‹ Œuvres philosophiques de Leibniz (volume 3)Chapitre 43 sur 67 · LETTRE SUR L'ESSENCE DES CORPS · texte numérisé non relu

LETTRE SUR L'ESSENCE DES CORPS

vérités tant soit peu douteuses. Mais je voudrais qu'il eût défini les limites au delà desquelles une notion ou une affirmation n'est plus tant soit peu obscure ou douteuse. Quoi qu'il en soit, on peut juger ce qu'il en est par l'examen attentif des considérations que nous venons d'exposer, car maintenant nous visons à la brièveté.

Quant à la question, si nous voyons tout en Dieu (c'est d'ailleurs une opinion ancienne qui raisonnablement comprise ne doit pas être tout à fait rejetée), ou si nous avons des idées propres, il faut savoir que, quand bien môme nous verrions tout en Dieu, il n'en est pas moins nécessaire que nous ayons aussi nos idées propres, c'est-à-dire non certaines images, mais des affections et des modifications de notre esprit, répondant à cela môme que nous percevrions en Dieu. Car nos pensées étant constamment remplacées par d'autres, il s'opère un certain changement dans notre esprit; quant aux choses qui ne sont pas l'objet de notre pensée actuelle, les idées en sont dans notre esprit comme la statue d'Hercule dans un marbre brut. Chez Dieu, au contraire, doit nécessairement exister en acte l'idée non-seulement de l'étendue absolue et infinie, mais encore d'une figure quelconque qui n'est rien autre chose que la modification de l'étendue absolue. D'ailleurs, lorsque nous percevonsdes couleurs et des odeurs, nous n'avons aucune autre perception que celle des figures et des mouvements, mais tellement nombreux et délicats que notre esprit, dans son état actuel, est incapable de considérer distinctement chacun de ses éléments, et que par conséquent il ne remarque pas que sa perception ne se compose que des perceptions de figures et de mouvements extrêmement petits. De même, quand après avoir môle de la poudre jaune et de la poudre bleue, nous percevons une couleur verte, nous ne sentons rien autre chose que le jaune et le bleu mélangés dans leurs parties les plus fines, bien que nous ne le remarquions pas, ou plutôt que nous nous figurions percevoir quelque nouvel être.

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