DE LÀ RÉFORME DE LA PHILOSOPHIE PREMIÈRE
que les notions générales, qu'on croit être parfaitement connues de tous, sont devenues- ambiguës et obscures par la négligence des hommes, et par l'inconsistance de leurs pensées; et que celles qu'on donne ordinairement pour des définitions ne sont pas même des définitions nominales, parce qu'elles n'expliquent absolument rien. Et il n'est pas douteux que ce mal s'est répandu dans les autres sciences,qui sont subordonnées à cette science première et architectoniqtte. Delà nous sont venues, au lieu de définitions claires, des distinctions subtiles, et au lieu d'axiomes vraiment universels, des règles générales qui souvent souffrent plus d'exceptions qu'elles n'ont d'exemples favorables. Et cependant, les hommes, par une sorte de nécessité, se servent fréquemment de termes métaphysiques, et se flattent de comprendre ce qu'ils ont appris à dire. Et ce n'est pas seulement de la substance, mais encore de la cause, de l'action, de la relation, de la similitude et de la plupart des autres termes généraux qu'on ignore communément les significations vraies et fécondes. On ne doit donc pas s'étonner si cette reine des sciences qui s'appelle la philosophie première, et qu'Aristote a définie la science désirée ou cherchée (Çtjtou{X£V7j), est encore aujourd'hui au nombre des sciences qui se cherchent. Platon, il est vrai, recherche souvent dans ses dialogues la valeur des notions : Aristote fait de même dans ses livres appelés Métaphysiques ; mais il ne paraît pas que ce soit avec beaucoup de fruit. Les Platoniciens postérieurs sont tombés dans des monstruosités de langage ; et les disciples d'Aristote, surtout les scolastiques, ont eu plus à cœur de soulever des questions que de les résoudre. De notre temps des hommes illustres se sont aussi appliqués à la philosophie première, mais jusqu'ici sans beaucoup de succès. On ne peut nier que Descartes ne lui ait apporté d'excellentes choses, qu'il n'ait surtout le mérite d'avoir ramené l'étude platonicienne en détournant l'esprit des impressions sensibles, et d'avoir fait ensuite un usage utile du doute académique; mais bientôt, par une sorte d'inconstance ou d'impatience d'affirmer, il s'est écarté de son but, n'a plus distingué le certain de l'incertain, puis a fait consister à contre-sens dans l'étendue la nature de la substance corporelle, et s'est formé des idées fausses sur l'union de l'àme et du corps; et tout cela faute d'avoir bien compris, en général, la nature de la substance. Car il s'était élancé, en quelque sorte, d'un seul bond, à la solution des questions les plus ardues, sans s'être rendu compte des notions qu'elles impliquaient. Aussi, rien ne montre plus clairement combien ses méditations métaphysiques sont éloignées de la