‹ Œuvres philosophiques de Locke (volume 2)Chapitre 110 sur 144 · CLXV · texte numérisé non relu

CLXV

De Vart d'écrire par abréviations.

Il y a un art d'écrire par abréviations qui , à ce que j'ai ouï dire (îi) , n'est connu qu'en An-

(i) Horat. de Arte Poet.

{%) C'est donc qu'on l'a laissé pei'dre; car' cet art étoû

gleterre; et peut-être jugera-t-on qull mérite d^étre appris , tant pour écrire proniptement ce qu'on ne voudrait pas oublier, que pour cacher ce qu'on ne souhaiterait pas que tout le monde vit ; car, lorsqu'on a une fois appiiti cette espèce de chiffre , on peut aisément le varier à sa fantaisie par son usage particulier, et par des caractères plus abrégés le conformer aux choses auxquelles' on a dessein de le faire servir. La méthode de M; Bich est la mieux imaginée de toutes celles que j'ai encore vues; cependant je crois que qui entendrait la grammaire et en considérerait bien les règles , pourrait perfectionner beaucoup cette méthode, la rendre plus facile et plus courte. Mais vous ne devez pas vous hâter de faire apprendre à votre enfant cet art d'écrire par abréviations; il suffit de le lui enseigner dans quelque occasion favorable qui se

connu aux Romains, et Plutarque nous apprend dans la irie de Caton d'Utique, qu'on en aUribuoit l'invention à Cicéron, qui sous son consulat voulant recueillir des discours qu'on devoit faire dans le sénat, plaça, des derôs en dlrers endroits du sénat , après leur avoir enseigné « à faire cer- « tainés notes et abréviations qui en peu de traits valoient et « représentoient beaucoup de lettres. >» ( Je me sers de la traduction d'Âmyot ). ZviifcsTa h f<.ucpotç xat ^^ayéai ruicoi; ^oXXûv ypa|i|iaT«v^a(jttv Ix^vta. C'est ce que Cicéron appelle lui-même ^tà avip.Éi<dv scnbere, écrire par abréviations, Epist. XXXU ad Attzcum , lib. XIU.

BES ENFANTS. SyS

présente d'elle-même, après qu'il sera tout-à-fait habitué à écrire couramment , et d'un beau caractère; car des jeunes gens n'ont guère besoin de ce secret, et il ne faudrait pas qu'ils en fissent usage avant que de pouvoir écrire parfaitement bien , et qu'ils aient , comme on dit , la main rompue à l'écriture. .

§ CLXVI.

Le français est la première langue qu'on doit enseigner à uri enfant qui sait parler sa langue maternelle.

Dès que votre enfant saura parler anglais , il est temps (i) qu'il apprenne quelque autre langue ; et si je conseiUe de commencer par le français, je ne serai contredit de personne. La raison de cela , c'est qu'on - est accoutumé à la véritable miéthode d'enseigner cette langue aux enfants , qui est de les faire toujours parler français , en conversation , sans leur embarrasser l'esprit d'aucune règle de grammaire. On pourrait sans peine montrer le latin à un enfant de la même manière, si son gouverneur, se tenant toujours auprès de lui , ne lui parlait que latin ,

(i) Si l'enfant est français, voyez dans la préface ce qu'il faut snbstitaer à ce que dit ici M. Locke.

374 ^^ l'éodcation

et loUigeait à lui x^popdre dans la. même langue. Mais, parœ que le français est une langue vivante 9 dont on se sert sur -tout en parlant , votre enfant devrait Tajpprendre avant toute autre ^ afin que les organes de la voix , qui , dans cet âge encore tendre , peuvent se mouvoir , se plier en tous sens , puissent ^tre dressés à bien former les différents sons de cette langue ; qu'ainsi votre enfant se fasse une habitude de bien prononcer le français , ce qui devient toujours plus difficile, plus il est différé.

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