CLXIV
Un enfard de bonne maison doit apprendre un
peu à peindre.
Lorsqu'un enfant écrit bien et vite, je crois qu'il serait à propos, non-seulement qu'il continuât de s'exercer à écrire^ mais qu'il s'appliquât aussi à la peinture , qui , en plusieurs occasions, est d'une grande utilité à un gentilhomme, et sur-tout s'il voyage; car, par le moyen de la peinture, on peut souvent représenter, en peu de traits assemblés avec art, ce qu'on œ saurait exprimer et rendre intelligible par un assez long discours. Combien un voyageur ne voit-il pas de bâtiments , de machines et d'habits psoticuliers, dont il peut facilement conserver et £ûre connaître aux autres la figure, s'il a . quelque adresse à peindre! Au lieu qu'en se contentant de représenter ces choses par de simples paroles , il est à craindre qu'on n'en perde l'idée , ou du moins qu'on n'en conserve que des ioMiges fdrt imparfaites, par les plus ejçactes descriptions qu'on en pourra faire. Mon dessein n'est pourtant pas de vous persuader de faire de votre fils un peintre parfait; car, pour parvenir à une connaissance fort médiocre de cet art, il faut
DES ENFANTS. d'j t
consumer beaucoup plus de temps qu'il n'en reste à un jeune homme; de bonne maison, après qu'il s'est appliqué à ses autres occupations plus importantes. Mais je crois qu'en peu de teiâps il pourra savoir autant de perspective et de peinture qu'il lui en faut pour représenter passablement sur le papier tout ce qu'il voit, excepté les visages, sur -tout s'il a du génie pour ces dhoses; car, pour le dire en passant, lorsque le génie manque à un enfant, à moins qu'il ne s'agisse de certaines choses desquelles il est absolument nécessaire qu'il soit instruit, il vaut mieux le laisser passer doucement par - dessus une chose , que de le chagriner inutilement pour l'obliger à la faire. C'est pourquoi en ceci comme en tout ce qui n'est pas d'une absolue nécessité, il faut s'en tenir inviolablement à la règle qui ordonne de ne rien faire ' en dépit de son génie (i), nihil invita Minervâ.