VIII
On doit accotztumer les pieds, des enfants au
froid,
Je dis , en second lieu , quïl esthon deJàA^r ehaquejour les pieds des jeunes enfants- dans, d^ Peau froide y et àe leUB doiAer pour « cet ..effet des. souliers st. minces, que. lorsqu'ils mettront les pieds dans l'eau;^ elle entre à travers. Ici je crains . de m'attirer à dos les .mères et Jes servantes. Les premières. crcÂront cela trop sale, et les autres, peut-être que ce serait trop de peine de nettoyer tous les soirs les .bas du jeune enfant. Quoi qu'il en soit , le soin de sa santé
lO • DB l'eBUGATIQN
dok l'emperter sur toules ces considérations ; et pour la lui conserver, il faudpait employer dix fois phis de temps s'il était nécessaire. Qui con« sidérera sérieusement combien c'est une chose dangereuse et mortelle de se mouiller les pieds lors^i^u'oii a été élevé trop, délicatement , souhaitera,,. j|ç . m'assure, d'avoir marché nu -pieds dm^ sou bas-âge, comme foqt les enfants du m^HU-peuplf, lesquels par ce moyen sont si fort accoutumés à souffrir l'humidité aux pieds, qu'ils ne SQPt pas^ p^iis çn danger d^ s'enrhumer ou d'attraper quelque autre ipcoipmodité en sq mouillant lç$ pifnl^, qu'en se If^va^it les mains. Et d'où pourrait venir, je vous prie , la grande différence qu'il y a, à. cet égard, entre les mains et les pieds dep autres hommes, cfue dç la coutume? Je suis très -persuadé que, si un homme avait été accoutumé dès le berceau à aller nupieds, et qu'il eût «çi les maiffis toujours enveloppées de bonnes IcHirraresy toujouiu couvertes de gants ^opte les HoUandais iioitUDeàt souliers des mains); je suis, dis^je, toés^assaré- qu'en ce caisJà il serait aussi dang<epeua: pour cet homme de se jiiouiileir les^ manis^ qu'il Test prédente^» ment à plusieurs autres persomiesde semauiUer les pieds. Le* vrai moyen de .prévenir ce* dei>^ nier ineonvénient , c'est, comme je vûans: de dii^, de &ife auic enfaaits' des soniHers qui
DES^ EKFAITTS. Il
piisseat recevoir Teau, et de leur Urer les pieds constamment ehaqiie jour daps de l'eau froicie. La propreté pçurrait seule suffire à rendre cette pratique recommandable ; mais pow moi, je n'en parle ici que par rapport à la santé; e'est pourquoi je n'en fixe point le temps à une certaine heure du jour. Je connais un enfent qui s'est lavé les pieds ciiaque mût ayeo beaucoup de succès, et ceia durant l'hiveir, sans j maoïr^ quer une s^ule nuit, par un tvès* grand froid , de sorte que , dans le temps que l'eau était coch ▼erte de glace, l'enâint y plongeaîft ses peds et ses jambes, qucnqu'il ne fiit pas d'âge à pou* voir les botta* et ks essuyer lubménle; et lors« qu'il commença, il était valétudinaire, efc d'uae ccmstitutioà fort tendre: Afais oomme le gvand but qu'on se propose en. cette occasion, est de fortifier ces pai^ties par un fiMkjnent usage d'ean iroîde, afin de ^éviepir par ce moyîrai les inconvénients tpii ^mbeent ordÎDaircment à cetpc qui , âe^és d^iœe autre manière^, sîennent à se mouiller les ppeds par aopîdent, je crois qu'on peut laisser aux- parants la libevté d» choisir le soir ou le matin,. selon qu'il» le trouTieFont plus à propos ou plns^ Qommod^. Le temps est, oe me semble, assez, indifférent, pourvu que ia chose soit faite coqstffimment chaque jour; Si l'on ne pouvait acheter cju'à uni prix beaii->
12 DE l'Éducation
coup plus considérable, le degré de santé et de vigueur. qu'on acquerra par<*là, on n'aurait pas sujet de se repentir du marché.^ Et si j'ajoute que cette pratique préviendra les cors des pieds, sans doute bien . des gens compteront cela aussi pour un fort grand avantage. Au reste , c'est au printemps qu'on doit commencer de laver les pieds des enduits, et d'abord il faut se servir d'eau tiède,, et puis toujours plus .froide de quelques degrés chaque fois , jusqu'à ce qu'eu peu de jours on emploie de Feau tout-à^fait froide, dont on continuera à. se servir sans interruption , hiver et été : car il est à remarquer que dans ce changement, comme dans tous les au^ très qui regardent notre manière ordinaire de vivre , il faut . aller par des degrés insensibles , et par-là nous accoutumerons nos corps à tout ; sttns. /peine, iet saiis aucun, danger.
11 est aisé de prévoir que les mères trouve* ront cette doctrine fort étiânge. «Quoi! diront- « elles, plonger les pieds de nos enfants dans l'eau «froide, lors même qu'il gèle, qu'il neige; et « qu'on a toutes les peines du monde à-leur tenir «les pieds chaixls? n'est-ce pasile vrai moyen de a faire périr ces pauvres petites créatures? » Mais, pour dissiper un peu cette frayeur, s'il est possible, je vais montrer par des exemples, sans quoi Ton prête rarement * l'oreille aux raisons
DES ENFANTS. l3
les plus évidentes, que cette pratique n'a rien de dangereux. Sénèque nous apprend (i) dans ses'lettres,qu'il avait accoutumé de se baigner (2) au milieu de l'hiver dans l'eau de fontaine toute froide. S'il n'eût pas cru la chose non-seule-^ ment supportable , mais utile à la santé, il nau* rait eu garde de s'y assujettir , élevé à une haute fortune où il pouvait aisément soutenir la dépense d'un bain chaud , et se trouvant d'ailleurs' dans un âge qui pouvait autoriser de plus grandes délicatesses, car «il était vieux en ce temps^à. On s'imaginera peut-être qu'il fut engagé * dans cette austérité par les principes de la philosophie stoïcienne , dont il faisait profes^ sion. Eh bien! soit; supposons que cette secte lui ait. fait supporter avec constance les baips froids dans le cœur de l'hiver, il reste encore à savoir d'où vient que sa santé s'accommodait fort bien de cette pratique, car c'est ce que Sénèque assure positivement. Mais que dirons-^ nous d'Horace? On sait qu'il ne se passionnait pour aucun parti, et qu'il était sur -tout fort éloigné d«affecter les austérités du Portique : ccr
(i) Lettre 53.
(a) lUe tantus Psychrolutes qui kalendis januanis, in Euf^um saliabam. £p. LXXXIII.
l4 I>E ^ ÉBIfCATION
p^tidant il nous apprend lui-oiéme (i)^ qu'il se baignait dans Feau froide au fort de rkiver* Dira*^'On que^ Htalîe étant sous undimat béau^coup phis chaud que rAngleterre, les eauK il'll»lie ne sont pas si froides en hi^er que -celles d'Angleterre ? Si cela est , les riyières d' Al-^ lemagné et de Pologne sont donc aussi beaucoup plus £roides que celles d'Angleterre: cependant ies luifsqui Tivent en Allems^e et en Pologne^ se plongent dans les rivières de oe pays -là, hommes et femmes ^ durant toutes les saisoas de l'aûnée , sans que leur santé en reçoive au-» cun préjudice. Et je nie pense pas qu'aujour* d'faui bien des gens soient d'humeur de croire que c'est par mirade, ou par une vertu toute paiticulière de la fontaine de Saint* Winifred ^ que les eaux froides de cette fameuse source ne font aucun mal aux personnes du t^npéraraent le plus tendre ^ qui s'y vont baigner. D'ailleurs ^ le monde est à présent tout rempli des merveilles que les bains froids produisent tous les jours (2) sur des constitutions fiùbles et délabrées, qui
(i) Gelidd quum perhtor undd
Per médium frigus*
Lib. I, epist. XV, V. 4.
(2) A Londres, où les bains froids étaient en grand crédilL quelques années avant la mort de M. Locke, arrivée en 1704, et conservent encore leur première réputation.
DES «NFAITTS. t5
paHà sont rétablies dans une bonne et vigou^ reose santé; et par €onsé({nent rien n'empédbte que ces sortes de bakis se puissent être supportés par ceux qui sont en meilleur état, et servir à fortifier et endurcir leur tempérament.
S'il se trouve après cela des' gens qui s'imaginent que tous ces exemples d'hommes, faits ne fieuvettt point être tirés à conséquence pour les enfants, et que les eo^nts sont sans doute trop tendres pour une telle é{»*euve, qu'ils confièrent ce que ^aàsaient les anciens Garmains^ et œ que les Irlandais foBt encore aujourd'hui à leurs enfiMits; et ils seront conTaincus que les enfants, tout tendres qu'on se les figure, peù^ irent mdurer^sans danger, non^^seulement qu'on leuc lave ie$' pieds , mais qu'on leur plonge tout le corps dans l'eau £rmàe. Il jr a encore au* Îpuird'JHii des dames dansles montagnes d'Ecosse, qui baignent ainsi leurs enfants au'fort de l'biver, et ne.trouvent point que l'eau froide, lors même qu'elle est mêlée de glaçons, leur fasse aucun mal.