiis, en trois livres. P. J.
42 THÊODICÉE.
et pour ainsi dire poétiques, ont plus de force pour toucher et pour persuader, que ce qui se dit avec régularité.
10. L'anéantissement de ce qui nous appartient en propre, porté fort loin par les quiétistes, pourrait bien être aussi une impiété déguisée chez quelques-uns : comme ce qu'on raconte du quiétisme de Foë (1), auteur d'une grande secte de la Chine, lequel après avoir prêché sa religion pendant quarante ans , se sentant proche de la mort, déclara à ses disciples, qu'il leur avait caché la vérité sous le voile des métaphores, et que tout se réduisait au néant (2), qu'il disait être le premier principe de toutes choses: C'était encore pis, ce semble, que l'opinion des averroïstes. L'une et l'autre doctrine est insoutenable, et même extravagante: cependant quelques modernes n'ont point fait difficulté d'adopter cette âme universelle et unique qui engloutit les autres. Elle n'a trouvé que trop d'applaudissements parmi les prétendus esprits forts, et le sieur de Preissac, soldat et homme d'esprit , qui se mêlait de philosophie, l'a étalée autrefois publiquement dans ses discours. Le système de l'harmonie préétablie est le plus capable de guérir ce mal. Car il fait voir qu'il y a nécessairement des substances simples et sans étendue, répandues par toute la nature ; que ces substances doivent toujours subsister indépendamment de tout autre que de Dieu, et qu'elles ne sont jamais séparées de tout corps organisé. Ceux qui croient que des âmes capables de sentiment, mais incapables de raison, sont mortelles, ou qui soutiennent qu'il n'y a que les âmes raisonnables qui puissent avoir du sentiment, donnent beaucoup de prise aux monopsychites; car il sera toujours difficile de persuader aux hommes que les bêtes ne sentent rien ; et quand on accorde une fois que ce qui est capable de sentiment peut périr, il est difficile de maintenir par la raison l'immortalité de nos âmes.
(1) Fo en chinois est le nom du Boudhay fondateur de la religion boudhlqne.
(2) Nirvana. On dispute encore sur le sens de ce mot. — Voir le Boudha et sa doctrine, par M. B. Saint-Hilaire , et le Nirvana boudhique, par M. Obry. P. J.
11. J'ai fait cette petite digression, parce qu'elle m'a paru de saison, dans un temps où Ton n'a que trop de disposition à renverser jusqu'aux fondements la religion naturelle; et je reviens aux averroïs tes, qui se persuadaient que leur dogme était démontré suivant la raison; ce qui leur faisait avancer que Tâme de l'homme est mortelle selon la philosophie, pendant qu'ils protestaient de se soumettre à la théologie chrétienne, qui la déclare immortelle. Mais cette distinction passa pour suspecte, et ce divorce de la foi et de la raison fut rejeté hautement par les prélats et par les docteurs de ce temps-là, et condamné dans le dernier concile de Latran sous Léon X, où les savants furent exhortés à travailler pour lever les difficultés qui semblaient commettre ensemble la théologie et la philosophie. La doctrine de leur incompatibilité ne laissa pas de se maintenir incognito : Pomponace en fut soupçonné, quoiqu'il s'expliquât autrement; et la secte même des averroistes se conserva par tradition. On croit que César Crémonin (1), philosophe fameux en son temps, en a été un des arcs-boutants. AndréCésalpin(2), médecin, auteur de mérite, et qui a le plus approché de la circulation du sang, après Michel Servet (3), a été accusé par Nicolas Taurel (4), dans un
(1) Grémonini (César), célèbre commentateur d'Aristote au xvi# siècle, né à Geuto (duché de Modène) en 1550, mort à Padoue en 1631. Ses principaux ouvrages sont : De Pœdia Arislotelis ; Diatyposis univers» naturalis Aristotelicx philosophie ; Illustres contemplaliones de anima; Tractalus de sensibus, etc. P. J.
(2) Cesalpino (Andréa), commentateur d'Aristote, mais très-opposé à la scholastique, né en 1519 àAvezzo, mort en 1603. Ses principaux ouvrages philosophiques, très-rares d'ailleurs, sont : Quxstiones peripateticx, in-fol., Venise, 1571; Dxmonum investigatio peripatetica , in-4°, ibid., 1593. P. J.
(3) Servet (Michel) ou Micaôl Serveto, philosophe et théologien célèbre du xvi* siècle, né en 1509 à Villanueva (Aragon), mort à Genève en 1553, par Tordre de Calvin, comme coupable d'hérésie. Ses ouvrages sont : De Trinilalis erroribus, Haguenau, 1532; Dialogorum de TriniUUe libri duo, ibid., 1533. p.j.
(4) Taurel (Nicolas), philosophe et théologien, né à Montbéliord en 1547, mort à Altdorf en 1606. Ses principaux ouvrages sont : Philosopha triumphu$t in-8°, Baie, 1573 ; Synopsis Arislotelis Melaphysic*, in-8% Hanov.,
44 THÉ0D1CÉE*
livre intitulé Alpes Cœsœ), d'être de ces péripatéticiens contraires à la religion. On trouve aussi des traces de cette doctrine dans le Circulus Pisanus Clandii Berigardi (1), qui fut un auteur français de nation, transplanté en Italie, et enseignant la philosophie à Pise : mais surtout les écrits et les lettres de Gabriel Naudé, aussi bien que les Nandœana, font voir que l'averroïsme subsistait encore quand ce savant médecin était en Italie. La philosophie corpusculaire, introduite un peu après, paraît avoir éteint cette secte trop péripatéticienne, ou peut-être y a été mêlée ; et il se peut qu'il y ait des atomistes, qui seraient d'humeur à dogmatiser comme ces averroïstes, si les conjectures le permettaient : mais cet abus ne saurait faire tort à ce qu'il y a de bon dans la philosophie corpusculaire, qu'on peut fort bien combiner avec ce qu'il y a de solide dans Platon et dans Aristote, et accorder l'un et l'autre avec la véritable théologie.
12. Les réformateurs, et Luther surtout, comme j'ai déjà remarqué, ont parlé quelquefois, comme s'ils rejetaient la philosophie, et comme s'ils la jugeaient ennemie de la foi. Mais à le bien prendre, on voit que Luther n'entendait parla philosophie, que ce qui est conforme au cours ordinaire de la nature, ou peut-être même ce qui s'enseignait dans les écoles; comme lorsqu'il dit qu'il est impossible en philosophie, c'està-dire dans l'ordre de la nature, que le verbe se fasse chair; et lorsqu'il va jusqu'à soutenir que ce qui est vrai en physique pourrait être faux en morale. Aristote fut l'objet de sa colère, et il avait dessein de purger la philosophie dès l'an 1516, lorsqu'il ne pensait peut-être pas encore à réformer l'Église. Maisenfin il se radoucit, et souffrit que dans l'apolo-
1596; Alpes Cœsx (contra Césalpin), in-8°, Francfort-sur-Mein, 1597; Cosmologia, in-8p, Amsterd., 1603; De rerum zlernitate, in-8°, Strasbourg, 1604. P. J.
(1) Bérigardus (Claude) ou Claude GuiUermot deBauregard, philosophe, né à Moulins en 1578, mort professeur de philosophie à Padoue en 1663, auteur du Circulus Pisanus, seu opus de veteri et peripateticâ philosophie (Padoue, 1661, in-4°), cfest un commentaire sur la physique d'Aristote. Il publia en outre DubUationes in dicUogos Galilwi, pro terra immobilUate, 1632, in-4°. P. J.
gie de la confession d'Augsbourg, on parlât avantageusement d'Aristote et de sa morale. Mélanchton, esprit solide et modéré, fit de petits systèmes des parties de la philosophie accommodées aux vérités de la révélation, et utiles dans la vie civile, qui méritent encore présentement d'être lus. Après lui, Pierre de la Ramée se mit sur les rangs : sa philosophie fut fort en vogue, la secte des ramistes fut puissante en Allemagne, et fort suivie parmi les protestants, et employée même en théologie; jusqu'à cequela philosophie corpusculaire fut ressuscitée, qui fit oublier celle de Ramus, et affaiblit le crédit des péripatéticiens.
13. Cependant plusieurs théologiens protestants, s'éloignant le plus qu'ils pouvaient de la philosophie del'École, qui régnait dans le parti opposé, allaient jusqu'au mépris de la philosophie même, qui leur était suspecte ; et la contestation éclata enfin à Helmstadt par l'animosité de Daniel Hofman, théologien habile d'ailleurs, et qui avait acquis autrefois de la réputation à la conférence de Quedlinbourg, où Tilman Heshusius (1), et lui, avaient été de la part du duc Jules de Brunswick, lorsqu'il refusa de recevoir la Formule de concorde. Je ne sais comment le docteur Hofman s'emporta contre la philosophie, au lieu de se contenter de blâmer les abus que les philosophes en font ; mais il eut en tête Jean Caselius (2), homme célèbre, estimé des princes et des savants de son temps; et le duc de Brunswick Henri Jules, fils de Jules fondateur de l'université, ayant pris la peine lui-même d'examiner la matière, condamna le théologien. Il y a eu quelques petites disputes semblables depuis, mais on a toujours trouvé que c'étaient des malentendus. Paul Slevogt (3), professeur cé-
(1) Heshusius (Tilemann), théologien luthérien, né àWésol en 1527, mort à Helmstadt en 1588, auteur de nombreux ouvrages de théologie. P. J.
(2) Caselius ou Chessehus (Jean), célèbre humaniste, né à Goettingue en 1533, mort à Helmstadt en 1631, auteur de nombreux ouvrages de littératare criUque et d'érudition. P. J.
(3) Slevogt (Paul), né à Passendorf en 1596, mort en 1655, philosophe, qu'il fout distinguer de Jean-Philippe Slevogt (1649-1727), jurisconsulte, et de Jean-Adrien Slevoght (1653-1726),.médecin. — Le nôtre a écrit Pervigilium de dissidio theologi et philosophi. Je remarque aussi parmi ses
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lèbre à Jena en Thuringue, et dont les dissertations qui nous restent, marquent encore combien il était versé dans la philosophie scholastique, et dans la littérature hébraïque, avait publié dans sa jeunesse sous le titre de Perbigilium, un livre de dissidio Theologi et Philosophi in utriusque principiis fundaiOy au sujet de la question si Dieu est cause par accident du péché. Mais on voyait bien que son but était de montrer que les théologiens abusent quelquefoisdes termes philosophiques. 14. Pour venir à ce qui est arrivé de mon temps-, je me souviens qu'en 4666, lorsque Louis Meyer (1), médecin d'Amsterdam, publia sans se nommer le livre intitulé Philosophia Scripturœ interpres (que plusieurs ont donné mal à propos à Spinosa son ami), les théologiens de Hollande se remuèrent, et leurs écrits contre ce livre firent naître de grandes contestations entre eux ; plusieurs jugeant que les cartésiens, en réfutant le philosophe anonyme, avaient trop accordé à la philosophie. Jean de Labadie (2) (avant qu'il se fût séparé des Églises réformées, sous prétexte de quelques abus qu'il disait s'être glissés dans la pratique politique, et qu'il jugeait insupportables) attaqua le livre de M. de Wolzogue(3), et le traita de pernicieux ; et d'un autre côté M. Vogelsang, M. van der Wfeyen (4), et quelques autres anticoccéiens(5), combatécrits un De principio syUagiraudi in divinis} et un De Metempsychosi Judmorum. P. J.
(1) Meyer (Louis), ami et disciple 'de Spinosa, fut l'éditeur de ses OEuvres posthumes. P. J.
(2) Labadie (Jean de), mystique célèbre du xvne siècle, né en 1610 à Bourg en Guienne, se convertit au protestantisme, et après une vie trèsagitée mourut à Altona en 1 674. Ses ouvrages ont tout à fait le caractère de rilluminisme (en voir les titres dans les Mémoires de Nicéron, t. xvm et xx. • P. J.
(3) Wolzogen, né à Amersford en 1632, mort à Amsterdam en 1690, répondit au livre de L. Meyer, par son De scripturarum^ interprète, Utrecht, 1668, in-12. P. J.
(4) On peut voir dans le Trajectum eruditum de Burmann (in-4°, p. 457 et suiv.), la notice des ouvrages publiés contre Wolzogue. — Vogelsang, pasteur et professeur à Depenter, mort en 1679. — Van der Weyen, professeur à Middelbourg, né en 1676, mort en 1716. P. J.
(5) Coccéius (Jean), célèbre théologien au xvir* siècle, dont la doctrine
tirent aussi le même livre avec beaucoup d'aigreur ; mais l'accusé gagna sa cause dans un synode. On parla depuis en Hollande de théologiens rationaux et non rationaux, distinction de parti dont M. Bayle fait souvent mention, se déclarant enfin contre les premiers ; mais il ne paraît pas qu'on ait encore bien donné les règles précises, dont les uns et les autres conviennent ou ne conviennent pas à l'égard de l'usage de la raison, dans l'explication de la sainte Écriture,
15. Une dispute semblable a pensé troubler encore depuis peu les Églises de la confession d'Augsbourg. Quelques maîtres es arts, dans l'université de Leipzig, faisant des leçons particulières chez eux aux étudiants qui les allaient trouver pour apprendre ce qu'on appelle la philologie sacrée suivant l'usage de cette université, et de quelques autres où ce genre d'étude n'est point réservé à la Faculté de théologie ; ces maîtres, dis-je, pressèrent l'étude des saintes Écritures et l'exercice de la piété, plus que leurs pareils n'avaient coutume de faire. Et l'on prétend qu'ils avaient outré certaines choses, et donné des soupçons de quelque nouveauté dans la doctrine ; ce qui leur fit donner le nom de piétistes, comme d'une secte nouvelle ; nom qui depuis a fait tant de bruit en Allemagne, et a été appliqué bien ou mal à ceux qu'on soupçonnait, ou qu'on faisait semblant de soupçonner de fanatisme, ou même d'hypocrisie, cachée sous quelque apparence de réforme. Or quelques-uns des auditeurs de ces maîtres s' étant trop distingués par des manières qu'on trouva choquantes, et entre autres par le mépris de la philosophie, dont on disait qu'ils avaient brûlé les cahiers des leçons, on crut que leurs maîtres rejetaient la philosophie : mais ils s'en justifièrent fort bien, et on ne put les convaincre, ni de cette erreur, ni des hérésies qu'on leur imputait.