‹ Œuvres philosophiques de Leibniz (volume 3)Chapitre 42 sur 67 · MÉDITATIONS SUR LA CONNAISSANCE, ETC · texte numérisé non relu

MÉDITATIONS SUR LA CONNAISSANCE, ETC

blés, jusqu'aux notions irréductibles, ou ce qui revient au même, jusqu'aux attributs absolus de Dieu, c'est-à-dire aux causes premières et à la dernière raison des choses, c'est ce que je n'oserais décider actuellement. Nous nous contentons le plus souvent d'apprendre de l'expérience la réalité de certaines notions, qui nous servent ensuite à en composer d'autres à l'exemple de la nature.

Enfin je pense qu'on peut comprendre par là qu'il n'est pas toujours sûr de s'en rapporter aux idées, et que beaucoup abusent de ce titre spécieux, pour étayer leurs conceptions chimériques. Car nous n'avons pas d'emblée l'idée de la chose à laquelle nous avons la conscience de penser, comme nous l'avons montré un peu plus haut par l'exemple de la plus grande vitesse. Et je vois qu'on n'abuse pas moins aujourd'hui de ce fameux principe : tout ce que je conçois clairement et nettement d'une chose est vrai, c'est-à-dire, on peut l'affirmer de cette chose. Car souvent les hommes jugeant avec précipitation trouvent claires et distinctes des choses obscures et confuses. L'axiome est donc inutile à moins qu'on ne soumette cette clarté et cette netteté aux critères que nous avons indiqués, et que la vérité des idées ne soit bien établie. Du reste il ne faut point dans l'exposition delà vérité rejeter comme critères les règles delà logique ordinaire dont les géomètres font usage, et qui consistent à n'admettre rien comme certain qui ne soit prouvé par une expérience exacte ou une démonstration solide. Or une démonstration solide est celle qui observe la forme prescrite par la logique, sans cependant qu'il soit toujours besoin de syllogismes disposés dans l'ordre régulier de l'école, comme ceux dont Christianus Herlinus et Conradus Dasypodius ont fait usage pour la démonstration des six premiers livres d'Euclide ; mais de manière au moins que l'argumentation conclue en vertu même de la forme, c'est-à-dire que cette argumentation conçue dans la forme régulière puisse se légitimer par quelque exemple pris dans la science du calcul. Ainsi on n'omettra aucune prémisse nécessaire ; et toutes les prémisses antérieures doivent être ou démontrées, ou du moins admises comme hypothèses, et dans ce cas la conclusion est hypothétique. Ceux qui observeront soigneusement ces règles, se garderont facilement des idées trompeuses. C'est d'après de tels principes que le profond Pascal dans une excellente dissertation sur l'esprit géométrique, dont il existe un fragment dans le livre remarquable du célèbre Antoine Arnould, sur l'art de bien penser, dit que le géomètre doit définir tous les termes tant soit peu obscurs, et prouver toutes les

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