‹ Œuvres philosophiques de Leibniz (volume 3)Chapitre 2 sur 67 · TU&OMGKE · texte numérisé non relu

TU&OMGKE

choisis ne* le méritent pas plus cpae les autres, et ne sont pas même moins mauvais dans lé fond, ce qu'ils ont de bon n& venant qu* du don de Dieu , la difficulté en est augmentée*, OètestidonQ sa honte? La partialité ou l'acception des personnes va contre la justice ; et celui qui borne sa bonté sans sujet, n'en doit pas avoir assea. Il est vrai que ceux qui ne sont point élus, sont perdus par leur propre faute, ils manquent de bonne volonté on de la foi vive; mais il ne tenait qu'à Dieu de la leur donner. L'on sait qw'owtre la grâee interne, ce sont ordinairement les occasions externes qui distinguent les hommes, et que l'éducation, la conversation, l'exemple corrigeai souvent ou corrompent le naturel. Or Dieu faisant naître des circonstances favorables aux uns, et abandonnant les autres à des rencontres qui contribuent à lenr malheur, n'aura-t^on pas sujet d'en être étonné? Et il ne suffit pas (ce semble) de dire avec quelques-uns que la grâce interne est universelle et égale pour tous, puisque ces mêmes auteurs sont obligés -de recourir aux exclamations de saint Paul, et de dire, ô profondeur! quand ils considèrent combien les hommes sont distingués par les-grâces externes, pour: ainsi dire, c'est-à-dire, qui paraissent dans la diversité des circonstances que Dieu fait naître, dont les hommes ne sont point les maîtres, et qui ont pourtant une si grande influence sur ce qui se rapporte à leur salut.

On ne sera pas plus avancé pour dire avec saint Augustin, que les hommes étant tous compris sous la damnation par le péchéd'Àdam, Dieu les pouvait tous laisser dans leur misère, et qu'ainsi c'est par une pure bonté qu'il en retire quelquesr uns. Car outre qu'il est étrange quje le péché d'autrui doive damner quehpcTun, là question. demeure toujours, pourquoi Dieu ne les retire pas tous, pourquoi il en retire la moindre partie, et pourquoi les uns préférablement aux autres. Il est leur maître, il est vrai ; mais il est un maître bon et juste: son pouvoir est absolu, mais sa sagesse ne permet pas qu'il Pexerce d'une manière arbitraire et despotique, qui serait tyrannique en effet.

De plus, la chute du premier homme n'étant arrivée

qu'avec permissif» de Diew,1 et Dieu» n'ayant réseïù de» la pc?«mettfe qu'après* en avoir envisagé lès suâtes, qui son* la cor*raptiou de la masse» du genre humain, et le choix d'un petit nombre d'élus, avec l'abandon de tous-les autres; il est inutile de dissimuler la difficulté, en se bornante la masse déjà corrompue; puisqu'il faut remonter, malgré qu'on en ait, à ta connaissance des suites du premier- péché, antérieure au décret, par lequel Dieu Ta permis, et par lequel il a permis-en même temps? que les réprouvée seraient enveloppésdans la masse de perdition» et n'en seraient point retirés: car» Dieu et le sage nerésoiveM rien, sans en considérer lés conséquences.

On espère de le*er toutes ces difficultés. On fera voir que la nécessité absolue, qu'on appelle aussi logique et métaphysique, et quelquefois géométrique, et qui serait seule à craindre, ne se trouve point dans les actions libres. Et qu'ainsi la liberté es*« exempte, non-seukment de la contrainte, mais encore de la vraie nécessité. On fera voir que Dieu même, quoiqu'il choisisse toujours le meilleur* u'agH point par une nécessité absolue; et que les lois de la nature que Dieu lui a prescrites, sur la convenance, tiennent le milieu entre les ^éritésr géométriques, absolument nécessaires, et les décrets arbitraires; ce que M. Bayle, et d'autres- nouveaux philosophes n'ont pas assez compris. On fera voir aussi qu'il y a une indifférence dans la liberté, parce qu'il n'y a point de nécessité absolue pour l'une ou pour l'autre part; mais>qu'il n'y a pourtant jamais une indifférence de parfait équilibre. L'on montrera aussi qu'il y a dans les- actions libres une parfaite spenlaoéiié, audelà de tout cequ'on en aconçu jusqu'ici. Enfin l'oa fera juger que la nécessité hypothétique, et ta nécessité morale, qui restent dans les actions libres, n'ont point- d'incoBvénieirt; et que la raison paresseuse est un vrai sophisme.

Et quant à l'origine du mal-, par rapport à Dieu, on fait une apologie de ses perfections, qui ne relève pas moins sa sainteté, sa justiee et sa bonté, que sa grandeur, sa puissance et son indépendance. lion fait voir comment il est pçssible qm tout dépende de hri^ qu'il concoure à toutes les actions

46 THÉODICÊE.

des créatures, qu'il crée même continuellement les créatures, si vous le voulez, et que néanmoins il ne soit point l'auteur du péché ; où Ton montre aussi comment on 3oit concevoir la nature privative du mal. On fait bien plus; on montre comment l#e mal a une autre source que la volonté de Dieu, et qu'on a raison pour cela de dire du mal de coulpe, que Dieu ne le veut point, et qu'il le permet seulement. Mais ce qui est le plus important, l'on montre que Dieu a pu permettre le péché et la misère, et y concourir même et y contribuer, sans préjudice de sa sainteté et de sa bonté suprêmes : quoique, absolument parlant, il aurait pu éviter tous ces maux.

Et quant à la matière de la grâce et de la prédestination, on justifie les expressions les plus revenantes, par exemple: que nous ne sommes converti que par la grâce prévenante de Dieu, et que nous ne saurions faire le bien que par son assistance : que Dieu veut le salut de tous les hommes, et qu'il ne damne que ceux qui ont mauvaise volonté : qu'il donne à tous une grâce suffisante, pourvu qu'ils en veuillent user : que Jésus-Christ étant le principe et le centre de l'élection, Dieu a destiné les élus au salut, parce qu'il a prévu qu'ils s'attacheraient à la doctrine de Jésus-Christ par la foi vive; quoiqu'il soit vrai que celte raison de l'élection n'est pas la dernière raison, et que cette prévision même est encore une suite de son décret antérieur; d'autant que la foi est un don de Dieu, et qu'il les a prédestinés à avoir la foi, par des raisons d'un décret supérieur, qui dispense les grâces et les circonstances suivant la profondeur de sa suprême sagesse.

Or, comme un des plus habiles hommes de notre temps, dont l'éloquence était aussi grande que la pénétration, et qui adonné de grandes preuves d'une érudition très-vaste, s'était attaché par je ne sais quel penchant à relever merveilleusement toutes les difficultés sur cette matière que nous venons de toucher en gros, on a trouvé un beau champ pour s'exercer en entrant avec lui dans le détail. On reconnaît que M. Bayle (car il est aisé de voir que c'est de lui qu'on parle) a de son côté tous les avantages, hormis celui du fond de la chose : mais on espère que la vérité (qu'il reconnaît lui-même

se trouver de notre côté) l'emportera toute nue sur tous les ornements de l'éloquence et de l'érudition, pourvu qu'on la développe comme il faut; et on espère d'y réussir d'autant plus que c'est la cause de Dieu qu'on plaide, et qu'une des maximes que nous soutenons ici, porte que l'assistance de Dieu ne manque pas à ceux qui ne manquent point de bonne volonté. L'auteur de ce discours croit en avoir donné des preuves ici par l'application qu'il a apportée à cette matière. Il l'a méditée dès sa jeunesse, il a conféré là-dessus avec quelquesuns des premiers hommes du temps et il s'est instruit encore par la lecture des bons auteurs. Et le succès que Dieu lui a donné (au sentiment de plusieurs juges compétents) dans quelques autres méditations profondes, et dont il y en a qui ont beaucoup d'influence sur (îfette matière, lui donne peutêtre quelque droit de se flatter de l'attention des lecteurs qui aiment la vérité, et qui sont propres à la chercher.

Il a encore eu des raisons particulières assez considérables, qui l'ont invité à mettre la main à la plume sur ce sujet. Des entretiens qu'il a eus là-dessus avec quelques personnes de lettres et de cour, en Allemagne et en France, et surtout avec une princesse des plus grandes et des plus accomplies (1), l'y ont déterminé plus d'une fois. Il avait eu l'honneur de dire ses sentiments à cette princesse sur plusieurs endroits du dictionnaire merveilleux de M. Bayle, ou la religion et la raison paraissent en combattantes, et où M. Bayle veut faire taire la raison, après l'avoir fait trop parler ; ce qu'il appelle le triomphe de la foi. L'auteur fit connaître dès lors qu'il était d'un autre sentiment, mais qu'il ne laissait pas d'être bien aise qu'un si beau génie eût donné occasion d'approfondir ces matières aussi importantes que difficiles. Il avoua de les avoir examinées aussi depuis fort longtemps, et qu'il avait délibéré quelquefois de publier sur ce sujet des pensées, dont le but principal devait être la connaissance de Dieu, telle qu'il la faut pour exciter la piété, et pour nourrir la vertu. Cette princesse l'exhorta fort d'exécuter son ancien

(i) Sophie-Charlotlo, reine de Prusse, sœur de Georges Ier. P. J. n. 2

dessein, quelques amis s'y joignirent, et.il était d'autant plus tenté de faire ce qu'ils demandaient, qu'il avait sujet d'espérer que dans la suite de l'examen, les lumières de M. Bayle l'aideraient beaucoup à mettre la matière dans le jour qu'elle pourrait recevoir par leurs soins. Mais plusieurs empêchements vinrent à la, traverse; et la mort de l'incomparable reine ne fut pas le moindre. Il arriva cependant que M. Bayle fut attaqué par d'excellents hommes qui se mirent à examiner le môme sujet ; il leur répondit amplement et toujours ingénieusement. On fut attentif à leur dispute, et sur le point même d'y être mêlé. Voici comment.

J'avais publié un système nouveau, qui paraissait propre à expliquer l'union de l'âme et du corps : il fut assez applaudi par ceux mêmes qui n'en demeurèrent pas d'accord, et il y eut d'habiles gens qui me témoignèrent d'avoir déjà été dans mon sentiment, sans être venus à une explication si distincte, avant que d'avoir vu ce que j'en avais écrit. M. Bayle l'examina dans son dictionnaire historique et critique , article Rorarius (1). Il crut que les ouvertures que j'avais données méritaient d'être cultivées, il en fit valoir l'utilité à certains égards, et il représenta aussi ce qui pouvait encore faire de la peine. Je ne pouvais manquer de répondre comme il faut à des expressions aussi obligeantes et à des considérations aussi instructives que les siennes, et pour en profiter davantage, je fis paraître quelques éclaircissements dans l'Histoire des Ouvrages des Savants, juillet 1690. M. Bayle y répliqua dans la seconde édition de son dictionnaire. Je lui envoyai une duplique, qui n'a pas encore vu le jour ; et je ne sais s'il a tripliqué.

Gependant il arriva que M. le Clerc (2) ayant mis dans sa •

(1) Uorario (Jérôme), né à Pordenone on 1485, mort en 1556. Il n'est célèbre quo par l'artido que Bayle lui a consacré. Son opuscule Quad ani~ malia bruta s<rpe ratione utaniur melhis homine} publié par Gab. Naudé, avec une dissertation de celui-ci, De anima bruiorum, est son seul ouvrage authentique. Bayle lui attribue une Oraiio pro muribus insérée dans le l,r vol. des Petits écrits choisis de J.-C. Estor, 1732, in-8°. P. J.

(2) LecJerc (Jean), célèbre critique, né à Genève en 1657. 11 se fixa en

Bibliothèque Choisie un extrait du Système Intellecttttl*4*&&- II. Cudworth, et y ayant expliqué certaines natures plastiques, que cet excellent auteur employait à la formation des animaux ; M. Bayle crut (voyez la Continuation des Pensées diverses, ch. xxi, art. 2) que ces natures manquant de connaissance, on affaiblissait, en les établissant, l'argument qui prouve par la merveilleuse formation des choses, qu'il faut que l'univers ait une cause intelligente. M. le Clerc répliqua (4. art. du 5. tom. de sa biblioth. choisie) que ces natures avaient besoin d'être dirigées par la sagesse divine. M. Bayle insista (7. article de l'Hist. desOuvr. des Savants, août 1704) qu'une simple direction ne suffisait pas à une cause dépourvue de connaissance, à moins qu'on ne la prît pour un pur instrument de Dieu, auquel cas elle serait inutile. Mon système y fut touché en passant ; et cela me donna occasion d'envoyer un petit mémoire au célèbre auteur de l'Histoire des Ouvrages des Savants, qu'il mit dans le mois de mai 4708, art. 9, où je tâchai de faire voir qu'à la vérité le mécanisme suffit pour produire les corps organiques des animaux, sans qu'on ait besoin d'autres natures plastiques, pourvu qu'on y ajoute la préformation déjà toute organique dans les semences des corps qui naissent, contenues dans celles des corps dont ils sont nés, jusqu'aux semences premières ; ce qui ne pouvait venir que.de l'auteur des choses, infiniment puissant et infiniment sage, lequel faisant tout d'abord avec ordre , y avait préétabli tout ordre et tout artifice futur. Il n'y a point de chaos dans l'intérieur des choses, et l'organisme est partout dans une matière dont la disposition vient de Dieu. Il s'y découvrirait même d'autant plus qu'on irait plus loin dans l'anatomie des corps; et on continuerait de le remarquer quand même on pourrait aller à l'infini, comme la

Hollande en 1683, et mourut en 1736. Le nombre de ses ouvrages est considérable. Nous citerons surtout ses Entretiens sur diverses matières de théologie, Amsterdam, 1685, et sa Bibliothèque universelle et historique (1684-1693), à laquelle fait suite la Bibliothèque choisie (t703-1713), formant ensemble 54 vol. in-12. C'est une mine bibliographique inépuisable sur le xvii* siècle. P. J.

nature, et continuer la subdivision par notre connaissance , comme elle l'a continuée en effet.

Comme pour expliquer cette merveille de la formation des animaux, je me servis d'une harmonie préétablie, c'est-àdire du même moyen dont je m'étais servi pour expliquer une autre merveille, qui est la correspondance de Tàme avec le corps, en quoi je faisais voir l'uniformité et la fécondité des principes que j'avais employés; il semble que cela fit ressouvenir M. Bayle de mon système, qui rend raison de cette correspondance, et qu'il avait examiné autrefois. Il déclara (au ch.cLxxx de sa rép. aux Questions d'un Provincial, pag. 1253, tom. 3), qu'il ne lui paraissait pas que Dieu pût donner à la matière ou à quelque autre cause la faculté d'organiser, sans lui communiquer l'idée et la connaissance de l'organisation ; et qu'il n'était pas encore disposé à croire que Dieu avec toute sa puissance sur la nature et avec toute la prescience qu'il a des accidents qui peuvent arriver, eût pu disposer les choses, en sorte que par les seules lois de la mécanique, un vaisseau (par exemple) allât au port où il est destiné, sans être pendant sa route gouverné par quelque directeur intelligent. Je fus surpris de voir qu'on mit des bornes à la puissance de Dieu, sans en alléguer aucune preuve, et sans marquer qu'il y eût aucune contradiction à craindre du côté de l'objet, ni aucune imperfection du côté de Dieu, quoique j'eusse montré auparavant dans ma duplique, que même les hommes font souvent par des automates quelque chose de semblable aux mouvements qui viennent de la raison; et qu'un Esprit fini (mais fort au-dessus du nôtre) pourrait même exécuter ce que M. Bayle croit impossible à la divinité : outre que Dieu réglant par avance toutes les choses à la fois, la justesse du chemin de ce vaisseau ne serait pas plus étrange que celle d'une fusée qui irait le long d'une corde dans un feu d'artifice, tous les règlements de toutes choses ayant une parfaite harmonie entre eux et se déterminant mutuellement.

Cette déclaration de M. Bayle m'engageait à une réponse , et j'avais dessein de lui représenter, qu'à moins de dire que

Dieu forme-lui-même les corps organiques par un miracle continuel, ou qu'il adonné ce soin à des intelligences dont la puissance et la science soient presque divines, il faut juger que Dieu a préformé les choses, en sorte que les organisations nouvelles ne soient qu'une suite mécanique d'une constitution organique précédente; comme lorsque les papillons viennent des vers à soie, où M. Swammerdam (1) a montré qu'il n'y a que du développement. Et j'aurais ajouté que rien n'est plus capable que la préformation des plantes et des animaux, de confirmer mon système de l'harmonie préétablie entre l'âme et le corps ; où le corps est porté par sa constitution originale à exécuter, à l'aide des choses externes, tout ce qu'il fait suivant la volonté de l'âme ; comme les semences par leur constitution originale exécutent naturellement les intentions de Dieu par un artifice plus grand encore que celui qui fait que dans notre corps tout s'exécute conformément aux résolutions de notre volonté. Et puisque M. Bayle lui-même juge avec raison qu'il y a plus d'artifice dans l'organisation des animaux que dans le plus beau poëme du monde, ou dans la plus belle invention dont l'esprit humain soit capable ; il s'ensuit que mon système du commerce de l'âme et du corps est aussi facile que le sentiment commun de la formation des animaux : car ce sentiment (qui me parait véritable) porte en effet que la sagesse de Dieu a fait la nature en sorte qu'elle est capable en vertu de ses lois de former les animaux ; et je l'éclaircis, et en fais mieux voir la possibilité par le moyen de la préformation. Après quoi on

(1) Swammerdam (Jean), célèbre anatomiste hollandais, né en 1637 à Amsterdam, mort dans cette ville en 1680, célèbre surtout par ses travaux sur les insectes. 8es principaux ouvrages sont : Miraculum nature, seu uteri mulieris fabrica, où il expose tout le système de la génération (Leyde, 1672, in-4°). — Histoire générale des insectes, en hollandais (Utrecht, 1669), m-4°, traduction française (Utrecht, 1662, in-4°). — Histoire de l'éphémère qui passe pour son chef-d'œuvre (en hollandais, Amsterdam, 1675, in-8°), trad. en latin (Londres, 1681, in-4°); enfin sa Biblia naturx, ouvrage posthume (Leyde, 1727), trad. en français dans les tomes iv et v de la Collection académique de Dijon. p- J-

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n'aura pas sujet de trouver étrange que Dieu ait feit le corps en sorte qu'sn vertu de se6 propres lois il puisse exécuter les desseins de l'âme raisonnable, puisque tout ce que l'âme raisonnable peut commander au corps, est moins difficile que l'organisation que Dieu a commandée aux semences. M. Bayle dit (réponse aux Questions d'un Provincial, ch. clxxxii, p. 1294), que ce n'est que depuis peu de temps qu'il y a eu des personnes qui ont compris que la formation des corps vivants ne saurait être un ouvrage naturel : ce qu'il pourrait dire aussi suivant ses principes de la correspondance de l'âme et du corps ; puisque Dieu en fait tout le commerce dans le système des causes occasionnelles, adopté par cet auteur. Mais je n'admets le surnaturel ici que dans le commencement des choses, à i'égard de la première formation des animaux, ou à l'égard de la constitution originaire de l'harmonie préétablie entre l'âme et le corps ; après quoi je tiens que la formation des animaux et le rapport entre l'âme et le corps sont quelque chose d'aussi naturel à présent, que les autres opérations les plus ordinaires de la nature. C'est à peu près comme on Taisonne communément sur l'instinct et sur les opérations merveilleuses des bêtes. On y reconnaît de la raison, non pas dans les bêtes, mais dans celui qui les a formées. Je suis donc du sentiment commun à cet égard ; mais j'espère que mon explication lui aura donné plus de relief et de clarté, et même plus d'étendue.

Or devant justifier mon système contre les nouvelles difficultés de M. Bayle, j'avais dessein en même temps de lui communiquer les pensées que j'avais eues depuis longtemps sur les difficultés qu'il avait fait valoir contre ceux qui tâchait d'accorder la raison avec la foi à l'égard de l'existence du mal. En effet, il y a peut-être peu de personnes qui y aient travaillé plus que moi. A peine avais-je appris à entendre passablement les livres latins, que j'eus la commodité de feuilleter dans une bibliothèque: j'y voltigeais de livre en livre, et comme les matières de méditation me plaisaient autant que les histoires et les fables, je fus charmé de l'ouvrage

de Laurent Valla contre Boëce (1), et de celui de Luther contre Erasme, quoique je visse bien qu'ils avaient besoin d'adoucissement. Je ne m'abstenais pas des livres de Controverse, et entre autres écrits de cette nature, les Actes du Colloque de Montbéliard, qui avaient ranimé la dispute, me parurent instructifs. Je ne négligeais point les enseignements de nos théologiens; et la lecture de leurs adversaires, bien loin de me troubler, servait à me confirmer dans les sentiments modérés des Églises delà Confession d'Augsbourg. J'eus occasion dans mes voyages de conférer avec quelques excellents hommes de différents partis ; comme avec M. Pierre de Wallenbourg (2) , suffragant de Mayence, M. Jean-Louis Fabrice (3), premier théologien de Heidelberg , et enfin avec le célèbre M. Arnauld, à qui je communiquai même un dialogue latin de ma façon sur cette matière, environ l'an 1673 , où je mettais déjà en fait que Dieu ayant choisi le plus parfait de tous les mondes possibles, avait été porté par.sa sagesse à permettre le mal qui y était annexé, mais qui n'empêchait pas que, tout compté et rabattu, ce monde ne fût le meilleur qui pût être choisi. J'ai encore depuis lu toute sorte de bons auteurs sur ces matières, et j'ai tâché d'avancer dans les connaissances qui me paraissent propres à écarter tout ce qui

(1) Boèce, l'un des derniers grands hommes de l'antiquité, né à Rome en 470, ministre de Théo do rie, emprisonné par ce prince et mis à mort en 526. Son ouvrage le plus connu est sa Consolation de la philosophie (Leyde, 1656, in-8°). La plus ancienne édition de ses œuvres est celle de Venise, 1491, in-fbl.; la meilleure est celle de Bàle, 1570, m-fol. P. J.

(2) Wallenbourg ou Vallenburch (Pierre de) et son frère Adrien, illustres théologiens catholiques du xvn« siècle, sont inséparables l'un "de l'autre. Nés à Rotterdam, ils se consacrèrent l'un et l'autre à la théologie et à la défense du catholicisme. Adrien mourut à Cologne en 1669. Pierre, suffragant de îfayence, mourut en 1675. Leurs œuvres complètes ont été réunies par eux-mêmes en 2 vol. in-fol. (Cologne, 1669-71). P. J.

(3) Fabrice ou Fabricius (Jean-Louis), professeur à Heidelberg, savant théologien, qu'il ne faut pas confondre avec le célèbre bibliographe (Jean- Albert), naquit à Schaffouse en 1632, mourut à Francfort en 1697. — On a de rai une Apologia generis humant conlrà calumniam atheismi , et plusieurs autres ouvrages théologiques. P. J.

pouvait obscurcir l'idée delà souveraine perfection qu'il faut connaître en Dieu. Je n'ai point négligé d'examiner les auteurs les plus rigides, et qui ont poussé le plus loin la nécessité des choses ; tels que Hobbes et Spinosa, dont le premier a soutenu cette nécessité absolue, non-seulement dans ses Éléments Physiques et ailleurs, mais encore dans un livre exprès contre l'évêque Bramhall (1). Et Spinosa veut à peu près, comme un ancien péripatéticien nommé Straton (2), que tout soit venu, de la première cause ou de la nature primitive, par une nécessité aveugle et toute géométrique, sans que ce premier principe des choses soit capable de choix, de bonté, et d'entendement.

J'ai trouvé le moyen, ce me semble, de montrer le contraire, d'une manière qui éclaire, et qui fait qu'on entre en même temps dans l'intérieur des choses. Car ayant fait de nouvelles découvertes sur la nature de la force active, et sur les lois du mouvement, j'ai fait voir qu'elles ne sont pas d'une nécessité absolument géométrique, comme Spinosa paraît l'avoir cru ; et qu'elles ne sont pas purement arbitraires non plus, quoique ce soit l'opinion de M. Bayle, et de quelques philosophes modernes ; mais qu'elles dépendent de la convenance, comme je l'ai déjà marqué ci-dessus, ou de ce que j'appelle le principe du meilleur ; et qu'on reconnaît en cela, comme en toute autre chose, les caractères de la première substance, dont les productions marquent une sagesse souveraine, et font la plus parfaite des harmonies. J'ai fait voir aussi que c'est cette harmonie qui fait encore la liaison, tant de l'avenir avec le passé, que du présent avec ce qui est absent. La première espèce de liaison unit les temps, et l'autre les lieux. Cette seconde liaison se montre dans l'union

(1) Bramhall, théologien anglican et métropolitain d'Irlande, né dans le comté d'York en 1593, mort en 1663. Ses œuvres ont été publiées à Dublin en 1667 (1 vol. in-fol.).

(2) Slralon de Lampsaque, philosophe péripatéticien, successeur de Théophraste, surnommé le physicien dans le in* siècle avant J.-G. On ne connaît sa philosophie que par des fragments. Voir Diog. Laërt., 1. V, c. ut.

de l'âme avec le corps, et généralement dans le commerce des véritables substances entre elles et avec les phénomènes matériels. Mais la première a lieu dans la préformation des corps organiques, ou plutôt de tous les corps, puisqu'il y a de l'organisme partout, quoique toutes les masses ne composent point des corps organiques ; comme un étang peut fort bien être plein de poissons ou autres corps organiques, quoiqu'il ne soit point lui-même un animal ou corps organique, mais seulement une masse qui les contient. Et puisque j'avais tâché de bâtir sur de tels fondements, établis d'une manière démonstrative, un corps entier des connaissances principales que la raison toute pure nous peut apprendre, un corps, dis-je, dont toutes les parties fussent bien liées, et qui pût satisfaire aux difficultés les plus considérables des anciens et des modernes ; je m'étais formé aussi par conséquent un certain système sur la liberté de l'homme et sur le concours de Dieu. Ce système me paraissait éloigné de tout ce qui peut choquer la raison et la foi ; et j'avais envie de le faire passer sous les yeux de M. Bayle, aussi bien que de ceux qui sont en dispute avec lui. Il vient de nous quitter, et ce n'est pas une petite perte que celle d'un auteur, dont la doctrine et la pénétration avaient peu d'égales : mais comme la matière est sur le tapis, que d'habiles gens y travaillent encore, et que le public y est attentif, j'ai cru qu'il fallait se servir de l'occasion pour faire paraître un échantillon de mes pen-

II sera peut-être bon de remarquer encore avant que de finir cette préface, qu'en niant l'influence physique de l'âme sur le corps ou du corps sur l'âme, c'est-à-dire une influence qui fasse que l'un trouble les lois de l'autre, je ne nie point l'union de l'un avec l'autre qui en fait un suppôt : mais cetteunion est quelque chose de métaphysique, qui ne change rien dans les phénomènes. C'est ce que j'ai déjà dit en répondant à ce que le R. P. de Tournemine(l), dont l'esprit et le savoir ne sont point ordinaires, m'avait objecté dans les

(1) Tournemine (P.), savant jésuite, né à Rennes en 1661, mort à Pari»r

26 THÉOWCÉE.

Mémoires de TréVôux. Et par cette raison, on peut dire aussi dans un sens métaphysique, que rame agit sur le corps, et le corps sur l'âme. Aussi est-il vrai que l'âme est l'enteléchie où le principe actif, au lieu que le corporel tout seul ou le simple matériel ne contient que le passif, et que par conséquent le principe de l'action est dans les âmes, comme je l'ai expliqué plus d'une fois dans le journal de Leipsik, mais plus particulièrement en répondant à feu M. Sturm (4), philosophe et mathématicien d'Altorf ; où j'ai même démontré que s'il n'y avait rien que de passif dans les corps, leurs différents états seraient indiscernables. Je dirai aussi à cette occasion, qu'ayant appris que l'habile auteur du livre de la Connaissance de soi-même (2) avait fait quelques objections dans ce livre, contre mon système de l'harmonie préétablie, j'avais envoyé une réponse à Paris, qui fait voir qu'il m'a attribué des sentiments dont je suis bien éloigné; comme a fait aussi depuis peu un docteur deSorbonne anonyme, sur un autre sujet. Et ces mésentendus auraient paru d'abord aux yeux du lecteur, si l'on avait rapporté mes propres paroles, sur lesquelles on a cru se pouvoir fonder.

Cette disposition des hommes à se méprendre en représentant les sentiments d'autrui, fait aussi que je trouve à propos de remarquer que lorsque j'ai dit quelque part que Thomme s'aide du secours de la grâce dans la conversion, j'entends seulement qu'il en profite par la cessation de la résistance surmontée, mais sans aucune coopération de sa part : tout comme il n'y a point de coopération dans la glace, lorsqu'elle est rompue. Car la conversion est le pur ouvrage

en 1739. Il inséra de nombreuses dissertations dans les Mémoires de Trévoux de 1702 à 1736. On a de lui des Réflexions sur V athéisme, et une lettre sur Véme adressée à Voltaire. P. J.

(1) Sturm (Jean-Christophe), savant illustre, né en 1635 à Hilpostein (comté de Neubourg), professeur à l'Académie de Altdorf, mort en 1703. On a de lui une Philosophia eclectica, Nuremberg, 1686, in-8°, et une Pkysica hypothetica, ibid., 1697, in-4°, 2 vol. P. J.

(2) Dom Lami, voy. plus loin, p. 57. P. J.

de la grâce de Dieu, où l'homme ne concourt qu'en résistant ; mais sa résistance est plus ou moins grande, selon les personnes et les occasions. Les circonstances aussi contribuent plus ou moins à notre attention, et aux mouvements qui naissent dans l'âme; et le concours de toutes ces choses jointes à la mesure de l'impression, et à l'état de la volonté, détermine l'effet de la grâce, mais sans le rendre nécessaire. Je me suis assez expliqué ailleurs, que par rapport aux choses salutaires, l'homme non régénéré doit être considéré comme mort ; et j'approuve fort la manière dont les théologiens de la confession d'Ausbourg s'expliquent sur ces sujets. Cependant cette corruption de l'homme non régénéré ne l'empêche point d'ailleurs d'avoir des vertus morales véritables, et de faire quelquefois de bonnes actions dans la vie civile, cfui viennent d'un bon principe, sans aucune mauvaise intention, et sans mélange de péché actuel. En quoi j'espère qu'on me le pardonnera, si j'ai osé m'éloignerdu sentiment de 8. Augustin (1), grand homme sans doute, et d'un merveilleux esprit, mais qui semble porté quelquefois à outrer les choses, surtout dans la chaleur de ses engagements. J'estime fort quelques personnes qui font profession d'être disciples de S. Augustin, et entre autres le R. P. Quesnel (2), digne successeur du grand Arnauld, dans la poursuite des controverses qui les ont commis avec la plus célèbre des compagnies. Mais j'ai trouvé qu'ordinairement dans les combats entre les gens d'un mérite insigne (dont il y en a sans doute ici des deux côtés) la raison est de part et d'autre,

(1) Saint Augustin, illustre Père de l'Église latine, né à Tagaste en Afrique, en 354. — Tout le monde connaît l'histoire de sa conversion, racontée dans ses Confessions : il fut évéque d'Hippone en 395. 11 combattit énergiquement les Manichéens, les Donatistes et les Pélagiens. Son nom est resté attaché & ta. question de la grâce. Ses Œuvres complètes ont été données par les Bénédictins en 11 tomes in-fol., 1671 et suiv. P. J.

(2) Quesnel (P.), célèbre janséniste, né à Paris en 1634, mort à Amsterdam en 171 9. On wranatt ses Ré flexions moraks, publiées en 1694, qui furent l'origine de la seconde guerre janséniste, et r occasion de la fameuse balle Unigenilus. Ses ouvrages théofogiqnes ^ont trés-nombvevK. P. J.

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mais en différents points, et qu'elle est plutôt pour les défenses que pour les attaques ; quoique la malignité naturelle du cœur humain rende ordinairement les attaques plus agréables aux lecteurs que les défenses. J'espère que le R. P. Ptolémei (1), ornement de sa compagnie, occupé à remplir les vuides du célèbre Bellarmin (2), nous donnera sur tout cela des éclaircissements de sa pénétration et de son savoir, et j'ose même ajouter, de sa modération. Et il faut croire que parmi les théologiens de la confession d' Ausbourg, il s'élèvera quelque nouveau Chemnice , ou quelque nouveau Calixte (3) ; comme il y a lieu déjuger que des Usserius (4) ou des D ai lié (5) revivront parmi les réformés ; et que tous travailleront de plus en plus à lever les mésentendus dont cette matière est chargée. Au reste, je serai bien aise que ceux qui voudront l'éplucher, lisent les objections mises en forme avec les réponses que j'y ai données, dans le petit écrit que j'ai mis à la fin de l'ouvrage, pour en faire comme le sommaire. J'y ai tâché de prévenir quelques nouvelles objections ; ayant expliqué, par exemple, pourquoi j'ai pris la volonté antécé-

(1) Ptolemei ou Tolomei, cardinal, quoique jésuite, né à Florence en 1653, mort en 1726. On a de lui une Philosophia mentis et sensuum, Rome, 1696, in -fol. Son Supplément aux controverses de Bellarmin est demeuré inédit. P. J.

(2) Bellarmin, célèbre controversiste du xvi* siècle, archevêque de Capoue, né en Toscane en 1542, mort en 1621, connu par ses Controverses (Ingolstadt, 1587, 1 vol. in-fol.), parmi lesquelles on remarque le De Romano pontiftce, manuel des Doctrines ultramontaines. P. J.

(3) Calixte, pape en 218, mort en 222. On trouve des détails curieux sur son pontificat, dans l'ouvrage de saint Hippolyte, récemment retrouvé et publié en 1851 par M. Miller sous ce titre Philosophumena. P. J.

(4) Usserius ou Usher (Jacques) , théologien anglican , archevêque d'Armag, né à Dublin en 1580, mort en 1656. Il écrivit à la fois contre les catholiques et contre les Arminiens. Il publia un grand nombre d'ouvrages théologiques, et entre autres, sur l'ordre de Charles Ier, un ouvrage sur le Pouvoir du souverain, où il défend la doctrine de l'obéissance passive (1661). P. J.

(5) DaiUé, controversiste protestant, né & Ghàtellerault en 1594, mort à Gharenton en 1670. Il fut estimé même des catholiques. On n'a de lui que des traités théologiques, sans aucun rapport à la philosophie. P. J.

dente et conséquente pour préalable et finale, à l'exemple de Thomas, de Scot (1) et d'autres ; comment il est possible qu'il y ait incomparablement plus de bien dans la gloire de tous les sauvés, qu'il n'y a de mal dans la misère de tous les damnés, quoiqu'il y en ait plus des derniers ; comment en disant que le mal a été permis comme une condition sine qua non du bien, je l'entends non pas suivant le principe du nécessaire, mais suivant le principe du convenable ; comment la prédétermination que j'admets est toujours inclinante, et jamais nécessitante ; comment Dieu ne refusera pas les lumières nécessaires nouvelles à ceux qui ont bien usé de celles qu'ils avaient ; sans parler d'autres éclaircissements que j'ai tâché de donner, sur quelques difficultés qui m'ont été faites depuis peu. Et j'ai suivi encore le conseil de quelques amis, qui ont cru à propos que j'ajoutasse deux appendices : l'un sur la controverse agitée entre M. Hobbes et Févêque Bramball, touchant le libre et le nécessaire, l'autre sur le savant ouvrage de Y Origine du mal, publié depuis peu en Angleterre.

Enfin j'ai tâché de tout rapporter à l'édification ; et si j'ai donné quelque chose à la curiosité, c'est que j'ai cru qu'il fallait égayer une matière, dont le sérieux peut rebuter. C'est dans cette vue que j'ai fait entrer dans ce discours la chimère plaisante d'une certaine théologie astronomique n'ayant point sujet d'appréhender qu'elle séduise personne, et jugeant que la réciter et la réfuter est la même chose. Fiction pour fiction, au lieu de s'imaginer que les planètes ont été des soleils, on pourrait concevoir qu'elles ont été des masses fondues dans le soleil, et jetées dehors, ce qui détruirait le fondement de cette théologie hypothétique. L'ancienne erreur des deux principes, que les orientaux distinguaient par les noms

(1) Duns (Jean) ou Duns Scot, illustre scholastique de l'ordre des Cordeliers, né en Ecosse dans la petite ville de Duns, à une date qui n'est pas connue. On sait qu'il mourut en 1308 à Cologne. Il fut, comme on sait, le chef de l'école Scotiste opposée aux Thomistes dans la question de la grâce *it dans la question des Universaux. — Ses œuvres complètes, données par le P. Wadding (Lyon, 1639), comprennent 12 vol. in-fol P. J.

d'Oromaedes et d'Arimanius, m'a fait éclaircir une conjecture sur l'histoire reculée des peuples; y ayant de l'apparence que c'étaient les noms de deux grands princes contemporains, l'un monarque d'une partie de la haute Asie, où il y en a eu depuis d'autres de ce nom ; l'autre roi des Celto-Scythes, faisant irruption dans les États du premier, et connu d'ailleurs parmi les divinités de la Germanie. Il semble en effet que Zqpoastre (1) a employé les noms de ces princes comme des symboles des puissances invisibles, auxquelles leurs exploits les faisaient ressembler dans l'opinion des asiatiques. Quoique d'ailleurs il paraisse par les rapports des auteurs arabes, qui pourraient être mieux informés que les Grecs de quelques particularités de l'ancienne histoire orientale, que ce Zerdust ou Zoroastre, qu'ils font contemporain du grand Darius, n'a point considéré ces deux principes comme tout à fait primitifs et indépendants, mais comme dépendant d'un principe unique suprême ; et qu'il a cru conformément à la cosmogonie de Moïse, que Dieu, qui est sans père, a créé tout et a séparé la lumière des ténèbres ; que la lumière a été conforme à son dessein original, mais que les ténèbres sont venues par conséquence, comme l'ombre suit le corps, et que ce n'est autre chose que la privation. Ce qui exempterait cet ancien auteur des erreurs que les Grecs lui attribuent. Son grand savoir a fait que les orientaux l'ont comparé avec le Mercure ou Hermès des Égyptiens et des Grecs ; tout comme les septentrionaux ont comparé leur Wodan ou Odin avec ce même Mercure. C'est pourquoi le mercredi, ou le jour de

(1) Zonastre, fondateur du Magisme ou Mazdéisme, religion des anciens Perses, qui s'est conservée jusqu'à nos jours sous le nom de Parsisme. On ne sait absolument rien sur ce personnage mystérieux. Le livre sacré, qui lui est attribué, est le Zend-Avesta, dont le texte Zend a été rapporté en Europe par Anquetil Du Perron, et publié avec une traduction française, aujourd'hui très-dépassée, Paris, 1771, 2 vol. en 3 tomes. Klenker en a donné une trad. allemande en 3 vol. in-4°, Riga, 1761 ; Eugène Buroouf, dans son Commentaire sur VYaçna, en a traduit et expliqué une partie. On sait que cet illustre savant est arrivé à restituer la langue zeud, que personne ne comprenait avant lui, les traductions d* Anquetil Duperron ayant été faites sur des intermédiaires. P. J.

Mercure, a été appelé wodans-gad par les septentrionaux, mais jour de zerdust par les asiatiques, puisqu'il est nommé zarschamba ou dsearschambe par les Turcs et par les Persans, zerda par les Hongrois venus de l'Orient septentrional, et sreda par les Esclavons depuis le fond delà grande Russie, jusqu'aux Wendes du pays de Lunebourg; les Esclavons Fayant appris aussi des orientaux. Ces remarques ne déplairont peut-être pas aux curieux ; et je me flatte que le petit dialogue qui finit les essais opposés à M. Bayle, donnera quelque contentement à ceux qui sont bien aises de voir des vérités difficiles, mais importantes, exposées d'une manière aisée et familière. On a écrit dans une langue étrangère, au hasard d'y faire bien des fautes ; parce que cette matière y a été traitée depuis peu par d'autres, et y est lue davantage par ceux à qui on voudrait être utile par ce petit travail. On espère que les fautes de langage qui viennent non-seulement de l'impression et du copiste, mais aussi ,de la précipitation de l'auteur, qui a été assez distrait, seront pardonnées : et si quelque erreur s'est glissée dans les sentiments, l'auteur sera le premier à les corriger, après avoir été mieux informé : ayant donné ailleurs de telles marques de son amour de la vérité, qu'il espère qu'on ne prendra pas cette déclaration pour un compliment.

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